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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



i 



VERSAILLES. ~ IMPRLMERIE CliRF, 50, RUE DUPLESSlS. 



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DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DK LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME CINQUANTE-UNIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 



83 J^'^ RUE LAFAYETTE tS^'i^^^^^ 

1906 iL-^ 



101 
t.3\ 



■ "■ Digitized by the Internet Archive 
'•"•in 2012 with funding from 
Algoma University, Trent University, Lal^ehead University, LaurentfanJJïiiversity, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui51soci 




ZADOG KAHN 

(1839-1905) 



ZADOC KAHN 



Vendredi 8 décembre s'est éteint à Paris, dans sa soixante-sep- 
tième année, M. Zadoc Kahn, grand- rabbin de France. Celte mort, 
perte irréparable pour le Judaïsme français, et qui met en deuil ce- 
lui de tous les pays, — car Factivité féconde de l'illustre défunt avait 
dépassé depuis longtemps les boiiies de notj-e patrie, — frappe très 
douloureusement la Société des Études juives. M. Zadoc Kahn, 
comme l'a ra[)pelé justement M. Théodore Reinach sur sa tombe, 
fut le véritable fondateur de notre Société et, depuis la première 
heure, il ne cessa jamais de lui prêter le concours le plus actif et le 
plus fervent. Membre du Conseil, plusieurs fois son président ou 
vice-président, collaborateur de notre Revue, M. Zadoc Kahn a 
conti-ibué largement au bon l'enom scientifique et à la prospérité 
de la Société des Études juives. Le moment n'est pas venu encoi'e 
de faire l'inventaire immense d'une carrière si fiuctueusement 
remplie. Ce ne sera pas une tâche médiocic que l'élude biogra- 
phique de la personne et de l'œuvre de M. Zadoc Kahn. En atten- 
dant qu'on érige, soit dans notre i'ecueil, soit ailleurs, ce monu- 
ment de piété et de reconnaissance, nos lecteui's nous sauront 
gré, sans doute, de placer sous leui's yeux les éloquentes allocu- 
tions prononcées lors des obsèques du gi'and disparu. Pour nous, 
nous ne ferons que retracer brièvement ici les étapes principales 
de sa carrière. 

Né le 18 févjier 1889, à Mommenheim, [)elit village du Bas-Rhin, 
dune famille modeste, Zadoc Kahn commence à étudier la Bible 
et le Talmud chez des j'abbins de la région, il entie en 18o() à l'école 
rabbinique de Metz, va avec cette école à Paris, y termine ses études 
en I8()"2 par de brillants examens qui lui valent le diplôme de 



II ZADOC KâHiN 

grand-rabbin. A sa sortie du séminaire, il dirige quelque temps 
l'école préparatoire du Talmud-ïorah. Quati'e ans après, il est 
nommé rabbin adjoint au grand-rabbin de Paris, en remplacement 
d'Elie-Aristide Astruc, nommé grand-rabbin de Belgique. En 1867, 
il publie sa thèse sur VEsclavage selon la Bible et le Tabnud, 
qui lui vaut le diplôme supérieur de grand-rabbin. En 1868, à l'âge 
de vingt-neuf ans, il est élu grand-rabbin du Consistoire de Paris, 
il occupe ces fonctions jusqu'au 25 mars 1890, date à laquelle il 
devient grand-rabbin de France, succédant à Lazare Isidor. Il 
occupe ce poste jusqu'à sa mort, survenue au moment même où, 
par la loi de séparation des Églises et de l'État, ses fonctions ces- 
saient d'être officielles. M. Zadoc Kahn, en dehors de sa charge 
pastorale, était président honoraire de TAlliance Israélite univer- 
selle, président de la Commission du séminaire Israélite, membre 
du Conseil de la Jewish Colonization Association ; il a été le fon- 
dateur ou le collaborateur de nombreuses sociétés et institutions 
juives ou laïques. Comité de Bienfaisance, Refuge du Plessis-Pi- 
quet, Refuge de Neuilly, Société des Études juives, Alliance fran- 
çaise. Société des prisons, etc., etc. 

Il avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1879 et promu 
officier en 1901. 

Outre la thèse citée plus haut, M. Zadoc Kahn a publié, dans la 
Bévue des Études juives, une étude sur le Livre de Joseph le Zé- 
lateur (1880-81) et une biographie de son ami Isidore Loeb (1892;. 
De son œuvre de prédicateur il reste, outre de nombreux ser- 
mons et allocutions publiés séparément, trois séries de Sermons et 
Allocutions, parus en 1875, 1886 et 1894, un volume intitulé Ser- 
mons et Allocutions à la jeunesse Israélite (1878) et un volume 
d'oraisons funèbres : Souvenirs et Regrets (1898). Ajoutons que 
M. Zadoc Kahn a beaucoup travaillé à la traduction de la Bible 
entreprise sous sa direction par le rabbinat français et dont le pre- 
mier volume (édition complète et édition abrégée sous le titre de 
Hible de la Jeunesse) a paru en 1899. De la deuxième partie il avait 
déjà fait paraître cette année séparément le IJvre des Psaumes et 
il mettait la dernière main à la préparation du deuxième et dernier 
volume de cette Bible, quand la mort est venue le surprendre en 
pleine activité et lucidité d'esprit. 



UlbCUUHS PRONONCl^S 4U.X OUSÉoUES DE .H, ZApOC KAIIN UI 

DISCOURES PRONONCÉ PAR M. THÉODORE REINACII 

AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES. 



Messieurs, 

Des voix éloquentes viennent de vous dire ce qu'a été, ce qu'a 
fait pouj- le Judaïsme d'hier et d'aujourd hui l'iiomme de grand 
cœur que nous pleurons. Au nom de la Société des Études juives 
je dois rappeler en quelques mots ce qu'il a fait pour le Judaïsme 
d'autrefois. 

En lui apportant un suprême hommage, nous n'accomplissops 
pas seulement un devoir de reconnaissance ; nous exauçons un 
vœu touchant de M. Zadoc Rahn lui-même. Au printemps dernier, 
dans le banquet cordial qui réunissait les membres de notre 
Société à l'occasion de notre vingt-cinquième anniversaire, Zadoc 
Kalin nous disait : a S'il y a un titre que je désire qu'on rappelle 
un jour à mes obsèques, un titre que je désire qu'on inscrive sur 
ma tombe, c'est d'avoir é1^ un des fondateurs de la Société des 
Etudes juives. » Nous étions loin de prévoir, en écoutant ce soir-là 
sa parole enjouée et jeune comme de coutume, que c'était en 
quelque sorte son adieu qu'il adressait à la Société et que, si peu 
de mois api'ès, nous viendrions à notre tour lui adresser le 
nûtj'e, . . 

Sa modestie disait « un des fondateurs » ; c'est le fondateur qu'il 
aurait fallu dire. Fondateur de notre œuvre, Zadoc Kahn l'a été, en 
ellet, parce qu'il en a conçu l'idée, parce que, du premier coup, il 
lui a tracé son programme, parce que, grâce à sa haute autorité 
morale, due moins à sa situation officielle qu'à une intelligence 
toujours en éveil et à une bonté toujours j'ayonnante, il a su 
giouper autoui' de lui la phalange de collaborateurs dévoués qui 
devait assurer le succès de notre œuvre. Je les vois encore, assis 
rue Laffitte, autour de la table où se rédigea notre premier procès- 
verbal, le 10 novembre 1879. A côté des anciens, à côté de Gliarles 
Netter, le bon rabatteur de la première heure, de Joseph Deren- 
bourg, l'impeccable érudit, de Lazare Isidor, le patriarche nar- 
quois qui avait été, à son heure, un précurseur et même un héros, 
je reconnais ceux que le procès-verbal appelle modestement « un 
ceriain nombre de jeunes gens Israélites»; et parmi eux, au pre- 



IV DISCOURS PROiNONCÉS AUX OBSÈQUES 

mier rang, le baron James Edouard de Rothschild, notre premier 
président, qui aurait pu se contenter de nous apporter un nom 
célèbre et une brillante situation sociale, mais qui voulut y joindre 
un solide mérite personnel, la curiosité bien rare du bibliophile 
qui ouvre ses livres, et la bonté plus rare encore du mécène qui 
ouvre son cœur; Isidore Loeb, la conscience, le labeur, la modestie 
faite homme; Arsène Darmesteter, dans les yeux de qui la passion 
de la science luisait comme une flamme ardente qui menaçait de 
consumer et qui, en elï'et, consuma bientôt sa frêle enveloppe... 
Que de belles intelUgences! que d'âmes d'élite, ravies, hélas ! avant 
l'heure, et que vient aujourd'hui rejoindre, arrivé, il est vrai, au 
seuil de la vieillesse, mais trop tôt pour notre amitié, trop tôt 
pour le bien qui lui restait à faire, le chef vénéré du Judaïsme 
français ! . . . 

Zadoc Kahn avait eu de bonne heure le goût des recherches 
d'histoire et d'érudition. Il y apportait de précieuses qualités de 
fond et de forme que révèlent ses premiers travaux : une métbode 
sévère, une diction lucide, simple et élégante. Au sortir du Sémi- 
naire, un aveugle clairvoyant, Salomon Munk, le choisissait pour 
rédiger à sa place la table analytique de sa traduction du Guide 
des Égarés : tâche délicate, exigeant du savoir et du tact, qu'ap- 
précieront tous ceux qui en ont rempli de pareilles ou qui ont 
souffert des index mal faits par autrui. Celui de Zadoc Kahn lui 
valut de la part de l'illustre savant un témoignage public de 
reconnaissance. Puis ce fut cet Essai sur V esclavage dans la Bible 
et le Talmud, petit livre resté justement classique, et dont Wallon 
a consacré les résultats dans un chapitre de la deuxième édition de 
son Histoire de V Esclavage^ où il le cite presque à chaque page. 

Une brillante carrière de savant semblait s'ouvrir devant le jeune 
talmudiste, mais les succès mêmes qui le désignaient à l'attention 
de ses coreligionnaires devaient l'arracher à la science qui les lui 
avait valus. Rabbin -adjoint à vingt-huit ans, grand-rabbin de 
Paris à trente ans, il fut bientôt trop absorbé par les soins écra- 
sants de son double ministère — ministère de culte et ministère 
de bienfaisance — pour consacrer à l'érudition autre chose que 
ses moments perdus,... et il n'en avait guère. Mais, si sa produc- 
tion en fut diminuée, son zèle pour les bonnes études ne le fut pas, 
et ce zèle trouvait un stimulant et comme une boussole dans son 
patriotisme, doublé par la catastrophe où il avait perdu sa petite 
patrie. C'est ainsi qu'un jour cet Alsacien déraciné, profondé- 
ment Juif et profondément Français, conçut la grande et féconde 
pensée de réunir en un faisceau toutes les jeunes énergies, tous 



DE M. LE GRAND-RÂBBÎN ZADOC KAIIN V 

les jfiiinos talents, qu'il devinait au sein du Judaïsme français, et 
de détourner une partie de leur activité vers Tétude du passé de la 
France Israélite et d'Israël en général. Il s'agissait, en un mot, de 
laïciser l'histoire du Judaïsme, restée jusqu'alors l'apanage presque 
exclusif des rabbins. Pour atteindre ce but, il fallait un double ou- 
tillage : par la création d'une revue et d'une bibliothèque d'ou- 
vrages originaux, on devait provoquer, encourager les recherches 
savantes sur cette vaste matière trop négligée dans notre pays; par 
des conférences et des rapports annuels, on devait en vulgariser 
les résultats. 

La Société des Études juives a plus que justifié les espérances 
de ses fondateurs. Reconnue d'utilité publique après dix-sept ans 
d'existence, sur le rapport de l'homme éclairé et libéral qui détient 
aujourd'hui le portefeuille de l'Instruction publique, elle est dé- 
sormais une personne morale qui survivra, j'en ai confiance, à 
bien des générations de travailleurs. Notre bibliothèque met sous 
presse son huitième volume. Notre revue est devenue le recueil le 
plus réputé de son espèce, un organe qui attire non seulement des 
lecteurs, mais des collaborateurs de tous les pays et de toutes les 
confessions. Sans jamais renoncer au caractère bien français qu'elle 
a revêtu dès l'origine, à la fois par la langue et par l'esprit où 
elle est rédigée, elle a été, selon le mot de Zadoc Kahn lui-môme, 
« une maison hospitalière ouverte à tous ceux qui unissent la sin- 
cérité à la compétence ». Les cinquante volumes de sa collection 
sont une mine inépuisable de renseignements exacts et précis sur 
le passé d'Israël envisagé sous tous ses aspects, c étudié —je cite 
encore une fois notre ami — avec une entière bonne foi, sans parti 
pris, sans arrière- pensée ». 

Zadoc Kahn ne se contenta pas d'être le promoteur de cette belle 
œuvre et de la façonner en quelque sorte à son image. Il y con- 
tribua de sa parole et de sa plume, trop rarement, mais toujours 
avec éclat. Une des études les plus attachantes qu'ait publiées 
notre revue est son travail sur le Livre de Joseph le Zélateur, cu- 
rieux recueil manuscrit de controverses religieuses du moyen âge. 
Dans cette étude revivent, avec leurs physionomies originales, toute 
une galerie de rabbins français du xnr siècle et, en face d'eux, 
leurs adversaires mitres qui n'étaient pas toujours leurs ennemis. 
C'est aussi sous les auspices de la Société qu'il a donné, mais non 
publié, sa belle conférence sur Maïmonide, revenant ainsi, en 
pleine maturité, au sujet de prédilection de sa jeunesse. Trois fois 
— en 1882, en 1886, en 1901 — Zadoc Kahn a été le président de 
notre Société, et en cette qualité, ou comme vice-président, il a 



YI DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈOUES 

dirigé bien des assemblées générales, inauguré bien dos confé- 
rences remarquables, avec une bonne grâce et un à propos qui ne 
se démentaient jamais. D'ailleurs, membre ou non du bureau, il 
assistait aussi régulièrement que possible aux séances de notre 
Conseil; aucune question délicate n'était soulevée, sans qu'il la fît 
])énéricier de son expérience et de sa haute raison conciliante ; 
aucune démarche difficile n'a été accomplie sans l'aide de son in- 
lassable dévouement. Nul ne nous apportait en plus grand nombre 
les concours pécuniaires sans lesquels une œuvre comme la nôtre 
ne peut vivre et les concours scientifiques sans lesquels elle ne 
mérite pas de vivre. Il a fait plus encore. C'est lui qui nous a re- 
commandé l'homme qui fut pendant quinze ans la cheville ou- 
vrière de la revue, l'inoubliable Isidore Loeb, son camarade de Sé- 
minaire, son ami de toute la vie. Quand Loeb nous fut enlevé, il 
lui consacra une notice biographique où l'émotion contenue ne 
fait que souligner la finesse et la ressemblance du portrait; puis, 
non content de louer dignement Loeb, il nous amena son digne 
successeur : c'est à Zadoc Kahn que nous devons Israël Lévi. 

Messieurs, au début de ces paroles, je vous disais que mon but 
était seulement [de rappeler ce que Zadoc Kahn a fait pour le Ju- 
daïsme d'autrefois, et je vous l'ai montré, en eifet, éclairant le 
passé d'Israël par ses propres travaux, fondant la Société des 
Études juives, lui traçant sa voie, l'animant de son esprit. Mais 
tout se tient dans la vie comme dans la Vérité. Alors même que 
Zadoc Kahn avait les yeux fixés sur le passé seul, le présent et 
l'avenir du Judaïsme profitaient de sa féconde initiative. Sans 
doute notre Société a tenu à répudier dès sa naissance, elle conti- 
nuera à répudier jusqu'au bout toute velléité de polémique , 
toute tentative d'édification : abstention d'autant plus remarquable 
que son créateur était un rabbin, un croyant et l'un des prédi- 
cateurs les plus éloquents de son temps. Mais précisément parce 
que la science seule nous a guidés, nous n'avons pas servi que la 
science. 

D'abord, parce que la force qui se dégage de la simple vérité est 
si intense, qu'il n'est pas un homme de bonne foi qui puisse par- 
courir notre recueil sans y puiser un peu d'équité, de pitié et 
même d'admiration pour cette race de martyrs qui a lancé l'idée 
de justice dans le monde, qui a souffert pour y avoir cru, et 
qui ne cessera de souITrir que lorsque la justice aura partout 
triomphé 

Ensuite, parce que l'étude sincère et désintéressée delà reUgion 
Israélite, depuis ses origines, nous a montré partout le mouve- 



l)K M. LK GRAND-RABBIN ZADOC KÂHN VII 

ineni, an lion do rimmohilit»» factice où se complaisail Torgiieil 
des apologistes daulrefois. Nous avons appris, nous savons de 
science certaine, que la religion d'Osée et d'Amos n'est pas tout à 
fait celle de Samuel, que le Judaïsme du second ïsaïe ou d'Hillel 
n'est pas celui d'Ezéclnel, pas plus que le Judaïsme de Moïse Men- 
delssobn n'est celui de Moïse Maïmonide. Sur un même fond inva- 
riable de principes se développe une série de lentes, mais conti- 
nuelles métamorphoses, à mesure que se réfléchit dans les idées 
et les formes religieuses le progrès des connaissances scientifiques 
et des conceptions morales. 

Eh bien, ce qui est vrai d'hier. Test aussi de demain. Les astro- 
nomes qui jalonnent les positions successives d'une comète dans le 
ciel, qui les relient ensuite par une courbe continue et prolongent 
cette courbe dans l'espace infini, dessinent, pour ainsi dire, à 
l'astre errant son itinéraire futur. De même les historiens du Ju- 
daïsme, en analysant les causes de son évolution passée, an- 
noncent, justifient, que dis-je? préparent ses changements à venir. 
Zadoc Kahn, dont l'esprit conservateur à l'anglaise ne s'effrayait 
d'aucune nouveauté opportune, Zadoc Kahn, dont la prudence 
hardie, passez-moi le mot, envisageait sans répugnance d'inévi- 
tables transformations, Zadoc Kahn disparaît au moment même 
où le Judaïsme français, brusquement émancipé de la tutelle de 
l'État, avait le plus besoin de ce guide éprouvé pour secouer l'iner- 
tie des uns et modérer l'impatience des autres. Mais les témoins de 
sa vie, les confidents de ses espérances, ne laisseront périr ni sa 
mémoire, ni ses leçons. Sa pensée, vivante parmi eux, les sou- 
tiendra dans l'œuvre nécessaire qui marquera une étape nouvelle 
et féconde de l'ascension d'Israël vers un idéal toujours plus élevé 
de vérité, de beauté et de bonté !.. 



DISCOURS PRONONCÉ PAR M. C. RODRIGUES-ELY 

AU NOM DU CONSISTOIRE CENTRAL DES ISRAÉLITES DE FRANCE. 

Messieurs, 

Le Judaïsme français est frappé à la tête. Celui qui non seulement 
faisait sa parure et son orgueil, mais qui était comme une part 



VIII DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES 

même de son âme, le grand-rabbin Zadoc Kabn nous est enlevé et 
une mort prématurée vient arrêter le cours de la plus merveilleuse, 
de la plus féconde activité. Le Consistoire central, privé deFbomme 
éminent qui pendant tant d'années avait présidé à ses délibérations, 
sentait encore sa blessure toute vive et voici que lui est ravi par 
une catastroplie brutale celui qui était son guide religieux, l'inspi- 
rateur de tous ses actes et de toute son œuvre. 

Doyen des membres de cette assemblée et appelé, à ce titre, à 
apporter ici l'hommage de ses regrets et de sa reconnaissance, je 
ressentirais cruellement mon insuffisance pour une telle tâche, si 
je ne pensais que l'éloge d'un pasteur comme celui que nous pleu- 
rons réside moins dans les paroles que nous prononçons que 
dans le souvenir présent à tous de tout ce qu'a fait, de tout ce qu'a 
été celui qui disparaît, dans la manifestation de ce deuil si profond, 
si sincère, qui réunit aujourd'hui tous les Israélites français dans 
la plus intime communion de douleur. 

C'est le 2o mars 1890 que M. Zadoc Kahn avait pris possession 
du poste de grand-rabbin du Consistoire central des Israélites de 
France, où l'appelait le vote unanime des délégués consistoriaux. 
La Communauté de Paris, légitimement fière du magnifique essor 
qu'avaient pris, sous la direction déjà longue de M. Kahn, toutes 
ses institutions cultuelles et charitables, ne laissait pas sans 
émotion se détacher d'elle un pasteur auquel elle se sentait unie, 
autant que par la plus respectueuse déférence, par l'afl'ection la 
plus vive. Lui-même ne sentait pas sans regrets se détendre un 
peu des liens qui lui étaient profondément chers. Mais, en se pré- 
parant à servir son culte sur une plus vaste scène, il n'abandonnait 
pas la Communauté parisienne. Déjà d'ailleurs, depuis de longs 
mois, la maladie de son regretté prédécesseur, le grand-rabbin 
Isidor, l'avait appelé à prendre la plus grande part dans la direc- 
tion du culte Israélite en France, et il sentait que les circonstances 
allaient imposer à celui qui recevrait officiellement cette direction, 
de trop pressants devoirs, pour qu'il lui fût permis d'hésiter un 
instant à en accepter la charge. 

Ce n'est pas ici. Messieurs, le lieu ni le moment de retracer 
longuement cette histoire si récente et dont le souvenir vit encore 
douloureux dans tous nos cœurs. Cependant il m'est impossible 
de ne pas rappeler en quelques mots comment les événements 
devaient faire des années pendant lesquelles M. Zadoc Kahn fut 
le grand-rabbin du Consistoire central des Israélites de F>ance 
l'époque peut-être la plus grave et, je puis dire, la plus tragique de 
l'histoire du Judaïsme français contemporain. 



DE M. LE GRAND-RABBIN ZADOC KAHN IX 

C'était le temps où les ferments de haine jetés contre nos core- 
li«,nonnaires allaient lever et produire leur moisson de malheurs et 
de catastrophes. Avec qnelle douleur notre pasteur avait vu se 
répandre ce flot d'erreurs, de préjugés, de calomnies qu'on avait 
pu croire à jamais dissipés ! Avec quelle surprise attristée il avait 
vu cette œuvre sacrilège se développer dans le pays de la Révolu- 
tion, dans cette terre de France, h laquelle sa i)iété même d'Israé- 
lite l'attachait du plus filial amour! Vous le savez, vous le senicz 
tous, Messieurs. Encore une fois, je ne veux pas dérouler de nou- 
veau devant vons les épisodes de cette déplorable histoire, ni les 
luttes où succombèrent plusieurs des meilleurs de notre jeunesse 
Israélite répandant, dans les querelles suscitées par la haine la plus 
impie, un sang qu'ils auraient joyeusement versé pour la France, 
ni cette longue et acharnée campagne qui voulut faire de la con- 
damnation d'un seul — et d'une condamnation obtenue par quels 
moyens, on n'allait pas tarder à le savoir! — la condamnation de 
toute une race, de toute une religion et qui devait ensuite pendant 
tant d'années retarder les réparations nécessaires du droit et de la 
justice. Tout ce qu'il me plaît de rappeler en ce moment, c'est com- 
ment notre cher grand-rabbin, pendant de si longs mois, travail- 
lant sans relâche à réfuter les erreurs, à dissiper les préjugés, à 
raffermir les courages ou à consoler les deuils, sut remplir le devoir 
si délicat et si difficile que les événements lui imposaient, sans que 
jamais une parole de violence soit sortie de ses lèvres ou de sa 
plume, sans ([ue jamais on ait entendu de lui autre chose que le 
plus pressant, le plus pathétique appel à l'union, à l'amour, à la 
concorde entre les hommes issus d'une même origine, enfants 
d'une même patrie. Seulement, dans ces moments sombres, son 
cœur d'Israélite, d'Alsacien, de Français était déchiré, et il n'est 
pas exagéré de dire que c'est de la blessure reçue alors qu'il meurt 
aujourd'hui avant l'heure. 

Sans doute, l'apaisement était venu et M. Zadoc Kahn avait pu 
reprendre, dans une atmosphère plus calme, l'œuvre d'enseigne- 
ment, de charité, d'administration, tache normale du chef d'une 
.grande famille religieuse. Avec quelle ardeur, avec quel éclat il l'a 
toujours remplie, ajoutant encore, dans sa passion inlassable pour 
le bien, même en dehors du Judaïsme, même au delà des limites de 
la France, une collaboration appréciée à beaucoup de ces œuvres 
où se répand l'activité généreuse de nos contemporains ! On vous 
l'a dit déjà, on vous le dira encore. 

Cependant de nouveaux et graves problèmes se posaient au 
Consistoire central et à son guide. La séparation des Églises et de 



X DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSEQUES 

rÉtat était imminente. M. Zadoc Kahn no lavait pas souhaitée; 
mais il avait trop de confiance dans les bienfaits de la liberté pour 
la redouter. 11 savait seulement que les conditions nouvelles laites 
au culte allaient imposer aux Israélites, et à leurs chefs avant tous, 
des devoirs encore plus impérieux. Une œuvre s'ouvrait infiniment 
complexe et délicate. Son zèle ne s'en effrayait pas et sa pré- 
voyance, toujours en éveil, se préoccupait dès longtemps de s'y 
préparer et d'y préparer les fidèles confiés à sa direction. 11 avait 
commencé à nous apporter dans nos séances, dans nos commis- 
sions, le concours de sa lucide intelligence, de sa science si vaste, 
de son esprit d'organisation si fécond en ressources. C'est à ce 
moment, cest à l'heure où il nous était le plus nécessaire, où il 
allait rendre à son culte les plus grands services peut-être qu'il 
eût été appelé à lui rendre, que la maladie l'a frappé subite et que 
la mort impitoyable nous l'enlève. 

Notre douleur, Messieurs, est immense. J'aurais pu — et ce m'eût 
été une douce satisfaction — rappeler moi aussi, avec tant d'autres 
qui l'ont fait et le feront, ces dons si exceptionnels, cette rare 
union des plus hautes qualités qui avaient acquis à notre cher 
grand-rabbin des sympathies si profondes, qui lui valent aujour- 
d'hui d'universels regrets. Ses collaborateurs immédiats du Consis- 
toire central devaient être, ils ont été les premiers sensibles à celle 
force de charme et de séduction qui émanait de cette grande intel- 
ligence, de ce grand cœur, et qui, s'ajoutant au prestige de sa situa- 
tion, de sa science, de son éloquence lui avait donné partout une 
incomparable autorité. Jai dû refouler mes sentiments pour ne 
retracer, suivant la mission qui m'a été confiée — et combien 
imparfaitement, je le sais mieux que personne — que le rôle du 
grand-rabbin du Consistoire centj'al des Israélites de France. 

Quand, il y a trois jours, dans une séance d'une de nos Com- 
missions, la nouvelle de sa mort nous fut apportée, notre conster- 
nation fut profonde. Nous méditions en silence la grandeur de 
notre perte. Chaque jour nous la révélera davantage. Combien, 
dans la tâche difficile qu'il nous reste à accomplir, nous manque- 
ront les conseils, la direction souveraine de ce rare esprit, chez 
qui le pieux respect du passé s'unissait à un sentiment si vif des 
nécessités inéluctables du présent et de l'avenir, je n'ose le pré- 
voir, mais je puis bien dire que nous ne ferons rien qui ne nous 
soit inspiré par son souvenir et son enseignement. La mort même 
n'aura pas interrompu son œuvre ; le peu de bien que nous ou nos 
successeurs, nous pourrons accomplir lui sera dû ; et si, dans les 
destinées nouvelles qui lui seront faites, le Judaïsme français voit 



\)E M. LK 6RâND-RABBI!V ZADOC KAHN XI 

se lover encoi'e dos heures ^'loriiMiscs e( prospères, il iToiihliera 
jamais d'eu reporter eu gi'aude partie lliouiicurau ^raud-rahhiu 
/adoc Kaliu. 

Cette assurauce serait la [)his noble consolatiou qu'il uous serait 
possible dofl'rirà sa famille eu pleurs, s'il était permis de vouloii' 
consoler une si légitime douleur. C'est, eu tous l(;s ras, le plus 
bel bommage que notre reconnaissance puisse déposer sur cette 
tombe. 



DISCOURS DE M. LE BARON GUSTAVE DE ROTHSCHILD 

PRÉSIDENT DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS. 

C'est avec la plus profonde émotion que je viens, au nom du 
Consistoire Israélite, du Comité de Bienfaisance, de la Communauté 
de Paris, et en mon nom personnel, dire un dernier adieu à celui 
dont la mort nous a cruellement frappés et expiimer la douleur 
que tous nous ressentons de la perte de notre regretté et vénéré 
grand-rabbin Zadoc Kahn. 

Toute sa carrière s'est écoulée parmi nous ; successivement 
directeur du Talmud Torali, rabbin adjoint au grand-rabbin de 
Paris, puis grand-rabbin de Paris à un âge où d'autres débutent à 
peine dans la carrière, nous l'avons suivi, connu et apprécié. 

Pasteur actif, zélé, vigilant, c 'est à lui qu'est dû l'essor de notre 
Communauté, le développement de toutes ses œuvres de cbarité, 
du Comité de Bienfaisance, dont il s'occupait avec un zèle infa- 
tigable. 

Nous qui l'avons eu comme collaborateur pendant de si longues 
années, nous savons quelle ardeur il mit à développer toutes les 
œuvres du culte et toutes celles de charité, avec quelle passion il 
Soutenait et défendait les intérêts de ses coi'eligionnaires. Nul n'a 
rendu à notre Communauté des services plus éminents, plus 
inoubliables 

Appelé par l'unanimité des délégués consistoriaux au poste su- 
prême de giand-rabbin de France, ce ne fut pas sans un grand 
décbirement de cœur, de sa part et de la nôtre, qu'il se vit dans 
l'obligation d'accepter ces fonctions, qui l'éloignaienl officiellement 



XII DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES 

(le la direction de notre Communauté. Il restait, cependant, tou- 
joui's notre pasteur vénéré et c'était — pour nous tous — un vrai 
jour de fête, quand, à certaines solennités, il nous faisait entendre 
son éloquente parole et appelait notre attention sur les sujets les 
plus élevés, sur la morale et le devoir des Israélites. 

Il nous est enlevé, au moment où nous aurions eu le plus impé- 
rieux besoin de son expérience, de ses conseils, de son influence, 
pour parer à la crise que traversent tous les cultes, et quand il 
ressentit les premières atteintes de la maladie qui devait Tenlever, 
ce fut pour lui un amer regret de ne pouvoir faire entendre, au 
jour du Kippour, comme il en avait Tintention, sa voix et ses con- 
seils dans les difficultés de Theure présente. 

La disparition de notre éminent grand rabbin est, j'ose le dire, 
une véritable calamité pour le Judaïsme français. Bien plus, Tin- 
fluence morale qu'exerçait celui que nous pleurons était univer- 
sellement reconnue, et sa mort sera un deuil non seulement pour 
les Israélites français, mais encore pour tous ceux qui, dans le 
monde entier, s'adressaient à ses lumières, à sa bonté ! 

Il ne fut pas seulement un guide religieux, mais aussi — et c'est 
ce qui l'a porté au rang si élevé que tous lui ont reconnu — un 
homme profondément charitable. Personne ne frappa en vain à sa 
porte; à quelque culte qu'on appartînt, il ouvrait sa main bienfai- 
sante et aucune infortune ne le laissait indifïérent. 

Constamment sur la brèche, il s'occupait de nombreuses œuvres 
de morale privées et publiques, de toutes confessions, et sa dispa- 
rition sera douloureusement ressentie, non seulement par nos 
coreligionnaires, mais par tous ceux qui s'occupent de l'améliora- 
tion des conditions humanitaires et sociales de la vie. 

Quant à moi et à toute ma famille, nous perdons un conseiller 
écouté, un ami dévoué, qui fut associé à toutes nos joies comme à 
toutes nos douleurs. 

Adieu, cher et vénéré Pasteur, adieu, mon vieil ami, puissent 
les regrets universels que vous laissez derrière vous être une 
consolation pour ceux qui vous pleurent. 



DE M. LE GHAND-RABBIN ZADOC KAllN XllI 

DISCOUliS DE M. SALOMON REINAGH 

AU NOM DE a l'aLLIANCE ISRAÉLITE UNIVERSELLE ». 



Messieurs, 

Si je prends ici la parole à la place du président de V Alliance, 
c'est pour épargner à notre vénérable ami le fardeau d'une épreuve 
où son éloquence pourrait èti'e trahie par son émotion. 

L'homme éminent, honneur de son pays et du Judaïsme, auquel 
nous rendons ici les devoirs suprêmes, lut un ouviier de la pre- 
mière heure dans cette grande institution de V Alliance israélite 
dont il était le président d'honneur depuis quinze ans. Pendant 
près de quarante ans, il lui donna, sans compter, toutes les forces 
bienfaisantes de sa parole, de son intelligence, de son cœur. Il 
l'avait presque vue naître ; tout jeune encore, il s'était mis à tra- 
vailler avec elle et pour elle, alors que personne ne pouvait prévoir 
le rôle glorieux qui lui était destiné dans l'évolution économique 
et sociale du Judaïsme. Il a été associé à tous les événements, à 
toutes les mesures qui en ont successivement précisé et développé 
l'action, élargi le champ d'influence, accru les ressources. Personne 
n'écrira l'histoire de l'Alliance sans y rencontrer, presque à chaque 
pas, le nom cher et respecté de notre ami. Également éloigné de 
ce conservatisme étroit qui s'effraie des changements nécessaires, 
et de cette fureur d'innover qui compromet trop souvent les ré- 
formes utiles, il eut, dès le début, une perception claire et comme 
impérieuse de la tâche éducatrice dévolue à V Alliance, du devoir 
qui lui incombait, sans fioisser les habitudes religieuses de nos 
frères d'Orient, de leur apporter les lumières, les méthodes, les 
insti'uments de travail utile, dont le Judaïsme occidental ne devait 
pas se réserver le bienfait. Pour que cette difl'usion si désirable 
s'accomplît, pour que l'état moral, intellectuel et matériel de nos 
coreligionnaires arriérés se relevât par rapt)rentissage et par 
l'école, il fallait, chez les dirigeants comme chez tous leurs auxi- 
liaires, un zèle prudent, une résolution tenace, une confiance 
solide dans la grandeur de l'œuvre, comme dans la vitalité et dans 
la souplesse du Judaïsme. Zadoc Kahn avait toutes ces qualités, 
qui sont presque des vertus, et savait en communiquer quelque 
chose à ceux qui collaboraient avec lui. Il suffisait, au cours de 



XIV DISCOURS PRONONCES AUX OBSEQUES 

nos séances, de Favoir entendu parler deux ou trois fois sur les 
questions de tout ordre qui sollicitent notre attention, pour admi- 
l'er, en surcroît d'une compétence étendue aux sujets les plus 
divers, son art délicat et sûr de résoudre les difficultés par un 
mélange de raison et de douceur. 

Cette douceur exquise de Zadoc Kahn, qui s'exprimait dans sa 
voix comme dans son sourire, n'avait rien d'apprêté, ni de con- 
venu; elle était le reflet spontané et naturel d'une bonté inépui- 
sable. Zadoc Kahn était infiniment bon et indulgent; il cherchait, 
avec une touchante obstination, des excuses pour ceux mêmes qui 
heurtaient le plus violemment sa passion de justice et de charité ; 
il ne voyait qu'à la dernière heure, quand il le voyait, dans les 
actions des hommes, le mobile de la méchanceté et de l'envie. Il se 
dispensait de haïr le mal en n'y croyant pas, ou en n'y déplorant 
qu'une erreur. Que de fois nous l'avons entendu calmer des irri- 
tations, réfréner des impatiences, choisir des exemples dans le 
passé proche ou lointain pour rendre l'espoir aux découragés, la 
foi aux timides ! Tant que ses collègues d'hier, ses admirateurs et 
ses amis se réuniront autour de la table où sa place reste vide pour 
veiller aux intérêts qui lui étaient chers, ils se rappelleront ses 
conseils, ils les allégueront, ils s'en fortifieront encore, ils en trans- 
mettront enfin le souvenir et comme le parfum aux jeunes gens 
qui continueront notre œuvre et l'achèveront sans doute dans le 
même esprit de solidarité et de progrès. 

Dès les premiers temps de Y Alliance, alors que ses membres 
avaient plus d'ardeui' que de moyens, il fut question d'améliorer 
par l'émigration, par la colonisation agricole la triste situation des 
Israélites de certains pays, victimes d iniques préjugés que l'es- 
prit du dix-huitième siècle n'a pu abolir. Le jour où il devint pos- 
sible de passer des paroles aux actes, quand la grande association 
de colonisation juive eut été ci'éée, Zadoc Kahn fut du petit 
nombre de ceux qui dirigèrent, au milieu de difficultés et de mi- 
sères sans cesse renaissantes, la marche rationnelle et méthodique 
du nouvel exode. Les colonies agricoles que V Alliance a fondées 
ou ([ui sont nées sous son inspiration, en Asie, en Africjue, dans 
les deux Amériques, ont contracté envers Zadoc Kahn une dette de 
reconnaissance que le temps ne fera qu'alourdir, à mesure que 
les effets de sa clairvoyance se révéleront davantage, que son oj)- 
timisme des jours d'épreuve paraîtra mieux justifié. Ces œuvres 
sont encore jeunes; le vingtième siècle en verra mûrir les fruits. 
On comprendra alors, du moins dans un cercle plus étendu, quel 
fut le mérite, quelle fut la perspicacité des quelques hommes qui 



DE M. LE GRAND-RABBIN ZADOC KAHN XV 

ont enlrevu d'abord, puis assuré ces grands et heureux cliange- 
ments dans la condition de milliei's d'Israélites. Un village déjà 
floiissant dans la République Argentine porte le nom de Zadoc 
Kahn ; ce nom est aimé et vénéré, il est pleuré aujourd'hui par tout 
le Judaïsme; mais nulle pai't il n'est entouré de plus de gratitude, 
de plus d'amour, honoré de plus de larmes que dans les contrées 
lointaines où la vieille ruche d'Israël a essaimé. 

Quant à l'œuvre principale et immédiate de V Alliance, à cette 
École normale d'Auteuil, pépinière de ses maîtres, aux écoles de 
tout genre établies par elle en Afrique et en Orient, on peut dire 
que le jugement de nos contemporains, chrétiens, musulmans ou 
Israélites, a déjà justifié, et au delà, toutes les ambitions de ses 
fondateurs. Aux yeux de Zadoc Kahn qui fut l'âme de tant d'en- 
treprises utiles, il n'y en avait pas de plus utile que la nôtre ; cent 
fois il y est revenu, dans ses allocutions, dans ses sermons, dans 
sa propagande personnelle, poui" la recommander à la libéralité de 
tous. « A nous », disait-il en 188î^, à nous, favorisés par la Pro- 
vidence, de créer des écoles où l'enfant puisse apprendre son de- 
voir et acquérir le sentiment de la dignité, de l'honneur, de la 
vertu! A nous, tous tant que nous sommes, de seconder celte 
saillante etgénéreuse Alliance Israélite qui a entrepris depuis long- 
temps la guerre sainte, remporté déjà de belles victoires, mais dont 
Tœuvre ne saurait complètement prospérer sans le concours em- 
pressé, chaleui'eux et large de tous ceux qui s'honorent d'être 
Israélites en même temps que fils d'un pays libre ! » 

Ce concours empressé, chaleureux et large, Zadoc Kahn avait 
bien le droit de le demander aux autres : il avait commencé, il n'a 
pas cessé de le donner lui-même jusqu'à la fatigue, jusqu'à l'épui- 
sement de ses forces. Mais n'eût-il fait que cela — et que de 
grandes choses on lui doit encore ! — il mériterait de rester, dans 
les annales et la pieuse mémoire du Judaïsme, au premier rang de 
ceux qui, pour lui emprunter sa noble formule, s'honorent d'être 
fils d'un pays libre en même temps qu'Israélites. 



XVI DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES 

DISCOURS DE M. LE GRAND-RABBIN LEHMANN 

AU ISOM DU SÉMINAIRE ISRAÉLITE. 



Messieurs, 

Le rabbinat a perdu son chef, le Judaïsme français, son pasteur ; 
la religion, un de ses représentants les plus honorés aux quatre 
points de l'horizon; la France, un de ses plus nobles enfants; 
rhumanité, un des défenseurs les plus éloquents du droit, delà 
vérité, de la justice, de la fraternité ! Dans ce deuil immense, uni- 
versel, où se confondent, dans une commune amertume, tant de 
douloureux regrets, nous pleurons, nous, les maîtres, les dis- 
ciples de récolc des pasteurs d'Israël, nous pleurons celui qui fut 
notre honneur, notre gloire, notre guide, notre soutien, notre es- 
pérance et, le cœur brisé, nous déposons sur le cercueil de celui 
qui nous a aimés jusqu'au dernier jour de sa vie, avec nos su- 
prêmes adieux, le tribut de notre affection filiale, de notre pieux 
respect, de notre ineffaçable gratitude ! 

Si profonde et si légitime que soit notre douleur, il faut que 
nous nous raidissions contre elle et qu'après les éclatants hom- 
mages que lui ont rendus, avec tant d'émotion et d'éloquence, 
les bouches les plus autorisées, nous vous disions, avec la plus 
grande simplicité, ce que fut, pour nous, le grand-rabbin Zadoc 
Kabn. 

Quand j'entrai à l'école rabbinique, Zadoc Kabn était notre doyen. 
Il était un véritable objet de respect pour tous ses camarades et 
nos maîtres, et nos chefs religieux, les chefs rehgieux du ju- 
daïsme, éprouvaient pour lui le même respect. Avec les goûts 
simples et modestes qu'il conserva toute sa vie, bien volontiers il 
serait devenu le pasteur d'une humble communauté, mais on vou- 
lait réorganiser le Talmud Torah, il fallait des professeurs de fran- 
çais, de latin, de grec, d'allemand, d'histoire, de géographie, 
d'hébreu, de Bible : on songea à Zadoc Kabn. Zadoc Kabn devint 
le professeur universel, et ce fut ainsi qu'à sa sortie du séminaire, 
Zadoc Kabn fut nommé directeur du Talmud Torah. Ce que de- 
vint, sous sa direction, cette école qui se mit à former des hommes 
qui devinrent des illustrations du Judaïsme et de la France, ceux- 
là j)ourraient vous le dire qui conserveront toute leur vie l'em- 



DE M. LK (iliÂNI)-HAliUIN ZADOC KAIIN XVII 

prcintc inon'açablc do son incomparable enseignement. Cependant 
il travaillait, avec Munk, à une des œuvres capitales de la philo- 
sophie et de la théologie, (^t tel était le jugement que portait sur 
lui, en 1806, l'immortel savant: Un jeune rabbin, M.Zadoc Kahn, 
un dc!> élèves les plus dlslinr/ués sorlis du séminaire Israélite de 
Paris et qui donne au rabbinat les plus belles espérances, a bien 
voulu me prêter son précieu.r concours \ 

Ces espérances devaient bientôt être réalisées. Deux mois après, 
M. Zadoc Kahn était invité à prêcher au temple de la rue Notre- 
Dame -de-Nazareth. Le sujet choisi par lui était : Le ,luda:isme aime 
la Joie, et aussitôt il est nommé rabbin à Paris. Moins de deux- 
ans après, après un sermon sur la morale juive, un chef-d'œuvre 
parmi tant de chel's-d'œuvre, il était élu à Tunanimité non sans des 
hésitations de sa part, des résistances, des luttes même, il était élu, 
à vingt-neuf ans, Grand Rabbin de Paris. 

« Ah ! ne dites pas : je suis jeune, lui disait en l'installant dans 
« ses fonctions, le grand-rabbin Isidor, ne dites pas : je suis 
« jeune ! Lui aussi était jeune, le prêtre d'Anathoth, le prophète 
« Jérémie, et Dieu lui ordonna de conduire, par la souveraineté de 
« la parole, son peuple Israël. » 

M. Zadoc Kahn, par la pureté de sa pensée, par la douceur, la 
bonté, la charité, le dévouement, Tabnégation, avait l'âme d'un 
prêtre d'Israël, de ce prêtre idéal dont le prophète Malachie a 
tracé l'admirable portrait, qui est, qui doit être l'envoyé, l'ange de 
rÉternel Sébaothî II avait du prophète la grandeur du cœur, l'é- 
tendue, pleine d'infinies perspectives, de l'esprit, la profondeur 
étonnante de la pensée, la chaleur contagieuse, la passion de la 
persuasion, la hauteur du caractère qui fait planer bien au-dessus 
des mesquineries des pensées humaines, la majesté du discours, la 
beauté sublime de l'expression et aussi la tristesse, parfois poi- 
gnante, du sentiment de l'impuissance de l'orateur, de l'ineffica- 
cité de son zèle, mais aussi, mais surtout la bonté, l'indicible 
bonté , la tendresse inexprimable des prophètes d'Israël qui lui 
inspirait de s'adresser aux âmes les plus généreuses, les plus 
tendres, les plus pures, à la jeunesse, aux femmes, aux enfants. 

H parlait [et aussitôt on était saisi. Infiniment variée, son élo- 
quence réunissait tous les contrastes : c'était simple, d'une sim- 
plicité parfaite, et c'était d'une originalité extrême. Ses pensées se 
suivaient avec une harmonie constante et tout à coup, comme par 
un coup d'aile, on se sentait comme transporté dans un monde nou- 

1. Guide défi Kf/drés. Préface (lu UI'^ volume. Juillet 1866. 



XYIII DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES 

veau. C'était la clarté, la lucidité, Télégance, la noblesse d'une 
pensée toujours sûre d'elle-même, une parole d'un art exquis, 
telles des pierres précieuses, avec mille brillantes facettes, et elle 
jaillissait de l'élan le plus spontané, pour exprimer l'émotion la 
plus profonde, le sentiment le plus intense! Sans cesse, on est sous 
le cbarme. Il a fini de parler et on écoute encore ! 

Voilà le maître que les générations de nos jeunes rabbins ont eu 
la joie d'entendre pendant les trent-six années de son saint mi- 
nistère. Quel enseignement plus réconfortant, plus fortifiant, plus 
vivant, plus fécond ! 

Pour lui, l'école des pasteurs , permettez-moi de vous le dire, 
Messieurs, l'école des pasteurs, c'était l'institution capitale du Ju- 
daïsme français, le foyer de sa science, le sanctuaire de sa tra- 
dition et de sa foi, le gage de son avenir. Il aurait voulu pénétrer 
tout le monde de ce sentiment. Il prenait à nos études un intérêt 
passionné. Il dirigeait avec une conscience extrême, au milieu de 
tant d'autres devoirs, tous nos examens; il aimait à prodiguer aux 
maîtres les témoignages de son estime, de son affection toute fra- 
ternelle — c'était, pour eux, la plus précieuse récompense, — aux 
élèves, les témoignages de sa sollicitude la plus bienveillante, la 
plus prévoyante, s'enquérant sans cesse de leur bien-être, subve- 
nant à leurs besoins avec une bonté toute paternelle, avec une 
générosité qui ne tarissait jamais. 

Mais plus que ses discours, plus que ses excellents conseils, sa 
vie tout entière était, pour nous, un perpétuel enseignement. 

La vie du rabbin, disait-il un jour, doit être pure, sans tache, sans 
reproche. Il la sanctifie par l'étude de la loi divine, par la pratique 
constante du devoir. Son foyer lui-même doit être un sanctuaire... 
Il se doit tout entier aux autres, est infatigable à les servir. Sa 
passion est de faire le bien... Il est le soutien le plus ferme, le pro- 
tecteur le plus ardent de toutes les institutions de bienfaisance, de 
fraternelle solidarité, d'instruction et de travail... Plein de tact et 
de ménagement pour les personnes, il défend avec l'énergie la 
plus grande la vérité et la justice... Par droit et par devoir, il fait 
partie de l'armée de ceux qui combattent pour le bien général 
dans la cité, dans la patrie, dans l'humanité. 

C'est ainsi qu'il a défini lui-même la mission du rabbin et voilà 
ce qu'était son existence tout entière, sa grande, sa belle, sa' 
sainte existence. C'est pour cela qu'il reste pour nous un mo- 
dèle incomparable, que son souvenir , semence infiniment fé- 
conde de vertu, de piétés de charité, est et sera éternellement 
béni! 



l)i: M. Li: GUAND-RAMHIN ZADOC KAHN XIX 

Clier el hion aimé gran(l-icil)l)in, cher et vénéré ami ! Nous l'C- 
porterons notre allection pleine de respect et de dévouement sur 
votre vaillante compagne, la compagne de votre jeunesse, celle 
qui fut constamment la joi(î de votre loyer, votre compagne vail- 
lante et dévouée dans l'accomplissement de votre sainte mission, 
et sur vos enfants, sur tous vos enfants, ceux qui furent votre 
chair et votre sang et ceux que votre cœur avait adoptés, les 
dignes héritiers de votre grand nom et les associés de vos travaux. 

Adieu, cher et bien-aimé grand-rahhin, cher et vénéré ami. Vous 
allez entrer dans la rayonnante splendeur de cette immortalité à 
laquelle vous avez aspiré ici-bas, « précédé par le cortège de vos in- 
« nombrables bonnes œuvres, et la gloire de TElernel vous j*e- 
« cueillera » ^dDwS-^ 'rt 'Tinsi ^p^it ^•«5Db ^bm. 

A77îe7l / 



ALLOCUTION DE M. LE RABBTN EMMANUEL WEILL 

A LA SYNAGOGUE DE LA RUE DE LA VICTOIRE. 

Mes frères, 

Je dois au privilège de Tâge le triste honneur de prendre ici la 
place du vénéré grand-rabbin de Paris, empêché à son vif regret 
par le soin de sa santé toujours précaire, pour rendre en son 
nom, au nom du rabbinat et de la Communauté de Paris, un su- 
prême hommage au vénéré chef de la synagogue française, au 
grand-rabbin Zadoc Kahn, qu'une mort prématurée enlève à l'af- 
fection, à la vénération des siens et de nous tous. 

Mission douloureuse, plus douloureuse que je ne puis dire, car 
si, face à ce cercueil, je vois se dresser devant moi la grande figure 
de cet homme considérable qui a glorifié Dieu par sa piété, qui a 
illustré le Judaïsme français et le Judaïsme universel par le senti- 
ment profond qu'il eut de la grandeur de sa tâche, par sa vaste 
science, par la dignité de sa vie, par l'ascendant de sa parole, il 
me semble revoir en même temps une souriante, douce et noble 
image, l'image de celui que tous, nous avons tant aimé. 

Son contemporain sur les bancs du Séminaire, quoique un peu 



XX DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES 

plus jeune que lui, son condisciple qu'il voulut bien lionorer et ré- 
jouir de sa précieuse et lidèle amitié, encore accrue par le lien de 
famille qui s'est formé entre nous, je nourrissais pour lui une 
affection pour ainsi dire filiale, et c'est pourquoi je ressens avec 
une amertume plus vive Timmensité de la perte que nous faisons 
en lui et je demande, comme vous demandez tous, à sa veuve dé- 
solée, à ses enfants éplorés, la permission de mêler nos larmes à 
leurs larmes. 

En songeant combien à eux et à nous cette précieuse existence 
eût été douce, combien utile, nécessaire encore, les uns et les 
autres tristement nous remontons par la pensée le cours des deux 
mois qui viennent de s'écouler : il y a deux mois, quelques jours 
de plus peut-être, Zadoc Kahn respirait encore, en apparence du 
moins, la pleine et parfaite santé. L'on était beureux autour de 
lui, en lui voyant déployer son activité accoutumée, consacrée à 
tant d'oeuvres diverses. Elle était tout heureuse , sa belle et 
grande famille, dont tous les membres se tiennent si étroitement 
unis, semblant n'avoir qu'un cœur et qu'une âme dans le sen- 
timent qui les attacbait à leur chef bien -aimé. Elle s'estimait 
parfaitement heureuse, la noble femme, sa compagne vénérée, de 
continuer à s'associer à sa vie de labeur, de rivaliser avec lui de 
dévouement et d'ardeur pour tout ce qui se fait de bon et de 
beau dans notre Communauté, quand est survenue cette cruelle 
maladie qui poursuivit insidieusement son chemin et ses ravages, 
sans que rien pût l'arrêter, rien, ni les tendres et vigilants 
soins d'une famille angoissée, ni nos journalières et ferventes 
prières, ni les efforts multipliés de la science, de ses représentants 
les plus autorisés, parmi lesquels le propre fils de notre vénéré dé- 
funt, qui, non plus que sa vaillante mère, ne quittait le chevet de 
son père. 

Devant ce malheur, ce grand malheur, comment ne pas gémir, 
ne pas pleurer ; comment ne pas répéter les paroles de Jérémie au 
spectacle de la ruine du Temple, car l'âme des justes est aussi un 
temple, puisque Dieu y réside, comment ne pas redire : al êlé ani 
bokhiya êniy êniyaredamayim, « voilà le trop légitime sujet de 
mes pleurs, mes yeux, mes yeux fondent en larmes ?» 

Nous voudrions, mais nous ne le pouvons, car l'heure nous 
presse, redire tous les mérites de Zadoc Kahn, tous ses innom- 
brables titres à nos regrets : ses beaux travaux, qui révèlent une 
science consommée, une érudition sûre, toute l'élévation, toute la 
précision, toute la merveilleuse lucidité de sa pensée. Nous ne 
pouvons dénombrer davantage toutes les belles œuvres de philan- 



DE M. LE GKÂND-RÂBHIN ZADOC KAIIN XXI 

tliropie, de pivvoyance , de charité, de science religieuse qu'il 
fonda ou concourut à fonder. Cela a été dit, sera redit et devra 
être complété plus tard, car la matière est vaste. Mais nous ne 
pouvons pas ne pas relever ici celui des mérites de cet homme, 
qui, à juste titre, compte le plus devant Dieu et les hommes : sa 
honte exquise, son esprit d'indulgence, Taménité de son cœur pour 
tous, pour nous ses collègues, qui étions sa famille spirituelle, 
pour toux ceux qui, de près ou de loin, entraient en relation avec 
lui, mais surtout pour les malheureux, ceux de notre Commu- 
nauté, ceux du monde entier, coreligionnaires ou non, qui tous 
venaient à lui, confiants, sûrs d'être accueillis, secourus, encou- 
ragés, réconfortés. Nous n'osons parler des trésors de bonté que 
son cœur recelait pour les siens, ce serait toucher à une corde trop 
sensible, nous exposer en ce moment à attendrir plus que de rai- 
son ceux qui souffrent et qui pleurent. 

Mais ce que nous ne pouvons davantage omettre de rappeler ici, 
c'est le sentiment profond du devoir qui fut le plus puissant res- 
sort de la merveilleuse activité de Zadoc Kahn et qui primait chez 
lui toute considération personnelle, jusqu'au souci de sa santé, 
qu'il a peut-être trop négligée. 

Nous ne pouvons laisser non plus que de rappeler, en cette 
chaire qu'il illustra, ce clair et beau langage qui fut le sien, cette 
admirable parole, si simple et si élevée à la fois, accessible aux 
plus humbles intelligences, édifiante pour les plus distinguées, 
cette parole si parfaitement appropriée à l'exposition des doctrines 
du Judaïsme, ces doctrines dénuées de mystère, claires comme les 
clairs rayons qui d'en haut descendent sur ce sanctuaire. Ah ! 
sanctuaire, sanctuaire, maintenant voilé de deuil, voûtes sacrées 
qui si souvent avez retenti de sa voix pleine de charme et d'auto- 
rité, vous ne l'entendrez plus ! l^our lui vos échos seront muets 
comme sont muettes ses lèvres glacées par la mort. Ah 1 Commu- 
nauté de Paris, frères et sœurs, qui si souvent avez tressailli au 
chaleureux appel de sa voix, qui si souvent vous êtes délectés à 
ses discours, soit qu'ils répandissent un baume salutaire, le baume 
de la foi, sur les meurtrissures de vos cœurs, soit qu'ils appor- 
tassent un rayon de plus à vos joies, soit qu'ils vous rendissent 
plus intelligibles les textes et les enseignements de nos livres sa- 
crés, vous ne l'entendrez plus, car sa bouche, qui est restée sou- 
riante jusque dans la mort, est close, à jamais close ! 

Mais ne nous laissons pas aller au découragement, ce serait faire 
injure à sa mémoire que nous voulons honorer. Il n'a jamais perdu 
courage, lui, pas même aux heures les plus difficiles, pas même 



XXII DISCOURS PR0NONCÉS AUX OBSÈQUES DE M- ZADOC KAHN 

en ces jours de maladie et dangoisse, supieme épreuve que Dieu 
lui envoya sans doute pour lui fournir roccasion de manifester 
sous une forme nouvelle, la seule qu'il n'eût point envisagée jus- 
qu'alors, toute la virilité de son àme. Non, Zadoc Kalin ne connut 
jamais la désespérance ; il possédait la pleine confiance en soi et 
la pleine confiance en Dieu. Il nous faut les garder à son exemple 
et le sentiment de sa disparition ne nous en doit pas détourner : 
« Dès avant que la lampe du pontife Hély s'éteignît au tabernacle de 
Silo, dit le Talmud, celle de Samuel déjà brillait à l'ombre de son 
Sanctuaire. » Quand tomba le manteau des épaules du prophète, 
Elisée fut là pour le ramasser. Qui sera Samuel ? Qui sera Elisée ? 
ou quels seront-ils ? Qui ramassera le flambeau échappé des mains 
défaillantes de notre tant regretté grand-rabbin? Qui recueillera 
le manteau, insigne d'autorité, pour l'étendre, à nouveau, pro- 
tecteur, sur Israël : Hên ata Adonaï yadata « Toi seul, Seigneur, 
tu le sais. » Il suffit. Lischouatekha kiviti Adonai « Notre salut 
est en tes mains, Éternel ». 

Pour nous, en présence des restes sacrés de celui que nous 
pleurons et dont le nom restera une bénédiction dans notre 
bouche, zékhér Sadik lihrakha, nous prenons ici l'engagement de 
continuer d'entourer d'amour et de respect sa veuve, la digne 
compagne de sa vie, tous les membres de sa famille à laquelle 
appartiennent, vous ne l'ignorez pas, deux fidèles pasteurs d'Is- 
raël, qui furent la joie de son cœur et qui resteront l'honneur de 
sa maison. 

Mais nous prenons l'engagement aussi, quelles que soient les 
circonstances, de demeurer hdèles nous-mêmes au Dieu qu'il a 
servi, à nos croyances, à notre religion paternelle, dont il fut, jus- 
qu'à son dernier jour, le digne et vaillant défenseur. 

Ainsi jusque par delà la mort, dans le monde de l'éternité, sa 
vertu grandira encore de toutes celles que nous pratiquerons à son 
exemple et lui préparera un glorieux repos au sein du Seigneur 
Vehalakh lefanékha cidkékha oiikhevod Adonaï yaasféka. 



ALLOCUTION DE M. LUCIEN LAZARD, VICE-PRÉSIDENT XXIII 



Nous joignons à ces discours^ l'allocution suivante prononcée 
par M. Lucien Lazard, vice-président de la Société des Études 
juives, au début de la séance tenue par le Comité le 2' décembre 
dernier : 

Messieurs, 

Votre Société, par la boucbe de M. Théodore Reinach, a, dans un 
éloquent et émouvant discours, rendu à M. le grand-rabbin Zadoc 
Kabn l'hommage qu'elle lui devait. Néanmoins, il m'est impossible 
d'ouvrir cette séance sans consacrer un souvenir à la mémoire de 
riiomme éminent, grand par le talent, plus grand encore par le 
cœur, qui vient de nous quitter. 

Ce n'est pas sans une profonde émotion que nous nous retrou- 
vons dans cette petite salle où depuis tant d'années nous étions 
habitués à le voir siéger au milieu de nous, éclairant de sa parole 
chaude et précise à la fois, accompagnée de ce bon et fin sourire 
que nous aimions, les discussions qui s'égaraient, ranimant les 
courages qui se lassaient et donnant, là comme partout, l'exemple 
de la foi agissante. 

Un peu de notre âme à tous est parti avec celui qui non seule- 
ment occupait parmi nous, à juste titre, la plus haute dignité, mais 
qui, par l'amour qu'il portait à ses frères, par l'ardeur infatigable 
qu'il mettait à leur service, par l'éloquence avec laquelle il savait 
les défendre, était l'incarnation du Judaïsme contemporain. 

Dans cette Société, qui, comme presque toutes les belles institu- 
tions dont nous pouvons nous glorifier, était son œuvre, il avait 
mis le plus cher de lui-môme et il lui portait une aifection que 
nous étions heureux de lui rendre dans sa soif de justice et de 
charité, qui n'est que l'expression vivante de la justice, il compre- 
nait que l'étude impartiale et désintéressée de l'histoire d'Israël, 
de son long et patient effort vers la vérité, de son martyre sécu- 
laire, était le meilleur culte que nous puissions rendre à la mé- 
moire des aïeux. 

C'était peut-être aussi à ses yeux le moyen le plus efficace de se- 
couer cette lâche et cruelle indifférence qui a envahi l'esprit de 
tant des nôtres, parmi ceux surtout qui ont été comblés des dons 
inestimables de l'intelligence et de la haute culture. Rattacher au 

1. Nous aurions aimé reproduire également le discours prononcé par M. Isaac Lévy, 
iiranil rabbin de Bordeaux, mais nous n'en possédons pas encore le texte (28 décembre)» 



XXIV ALLOCUTION DE M. LUCIEN LAZARD, VICE-PRÉSIDENT 

Judaïsme, tout au moins par la religion du passé et par le souvenir 
des souffrances communes, ces fils de persécutés, oublieux, au 
milieu des joies de la liberté, des épreuves et des douleurs pour- 
tant si récentes encore des ancêtres, tel était sans doute le but 
qu'assignait à la Société des Études juives son àme ardente, et 
passionnée. 

Sa noble ambition a-t-elle été complètement réalisée? L'avenir 
seul nous l'apprendra. Mais par sa vie admirable, par Fexemple 
inoubliable qull a donné, il a été le type du juif que nous pouvons 
présenter avec fierté au monde entier : c'est pourquoi nous sa- 
luons sa mémoire vénérée avec douleur, avec orgueil et avec re- 
connaissance. 



LE PROSELÏTISME JUIF 

(suite ^) 



II 



LES RABBINS DE L EPOQUE TALMUDIQUE ETAIENT-ILS FAVORABLES 
OU HOSTILES AU PROSÉLYTISME ? 



Il est une opinion qu'on cite d'ordinaire comme représentant la 
véritable et dernière pensée des rabbins du Talmud touchant le pro- 
sélytisme. C'est celle de R. Helbo, rabbin d'origine babylonienne, 
qui a exercé son activité en Palestine au iif siècle. Elle est ainsi 
conçue : « Les prosélytes sont aussi pénibles pour Israël que la 
lèpre pour l'épiderme; c'est ce que dit l'Ecriture en ces termes : 
Les prosélytes s'attacheront à Israël et seront une lèpre pour la 
maison de Jacob-. » L'auteur joue sur le mot nnoDSi, qu il rapproche 
de nnso « lèpre », alors qu'il signifie, en réalité, « se rallieront ». 
Exprimer une telle méfiance à l'égard des prosélytes et qualifier 
ainsi leur iniluence sur la destinée des Juifs, c'est condamner pré- 
ventivement tout prosélytisme. 

Or, cette assertion du docteur palestinien n'est pas invoquée 
moins de quatre fois "^ dans le Talmud babylonien, comme si elle 
était devenue la norme. S'il en est ainsi, on en conclut avec j-aison 
que le l'édacteur du Talmud l)abylonicn, c'est-à-dire les écoles rab- 
biniques du v^ siècle, était hostile à la propagande. Mais ce luxe de 

1. Vuir t. L, p. 1 et suiv. 

2. Je traduis, cola va sans dire, à. la façon de l'auteur. 

3. Cin(i fois si l'on s'en rapportait à M. E. Hirsch {Jew. Enci/clopedia, t. \, p. "223), 
(]ui cite encore Keloubot, 11 a; mais c'est une erreur, car cette page du Talnuid ne 
s'occujte aucunement de l'opinion de Pi. Helbo. 

T. LI, NO 101. i 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

citations doit-il s'interpréter de cette façon? Pour le décider, il nous 
faut étudier ces passages. 

1" Une baraita [Yehamot, 47 a-b] décrit les formalités usitées 
pour la réception des aspirants-prosélytes. Entre autres mesures, 
quand le néophyte exprimait son désir de devenir juif, on Tavertis- 
sait tout d'abord des obligations dont il se chargeait du fait de son 
entrée dans la communion d'Israël. Cet article est ainsi commenté 
dans le Taimud : « Pourquoi cette formalité? Réponse : pour le dé- 
tournei' de son dessein au cas où sa résolution ne serait pas ferme » 
;î:-i-id3 '0"'nD ■'i^^. Ceux qui ont édicté cette prescription, ajoute-t-on, 
pensaient comme R. Helbo, qui a dit : u Les prosélytes sont aussi 
pénibles pour Israël que la lèpre pour l'épiderme. » 

L'école, qui a ainsi interprété la baraïta, ne laisse pas deviner son 
opinion propre; elle se borne à déclarer que ce texte s'explique le 
mieux par le dire de R. Helbo. Allèguera-t-on qu'elle a voulu donner 
une autorité de plus à celui-ci en le rattachant à l'enseignement 
des Tannaïtes? Ce serait lui attribuer un expédient qui n'est pas 
dans les habitudes rabbiniques. On pourrait soutenir avec au moins 
autant de raison que l'école marque par là son étonnement. Ne 
comprenant pas cette mesure, qui écai'te du Judaïsme ceux qui de- 
vraient y être admis, elle ne s'en rend compte que par la suppo- 
sition d'un sentiment analogue à celui qu'a cristallisé R. Helbo 
dans sa formule. 

^^^ Dans Nidda, 13 6, on cherche une explication à une baraïta, 
très obscure, ainsi libellée : « Les prosélytes, de môme que ceux 
qui jouent avec les enfants, retardent l'avènement du Messie. » 
Quelle était la pensée de l'auteur de ce propos : voulait-il dire que 
les prosélytes, n'observant pas toujours minutieusement toutes les 
lois religieuses \ par cela môme qu'ils sont devenus Israélites, font 
rejaillir sur leurs coreligionnaires les conséquences de leurs péchés, 
dans lopinion qui fait du mérite de tout Israël la condition de la 
venue du Messie? Quoi qu'il en soit, pour rendre plus claire cette 
baraïta, on ne trouve rien de mieux que de la rapprocher de l'apho- 
risme de R. Helbo ; elle s'inspire, dit-on, du môme esprit. 

Ici encore nous n'avons que la conjecture d'un commentateur 



1. Si Ton craint le manque de ponctualitc des prosélytes dans raccomplissement des 
prescriptions relii-neuses, on redoute aussi leur excès de scrupules dans Tobservance 
des rites. Pi, Yohanan dit que, « pour la consommation de l'agneau pascal, les prosé- 
lytes ne doivent pas se réunir entre eux, de peur ({u'ils ne soient trop pointilleux et 
ne rendent le sacrifice imj)Jopre au rite » ïlbiDUJ HIIDn Y'Q^y 'j'^N pHT' 'T T73N 
b^OD ■'T^b imN'^3"'"! ^^2 "IpipT^ N?3U: Û'^n^ iPeaahun, 91 ô). Le zèle des néophytes 
est de tous les temps. 



LK PROSELYTISME JUIF 3 

voulanl eiUrer dans la ])ensée du texte qu'il interprète, et tout ce 
que nous avons dit précédemment est de mise encore ici. 

;^° Même remarque à faii'e à propos d'un autre passage de Yeba- 
mol (100 h]. Isaac, rabbin palestinien de la fin du iii« siè(^le, ayant 
dit que mallieurs sur malheurs Tondent sur ceux cfui acceptent des 
conversions ', on ajoute que ce docteur est du même avis que K. 
Helbo. 

4° A propos d'une opinion d'après laquelle Dieu n'établit sa rési- 
dence en Israël que parmi les familles dont la généalogie est pure 
(KiddoKschin, 70 b], un condisciple de Helbo, Rabah b. R. Houna, 
dit : a 11 y a cette différence entre les Israélites de naissance et 
les prosélytes, que les premiers sont, quoi qu'ils fassent, le peuple 
de Dieu, tandis que les derniers le deviennenty du fait de leur vo- 
lonté. » Cette distinction vient compléter l'opinion de R. Helbo, qui 
a dit :... 

l.a pensée, un peuénigmatique, est analogue, semblc-t-il, à celle 
qui inspire l'étrange baraïta de Nidda: le prosélyte est un danger 
pour Israël, parce qu'il peut empècber, par son iiifidéUtê^ soit 
Vunion de Dieu avec son peuple, soit Tavènement du Messie. 

Quoi (ju'il en soit, ce passage est différent de ceux que nous avons 
déjà considérés ; cette fois, nous avons Fopinion d'un rabbin dé- 
signé nominativement se surajoutant à celle d'Helbo, qui est son 
condisciple ; on ne peut plus y cbercber le sentiment unanime de 
la postérité. 

Tout compte fait, de quatre passages un seul témoigne de l'ad- 
hésion d'un rabbin à l'opinion de Helbo, et les trois autres n'ont 
aucune valeur démonstrative pour déterminer le sentiment des 
écoles babyloniennes des iv« et v<^ siècles. Ce sont des commen- 
taires objectifs, qui prouvent si peu la répugnance de ces académicîS 
pour le prosélytisme, (ju'ils peuvent attester le contraire : on dirait 
des précautions oratoires pour informer que ces propos déconcer- 
tants sont conformes à un avis particulier. Et ces baraïtot et cette 
affirmation de l'Amora Isaac ont vraiment provoqué la surprise de 
leurs commentateurs, car, seules, elles sont suivies d'une interpré- 
tation : les opinions opposées ne sont l'objet d'aucune glose, parce 



1. C'est là, (raprès lui, le sens de ce verset des Proverbes, xi, 15 : le malheur at- 
teint celui qui se porte garant pour autrui (cf. kidd.^ 70 b). — Qu'il ne faille pas 
prendre à la lettre ces interprétations exi-in-tiques, c'est ce qu'on voit dans Koliélet 
liahha^ sur viii, 10, Là, le même docteur, interprétant ce verset, dit que la conversion 
des païens n'est pas « vanité » : ce (|ui ICst, e'est le fait cpic les prosélytes ne se con- 
vertissent pas d'eux-mêmes "j^wT^ '53rî rTTT bnn i^rN pHit"' 'i'n ban riT û:^ 

•jrj^bN^ Û'^Na. 11 n'est donc pas hostile à toute espèce de conversion. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'elles paraissaient logiques. De môme, dans la page de Yebamot, 
47, citée plus haut, on ne croit pas nécessaire d'expliquer ces autres 
paroles adressées par les rabbins aux néophytes : « Vous voulez 
entrer dans la communion d'Israël? Ne savez-vous donc pas que 
les Juifs aujourd'hui sont persécutés, humiliés, malheureux?. . . » 
Cette considération humanitaire n'avait pas besoin d'éclaircisse- 
ment, et tout docteur en reconnaissait la justesse et l'opportunité . 
Reste donc ce seul fait que Helbo, comme d'autres rabbins, se 
méfiait des conversions, y voyait un danger pour le Judaïsme, et, 
par conséquent sans doute, désapprouvait le prosélytisme. Mais 
nous n'avons aucunement constaté que son sentiment fût devenu 
universel ou eût été érigé en loi. 

Il était si peu devenu universel que, bien que Helbo ait enseigné 
en Palestine, yam«/5 son opinion ne parait dans le Talmud pales- 
tinien ni dans aucun des Midraschim, qui tous ont été rédigés 
après lui et la plupart en Palestine. Bien mieux, le verset sur lequel 
Helbo l'avait appuyée est employé par un autre rabbin pour corro- 
borer l'idée contraire : « A qui se rapporte ce verset : Le guer ne 
demeure pas dehors » (Job, xxxi,32)? Aux prosélytes, pour dire que 
les prosélytes sont destinés à devenir des prêtres exerçant leur 
office dans le Temple, car il est écrit : Le prosélyte se ralliera à vous 
et ils s'attacheront à la maison de Jacob. Or, le verbe hdd est em- 
ployé uniquement à propos de la prêtrise (I Sam., ii, 36), car dans 
l'avenir, les prosélytes mangeront du pain de proposition, leurs 
filles ayant épousé des prêtres » (Schemot Rabba, xix). Quel est le 
rabbin qui prend ainsi le contre -pied de Helbo? C'est R. Beréchia, 
son élève, le seul qui rapporte ses sentences et interprétations de 
l'Écriture ^ ! L'enseignement du maître n'avait donc même pas 
conquis l'adhésion du disciple qui jure d'ordinaire par lui. 

Qu'on relise, après cela, ces mots de M. Bertholet : « En somme, 
c'est une façon de parler générale que les prosélytes sont pour les 
Israélites une gêne et une espèce de lèpre -. » M. Bertholet a certai- 



1. Voir Bâcher, Agada der Palàstin, Amorder, III, p. 348 et 56. 

2. « lu Summa : es ist eine gemeine Redensart das sic den Israeliten beschwerlirh 
und eine ArtAussatz siiid» {Die SLellung der Israeliten u. der Juden zu den Frem- 
den, p. 343).— Renan invoque le dire de Helbo comme témoig-uaire des seutimeuts du 
Judaïsme aui" siècle, càv la citation [Vie de Je'sus, p. 13) de Nidda, 13 Z», Yebamot, 
47 6, Kidd., 70 6, comme on l'a vu, vise cette opinion. C'est la même parole que Renan 
appelle à la rescousse pour attester le revirement d'idées qui s'était produit en 135 
après la chute de Bétar ; «Maintenant on ne veut plus de prosélytes... Celui qui 
cherche à s'agréger au peuple de Dieu est repoussé avec injure. Mais on ne s'arrêta 
l)as là : . . .ON proclama que les prosélytes étaient une lèpre pour Israël » [L'Eglise 
chrétienne, p. 253). Peut-être n'est-ce là qu'une; exagération de ces mots de Joseph 



LE PROSELYTISME JUIF 5 

nement été frappé du grand nombre do fois — il en cite trois d'a- 
près Danz — que revient cette sorte de sentence, mais, n'étant pas 
remonté aux sources, il n'a pas pu découvrir que le Talmud ne 
se l'approprie pas, et que seul Helbo s'exprime ainsi. A raisonner de 
la sorte, il serait permis d'aifu'mer, par exemple, que pour le Tal 
mud l'époque messianique se distinguera des temps présents sim- 
plement par la fin de la servitude d'Israël, car il cite, non point 
trois fois, mais sept fois l'opinion de Samuel, qui professe cette 
doctrine [Berachot, 34 b\ Sabbat, 63 a et 151 b\ Pesahim, 68 a\ 
Sanhédrin, 91 b et 99 a). Or, qui soutiendra une pareille gageure? 

L'opinion de Helbo assurément n'était pas isolée, elle se ratta- 
chait, non à une doctrine, mais à une tendance, qui se manifeste 
aussi haut qu'on remonte dans l'histoire authentique des rabbins. 
C'est celle qui se révèle dans les dires de Rabah b. R. Houna. de 
R. Isaac et des deux baraïtot que nous venons de passer en revue. 
C'est encore celle, semble-t-il au premier abord, d'une autre ba- 
raïta {Aboda Zara, 3 6, et Yebamot, 24 b), déclarant qu'à l'époque 
messianique les conversions ne seront plus reçues ^ Mais, à la vé- 
rité, il faut écarter ce texte du débat : l'auteur du propos est hos- 
tile seulement aux conversions intéressées; il ne veut pas de celles 
qui sont dues à la peur ou à la politique, et c'est ce qu'il exprime 
très nettement par la suite : « de même qu'on n'a pas accueiUi de 
prosélytes au temps de David et de Salomon. » A cette époque glo- 
rieuse où Israël était triomphant, les conversions étaient motivées 
uniquement par des considérations mondaines. C'est ce que déclare 
justement le Talmud (TebamotlQ a) e\\ commentant ces mêmes 
mots : les prosélytes d'alors en voulaient seulement « à la table 
royale » tr'^hti bia 'jn::'iu:b, n'aspirant qu'aux faveurs. C'est, sous 
une autre forme, l'interprétation qui est donnée de la baraïta dans 
Aboda Zara, 3 6, soit par l'école, soit par la baraïta elle-même : 



Deroul)ouri? : « L<ti'S([U(' plus tard (micoim* le judaïsmo devint sitnveut \c pont qu'itu 
traversait pour arriver an christianisme, on regarda les conversions d'un mauvais œil, 
et l'on dit que les prosélytes étaient pour Israël comme une lèpre. » [Palesline, j). 228, 
note 2.) 

1. 11 faut rattachei' à cette oiniiion cette gl(»S(> anoiiynu», (jui n'i^st reproduite (pie jiar 
Koliélel Rabba, sur i, 7 : « , ..Peut-être dira-t-ou que celui qui ne s'est pas converti 
en ce monde [avant l'arrivée du Messie] le fera dans le monde futur [à. l'avènement du 
Messie]. A cela répond le verset d'Isaïe, liv, 15 : « Voici [maintenant] il se convertit » ; 
mais s'il le fait par la suite, « cela ne viendra i)as de moi » [dit Dieu]; « qui résidera 
[en qualité de prosélyte] avec toi en ce monde « se ralliei-a à toi » dans le monde 
futur.» Ce n'est là qu'une altération de notre baraïta combinée avec le commentaire 
qu'en donne R. Eléazar dans Yebamol, 21 b. 



6 REVUE PES ETUDES JUIVES 

« A Tépoquo messianique, les païens mettront les tefUlin sur leurs 
tûtes et sur leurs bras, des cicit à leurs vêtements, des mezouzot à 
leurs portes (c'est-à-dire : se déclareront ouvertement Israélites) ; 
mais dès qu'ils verront la lutte de Gog et Magog- (et qu'ils craindront 
la défaite du Messie), ils rejetteront tous ces signes extérieurs. » 
N'y a-t-il pas dans cette espèce de prophétie comme la projection 
dans l'avenir d'un spectacle auquel les Juifs venaient d'assister : 
la désertion, lors des insurrections de ^^ et de 132, d'un cer- 
tain nombre de néo-Juifs? En tout cas, on a vu que cette baraita ne 
doit pas être invoquée pour attester l'hostilité des rabbins à tout 
prosélytisme. 

R. Hiyya, rabbin babylonien de la fin du ii^ siècle qui, comme 
Helbo, vint se fixer en Palestine, trahit peut-être la réaction qui a 
suivi la défaite décisive de 185, quand il dit : « Il ne faut pas avoir 
confiance dans le prosélyte jusqu'à la vingt-quatrième génération, 
car il reste attaché à son levain. « Mais, par son exemple, on peut 
voir avec quelle prudence il faut accueillir ces hyperboles. Après 
ces mots^ si tranchants, Hiyya ajoute : « Mais, lorsque le prosélyte 
se soumet au joug de Dieu avec amour et respect et se convertit en 
vue du ciel, Dieu ne le repousse pas, car il est écrit : « Il aime le 
prosélyte ^ . » 

La conception d'Eliézer b. Hyrcanos (fin du i'^'' siècle et com- 
mencement du ii^j ne prête pas à controverse. « C'est la crainte-, 
et non l'amour, dit-il, qui est le mobile des conversions » [Yeba- 
mot, 48 b). « Aussi, s'ils sont malheureux aujourdliui — dans 
l'empire romain^ — ne faut-il pas s'en étonner » ilbid.). 

Ce Tanna nourrit une incurable méfiance àl'égard du prosélyte'*. 

1. L'opinion dp Hiyya ne s'est conscrvre que dans le Yalkout snr Ruth, § 601. 
Comme le eoiitexte est nn extrait du Midr'asch sur Ruth, il est à ])résumer que ce 
passage appartenait aussi ;i ce recueil. Ce texte est éqalement invo(iué à deux reprises 
par Renan (iô,), ainsi ([ue la i»aro!e d(> Helbo, pour caractériser les idées juives du !''■■ 
cnnmie du ii* siècle ; mais, chose curieuse, il ne mentionne aucunement le correctif de 
la fin. Ainsi itrocède également 31. Bei-tliolet. La rencontie s'explique i»eut-èti'e autre- 
ment que par un égal nian([ue d'impartialit('' : 1er, deu\ auteurs, en renvoyant au folio 
103 d du Yalkouf, sans dii-e de ((uelle édition, révèlent (ju'ils ne connaissent ce pas- 
sage que pour l'avoir lu dans Carpzov, p. 51 (M. Bertliolet se réfère, au surplus, à ce 
polémiste), et celui-ci, bien entendu, a négligé de reproduire le complément du pas- 
sage, qui ne cadrait pas avec sa démonstration. 

2. La crainte! de la damnation ? 

3. Malgré la faveur que Dieu déviait leur montrer. 

4. Cependant un texte d'une authenticité inctnitestable, la Mec/iU/a,\^. l')Ha-b de 
l'éd. Fi'iedmaiin, attribue à ce Taujia l'oitinion o|)posée. R. Eliézer interprète ainsi le 
mot c'est moi d'Exode, xviii, 6 : « Dieu dit à Moïse : C'est moi qui par ma paroh; ai 
créé le monde, et c'est moi qui rapproclie et non qui éloigni* ; c'est moi qui ai rap- 
prodié' Jelhro et ne l'ai pas éloigné. Pareillement toi, quand (juclqu'un vient à toi 



LR PROSELYTISME JUIK 7 

C'est, sous ce rapport oncorc, le véritable disciple de r<''cole de 
Schammaï — du Scliammaï de la tradition — , encore qu'il eût iré- 
quenté celle de Hillel. Comme le Schammaï traditionnel, il répond 
avec dureté aux prosélytes qui s'adressent à lui. Une fois qu'Aky- 
las, le prosélyte, commentant devant lui le verset : «Dieu parce 
qu'il aime le prosélyte, lui accorde nourriture et vêtement »(Deut., 
X, 18), s'écriait: « Et voilà tout l'honneur qui l'attend! » Eliézer 
lui répliqua, non sans rudesse : « C'est peu de chose à tes yeux 
ce que le patriarche suppliait Dieu de lui assurer ! » {Berhchit Rabba, 
Lxx; Kohélct Rabba, sur viii, 8; Bemidbar Babba, \u\\ Eliézer dit 
encore que, si Dieu recommande avec tant de sollicitude le prosélyte 
à la bonté des Israélites, c'est que « son fond est mauvais » ; pour 
un rien il retournerait à l'idolâtrie (MecJnlta, p. 95 a ; Baba Mccia, 
59, b). Comme l'a très bien remarqué M. Bâcher \ cette conception 
pessimiste est du môme ordre que celle qu'il se faisait des païens. 
« Leur charité, disait-il, n'est qu'ostentation (Baba Batra 40 b, 
corrigé d'après Pesikta, là b) ». Aussi professait-il que le monde 
futur leur est fermé {Tosefta Sanhédrin, xiii,2; Sanhédrin, 105 a), 
La rudesse de Schammaï pour les aspirants-prosélytes est bien 
connue. Cependant, comme les anecdotes qui lui sont prêtées ont 
besoin d'être discutées, il ne sera pas inutile de les reproduire une 
fois de plus : 

Raraïta : Un païen se présenta devant Schammaï et lui dit : « Combien 
avez-vous de lois? — Deux : la loi écrite et la loi orale. — La loi écrite, 
j'y croirai ; mais non à la loi orale. Convertis-moi et apprends-moi la loi 
écrite (seulement). » A ces mots, Schammaï s'emporta et le mit à la porte 
avec des injures. Le païen, alors, se rendit chez Hillel, qui le reçut 
comme prosélyte (malgré la condition susdite). Le premier jour [il lui 

pour se ronvcrtir, il ne le fait (iircu vue du ciel : rapprochc-lc et ur réloi^Mic pas. 
De là tu peux apprendre cette règle que, si Fou repousse de la main gauche, il faut 
rapprocher de la droite. » 11 n'y a pas moyen de suj^poser ici une substitution de 
noms, car ce passage appartient à un très long morceau qui met en contraste les in- 
terprétations divergentes de R. Josué, d'Eliézer de Modin et de notre Eliézer, en les 
rangeant toujours dans cet ordre. Or, ici aussi l'opinion d'Eliézer suit celles d'Eliézer de 
Modin et de Josué. C'est ce passage qui — à tort assurément —a induit Schorr (//«/î/f , 
XI, p. 67 et s.) à l)0uleverser tous les textes i)our restituer à Eliézer tout ce que dit 
ou fait R. Josué en faveur des prosélytes. — M. Bertliolet (p. 321) cite, d'après Hausrath, 
une sentence analogue à celle d'Eliézer (pie Simon b. Gamliel, arrière petit-fds d'Hillel, 
aurait eu l'habitude de prononcer : « Lorsqu'un paien vient pour se convertir, il faut 
lui tendre la main pour le faire entrer sous les ailes de la Schechina. » En réalité, ce 
n'est pas le fils du Gamliel des Actes des Apôtres ([ui parle ainsi, mais Simon b. 
Gamliel II {Vai/ikrn Rahba, ii). Ses paroles sont étranges, telles (ju'elles sont rajqiortées 
dans ce recueil, car il aurait dit : « C'est là ce qu'ont enseigné les sages dans la 
Mischna », alors (|ue la Mischna fut seulement rédigée par son fils, Rabbi Juda. 
1. Agada der Tannailen, \, 2" éd., p. 107. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

apprit ralphabct] disant : voici Valcf, le bct, le guimel, le dalet.,. Le 
lendemain, il lui enseigna le contraire. — a Mais hier, s'écria le prosé- 
lyte, tu ne m'as pas parlé ainsi! — Ainsi, répliqua Hillel, à moi tu fen 
rapportes, et tu ne fen rapporterais pas à la tradition ! ' » 

Autre histoire analogue. Vn païen se présenta devant Schammai et lui 
dit : « Convertis-moi, à la condition de m'enseigner toute la loi pendant 
que je me tiendrai sur un pied. » Schammaï le repoussa avec la coudée de 
bâtisse qu'il tenait à la main. Le païen se rendit alors chez Hillel, qui le 
reçut comme prosélyte, en lui disant : « Ce qui te déplaît, ne le fais pas à 
ton prochain » ; c'est là toute la loi, le reste n'en est que le commentaire : 
va et étudie. » 

Autre fait analogue. Un païen, passant derrière une école, entendit la 
voix du scribe disant : « Voici les vêtements qu'on confectionnera : le ra- 
tional, l'éphod. » — « Pour qui ces vêtements, demanda-t-il? — Pour le 
grand-prêtre. » Le païen se dit alors : « Je vais me faire prosélyte pour 
qu'on me nomme grand-prêtre. » Il se présenta devant Schammaï et lui 
dit : « Convertis-moi à la condition de me faire grand-prêtre. » Scham- 
maï le repoussa avec la coudée de bâtisse qu'il tenait à la main. Le païen 
se rendit alors chez Hillel, qui le reçut comme prosélyte. Puis HiUel lui 
dit : « Nomme-t-on roi celui qui ne connaît pas les règles de la monar- 
chie ? Va donc d'abord t'en instruire. » Alors le païen lut l'Écriture, et, 
arrivé à ce passage : « Le laïc qui approchera sera mis à mort », il dit : 
«( A qui s'adresse ce verset ? » Hillel lui répondit : « Même à David, roi 
d'Israël. » Là-dessus le prosélyte se tint ce raisonnement : « Si les Israé- 
lites, qui ont été appelés les enfants de Dieu et que celui-ci, dans son 
amour pour eux, a nommés: « mon fils, mon premier-né, Israël », sont ce- 
pendant passibles de la mort au cas où ils s'approcheraient, à combien 
plus forte raison un simple prosélyte, venu avec son bâton et sa be- 
sace ! » Il alla dire à Schammaï : « Comment pourrais-je être grand- 
prêtre puisque le laïc qui s'approche est passible de mort? » Et à Hillel il 
dit : a Hillel, le débonnaire, que les bénédictions reposent sur ta tête, car 
tu m'as introduit sous les ailes de la Schechina! » —Un jour ces trois pro- 
sélytes se rencontrèrent et ils se dirent : « L'irascibilité de Schammaï a été 
sur le point de nous repousser du monde ; la douceur d'Hillel nous a rap- 
prochés des ailes de la Schechina » {Sabbat, .31 a). 

A supposer que ces historiettes soient authentiques, il n'en ré- 
sulte pas nécessairement que Schammaï montrait de la défiance 
ou de la répugnance pour le prosélytisme, ni, à plus forte raison, 

1. C'est à peu près la même histoire que racontera Koliélet Rahba, sur vu, 8, de 
Rab et de Samuel : « Un Persan se présenta devant Rab pour y être instruit dans la Loi. 
Rab lui dit : Prononce alef. — Qui prouve, répondit le Persan, que c'est un alef... 
Là-dessus Rab le renvoya avec colère. Samuel, au contraire, faccueillit avec bienveil- 
lance... » On conclut de ce récit que la patience de Samuel a plus fait que l'empor- 
tement de Rab, car sans la patience du premier, le Persan serait retourné à son levain 
mî^"^Db. Ces derniers mots sont un doublet de la fin de la page de Sabbat. 



LE PROSELYTISME JUIF 9 

qu'il fùl opposé à toute propagande. Ce qnon veut montrer dans 
ces traits, c'est sa rudesse faisant contraste avec lindulgence et la 
douceur de Hillel. 11 s'emporte, assurément, contre la prétention 
de ces païens ([ui veulent mettre à leur conversion des conditions 
extravagantes; mais rien ne dit qu'il aurait ainsi accueilli celui qui 
venait au Judaïsme simplement et sans exigences puériles. 

On a relevé ' encore d'autres passages qui trahissent le peu de 
foi des rabbins dans la solidité des conversions. C'est pour cela que 
la « tradition » attribue aux prosélytes, qui se joignirent aux Israé- 
lites lors de la sortie d'Egypte, le crime d'avoir adoré le veau d'or. 
La « tradition » est ici Samuel b. Nahman, qui déduit cette justifi- 
cation des Israélites des termes employés à cette occasion : « Voilà 
ton Dieu, Israël ». Les Israélites de naissance auraient dit : « Voilà 
notre Dieu » [Vai/ikra Rabba, xxvn). Aussi, d'après un texte ano- 
nyme du Tanhoiima [Ki Tissa, 21 -), qui n'est qu'un développe- 
ment des paroles de Samuel b. Nahman •\ Dieu dit-il à Moïse : « Ton 
peuple s'est perverti », ton peuple et non le mien. 

Mais c'est méconnaître l'intention de ce Midrasch que d'y voir la 
condamnation du prosélytisme ou môme la méfiance à l'égard des 
convertis. Samuel ben Nahman se livre ici à un de ces jeux d'es- 
prit chers aux Agadistes, l'apologie à outrance, la réhabilitation 
quand môme de ceux des Israélites dont l'Ecriture raconte les 
fautes. Que cette méthode tant soit peu paradoxale ait été un 
moyen de défense contre les attaques du dehors ou une simple 
gageure, ce n'est pas ici le lieu de le rechercher; elle est indé- 
niable, et c'est la seule chose à enregistrer pour l'instant. Or, il se 
trouve justement que c'est Samuel ben Nahman qui aime à rappor- 
ter les dires de R. Jonathan connu par sa réhabilitation des pé- 
cheurs les plus notoires : « Celui-là se trompe, dit Samuel b. Nah- 
man, au nom de R. Jonathan, qui prétend que les iils d'Eli, les fils 
de Samuel, David, Salomon, Josias ont commis des fautes {Sabbat, 
05 b et ^C) a-b) ». Ce qui montre bien, d'ailleurs, que Samuel b. Nah- 
man ne nourrissait pas les sentiments qu'on lui impute à l'égard des 
prosélytes, c'est cette leçon qu'il fit en une autre circonstance : « Le 
verset du Cantique des Cantiques (vi, 2) : « Mon bien-aimé est des- 
cendu dans son jardin, au parterre des plantes aromatiques, pour 
. . .cueillir des lis » doit être interprété par cette parabole : Un roi 
avait confié à son fils son verger planté de noyers, de pommiers et 
de grenadiers. Tout le temps que le prince obéissait à son pèie, 

1. M. Beitholet, p. 342. 

2. M. Bertholet cite ce passade, mais sans indiquer de référence. 

3. Elles y sont même reprises, mais sans la mention du nom de l'auteur. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lo roi parcourait le mondo et, quand il rencontrait quelque part 
un bon plant, il le déracinait pour le replanter dans le jardin. 
Le fils désobéissait-il, son père enlevait du jardin les meilleurs 
arbres. Ainsi, lorsque les Israélites obéissent à Dieu, celui-ci va 
voir parmi les peuples les justes qui s'y trouvent, comme Jetbro et 
Racliab, et les amène pour les attacher à Israël... » [Cantiques 
Rabha, ad loc.) 

M. Bertholet corse, il est vrai, cette liste de textes talmudiques 
ou midrascbiques par un extrait du Kad HakémaJi de Beliaï I 
« Des prosélytes on ne peut rien attendre de bon; comme ils sont 
issus ex (jutta sordida îibicc rrar:^, ils sont une racine de poison, 
et leurs enfants sont pour la plupart foncièrement mauvais, car de 
Maacha, que David convertit au Judaïsme, naquit Absalon, qui cher- 
cha à tuer son père et qui commit un inceste avec ses femmes. » 
Ce recours à un auteur espagnol du xiii« siècle, que M. Bertholet 
doit à Buxtorf, a d'autantplus lieu de nous étonner chez un savant 
moderne, que M. Bertholet, comme nous l'avons vu (t. L, p. 3), loue 
M. Schurer d'avoir prouvé que l'expression « prosélyte de la porte » 
n'est aucunement un terme technique ancien, mais une invention 
d'un commentateur du xiii® siècle, qui n'est autre que Behaï. 

On dira, il est vrai, si l'on connaît le Talmud, que cet auteur a 
tout au moins emprunté à ce livre l'expression ex gutta aordida. 
En efTet, elle se trouve, entre autres, dans Nidda, 49^, et Horayot, 
\^a. Seulement le pauvre Buxtorf a mal traduit l'adjectif, qui ne 
veut aucunement dire : sordide, malpropre, mais impropre, non 
admis par la loi, privé de la capacité légale. Un témoin b"io-: n'est 
pas malpropre, mais impropre à témoigner. Buxtorf s'est laissé en- 
traîner par ses souvenirs : il a pensé à l'expression rminD nsuTo, qui 
a ce sens. Mais admirez le trait : ces mots sont appliqués à l'Israé- 
lite aussi bien qu'au païen : « Akabia ben Mehallalel disait : Con- 
sidère trois choses et tu ne seras pas induit au péché : d'où tu viens, 
oii tu vas et devant qui tu auras à rendre compte de tes actes. D'où 
tu viens? D'une goutte félide rimno "n^'ûiz » [Ahot, ni, 1). 

iVI. Bertholet est moins heureux encore quand il veut fonder sa 
thèse sur des étymologies : « C'est un fait qui se passe de com- 
mentaire, dit-il (p. 343), que dans les dialectes araméens le verbe 
ms (d'où vient guer) a pris le sens de « commettre un adultère ». 
Un philologue de profession ne ratifiera pas d'emblée une pareille 
assertion, car elle suppose, ce qui est absurde et controuvé, que 
ce verbe n'appartient pas au fond primitif de la langue araméenne 
et n'a été usité que dans les dialectes araméens ^z^Z/V, ou qu'il a 
été importé des Juifs aux dialectes non-juifs de cette famille. En 



LE PROSÉF.YTISME JUIF H 

fait, 11011 seuleiiiciit il appailiciit au vocalîiilain; araméeii on gé- 
néral, mais oncoi'o il se rencontre peut-être déjà chez les Juifs à 
une époque où certainement le mot guer navait pas encore le 
sons (le prosélyte; il est, en clTet, employé par l'Ecclésiastique, 
XLii, \)c : n^5n 1D nm^sa '. L'étymologio.proposée par l>ayiie-Smitli 
est autrement satisfaisante et conforme à la psychologie populaire. 
D'après lui (col. ()8S), le sens donné à cotte racine viendrait de ce 
que toute fomme ('Irniu/rre était considérée comme une femme do 
mauvaise vie. Quelle étrange idée de faire de l'histoire avec des 
étymologics, et surtout des étymologies aussi fragiles ! 

Ce serait aussi, paraît- il, un indice singulièrement instructif 
de la suspicion dont était rohjet le prosélyte que, sa vie durant, 
celui-ci portât W surnom (\o « prosélyte «^ et son fils celui de « fils 
de [)rosélyte » iBerlholet, p. 341). Il faut vraiment heaucoup de 
bonne volonté pour découvrir dans ce fait — qui n'était nullement 
la règle, d'ailleurs — une révélation sur les pensées intimes des Juifs 
ou des rabbins. En un temps où n'existaient pas encore de noms 
de familles, il est naturel que toute particularité servît à mieux 
déterminer l'identité. C'est ainsi qu'au moyen âge, en France 
les Juifs bapthés s'appelaient volonliers /<? Co;it'^r.s' -. Ce surnom, 
en outre, était-il imposé aux prosélytes ou adopté par eux libre- 
ment et mémo avec une certaine flerté? Les inscriptions latines, 
gravées sans aucun doute suivant les instructions des familles des 
défunts et où le titre de meiuentes a tout l'air d'une profession de 
foi, permettent de conclure plutôt pour la seconde hypothèse. 

Nous n'en avons pas fini avec les découvertes du même genre 
faites par M. Bertholet. « On a si peu confiance, dans le prosélyte, 
dit-il, que la règle rabbinique porte : « Prends garde au prosélyte 
jusqu'à la dixième génération. » Cette règle a été trouvée par Ca- 
saubon {Adversiis Baroniiim, p. 27) et reproduite, d'après lui, par 
Goodwin (Moses et Avon, § 7), et c'est sur ces autorités qu'elle est 
versée aux débats. Le malheur est qu'il n'existe aucune rèf/le de 
ce genre dans le Talmud et que la seule sentence-* qui puisse avoir 
prêté à la confusion exprime tout autre chose ; c'est ce proverbe 
babylonien : « N'humilie pas le païen devant le prosélyte jusquà la 
dixième génération » {SanJuklria, 1)4^)'*. 



1 Je (lis peut-c'/re parce quii tiioii avis, mrin <l"it ùtrr corriLir, daprés le lm'cc et 
le Talimid, eu nJiDP. Cette corn'Cliuii a été adoptée par Snieiid, Peteis et Strack. 

2. Iniputera-t-oii cette déuoniiiiatiou à la métianee du cliristiaiiisnie à rétrani des 
prosélytes et à sa répiiguance pour les eoiiversioiis ? 

3. Eli dehors du dire de R. Hiyya, ([ue M. liertholet leproduit ensuite. 

i. Il y aurait encore bien des réserves à faiic sur I inlerpr.'fatinn ((ue donne 



15 ^ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Bertholet introduit par ces mots ce faisceau de témoignages : 
« Mais à ces passages | favorables aux prosélytes] s'opposent en 
plus grand nombre ceux qui révèlent la forte méfiance avec 
laquelle, en général, on paraît cependant avoir toujours considéré 
le prosélyte » (p. 340). La moisson que nous venons de trier étant 
assez pauvre, il faut s'attendre maintenant à une cueillette plus 
maigre encore de textes rabbiniques favorables au prosélytisme et 
aux prosélytes. On va voir ce qu'il faut penser de cette allégation 

Et d'abord, rien de plus instructif que la page de Sabbat, 31. «, 
qui met en scène Hillel et Scbammaï. Il saute aux yeux que ces 
bistoriettes tendent à noircir Scbammaï pour en faire un repoussoir 
à Hillel. Sont-elles conformes à la vérité ? Pas de tous points, assu- 
rément : ces faits qui se produisent toujours dans les mêmes cir- 
constances — Scbammaï est constamment armé d'un outil d'ar- 
chitecte ou de maçon — ont, pour le moins, été arrangés parla 
tradition ou le rédacteur. En outre, cette tradition émane sans 
aucun doute d'un milieu qui cbercbait à rehausser le mérite de 
Hihel. Chose curieuse : de son adversaire on ne rapporte que ce 
qui peut le déprécier; à en croire ces récits hostiles, on n'ima- 
ginerait pas que Scbammaï ait joué le premier rôle de son temps. 
Aussi, lorsqu'on oppose ses maximes à sa conduite, fait-on preuve 
de quelque naïveté : ses maximes sont de lui, et sa conduite est 
celle que lui prête une légende intéressée ^ Mais si la tradition veut 

M. Bertholet de certains textes extraits de la littérature rabbiuique. Ainsi, établissanl 
un lien enti'e le dire de Heibo et la subordination des prosélytes par rapport aux 
Israélites de naissance — lien qui n'existe aucunement — il ajoute : « Il est inadmis- 
sible que le véritable Israélite soit sur la terre, tandis que le prosélyte est au plus 
haut des eieux ». C"est la traduction du proverbe "^72^:3 5<Tl"^:i1 N^'INH N3"^^"» 
N'^73125. Or, ce dicton ne se rapporte pas à ÏIsraélite, mais à Vmdigène, opposé à 
Yauhain. En effet, le mot Nn'^St'^ n'a ([uc le sens d'indigène. Quand on veut mettre en 
])arallèle le prosélyte et l'Israélite de naissance, on emploie toujours le mot Israël. 

1. C'est ce dont ne s'avise pas M. Bertholet (p. 320), qui, à la suite de ses prédé- 
cesseurs, oppose la conduite de Scbammaï à sa maxime : i«. Accueille tout homme avec 
bienveillance ». — M. Bertholet, reprenant une note de Joseph Derenbourg [Palestine, 
p. 229, note 2), fait aussi un grief à l'école de Scbammaï d'exiger du converti une opé- 
ration, même quand la circoncision est superflue ; ce serait là une nouvelle preuve 
des sentiments du maître au sujet du prosélytisme. Ce serait exact si l'école de Scbam- 
maï n'exigeait pas la même opération de VIsraéliLe né circoncis ; or, tel est juste- 
ment le cas : ce qui était o])ligatoire pour l'Israélite devait naturellement l'être aussi 
pour le païen demandant à se convertir {Sabbat, 135 «). Plus tard, un docteur, R. 
Schimon b. Eléazar, ne voulant pas admettre que l'école de Hillel n'eût pas réclamé 
cette condition de l'Israélite, imagine que les Hillélites étaiçnt d'accord sur ce point 
avec les Schammaïtes et que le différend portait seulement sur le cas du prosélyte 
présentant le même phénomène physiologique [Tossefta Sabbat, xv, 9 ; Yebamot, 
9 a ; Sabbat, 135 «) ; mais c'est là une vue toute théorique. — M. Derenbourg écrit à 
ce propos (ibid.) : « Plus tard, on interpréta cette divergence d'opinions [au sujet du 



LE PROSÉLYTISME JUIF 13 

ainsi le rabaisser en lui attribuant une raideur maladroite, un em- 
portement intempestif et blâmable contre des aspirants-prosélytes 
aux caprices enfantins, c'est donc qu'on loue l'attitude de Hillel et 
qu'on blâme celle de Scbammaï; en d'autres termes, qu'on approuve 
et recommande le prosélytisme, et cela est plus important en- 
core que les traits, même bisloriques, relatés par ces récits. 

Ce n'est pas seulement au commencement du i"'", mais encore au 
n« siècle — date vraisemblable de cette baraita — sinon au com- 
mencement du iH°, que l'esprit des cercles rabbiniques nourrit 
cette tendresse pour la conversion des païens. Pour le i" siècle, 
personne ne le conteste : c'est l'époque où Matbieu, xxni, 15, re- 
proche aux Pharisiens leur rage de convertisseurs, les voyages 
qu'ils font pour recruter des âmes au Judaïsme, tandis que pour 
le siècle suivant, môme les savants juifs admettent une réaction 
décisive qui a fait brûler ce qu'on adorait jusque-là. On voit ce qu'il 
faut penser de la thèse. 

Or, ces traditions favorables à Hillel ne sont pas les seules à 
nous donner cette impression. Il est un docteur qui est comme 
Valter ego de Hillel, c'est R. Josué, le contradicteur ordinaire de 
R. Eliézer. Si ce dernier rabbin admet que les païens n'auront pas 
part aux l'écompenses du monde futur, Josué en déclare dignes les 
païens qui ont respecté les lois de la justice. Dans une circonstance 
solennelle, il fut d'avis, contrairement à Rabban Gamliel, qu'un 
prosélyte ammonite, malgré les termes formels de l'Ecriture, pou- 
vait entrer dans la communauté d'Israël, invoquant celte raison, 
assez fragile, que Sennachérib avait bouleversé les nations et que, 
par conséquent, il n'y avait plus d'Ammonites authentiques (7'o,y- 

prosiJlyto] do telk; façon ([ue, pour la quostioti priucipak', les Hillélites {)aruroiit d'ac- 
cord avec les Scliamniaitos. Mais cola vioiit do co qu'on no pouvait plus supposer uno 
indulgonco seniblahlo à l'ogard dos prosélytes ». Ces mots ne visent pas l'observation 
de Schimon b. Eléazar, mais la Massécliet Guérim (cli. ii). — L'opinion dos Scham- 
maïtes devrait particulii'roinont plaire aux théologiens chrétiens, car elle sond)le 
découler d'une conception mysti(iue de la circoncision, tenue, non i)our une opération 
chiruri-Mcali' destinée à corriger la nature ou à abolir une impureté, mais lunir un 
sacrement. Ce qui le ferait supposer, c'est <|uo, d'après un docteur, ce rite avait pour 
effet de transformer l'homme en uno créature nouvelle rTlZJin TV^^I (R. Boréchia, 
Berèschit Rabba, xxx). Si les Scliamniaitos partaireaient cette manière de voir, et c'est 
assez probable, il est naturel (juils aient exiiré l'effusion du sang, si minime qu'elle 
fût, comme condition du sacrement. La conversion du prosélyte était éiraleniont consi- 
dérée comme uno nouvelle création (Yebainot, 62 a). Qui sait si ce nost pas égale- 
ment pour co motif qu'on exigeait du prosélyte cette opération? Si R. Josué a pu sou- 
t(>nir (pie h; baptême tenait lieu de circoncision, c'est sans aucun doute parce que, à 
ses yeux, le baptême avait la même vertu sacramentelle. Seulement ce sacrement avait 
le tort d'être nouveau et d'exécution tntp facile, de contredire des textes foiniels du 
Pentatfuqur et de no pas iiaraitro assez niysteiieux. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sefta Yadayim, ii, 17, p. 683 de l'éd. Zuckermandel). C'est encore 
lui qui voulait que le baptême suint pour l'entrée du païen dans la 
communion juive [Yebamot, 40 a\ N'est-il pas digne de remarque 
que ce soit justement ce docteur qui ait les bonnes grâces de la 
tradition, laquelle lui fait jouer le môme rôle quà Hillel '? Le con- 
traste de sa conduite avec celle de R. Eliézer est présenté sous 
les mômes teintes que celle de Hillel avec l'attitude de Schammaï. 
Akylas, qu'Eliézer a rabroué si rudement, va chez Josué, qui le 
reçoit avec bienveillance. Il commence par lui donner une inter- 
prétation allégorique des mots nourriture et vêtem€?it, qm Favaient 
choqué : la nourriture dont il est question en ce verset, dit-il, c'est 
la Tora, et le vêtement, le Talit. Puis, il ajoute : tes filles épou- 
seront des prêtres, et tes petits-enfants offriront des sacrifices sur 
Tautcl {Berèschit Rabba, l\x). Ce qui met bien en lumière le paral- 
lélisme des deux tradilions, c'est qu'Akylas s'écrie, comme les 
prosélytes du temps d'Hillel : «La dureté d'Eliézer m'éloignait de la 
Schechina, la bonté de Josué m'en a rapproché. » 

Ici encore, ce n'est pas seulement l'exemple de Josué, mais la 
manière dont est rapportée sa conduite qui doit entrer en ligne de 
compte : elle nous atteste mieux encore que les traditions relatives 
à Hillel l'existence encore au ii'' siècle — Josué appartient au 
commencement de ce siècle — d'un courant très fort en faveur du 
prosélytisme. 

C'est ce courant que suit aussi Juda b. Haï, docteur palestinien 
du milieu du ii*^ siècle. D'après lui, le prosélyte, en apportant au 
temple ses prémices, avait le droit de réciter la formule de Deutér., 
XXVI, 5-10, et de se dire « descendant d'Israël », parce que Dieu 
avait tenu à Abraham ce langage : « Jusqu'ici tu étais le père 
d'Aram, désormais tu seras le père de tous les peuples (j. B'ik- 
kourmiy 04 a) ^. » A son avis, donc, le prosélyte devenait tout à fait 
l'égal des Israélites de naissance, il était vraiment le fils d'Abraham. 
C'est parce qu'il était animé de ce sentiment que Juda trouvait. des 
moyens de tourner la loi aiin d'admettre les païens dans le sein du 

1. L'attitude des deux docteurs était devenue à ce point classique que par la suite 
on a i:i(jssi indûment le noUibre des scènes où il aurait joué un rôle analoiçue, 
D'ai)rès Kohélel liabba, sur i, 8, une femnn! s'étant présentée devant Eliézer i)our se 
convertir, en disant : « Maître, rapproche-moi », celui-ci lui demanda d'abord de 
confesser ses fautes en détail. La femme répondit : Mon plus jeune fils est né de mon 
fils aîné. Sur ces mots, Eliézer la repoussa avec indignation, tandis que Josué l'ac- 
cueillit, malgré cet aveu. Or, ce récit, comme le montre surabondartiment la suite, est 
l'adaptation d'une histoire dont Ràb Hisda fut le héros deux siècles après ces deux Tan- 
naites (Abocla Zara, 17 «). 

2. La Tossefta {Bikkourim, i, 2) attribue, à tort, l'opinion contraire à ce rabbin* 



LE PHUSKLYTISME JUIK ^5 

Judaïsme. Bien qu'à ses yeux, les conversions, pour être valables, 
dussent se faire devant le tribunal, quelqu'un s'étant converti sans 
la présence d'aucun témoin, il accepta sa conversion, sous prétexte 
qu'il avait des enfants (baraita, Yebamot, 47 a). 

Aussi ne faut-il pas sélonner de l'entendre dire, à propos des 
formalités (exigées du prosélyte, la circoncision et le baptême, 
qu'une seule suffit [Ycbamot^ 40 6) '. 

Son adversaii-e ordinaire, Nebémia, partage son sentiment tou- 
cbant le prosélytisme. Pour lui, ces paroles de TEcrilure : « J'étais 
avec toi le jour de ton armée » se rapportent à Abrabam. Dieu lui 
dit : « J'étais avec toi lorsque tu me ralliais tant d'armées et de 
légions » (Berèschit Jiabba, xxxix). 

La conduite du patriarche convertissant les païens, d'après une 
interprétation tendancieuse et par cela môme d'autant plus intéres- 
sante, va devenir le sujet d'bomélics nombreuses : toujours on le 
louera de son initiative; bien mieux, on attribuera le même mérite 
à sa femme et à ses descendants, Isaac et Jacob, encore que le texte 
de l'Écriture prête peu à de pareilles fictions, et si on le blâme, ce 
ne sera pas d'avoir conçu un tel dessein, dangereux pour la con- 
servation de sa foi, mais, au contraire, de n'avoir pas opéré toutes 
les conversions qui s'oflVaient à lui. 

Abandonnant pour un instant l'ordre chronologique que nous 
suivons, nous allons réunir les textes qui, à notre connaissance, 
justifient notre assertion. Pour les Agadistes, le verset : « Et les êtres 
qu'ils avaient faits à fiaran » ne comporte qu'un sens : « Et les êtres 
qu'Abraham et Sara avaient convertis ». Ainsi s'exprime le Sifrè, 
II, M (p. 78 a de l'édit. Friedmann) : « Les paroles de l'Écriture : 
« Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, » signifient : fais-le aimer de 
toutes les créatures à la manière d'Abraham, ton ancêtre, ainsi qu'il 
est dit : « Elles êtresqu'ils avaientfaits àHaran. » Faire des êtres, 
comment est-ce possible? Même si tous les humains se réunissaient 
pour créer une mouche et faire pénétrer en elle le souffle, ils n'y 
arriveraient pas! Ces paroles nous enseignent donc qu'Abraham 
les convertissait et les introduisait sous les ailes de la Schechina. » 
Le Targoum Onkelos adopte la même explication. R. Eléazar b. 
/imra reprend cette interprétation et en tire cette conclusion : 
« Donc celui qui rapproche le païen et le convertit fait autant que 
s'il le créait {Berèschlt Rabba, xxxix, lxxxiv ; Cantiq . Rabba, sur 
j, 3), ou d'après une variante [Cant. R., ib.), < celui qui introduit 

1, Il n'esrpas'absolument sur, quoi qu'eu peuse Sclinir, que les mots ■^:;d Tna sn 
rapportcnl mùuic au baptême sans circoncision. 



i6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une créature sous les ailes de la Schechina a le môme mérite que 
s'il l'avait mise au monde » . R. Yolianan prend également à son 
compte ce commentaire de la Genèse [Cant. Rabba, sur i, 3). 

Toute riiistoire d'Abraham semble, pour les Agadistes, llUustra- 
tion de la conduite à tenir envers les prosélytes. L'Écriture place 
le patriarche à la porte de sa tente. Dieu lui dit, d'après Berèschit 
Rabba, xlvui : « Tu as ouvert une bonne porte aux passants, tu as 
ouvert une bonne porte aux prosélytes, car, sans toi, je n'aurais 
créé ni les cieux, ni la terre, ni le soleil, ni la lune. » Dieu lui dit 
encore : « Sois une bénédiction. » On peut lire, au lieu de berakha 
« bénédiction )^ berèkha « citerne » : « de même que la citerne 
purifie ceux qui sont impurs, de môme, toi, rapproche ceux qui 
sont éloignés et purihe-les pour leur père qui est aux cieux» 
[Berèschit Rabba, xxxix). 

« Les mots de TÉcritare : « Il proclama le nom de l'Éternel « 
signifient qu'Abraham faisait proclamer le nom de l'Éternel par 
la bouche de toutes les créatures ou qu'il convertissait les païens 
et les faisait entrer sous les ailes de la Schechina » [Berèschit 
Rabba, ib.). 

Rabba, rabbin babylonien du iv^ siècle, disait dans une homélie : 
« Dieu est appelé le Dieu d'Abraham, et non le Dieu d'Isaac ou de 
Jacob, parce qu'Abraham a été le premier des prosélytes » {Soucca, 
A'3 b). 

Le trait le plus caractéristique est le reproche qui est fait au 
patriarche de n'avoir pas converti tous ceux qu'il aurait pu. A cette 
question : a Pourquoi Abraham a-t-il été puni par l'esclavage de 
ses descendants en Egypte?» R. Yohanan répond : « C'est qu'il 
avait écarté des hommes qui seraient entrés sous les ailes de la 
Schechina. Il a, en effet, obéi à la prière du roi de Sodome : 
« Laisse-moi les âmes » [Nedarim, 32 a). On dit encore que 
Timna, qui était princesse, voulait se convertir, mais ni Abraham, 
ni Isaac, ni Jacob ne consentirent à en faire une prosélyte. En dé- 
sespoir de cause, elle devint la concubine d'Eliphaz. C'est ainsi 
qu'elle devint la mère d'Amalec, qui devait persécuter Israël. Juste 
punition d'un refus blâmable [Sanhédrin. 99 b.) 

Mais ce n'est pas seulement Abraham qui est loué i)our avoir fait 
des prosélytes, ce sont encore les plus illustres de ses descendants. 
Nous avons déjà parlé dTsaac et de Jacob et des reproches qu'ils 
encourent pour n'avoir pas môme assez fait dans celte direction. 
De Moïse, Juda b. Simon, homéliste palestinien du iv^ siècle, dit : 
«A lui se rapportent ces mots « Béni as-tu été à ton arrivée», 
parce que, dès son arrivée au monde, il rapprocha ceux qui étaient 



LE PROSÉLYTISME JUIF 17 

éloignés, Bitia, lille de IMiaraon, s'étant alors convertie » [Ueutér. 
Rabba, vu ; Pesikta, p. 197). Il est vrai qu'ici Moïse est un conver- 
tisseur sans le savoir; dans le texte de la Mecbilta cité plus haut, 
il l'est pour obéir à Tordre formel de Dieu : « Dieu lui dit : C'est 
moi qui ai créé le monde par ma parole, c'est moi qui rapproche et 
qui éloigne; c'est moi qui ai rapproché Jethro au lieu de l'éloi- 
gner ; cet homme ne vient qu'en vue du ciel, avec l'intention de se 
convertir. Pareillement toi, rapproche-le et ne l'éloigné pas. » 

Salomon fut aussi un convertisseur. S'il épousa des femmes 
étrangères, c'était, non pour obéir à sa passion, mais « pour leur 
faire aimer Dieu, les convertir et les faire entrer sous les ailes de la 
Schechina (Cant, Rabba, sur i, 1) ». C'est de cette façon que 
R. Yosè b. Halafta, Tanna du ii« siècle, voulait convertir en éloge 
le blâme que l'Écriture adresse au roi d'Israël. R. Joseph, rabbin 
babylonien, répétera ces paroles, ce qui provoquera l'objection : 
« N'a-t-il pas été enseigné qu'au temps de Salomon, les conversions 
n'étaient pas acceptées? » A quoi on répondra ; « Les conversions 
dont il est question dans ce passage sont des conversions inté- 
ressées, celles de gens voulant jouir des faveurs du roi, ce qui 
n'était pas le cas pour des princesses [Yebamot, 76 «i. 

Ezéchias n'est pas le héros de conversions célèbres, mais il 
invoque, pour être sauvé, le mérite de ses ancêtres, qui ont rap- 
proché de Dieu tant de prosélytes. S'il est écrit qu'il se tourna vers 
le mur (Il Rois, xx, 2), cela signifie, d'après R. Josué b. Lévi, vers 
le mur de Rachab ; il s'appuya sur ce qui avait été fait à celle-ci 
(qui avait été convertie'); mes ancêtres, dit-il, qui ont rapproché 
de toi tant de prosélytes^ ont bien mérité que tu me sauves ». 
(j. Sanhédrin, 28 c). 

L'exemple de Rachab est cité avec complaisance par les Aga- 
distes, et cette complaisance est, elle aussi, instructive. Que dans 
leur naïveté, les homélistes aient été fiers de la conversion — sup- 
posée — d'un Jethro, prêtre de Madian, c'est naturel; c'était un 
titre de gloire pour Israël ; que les plus grands ennemis du peuple 
juif aient fini par embrasser sa foi, c'était une revanche facile ; 
qu'enfin, les descendants de ces conquérants, fléaux d'Israël, 
fussent devenus les rabbins les plus célèbres, c'était un triomphe 
pour les docteurs, et l'on s'explique sans peine qu'on ait forgé ces 
fictions avec amour ; mais pour Rachab, cette femme de mauvaise 
vie, ces considérations sont sans valeur, et si c'est justement la 

\. Mer/iiilla, 14 b ; Cunt. H., sur i, '2. 

)1. Dans les textes parallèles, ou ajoute même : « Mes ancêtres (lui t'ont fait tout cet 
honneur » HTM H^'J^n bs "p t:;:>0 im2N. 

T. LI, N° 101. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bassesse de la condition qu'on invoque [Zebahim, 116 a-b), n'est- 
ce pas pour relever d'autant le mérite de sa conversion et la gran- 
deur du prosélytisme ?I1 s'est produit pour elle le môme phénomène 
que pour Rutli. C'est l'origine étrangère et la conversion de R util 
qui sont vantées dans le livre qui porte son nom : son mérite lui a 
valu de compter parmi ses descendants le plus illustre roi d'Israël, 
David. Pareillement, Racliab, non seulement devint l'épouse de 
Josué, mais eut la gloire d'être l'aïeule de huit prophètes-pontifes 
[Meguilla, 14 b). 

Jethro et Rachab symbolisaient l'action exercée par le Judaïsme 
dans les temps de prospérité. Aussi R. Beréchia, agadiste fécond 
du iv® siècle, faisait-il dire à Israël : « Maître de l'univers, lorsque 
tu nous gratifies de lumière, ton nom n'en devient que plus grand 
dans le monde, beaucoup de prosélytes viennent se joindre à nous, 
comme Jethro et Rachab : ceux-ci ne sont venus que pour avoir 
entendu (les miracles faits en faveur d'Israël). » R. Hanina dit, de 
son côté, que pareillement, lorsque Dieu sauva les trois compagnons 
de Daniel, beaucou]) de païens embrassèrent la communion juive 
[Cant. Rabba, sur i, 2). Dans le même Midrasch, ces paroles accom- 
pagnent un enseignement analogue de Rabbi : « Il y a telle co- 
lombe, dit-il, qu'on nourrit parce que les autres, sentant la nour- 
riture qui lui est donnée, accourent près d'elle dans son colombier. 
Ainsi lorsqu'un ancien prêche, beaucoup de païens viennent se 
convertir » [ib.^ suri, \^). 

Voilà déjà une collection de témoignages attestant la prédilection 
qu'on avait conservée, malgré les déceptions, pour le prosélytisme. 
Mais nous sommes encore loin de compte, et si nous reprenons 
maintenant l'ordre chronologique, nous allons entendre du n« au 
ive siècle la même note. Nous ne citerons pas tous les exemples 
de conversions mentionnés au hasard dans le Talmud \ ni tous les 
docteurs qui sont dits fils de prosélytes, ni même ce fait que R. 
Akiba, le protagoniste de la réaction contre les idées universalistes 
du siècle précédent, comptait parmi ses disciples un prosélyte 
égyptien {Sifrè, p. 120 b ; Tossefta Kiddouschin, v, 4) : des arbres 
ne font pas une forêt. Nous enregistrerons seulement les opinions 
des docteurs attestant la persistance de l'ancien idéal d'Israël. 

Yosè b. Halafta, le célèlire Tanna du ii^ siècle, espère pour 
l'avenir la conversion de toute l'humanité au Judaïsme (Aboda 
Zara^ 3 b) ; il admettait que la fille d'un père et d'une mère prose- 

1. Voir, par exemple, j. Sabbat, ^d\ j. Kiddouschin, 64 c, 66 «-6; j. Yebamot, 
8 d ; Yebamot, 46 «, 102 a ; Kidd., 76 b. 



LE l'ROSÉLYTlSME JUIF 1« 

lytes pouvait devenir la femme crun prètie {Mlschna KiddoiiscJdn, 
IV, 7); on a déjà vu plus iiaut que ce docteur loue Salomon d'avoir 
épousé des femmes étrangères pour les rallier au culte dlsraël. 
R. Scliimon b. Kléazar, rabhin du môme siècle, nourrit le même es- 
poir, car, dit-il [UeradwL, o7 b), il esl écrit : « Alors je changerai les 
lèvres des peuples en lèvres pures, afin qu'ils invoquent tous le nom 
de rKternel et le servent d'un commun accord (Sopbonie, m, 9) ». 

Faul-il j-appeler que le Schemonc Esrè de Roscb Hascbana et de 
Kippoiu-, qui existait déjà à cette époque, demande que toutes les 
créatures de Dieu, animées de la même crainte, forment un 
faisceau pour accomplir la volonté de Dieu avec sincérité ^ ; que le 
Moussa/' de Roscb Hascbana, dans un morceau qui est devenu par 
la suite la prière finale de tous les offices, proclame Tespérance 
d'Israël en la dispai'ition de l'idolâtrie, en la restauration du monde 
sous l'autorité de Dieu, en l'accord de tous les êtres bumains dans 
l'invocation de son nom, en la reconnaissance universelle de la 
souveraineté de rÉt(M-nel, en la soumission de tous à sa royauté, 
de façon que Dieu règne également sur le monde entier-. 

Par moments les docteurs de ce temps laissent écbapper des 
paroles qui, prises à la lettre, indiqueraient même une largeur de 
vues plus grande encore. Ainsi s'exprime le Slfra [Aharè Mot, 
cb. xiii) : « L'Écriture dit: « Ouvrez les portes afin qu'entre... ». 
Est-il écrit : les prêtres, les Lévites et les Israélites ? Non, mais : 
«Le goï juHie qui pratique la loyauté. » Puis : « Voici la porte de 
l'Éternel ?» Ajoute-t-on : « Qu'y pénètrent les prêtres, les Lévites 
et les Israélites? » Non, mais: « Que les justes y pénètrent. » Pa- 
reillement est-il dit : « Réjouissez -vous en l'Éternel, vous prêtres, 
Lévites et Israélites? » Non, mais : « Réjouissez-vous en l'Éternel, 
vous justes. » De même il est écrit, non : « Éternel, fais du bien 
aux prêtres, aux Lévites et aux Israélites », mais : « Fais du bien, 
Éternel, aux gens de bien. » Tout cela montre qu'un païen qui 
accomplit la Loi est l'égal du grand-prêtre. » Cette pensée est expri- 
mée par R. Méir, rabbin du ti« siècle, et citée par trois fois dans le 
Talmud: « Même le païen qui accomplit la Loi est Tégal du grand- 
prêtre "^» (Aboda Zara^ 3 a ; Uaba Kamma, 38 a ; Sanhédrin, 

1. Ce iiiorceau est d'autant plus intéressant (|u'il ajiparticnf à un paraLTaplu' relatif 
à rrpociue niessiani(|U(' et (|u'll est cahiné sur le Schemoné Esrè ordinaire. Cela répond 
à rétonnenient (juo manifeste M. Bcrtholct de ne pas voir dans le Schemoné Esrè 
l'espérance en la parti<ij»atiun de toute l'humanité à l'ère niessianiiiue. 

2. Cette prièr(> figurait déjà dans le Rituel de Kab au m» siècle (j. Rosch Haschaïut, 
57 a et jiassages parallèles). 

3. Bemidbar Rabùa^ vm, romniente le mot « pnirn » m njoutani : a Oui ses! roii- 
verti ». Cf. Psaumes llabha, éd. Ijnher, p. IS. 



:^0 REVUE DES ETUDES JUIVES 

59 a). R. Méir déduit cet enseignement d'un verset par un même 
procédé : « Il n'est pas dit dans Lévitique, xviii, 5 : vous observerez 
mes statuts et mes commandements parce que les prêtres, les Lé- 
vites et les Israélites qui les pratiquent obtiennent par eux la vie », 
mais «parce que Y homme qui les pratique... ». Ainsi encore le 
Sifi'è, Deutér., 54 (voir encore Sifrè.^ombw, W 1 et HouUln, 5r/) cite 
le vieil apborisme que renoncer à l'idolâtrie, c'est reconnaître toute 
la loi '. R. Yohanan dira, de môme : <( Celui qui renonce à l'idolâ- 
trie est appelé juif par FÉcriture » [Megidlla, 18 a)'^. Mais il ne 
faudrait pas trop presser ces termes ; il est évident, que dans la pra- 
tique, un païen n'aurait pas été admis dans la communauté d'Israël 
sur la simple déclaration qu'il renonçait à l'idolâtrie. Ce sont là des 
hyperboles indiquant seulement la conception qu'on se faisait des 
principes essentiels du Judaïsme. Cependant, même dans la pratique, 
la loi ne manquait pas à sa manière de favoriser le prosélytisme. 
Ainsi, une mischna [Yebamotyii, 8) porte que celui qui est soupçonné 
d'avoir entretenu des relations coupables avec une païenne, s'il l'a 
épousée après sa conversion, n'est pas obligé, de la répudier. Nous 
voilà loin du temps d'Ezra et de Néhémie. Cette disposition légale 
est contraire, il est vrai, au principe que toute conversion non 
désintéressée n'est pas valable, en particulier celle qui est due 
seulement à la passion; mais ce principe lui-même, dit le Talmud 
[Yebamot, 24 ô), a été aboli : la règle est que toute conversion, 
quel qu'en soit le mobile, est valable aux yeux de la loi ^. Cette 
règle, d'après le ïalmud de Jérusalem (Kiddoiischin, 65^) fut 
édictée par Rab '•.. Celui-ci admet même que ceux qui veulent se 
convertir pour des raisons d'amour ou tout autre motif, on ne doit 
pas d'abord essayer de les faire renoncer à leur dessein, mais, au 
contraire, il faut les accueillir avec bienveillance, en pensant qu'ils 
ont peut-être des intentions désintéressées \ 
Ce sont également des textes législatifs qui défendent d'affliger 

tlblD ïimnrr 'dDD ïm?:^. — R. Méir, dont il vient d'être parlé, est d'avis que le 
rjuer toschab est celui qui a accei)té, par devant trois Itaber^ de ne plus s'adonner a 
l'idolâtrie [Aboda Zara, 64 6). 

•2. R. Schimon b. Pazi dit également que la fille du Pharaon est appelée dans les 
Ghroniquics la Juive, parce qu'elle avait renié l'idolâtrie (.l/e/^w/Z/a, 13«). 

3. ûin:i Qb^D -itûint; i-^,mD rîDbn. 

4. pi /c^N i:d72 n^N pi nuJN "^3273 "^u^s pi nanN D^b -i"»''5n73r; 
imN vbnpTj i\N nnoNi ^^1173 ■^n-':; pT mn^N •^t':; pi n^Dbiz ^nbi'ij n^; 
p D"^n5 n^bn -172N an. 

^. piN Ybn'pj2 b3N nb-^nn D'^-i-«;n n^ ^m^^ T^^^ l^ri^ Tn^^ r^"^ 
D^b TT'"':^ N?2;2Î Û"'3D 2in^p 'i-'S-'ni:!. 



LE PROSÉLYTISME JUIF 21 

le prosélyte en lui rappelant son état antérieur. On ne doit pas lui 
dire : « Hier tu pratiquais Fidolatrie, et aujourd'hui tu es entré sous 
les ailes de la Scliechina » [Slfra, Kedoschim, viii, 2), ou encore, si 
Ton est en contestation avec lui : « Hier tu adorais Corès et Nebo, 
tu as encore du porc dans les dents, et tu discutes avec moi ! » 
(Mechilta, p. 95 de l'éd. Friedmann). On ne doit pas non plus tenir 
un pareil lan^^jage au prosélyte qui veut étudier la Loi (7'os.s<? //a 
Baba Mrcîa, m, 25 ; IkiOa Mecla, 58/;), ni dire au fils de prosélyte : 
« Souviens-toi de la conduite de tes ancêtres » [Mischna Baba 
Mecla, IV, 10). « Quand Dieu dit dans le désert : Ce n'est pas seu- 
lement avec vous que je coni racle une alliance, mais encore avec 
ceux qui ne sont pas ici aujourd'hui (Deutér., xxix, 14), il parlait 
des générations à venir et des prosélytes » (baraïta, Scheboiiot, 
80 a ; Sabbat, 146 a). Cette exégèse fut invoquée par la suite pour 
résoudre un curieux pioblème de théologie. C'était une vieille 
croyance qu'à la suite du péché d'Eve, sa postérité avait été 
infestée du venin du serpent, mais que les Israélites, en recevant 
la Loi au Sinaï, avaient été lavés de cette souillure originelle Au 
v^ siècle, un rabbin babylonien, Rab Aha, fils de Rabba, discutant 
cette opinion, objectait : « Et alors quel est le cas du prosélyte» 
puisque ses ancêtres n'ont pas accepté alors la loi divine? Rab 
Aschi résout la difficulté en citant la baraïta en question [Sabbat, 
146 rt\ Ceux qui lavaient conçue comme ceux qui l'invoquaient ne 
devaient pas se faire illusion sur la valeur de cette interprétation, 
tant soit peu mystique ; aussi ce tour de force exégétique n'en est- 
il que plus significatif. 

C'est ici le lieu de rappeler le long passage de la Mechilta que 
nous avons reproduit [Revue, t. L, p. 5) et que nous tenons pour 
un fragment de discours des missionnaires juifs. Les prosélytes 
sont chers à Dieu pour diverses raisons; ils sont appelés des 
mêmes noms que les Israélites ; comme eux, ils sont les serviteurs 
et les amis de Dieu, etc. (îe texte, comme nous l'avons dit, appar- 
tient à la période des Tannaïm. 

Il semblerait, d'après ce qu'on admet d'ordinaire, que maintenant 
que les derniers Tannaïm ne sont plus, la réaction provoquée par 
les catastrophes de 70 et de 185 s'exercera sans contradiction, sans 
retour des anciennes aspirations. Or c'est justement à ce moment 
que s'expriment avec le plus de netteté les conceptions favorables 
au prosélytisme. R. Eléazar (nr siècle] voit dans la dispersion des 
Juifs parmi les nations un dessein providentiel pour la conversion 
du monde : « Dieu n'a exilé Israël au milieu des nations que pour 
que se rallient à lui les prostUytes. » Cette pensée, R. Eléazar l'ap- 



22 REVUE DES ETl DES JUIVES 

puic sur ces mois de Hosée, ii, ^5 : « Je le sèmerai pour moi dans 
La terre. » Quand on sème, c'est pour récolter au centuple. Ainsi, 
je sèmerai pour moi Israël, pour récolh^r au centuple des prosé- 
lytes ^ » R. Yolianan, que nous avons rencontré déjà maintes l'ois 
dans cette étude, fait découler la môme idée d'un autre verset : « Je 
dirai à celui qui n'est pas mon peuple, tu es mon peuple », c'est-à- 
dire aux non-juifs : vous deviendrez mon peuple, par votre conver- 
sion [Pesaliim, 87 b-). Aussi ne doit-on pas s'étonner que, s'empa- 
rant d'une expression consacrée, ce rabbin dise que, s'il faut écar- 
ter d'abord l'aspirant-prosélyte de la main gauche, il faut ensuite 
le rapprocher de la main droite ^ (j. Sanhcdrln, %) b) 

A la même époque R. Schimon b. Lakisch dit même que le pro- 
sélyte est plus cher à Dieu que les Israélites qui assistèrent à la scène 
du Sinaï. Ceux-ci ont eu besoin pour accepter la loi de Dieu du mi- 
racle dont ils furent témoins : tonnerre, éclairs, tremblement de 
la montagne, bruit du Schofar; tandis que le prosélyte, sans un 
pareil spectacle, vient se vouer à Dieu et accepte le joug du règne 
céleste. En est-il qui soit plus méritant? {Tcmhouma, éd. Ruber, I, 
p. 63). Aussi le même rabbin disait-il que, faire fléchir le droit du 
prosélyte, c'est faire fléchir le droit de Dieu (HagiiU/a, 5 a''). 

C'est une pensée analogue qu'exprime Abahou, le célèbre contro- 
versiste palestinien du iv^ siècle, en commentant Hosée, xiv, 7 : 
(( Les prosélytes deviennent les égaux d'Israël ; leurs noms, dit le 
Saint, béni soit-il, me sont aussi chers que les Ubations qui me sont 
faites sur l'autel » {Vaylkra Rabba, i; Bemklbar Rabba, \i\i\. Juda 
b. Simon disait, de son côté, dans le même siècle : « Vois combien 
les prosélytes sont chers aux yeux de Dieu : dès que Rulh eut l'in- 
tention de se convertir, TÉcriture l'assimila à Noémi [Ruth Rabba, 
sur 1, 1'8)'\ Uu de ses contemporains remarquait que le Penlateuque 
n'a pas recommandé le prosélyte moins de quarante-huit fois, et 
que parallèlement il met quarante-huit fois en garde contre l'ido- 
lâtrie : « Dieu dit à Israël : il suffit qu'il renonce à son culte et 
vienne à toi, pour que je te le recommande, car je l'aime » [Tan- 
lioiima, éd. Ruber, lïl, p. 3-4). Abbab. Zemina, écho de R.Hoschia, 

1. Peut-être aussi Elùazar jouc-t-il sur ïT^rTlTT = ÏT^n'^'lTl « .)'' les disperserai ». 

!2. Remarquez ici encore que, pour trouver cette idée dans le texte, il faut la dé- 
tourner de son sens incontestable, car « celui (jui n'est pas mon i>euple » y désigne 
Israël. 

3. Dans Hufh huhha, i, 17, ces paroles sont attribuées à II. Isaac, à tort i»robable- 
mcnl (on aura mal résolu l'abréviation V'*^). 

5. Ces textes montrent (jue l'ancien enseig-nenient conservé dans la Mecliilta était 
encore exploité. » 



LE PROSELYTISME JIJIK 25 

remarquait ([ireu raveui' de [iiosélytes mémo contraints, les Gahao- 
nites qui avaient trompé la l)onne toi de Josné, ou \iola une loi du 
Pentateuque, eu laissant piMulus pendant plusieurs mois les ca- 
davres des descendants de Saiil, lequel les avait persécutés. « Les 
passants disaient : Quelle l'aute ont donc commise ces gens, que la 
loi ait été modifiée? — C'est d'avoir porté la main sur des prosé- 
lytes forcés. — Si Dieu prend ainsi la cause de ces prosélytes, 
qu'est-ce pour les prosélytes sincères ? il n'y a pas de Dieu comme 
le vôtre, ni de nation comme la vôtre; notre devoir est de nous 
attachera vous. » Beaucoup eflectivement se convertirent alors. 
Telle l'ut Forigine de la conversion des cent cinquante mille pro- 
sélytes que recensa Salomon (j. Kiddoiischin, 65 c, Hrmidhar 
Rabba, viii). La même histoire est invoquée dans Schemot liaôùa, 
XIX, pour commenter le verset d'Isaïe, lvi, 3 : « Que le fds de l'é- 
tranger qui s'attache àFÉternel ne dise pas : l'Eternel me sépare de 
son peuple.» Dieu dit aux prosélytes : « Vous avez peur, parce que 
j'ai dit que le fils de l'étranger ne mangera pas de l'agneau pascal. 
Eh hieu, consultez les Gabaonites, qui ont agi avec ruse et ne se sont 
convertis que par crainte, et voyez les faveurs que je leur ai accor- 
dées. Si cependant je les ai traités avec tant de bienveillance, que 
sera-ce pour vous qui vous convertissez par amour » ! 

Aboun, rabbin du iv« siècle également, commentant les mots: 
«Les justes sont allés là », y voit cette pensée: « Les hommes 
pieux sont allés là où ils pouvaient faire des prosélytes, et ont 
réussi dans leur entreprise ; ainsi Joseph s'est lié à Asnat, Josué 
à Rachab, Booz à Ruth et Moïse à Jethro » [Kohélet Rabba, sur 
vni, 10.) 

Un texte anonyme qui s'est conservé dans la Pcsikta Rabbati^ 
XXXV (p. 100 a) mérite d'être rapporté, pour cloi'e cette liste : « Lors- 
que les Israélites furent exilés de leur pays, les anges dirent à Dieu : 
« Dans leur propre terre, ils s'attachaient aux idoles; maintenant 
qu'ils vont être mêlés aux païens, ce sera pis. J'ai confiance eu mes 
enfants, répondit Dieu, et j'ai l'assurance qu'ils ne m'abandonne- 
ront i)as j)our s'attacher aux idoles, mais qu'au contraire, ils se sa- 
ci'ifieront pour moi et que, non contents de se dévouer à moi, ils en 
rapprocheront d'autres sous mes ailes. » L'antique idéal s'était si 
peu effacé qu'on continuait à assigner au Messie pour mission de 
ramener à Dieu par la pénitence tous les habitants de la terre '. 

La tendance que nous avons constatée dans tous ces dires se ma- 
nifeste avec éclat dans un chapitre du Midrasch sur les Nombres 

1, Passaûe aiitmyiiic de Cant. lUtbba, sur vu, 'j. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(ch. viii). Il n'y a là pas moins d'une dizaine de pages consacrées 
aux prosélytes et respirant le même esprit. Seulement il est bon de 
prévenir que ce chapitre, de même que les précédents, n'appartient 
pas au corps de Touvrage; ce sont des additions faites on ne sait 
quand. Il n'y aurait pas lieu d'en faire état si l'analyse des morceaux 
composant ce chapitre ne montrait que l'auteur s'est borné à une 
simple compilation faite avec assez de soin. Voici ce qu'on lit dans 
ce chapitre. 

Tout d'abord est reproduite l'opinion de R. Abahou qu'on connaît 
déjà. Cette citation se termine par ces mots : 

Pareillement, de même qu'il y a dans le Pcntateuque un paragraphe 
relatif aux rapports de l'Israélite avec Tlsraélite : Si un Israélite en 
trompe un autre, il doit apporter un sacrifice * (Lévit., v, 20 et suiv.), 
ainsi Dieu a écrit un paragraphe touchant les rapports do l'Israélite avec 
les prosélytes : Si un Israélite vole un prosélyte, le cas est le même que s'il 
avait volé un Israélite. Pour celui qui a volé un Israélite, le délit est ap- 
pelé « péché » ; pour celui qui a volé un prosélyte, péché aussi ; le pre- 
mier a commis une faute envers Dieu, le dernier aussi*, etc. Tout cela 
enseigne que le prosélyte est assimilé complètement à l'Israélite. 

Reprenant le verset de Nombres, v, 6, qu'il s'agit d'interpréter, 
l'auteur continue : 

C'est en d'autres termes ce que dit le Ps., cxlvi, 8-0 : « Dieu aime les 
justes, il garde les prosélytes... » Ainsi, dit le Saint, béni soit-il, j'aime 
ceux qui m'aiment (suivant les termes de I Sam., ii, 30). Les justes 
m'aiment ; moi aussi je les aime. Et pourquoi Dieu aime-t-il les justes? 
Parce que leur justice n'est pas un héritage, et qu'ils ne sont pas une 
caste. Les prêtres et les lévites forment des castes ; si quelqu'un veut de- 
venir prêtre ou lévite, il ne le peut pas, son père ne l'ayant pas été lui- 
même. Mais, si l'on veut devenir juste, fùt-on païen, on en a la faculté, car 
ce n'est pas affaire d'hérédité. C'est pourquoi il est écrit [après les mots : 
famille d'Aron, louez Dieu, famille de Lévi, louez Dieu] : « Bénissez 
Dieu, vous qui révérez l'Eternel ». Ici il n'est pas dit : « Famille de ceux 
qui révèrent l'Eternel », parce que c'est d'eux-mêmes qu'ils ont pris de 
généreuses résolutions et aimé le Saint, béni soit~il. C'est pourquoi Dieu 
les aime, ainsi qu'il est écrit : « L'Eternel aime les justes. » 11 aime beau- 
coup aussi les prosélytes. La chose ressemble à ceci. Un roi avait un 
troupeau qui allait chaque jour dans la campagne et rcvonait le soir. Une 
fois un cerf se glissa parmi le troupeau, au milieu des boucs. Il paissait avec 
eux ; quand le troupeau rentrait au bercail, il rentrait aussi ; quand il 

1. Après avoir réparô le dommage (vers. 23). 

2. Voir Sifrè, NoiDhres , sur v, 6 (p. 1-2, Friedmann) et Mischna Baba Kamma, 
IX, 11. 



LE PROSÉLYTISME JUIF 25 

en sortait pour paître, il cii fnisait autant. On raconla au roi (ju un cerf 
s était attaché au troupeau, que, chaque jour, il sortait, paissait et ren- 
trait avec les autres bêtes. Le roi le prit en affection et lui donna un 
bon berger, avec ordre que personne ne le frappât. Quand le cerf reve- 
nait, il commandait lui-même ([u'on lui donuiàt à boire. Il l'aimait ainsi 
extrêmement. Les gens lui dirent : Seigneur, combien d'agneaux, de che- 
vreaux tu possèdes, et tu ne nous fais aucune recommandation pour eux, 
tandis que pour ce cerf, tu nous en fais cliaque jour ! Le roi répondit : 
Le troupeau, qu'il le veuille ou non, a l'habitude d'aller tous les jours aux 
champs et de revenir le soir dormir dans la bergerie. Les cerfs, eux, gîtent 
dans les déserts et ne recherchent pas d'ordinaire les lieux d'habitation. 
Comment ne pas être reconnaissant à celui-ci, (jui a abandonné le grand 
et vaste désert pour venir dans une cour? Ainsi, ne devons-nous pas de la 
gratitude au prosélyte, qui a abandonné sa famille, la maison paternelle, 
son peuple et toutes les nations de la terre pour venir près de nous? 
C'est pourquoi aussi Dieu a prodigué les soins pour lui et a enjoint aux 
Israélites de bien prendre garde de les léser. C'est ainsi qu'il est dit : 
« Vous aimerez le (fuer, vous ne molesterez pas le guer, etc. », et de même 
que le Pentateuque condamne celui qui vole son prochain à la restitu- 
tion et à un sacrifice, ainsi il condamne celui qui vole un (/lier à la res- 
titution et à un sacrifice, comme on le voit par Nombres, v, G et suiv., pa- 
ragraphe visant le vol envers le guev. C'est pour cela qu'il est écrit dans 
les Psaumes, cxlvi : L'Eternel est le gardien du guer : il a multiplié les 
lois qui doivent le protéger, afin qu'il ne retourne pas à son ancien état. 

Après ce paragraphe qui a un accent d'antiquité et qui n'est pro- 
bablement pas de l'invention du compilateur, celui-ci rapporte le 
morceau de la Mechilta que nous avons transcrit à propos des 
demi-prosélytes {Revue, t. L, p. 4). 

Ce texte, ajoute-t-il, enseigne que les prosélytes sont égaux aux Is- 
raélites. Voilà pourquoi il est dit : « L'homme ou la femme. . . » et c'est 
lace qui est écrit en Samuel : « Ceux qui m'honorent, je les honore » '... 
Autre explication de ce verset : il parle des prosélytes. Geux-ci honorent 
Dieu en abandonnant leurs mauvaises actions pour venir se réfugier 
sous les ailes delà Schechina. Aussi Dieu les honore-t-il, car quiconque 
améliore ses voies honoie le Saint, béni soit-il, comme le montrent Ps., 
L, 23, et .lérémie, xiii, IG. La fin du verset de Samuel : « et ceux qui me 
méprisent seront humiliés » vise les méchants qui s'éloignent de Dieu; 
aussi Dieu les méprise-t-il. Quels sont ceux qui méprisèrent Dieu ? Ce 
furent ceux qui adorèrent le veau d'or. Ils furent humiliés par la lèpre 
et les écoulements qui les firent renvoyer du camp (d'après Canl. /*., 
sur IV, 7). Quel honneur Dieu accorda-t-il aux prosélytes? Après le cha- 
pitre relatif au renvoi des impurs hors du camp vient le paragraphe qui 

i. Ici Tiennent quelques lignes sur ce verset, qui forment une jtaientlièse. 



'^(^ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fixe les devoirs envers les i)rosélytes. Ainsi, les Israélites pécheurs, Dieu 
les éloigna, et les prosélytes qiîi étaient venus pour son nom, il les rap- 
proolia. Il rendit les délits commis envers eux aussi sévères que les dé- 
lits envers les Israélites, car celui qui vole un prosélyte est passible de la 
même peine que celui (jui vole un Israélite. 

Autre interprétation du verset des Nombres : <; 11 est écrit : Tous les 
rois de la terre te louent en entendant les paroles de ta bouche (Ps., 
Gxxxviii, 4 . H. Pinhas dit : Il y a deux choses que les rois, après les avoir 
entendues, louèrent en se levant de leurs sièges. Lorsque Dieu déclara... 
que ce dont on fait tort au sanctuaire, il faut le rembourser, ils dirent : 
D'après nos lois, celui qui fait tort au César d'une aiguille rembourse la 
valeur d'un couteau à deux tranchants, et lui proclame qu'il faut seu- 
lement rembourser la valeur; bien plus, il rend plus grave le délit com- 
mis envers un particulier qu'envers Dieu,... et cela même envers un 
prosélyte! V a-t-il un Dieu pareil qui aime ceux qui l'aiment, qui rap- 
proche de lui ceux qui étaient loin, — comme ceux qui en étaient près 
— et qui sont venus pour son nom? Et il ne faut pas dire que Dieu rap- 
proche seulement les prosélytes véritables qui se sont convertis en vue 
du ciel, mais même ceux qui l'avaient fait sans cette intention. 

Ici l'auteur reproduit et développe l'opinion de R. Hoschia (voir 
plus haut, p. 22). Il commente ensuite cet autre verset des Nombres : 
« Chacun aura droit aux objets consacrés (Nombres, v, 10) ». 

C'est ce que montre le Ps. cxxviii : Heureux tous ceux qui craignent 
l'Eternel et qui marchent dans ses voies. Il n'est pas dit : Heureux l'Is- 
raélite , heureux les prêtres, heureux les Lévites; mais heureux tous 
ceux qui craignent l'Eternel, cesl-a-dire les prosélytes qui sont les 
« craignant Dieu ». Comme pour les Israélites il est dit : Heureux es-tu 
Israël, poui" les prosélytes aussi il est dit : Heureux tous ceux qui 
craignent l'Eternel. Mais de quel prosélyte est-il question? Du prosélyte 
sincère, qui n'est pas conime les Couthéens, dont l'Ecriture dit qu'ils 
craignaient l'Eternel et adoraient tout de même leurs dieux. Il s'agit 
dans le Psaume de pi'osélytes (jui craignent Dieu et marchent dans 
ses voies. 

Le Psaume dit ensuite : « Quand tu jouis du fruit de ton labeur, heu- 
reux es-tu et le bonheur est à toi. » Ces mots se rapportent aussi au pro- 
sélyte, lequel n'a pas pour lui le ujérite de ses ancêtres. Afin qu'il ne dise 
pas : « Malheur k moi qui n'ai pas pour moi le mérite des ancêtres, 
toutes les bonnes actions que je pourrais amasser ne me vaudront une 
récompense qu'en ce monde », l'Ecriture vient lui apporter la nouvelle 
que, pour son mérite personnel, il jouira d'une récompense en ce monde 
et dans l'autre. « Le fruit de son labeur », ce sont ses bonnes actions ; 
« heureux es-tu » en ce monde, « et le bonheur sera à toi » dans 
l'autre vie. 

» Ta femme sera comme une vigne fertile. » Si le prosélyte a une 



LE PROSÉLYTlS>rE JUIF 27 

feninio qui n'est pas des filles d'Israël, puisqu'elle s'est eonvertie avec 
lui, elle esl comme les filles d'Israël — la vigne désignant Israi'l. « Klle 
sera comme une vigne fertile », car elle aura des enfants. Si elle suit la 
loi juive, à savoir (ju'elle se montre chaste, elle aura la chance que ses 
enfants soient des connaisseurs de la Bible et de la Mischna et accom- 
plissent de bonnes (euvres. C'est ce (jue 'disent ces mots du Psaume: 
a Tes enfants seront comme des plants d'olives. » Les olives servent da- 
liment, ou sont séchées, ou sont employées à la fabrication de Ihuile 
la plus éclairante ; ses branches ne tombent ni en été, ni dans la saison 
des pluies. Ainsi les prosélytes deviennent des connaisseurs de la Bible 
ou de la Mischna, ou des dialecticiens, ou des docteurs, ou des hommes 
intelligents, ou des gens sachant les choses en leur temps, et ils ont une 
postérité ([ui vivra éternellement. 

« Autour de ta table », car ton mérite rejaillira sur tes enfants; c'est ta 
table qui vaudra a tes enfants de hautes distinctions. 

c Ainsi est béni l'homme qui craint l'Eternel. » C'est, en effet, de cette 
façon que furent bénis Abraham et Sara, qui étaient des prosélytes crai- 
gnant l'Eternel. Ainsi seront bénis tous les prosélytes qui imiteront leur 
conduite. 

« Dieu te bénira de Sion. » Dieu les bénira au même endroit qu'il bé- 
nit Israël, car les bénédictions émanent de Sion. 

«( Et tu verras la félicité de Jérusalem tous les jours de ta vie. » Les 
prosélytes auront le privilège de contempler la félicité de Jérusalem dans 
l'avenir. 

a Tu verras des enfants à tes enfants, paix sur Israël. » En quoi le fait 
pour le pi'osélyte d'avoir des petits-enfants amènera-t-il la paix sur 
Israël? Le texte parle du prosélyte sincère, qui aura le bonheur de ma- 
rier sa fille à un prêtre et d'avoir ainsi des petits-enfants qui béniront les 
Israélites par la formule : « . . .et que l'Eternel te donne la paix ». C'est ce 
qui arriva à Uachab , la prostituée ...dont les arrière neveux furent 
prêtres, officièrent à l'autel, entrèrent dans le Temple, bénirent Israël, 
en prononçant le nom ineffable. Ce furent Baruch fils de Néria, Seraya fils 
de Mahesia, Jérémie fils de Hilkia et Hanamel fils de Salom. On voit ainsi 
que ce verset parle des prosélytes sincères. C'est aussi ce que Moïse a 
indiqué dans le Pentateuque, car, après le paragraphe sur le vol commis 
au détriment du prosélyte, il est dit : « Et chacun aura ses choses 
saintes », ce qui veut dire que le prosélyte converti en vue du ciel aura 
le bonheur de donner le jour à des petits-enfants auxquels reviendront 
les choses saintes. C'est ce que signifient ces mots : « Il aime le prosélyte 
lui donnant la nourriture et le vêtement. » 

A ce propos. Fauteur raconte Thistoire d'Akylas se présentant 
devant R. Elii'zer et R. Josué. 

Toutes ces pièces, (pion pourrait facilement compléter, appellent 
une revision du procès ; les affirmations sommaires, fondées sur 



•28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

une connaissance imparfaite et une critique insuffisante des textes, 
ne résistent pas à un examen impartial et sérieux des documents. 



* # 



Cet examen comporte-t-il une autre conclusion ? C'est ce que 
nous allons essayer, en terminant, de dire brièvement. 

Qu'il y ait toujours eu, dans le sein du Judaïsme, deux tendances 
touchant le prosélytisme, cela ne soufï're aucun doute. Que la ten- 
dance favorable à la propagande ait été surtout puissante en dehors 
de la Palestine, dans la diaspora, c'est ce qu'on ne contestera pas 
non plus. Enfin, que les missionnaires volontaires de la diaspora 
ne se soient pas recrutés parmi les rabbins, c'est vraisemblable ^ 
Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer dans la littérature rab- 
binique des traces indiscutables de la tendance hostile ; il faut 
plutôt être surpris d'y trouver tant de preuves de la persistance de 
la vue opposée. 

Les dispositions favorables au prosélytisme furent- elles plus 
fortes que les autres? Oui, sans aucun doute, mais dans un certain 
milieu : celui des Agadistes, c'est-à-dire des prédicateurs. Chez 
ceux-ci, la note est presque toujours la même ; dans la prédication, 
les deux tendances ne se heurtent plus comme dans la législation; 
une seule domine dans ces nombreux midraschim palesliniens, 
débris informes des homélies populaires de plusieurs siècles, 
c'est celle qui se réclame de l'exemple d'Abraham, père des prosé- 
lytes. Or, où se révèle l'idéal d'une société religieuse : dans son 
corpus jiiris ou dans ses sermonnaires; dans son droit canon ou 
dans ses œuvres d'édification? Est-ce dans les Évangiles ou dans 
la loi des Wisigoths que réside l'esprit du christianisme? 

Mais pourquoi cet idéal n'a-t-il pas fait éclater la législation 
qui le comprimait? Un succès immense aurait certainement brisé 
les entraves de la loi. Ce sont les circonstances qui ont fait avorter 
les espérances des prédicateurs. Les conversious furent nom- 
breuses tant que Jérusalem resplendit encore au dehors de l'éclat 
de son temple : la ruine du sanctuaire de Dieu porta le premier 
coup à la propagande juive-. La concurrence du christianisme, 
qui s'affranchit de tout l'héritage de la Loi, l'édit défendant sous 

']. Quoique Mathieu, xxiii, 15, fasso <lo la rhasso aux prosrlyti^s un irrief aux scribes 
et aux Pharisiens. 

2. C'est ce qu'exprime très l)ien R. Beréchia dans les mots que nous avons rapportés 
plus haut : C'est le bonheur que tu répands sur Israël qui lui rallie des prosélytes. 



LE FROSÉLYTISiME JL'IK 29 

peine de mort la circoncision des non-juifs, le spectacle, plus dé- 
primant encore, des délections des recrues nouvelles, la réaction 
tliéoloj^ique provoquée par le triomphe du paulinisme, la crainte 
de dispai'aître, le recueillement, suite de la défaite et, en partie 
aussi, le scrupule à associer des étrangers aux misères des Juifs ' : 
toutes ces causes se liguèrent pour arrêter l'élan du Judaïsme, en- 
core que les interprètes populaires de la Bible laissassent toujours 
percer leur attachement à Tidéal des Prophètes. 



111 



ENCORE LES PROSELYTES « CRAIGNANT LE CIEL 



Voici d'autres passages montrant la persistance de la notion du 
u craignant le Ciel » parmi les rabbins palestiniens après le 
II" siècle (voir Revue, t. L, p. 4 et s.). 

Dans Berèschit Rabba, xliv, Lévi, rabbin du iii« siècle, commen- 
tant ces mots de la Genèse, xv, 1 : « Ne crains pas, Abraham », s'ex- 
prime ainsi : « [Après avoir défait Cadorlaomer et les autres rois], 
Abraham avait peur, se disant : Peut-être parmi ces peuples que 
j'ai massacrés se trouvait-il un Juste, un « craignant le Ciel ». C'est 
à ce scrupule que Dieu répondit : « Ne crains pas, Abraham, il n'y 
avait pas parmi ces gens un seul homme qui fût bon. » 

Que l'expression « craignant le Ciel » puisse ici viser un païen 
religieux, c'est ce que personne ne soutiendra. Ce serait commettre 
un anachronisme que d'attribuer à Lévi une telle conception. Si donc, 
comme il n'est pas douteux, rex[)ression a dans ce passage sa 
valeur technique, on voit qu'elle désigne un demi-prosélyte qui ne 
s'est pas encore rallié à la communauté d'Israël. On connaissait 
donc encore l'existence, dans le passé ou dans le présent, parmi 
les païens, de demi-juifs. 

Le texte suivant, emprunté au même Midrasch, ch. lui, est plus 
explicite encore. Sara disant : « Qui aurait pensé que Sara allai- 
terait des enfants » (Gen., xxi, 7), les rabbins se demandent la 
raison de ce pluriel, puisqu'elle n'eut qu'un fils. Pour l'expliciuer, 
voici l'histoire qu'ils imaginent : « Comme Sara était pudique à 
l'excès, Abraham lui dit : « Ce n'est pas le moment de la pudibon- 

1. Scrupule tiue icNt'Ic la proci-diiic siii\ ic pimr la rûcei^timi des prosélytes. 



:<0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

derie; montre tes seins, afin que tous reconnaissent le miracle 
divin. » Elle obéit à ce désir et l'on vit le lait couler de ses seins 
comme de sources. Les matrones, alors, allèrent chercher leurs 
enfants et leur (irent boire de ce lait, tout en disant : « Nous ne 
sommes pas dignes d'allaiter nos enfants du lait de cette femme 
juste ». Là -dessus le Midrasch rapporte les commentaires de ces 
paroles dus aux rabbins et à R. Aha. Les rabbins disent : « Toutes 
celles de ces femmes qui étaient venues de bonne foi devinrent 
« craignant le Ciel ». D'après R. Aha', même lés enfants de celles 
qui n'avaient pas d'intentions droites reçurent puissance en ce 
inonde, mais cette puissance leur fut enlevée quand ils ne voulu- 
rent pas recevoir la loi que Dieu leur offrait (allusion au Midrasch 
d'après lequel Dieu proposa sa loi aux nations avant de la donner 
aux Israélites). » 

Une variante très importante de ce texte s'est conservée dans 
la Pesikta Rabbati, p. 180 a. de l'édit. Friedmann : « Les païens 
amenaient leurs enfants à Sara pour qu'elle les allaitât. Les uns le 
faisaient de bonne foi, les autres pour réprouver; mais ni les uns 
ni les autres n"y ont perdu. » En effet, R. Lévi dit : « Ceux qui l'ont 
fait de bonne foi se sont convertis; voilà pourquoi il est écrit : Sara 
a allaité des enfants : Us sont devenus des enfants d Israël . Ceux 
qui avaient voulu seulement éprouver Sara sont devenus, d'après 
nos sages, grands en ce monde. Tous ceux qui se convertissent dans 
le inonde et tous les « craignant le Ciel » qui existent dans le 
inonde sont de ceux qui ont été allaités du lait de Sara; voilà 
pourquoi « la mère des enfants qui se réjouit w (Ps., cxiii, 9), c'est 
Sara. 

Si ce passage de la Pesikta Rabbati n'est qu'un commentaire de 
celui de Berèschit Rabba, on ne saurait désirer une exphcation plus 
claire. Il nous montre que Berèschit Rabba, interprété sans parti 
pris, et non dans des vues modernes, vise bien des prosélytes d'un 
certain degré. Le Midrasch imagine que, devant un pareil miracle, 
les païennes se sont ralliées au Dieu d'Abraham. Dira-t-on que, 
dans la pensée de cet interprète, « craignant le Ciel» est synonyme 
de prosélyte complet, la phrase qui suit atteste qu'il faut juste- 
ment distinguer ce terme de celui de prosélyte : les « craignant le 
Ciel » sont une autre catégorie que les convertis ordinaires. 
Mais si cette interprétation de Berèschit Rabba est de l'auteur de 
la Pesikta Rabbati, voyez la conséquence : cet ouvrage ayant été 

1. Le rnème R. Alia dit^ en cummoiitaut un verset de rEcclésiaste, viii, 10 : « Ce 
qui est vanité, eCst que les créatures ne viennent pas se sanctitier sous les ail(!S de la 
Schechina. » KahëleL Rabba, ad loc. 



LE PROSKLYTISME JUIF 31 

rédigé au i\« siècle en Italie ou en Grèce, il en résulterait que la 
notion du « craignant le Ciel » était encore vivante à celte épo((ue ^ ! 
Remarquable est aussi Texplication mystique des paroles de la 
Genèse : de même que les prosélytes sont dits enfants d'Abraham, 
de môme les « craignant le Ciel » sont dits avoir bu du lait de Sara. 

Que si, au contraire, la Pesikta a simplement enregistré une va- 
riante du texte de Ucrhchit Habba, remontant à la même date, 
c'est encore au m® siècle que se constate Texislence de la notion du 
« craignant le Ciel » et avec une largeur de vues qu'on ne croirait 
pas de ce temps. 

C'est au iiasard de mes lectures que ces deux passages sont 
tombés sous mes yeux; il est vraisemblable qu'une étude atten- 
tive du Talmud de Jérusalem et des Midraschim en ferait découvrir 
d'autres encore ^. 

Israël Lévi. 



1. Mais il y a Jjicn ])ou de raisons de voir en ce passai^M; l'opinion personnelle de 
lauteur, car, sauf en un endroit dont il a été question plus haut, il ne cite jamais de 
dires de ses prédécesseurs favorables au prosélytisme, et, «raiitrc i>art, il est hostile 
aux païens. 

2. Le passage suivant n'offre pas la même évidence que les préfédcnts : Ahiniélech, 
frappé par Dieu pour avoir pris Sara, s'écrie (Gcn., xx. 4) : Seigneur, tuerais-tu le 
païen même s'il est juste ? Quoique je sois ^^j,, je suis « craignant le Ciel » [Pesikta 
Habbali, xlii, p. 176 6). 11 n'est pas sur (ju'on veuille faire dire à Abimélech : « Je 
suis un prosélyte du premier degré » ; mais, en tout cas, cet exemple contredit l'opi- 
nion de M. Hertholet, d'après qui l'expression « craignant le Ciel » désigne toujours 
le prosélyte complet. 



LES HORITES, ÉDOM ET JACOB 

DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 



De toutes les listes ethnographiques de la Genèse, celle qui énu- 
mère (xxxvi, 20-28] les vingt-sept divisions et subdivisions des 
« Horites, fils de Sé'ir » est sans doute celle qui nous apparaît le 
plus exactement circonscrite dans le temps et l'espace. Elle pré- 
tend être un catalogue des populations du Sé'ir, c'est-à-dire, au 
sens strict, le plateau accidenté qui prolonge la Judée vers le Sud, 
à l'ouest de r'Aral)a\ et, au sens lai*ge, toute la région désertique 
qui sépare la Palestine de l'Egypte, depuis le fossé de T'Araba jus- 
qu'à l'isthme de Suez; comme il résulte des textes égyptiens qui 
nous montrent trois ou quatre groupes horites établis dans le voi- 
sinage du Delta oriental et du golfe de Suez, c'est dans cette signi- 
fication étendue, sans doute inconnue aux indigènes et propre aux 
habitants de la Palestine, que le mot est pris ici. — Relativement 
à la date, ces Sé'irites nous sont présentés comme un peuple de 
très haute antiquité. Ils sont les aborigènes {iôsbé ha'arer) qui ha- 
bitent le désert égypto-palestinien aux temps les plus reculés, anté- 
rieurement à l'arrivée d'Édom ; c'est l'invasion des Édomites qui 
leur fait perdre la situation de puissance prépondérante au Sé'ir et 
graduellement provoque leur disparition-. Les matériaux offerts à 
la chronologie par la Genèse sont, pour cette haute époque, de 

1. Lagrange, Revue biblique, 1899, p. 374 et suiv., a réfuté l'opinion erronée ac- 
créditée par les Edomiier de Buhl, qui plaçait le Mont Sé'ii- à l'orient de l'Araba. 

2. Une thèse tardive et tendancieuse du Deutéronomc (ii, 12,22) veut que les Horites 
aient été exterminés pai" les nouveaux arrivants; elle est ruinée autant par son invrai- 
sennblance propre que par le témoignage de la liste édomite du chap. xxxvi de la 
Genèse, qui, en mêlant de noms horites le catalogue des descendants d'Ésaii, indique 
que les conquérants se sont annexé, loin de les détruire, quelques-uns des anciens 
groupements locaux. 



LES IIORIÏES, ÉDOM ET JACOB DANS LES MONUMENTS EGYPTIENS Xi 

qualité trop médiocre pour ])ouvoir nous aider à fixer avec préci- 
sion le moment où la dominai ion de Tisllmie sinaïti(jue échappa 
aux mains des vieux maîtres du sol. Rappelons seulement que 
dans la pensée du rédacteur d'une tradition sans doute ancienne \ 
rétablissement des Edomites en Sé'ii* est reculé jusqu'aux temps 
d'Ksaii, tils d'Isaac; en d'autres termes, que Tépoque où il s'eiïec- 
tua se confond avec celle de la descente de Jacob en Gosen, et que 
l'événement qui mit fin à la nation liorite est contemporain de la 
formation (Klsraël. 

Nous nous proposons de montrer que les documents égyptiens 
attestent en effet que les Horites furent, sur le Mont Sé'ir, les devan- 
ciers des Edomites; que nous pouvons retrouver Fépoque de leur 
domination incontestée et môme fixer avec quelque précision celle 
de leur abaissement; enfin, qu'il est sans doute permis d'établir un 
lien entre l'invasion par les Edomites de l'ancien domaine horlte 
et l'entrée en scène du peuple hébreu. 



I 



La première des familles entre lesquelles la liste de la Genèse 
divise les fils des « Hontes, fils de Sé4r » est celle de Lotan, qui 
est lui-même père de Horl et de Hémam. Ce durent être là parmi 
les possesseurs du Sé'ir des groupes particulièrement en vue, car 
Lotan figure en tête du catalogue tout entier, et Hori a donné son 
nom à l'ensemble des fils de Sé'ir. Ce n'est cependant pas à leur 
importance [)ropre, mais seulement à leur proximité relative de la 
vallée du Nil qu'ils doivent d'avoir laissé une trace dans l'épigra- 
phie et la littérature de l'Egypte "-. 

Trois inscriptions hiéroglyphiques'^ du temps d'Amenemhat III 
et de Senwosrit III nous révèlent le nom de la région qui avoisi- 
nait le district minier du Sarbut-el-Hadem et avec laquelle les 
Égyptiens entretiennent des rapports tantôt amicaux, tantôt hos- 
tiles : Lotanu. Il n'est pas douteux que Lotanu transcrit Lotan, et 
que l'habitat du premier-né de Sé'ir se trouvait au sud-est de Suez. 

1. Genèse, xxïii, i ; xxxiii, IG ; Josué, xxiv, 4. 

2. Nous résumons dans les liirnes ([ui suivent les résultats d'une étude particulièrc- 
inent consacrée à la critique des documents égyptiens (Lo^«/JM-Z/o//i/^, dans Spkinx , 
IX, pp. 70-86). 

3. Inscription d'Abydos (Garstang, El-Anibali, pi. IV et V; cf. Weill, Sphinx, VllI. 
p. 1) ; inscriptions du Sarbut (Weill, Recueil des laser, du Sinaï, n» To, et Sphiiijc, 
pp. 9 et 66). 

T. LI, x» lui. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Assez loin vers le nord du Lotaii, les textes du Nouvel-Empire^ 
connaissent un pays de Hôru qui allait de la l'égion d'Ismaïlia 
jusqu'à la frontière sud- ouest de la Palestine, le long des routes 
qui, à ({uelque distance de la Méditerranée, mènent du Delta 
septentrional en Syrie. Le Hôru ne nous apparaît pas avant la 
XVIII® dynastie, mais nous avons les plus fortes raisons de croire 
qu'il a été connu des Égyptiens vers la même époque que le Lo- 
tanu. Hôru répond à Hori; il est digne de remarque que la tran- 
scription Xopps'. des Septante semble indiquer qu à l'époque alexan- 
drine la tradition s'était maintenue de la valeur fricative du n 
initial. 

Le second rameau issu, d'après la Genèse, de la branche lota- 
nienne, Hé/nam ne nous est pas révélé sous cette forme en trans- 
cription hiéroglyphique. Les Égyptiens n'ont-ils connu que deux 
des trois membres de cette famille restreinte? Ont-ils réellement 
ignoré le troisième groupe, qui, à en juger par la situation de Hôru 
et de Lotanu, ne pouvait qu'être très rapproché de leur frontière? 
Une hypothèse, qu'on ne jugera peut-être pas trop hardie, peut 
permettre de répondre négativement. 

L'inscription d'Abydos déjà citée, racontant une expédition de 
Senwosrit III au pays des 'Amu (Bédouins) de l'isthme égypto- 
syrien, nous apprend que « Sa Majesté arriva au pays appelé 
Skmin )) et que « Skimn fut culbuté en même temps que le misé- 
rable Lotanu ». Il est impossible de n'être pas frappé de l'identité 
des deux dernières consonnes de ce Skmm et de celles de ûTD-^n, 
d'autant que les noms à troisième radicale redoublée ne sont parti- 
culièrement nombreux dans aucune des langues sémitiques ; si Ton 
admet la distinction de Skmm et de Hémam, ouest obligé de croire 
que deux ethniques de la forme bb>D ont coexisté dans la même 
région, que la consonne redoublée était dans les deux un tiiîm, que 
la liste de la Genèse ignore le premier et que l'Egypte ne connaît 
pas l'autre. On est ainsi conduit à supposer que otû-'ïi offre une 
lecture corrompue du mot transcj'it Skmm par les contemporains ; 
ceux qui savent les altérations auxquelles sont sujets dans les ma- 
nuscrits les noms propres étrangers n'hésiteront guère à croire 
à la possibilité de semblable erreur dans un airaç transmis par 
un texte qui, avant l'époque où la leçon ûTa'^n est fixée ^, a connu une 

1. Particulièrement les inscriptions de Seti I (Lepsius, 111, 128 et 126) et le Pap, 
Anastasi m (i, 10). Cf. Sphi?ix, IX, p. 76 et suiv. 

2. DTO'^n est assuré à partir du livre Ides Chroniques (r, 39), qui offre cependant la 
variante 0731", siirnilicative pour l'insécurité de la tradition : ce 572l!l est, comme le 
montre le Ait/.av des Septante, une déformation de Û7a'^ïl. 



LES IIOIUTKS, ÉDOM ET JÂCOR DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 3b 

histoire cran moins dix siècles. La forme réelle du mot est, d'ail- 
leurs, diflicile à rétablir, en raison de Tambiguïté qui aiïecte dans 
l'alphabet égyptien les consonnes initiales qui, dans Thypothèse, 

sont sus|)cctes en ûTa'^ïn. Skinm peut, en eiïet, rendre ûtod^ et ré- 
pondre à toute une série de ("ombinaisons philologiquement plau- 
sibles, et panni lesquelles nous ne saurions choisir sans arbitraire. 

En dehors de ces Horites orientaux, nous ne trouvons plus dans 
les monuments de TÉgypte qu'un représentant des autres familles 
des « fds de Sé'ir ». Loasis de la, mentionnée dans le Voyage de 
Sinuhit ', représente le rr'N (Sept. Aia) de la Genèse (xxxvi, 24). Le 
'Aià de la liste horite est, il est vrai, lils de Çib'on, tandis que le 
roman historique du papyrus de Berlin place là dans la dépen- 
dance de Lotanu. Mais Id est décrit comme « une terre située sur la 
limite d'un pays voisin »; c'est une province frontière dont la pos- 
session a pu passer, au cours des temps, dune tribu à une autre. 
Il serait surpi'enant qu'aucune modification ne fût intervenue dans 
la situation relative des divers groupes horites entre l'époque de 
nos informateurs égyptiens et celle, certainement postérieure et 
sans doute voisine de la disparition de la vieille nation, à laquelle 
remonte la liste de la Genèse. 

Ces antiques mentions de Lotanu, de Hôru, de lâ, et éventuelle- 
ment de Skmm, nous prouvent que, comme Robertson Smith l'aie 
premier proclamé avec vigueur'-^, la liste des Horites est réellement 
un tableau de divisions locales ou tribuliques^. Les vérifications 
offertes, pour trois ou quatre noms, par les documents égyptiens 
autorisent à conclure à l'historicité du catalogue tout entier. 
11 n'y a pas lieu, en effet, de s'arrêter à l'objection qui pour- 
rait être tirée du nombre des concordances, minime si Ton 
considère que la liste horite comprend près d'une trentaine de 
noms; car l'horizon égyptien ne dépassait pas, sous la XII« dy- 
nastie, la bande du désert la plus rapprochée du Delta, et tout ce 
qui pouvait se presser de Sé'irites derrière la bande habitée par les 
Lotaniens appartenait à un monde inconnu. Même quand les 
armées des Pharaons du Nouvel-Empire, franchissant le HôrUi 
ouvrirent en Syrie un champ d'action peut-être à peine soupçonné 

1. Cf. Sphinx, loc. cit., pp. 73 et 82. 

2. Journal of Vlùlolorjij, IX, p. 90. 

3. RohtMtson Smith a locomiu le caractère composite de la liste horite, (pii eu effet 
unit à des noms de tiihu comme Lofan ou Hori des noms de lieu comme 'Aià. Mais il a 
eu tort rriuteritreter TPN comme uu ethui(4ue, en l'expliciuant, dans le sens de sa 
théorie totémistique, par le ïn*N, nom de l'oiseau. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des anciennes dynasties, elles ne s'engagèrent pas dans les soli- 
tudes inhospitalières du plateau des 'Azazimé, du désert de Tili ou 
de la presqu'île sinaïtique : la seule mention d'une expédition dans 
le Sé'ir est du règne de Ramsès III, et les relations commerciales 
ne durent jamais être très intenses et très directes avec ce pays de 
nomades misérables. Nous sommes donc en droit de penser que 
la liste de la Genèse ofïre un tableau fidèle du peuple que les 
Édomites rencontrèrent sur l'isthme qui va du golfe élani tique au 
golfe héroopolitain, et que, entre le moment où ce peuple apparut 
aux Égyptiens et celui où arrivèrent les conquérants qui devaient 
le supplanter, il ne s'est opéré dans sa composition et sa réparti- 
tion sur l'isthme que des modifications de faible importance. 

Grâce aux inscriptions d'Amenemhat III et de Senwosrit III et au 
papyrus de Berlin, nous possédons ainsi le moyen de dater les 
ancêtres des Horites de la Bible. Les expéditions minières du temps 
d'Amenemhat, pendant lesquelles le frère du scheikh de Lotanu, 
Hbtt, rendit de signalés services aux carriers du Pharaon, sont de 
l'an 1840 environ» ; la campagne de Senwosrit III contre Lotanu et 
Skmm est d'une trentaine d'années antérieure. Le Voyage de 
Sinuhit est un peu plus récent : ses mentions de [Lojtanu et de lâ 
nous font descendre jusqu'à 1800-1750 environ^. 

Les monuments de la fin du Moyen-Empire ne nous livrent pas 
seulement de précieux synchronismes qui étabUssent qu'au dix- 
neuvième et au dix-huitième siècles les Horites étaient les maîtres 
du Sé'ir. Ils répondent encore à une question que le document 
biblique ne permettait pas de trancher: celle de savoir à quel 
rameau de la famille sémitique se rattachaient les Horites. Exami- 
nant les noms contenus dans la liste de la Genèse, Stade en con- 
clut ^ qu'on ne saurait décider si le peuple qui les portait était de 
langue (^ hébraïque » ou « arabe », mais il penchait en faveur de la 
première alternative. C'est plutôt la seconde qui est la vraie. Le 
nom du scheikh de Lotanu, dans le Voyage de Sinuhit, 'Am- 
mufnsi transcrit, si les apparences ne sont pas trompeuses, le 

1. D'après la chronologie de Borchardt et d'Eduard Meyer, dont les résultats nous 
paraissent définitivement assurés. 

2. Cf. sur la date du papyrus de Berlin, Borchardt, /Egypt. ZeilscUrift, XXVIII, 
p. 102, et Sphinx, loc. cit., p. 71, note 5. Le [Lojtanu est qualifié une lois, dans le 
document, de [Lojtanu supérieur, ce qui indique que, à l'époque où lut composé le ro- 
man, Textension du nom à la Syrie (ou peut-être seulement à un plan plus éloigné de 
l'isthme égypto-syrien) était déjà effectuée. Cette altération du sens propre à Lotanu 
indique évidemment une époque déjà éloignée de celle des inscriptions d'Amenemhat 
et de Senwosrit. 

2. Stade, Geschichte Israels, l, p. 121. 



LES HORITES, ÉDOM ET JACOB DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 37 

i235N^3' si fréquent dans répifçraphio minéo-sabéenneJ. Si nous rap- 
proclions do cette IVappanto coïncidence les rappi'ochements pré- 
sentés avec l'arabe par les noms d''Ana^ d'Uç•^ d"Esban^ l'exis- 
tence de bao en arabe et sans doute en safaïtique ^ on trouvera 
sans doute vraisemblable que les plus anciens habitants connus 
du Sinaï étaient apparentés aux populations qui, de longs siècles 
après l'époque où disparurent les Horites, nous apparaissent dans 
le Yémen et dans des établissements de l'Arabie du Nord qu'on 
est d'ordinaire porté à considérer comme colonies yéménites. 

Avant de quitter les Horites, que nous ne retrouvons plus dans 
les sources égyptiennes postéiieures au début du xviii« siècle, 
nous devons signaler une conséquence, intéressante pour l'histoire 
de la Genèse, de Tauthenticité et de l'antiquité désormais cer- 
taines de la liste des aborigènes du Sé'ir. Wellhausen a justement 
remarqué^' le caractère archaïque de ce document en notant que la 
brève indication sur 'Ana, qui < trouva les yêmim dans le désert, 
en gardant les ânes de son père », n'a pas d'analogie dans tout le 
Vierbundesbuch, alors qu'on trouve en JE une loule de traits de ce 
genre; Dillmann, Gornill et Holzinger ont admis que les matériaux 
utilisés dans la liste proviennent de J Nous voyons maintenant, 
quelle que soit d'ailleurs la voie par où le catalogue horile s'est in- 
troduit dans la Genèse, qu'il faut remonter, pour Toi-iginedu docu- 
ment, à une date bien antérieure à celle des plus vieilles couches 
littéraires du Pentateuque. Par quels intermédiaires a passé, avant 
de parvenir jusqu'aux historiographes d'Israël, cette liste d'un 
peuple dont l'agonie a dû commencer, comme nous allons essayer 
de le montrer, dès avant le milieu du second millénaii-e? ('ouiment 
expliquer la présence, parmi le dénombrement des tribus, d'un 
débris de légende patriarcale horite, tel que le fragment relatif à 
'Ana? Bornons-nous à saluer, dans les versets 20-'28 du chapitre 
xxxvi de la Genèse, le document le plus vénérable par l'âge que 
nous ait conservé la Bible tout entière ^ 



1. Halévy, 2i3, 1. 10 ; 244, l. 1 ; 4o2, 1. 3 ; 474, 1. 4; lo6, 1. \ ; lo8, 1. 1, etc. Le rap- 
procliement, en germe dans Maspero, Recueil, t. XVII, p. 76, a été proposé par Hommel, 
Allisrael. Ueberliefemiirj, p. 5. 

2. Cf. Robertson Smith, Journ. of Pldl, IX, p. 90, et Noeldeke, ZDMG., XL, p. 1G8. 

3. Cf. Wellhausen, Reste arab. Heidenfhums, p. 6G ; Buhl, Edomiler, p. 40. 

4. Cf. Dillmann, Genesis. 6» éd., p. 381. 

5. Cf. Rob. Smith, loc. cit., p. 90 ; Xoeldeke, Beitraye z. sem. Sprachii:., p. 78. 

6. Wellhausen, Composition des Hexat., 3" éd., p. 49. 

7. Une remarque encore. Depuis Kwald, on a souvent rapprooht'^ (encore Gunkol, 
Genesis, p. 355) du nom de Lotan celui de Lot, l'ancêtre d'Ammon et (h; Moab ; on allé- 
guait, en dehors de l'identité des noms, que Lo. qui féconde ses lilles dans une grotte 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II 



A quolle époque les Édomites se sont-ils installés sur le Sé4r à 
la place des Horites ? 

Le Voi/age de Simihit nous a fourni le terminus posl quem. 
Un autre texte hiératique, inséré dans le papyrus Anaslasi VI, 
marque la limite inférieure. Un document administratif du temps 
de Seti II ' nous apprend que les garde-frontières de rOuâdy 
Toumilât ont donné permission de passer sur les terres du Pha- 
raon pour y faire paître ses troupeaux, à une bande de l^ôm 
(Bédouins) û'Aduma : le groupe hiératique transcrit par ce dernier 
mot représente, lettre à lettre, ûtin. 

Ainsi, sous un règne qui se place dans la deuxième moitié du 
xni^ siècle, des enfants perdus d'Édom, nomades et pasteurs, sont 
signalés à Fextreme-occident du désert égypto-syrien. Ces misé- 
rables qui sollicitent humblement c< l'autorisation de s(^ nourrir, 
eux et leurs troupeaux, sur les tei'res de pâture du Pbaraon, soleil 
de toute contrée » ne peuvent venir que de TEst. 

Comme Fa dit Baudissin-, le texte précité oblige à admettre 
qu'au moment de sa rédaction ou bien le domaine des Édomites 
empiétait largement (à l'ouest de T'Araba) sur le territoire sinaï- 
lique ou qu'ils n'occupaient pas encore de territoire fixe. La liste 
des rois édomites consignée, à la suite du catalogue horite, au cha- 
pitre xxxvi de la Genèse (31-39) nous oblige à choisir la première 
alternative. Elle énumère la série des chefs qui se sont succédé à 
la tête du peuple édomite avant que les rois d'Israël régnassent 
(en Idumée), c'est-à-dire sans doute avant David ^ ; la série com- 
prenant huit noms, il est à croire que le plus ancien des chefs 

est un « homme de la caverne », partant un "^^iH, ce dernier mot étant rattaché à 'lin 
«caverne». Mais du moment que Hori est un ethnique, poité par une population domici- 
liée à l'est du INil inférieur, loin des troglodytes dont on a signalé les demeures rupes- 
tres dans la région d'Eleuthéropolis et sur la montagne d'Es-Sera, le trait de la caverne 
ne saurait plus servir à relier Lot à Lo.tan. Réduit comme base à l'assonance, le rap- 
prochement n'a plus rien de plausible : le Lot de la Genèse est parent d'Isaac et partant 
d'Édom, non de Hori qu'Édom a supplanté. 

1. Pap. Anastasi VI, vi, 14. Cf. sur ce texte Max Millier, Asien und Europa, p. 13o ; 
Buhl, Edo^niler, p. 5C ; Spiegelberg, AufenthalL Israels, p. 24. Les doutes élevés par 
Winckler, Gescldchte Israels, I, p. 189, contre l'identilication d"Aduma et d'Édom ne 
sont i)as fondés. 

2. Baudissin, Realencyld. f.proL. Theol. u. Klrche, V, p. 16o. 

3. Cf. Gunkel, Genesis, p. 356. 



LES HORITES, EDOM ET JACOB DANS LES MONUMENTS EGYPTIENS :{9 

désiu^m's, Bi^la', fils de Jjc'or, api)ailioiit (l(''jà au xiii® siècle \ si 
même il n'est antérieur. J.es capitales édomites de l'époque de 
Bêla' et de ses successeurs appartenant vraisemblablemen^t à la 
région de T'Araba, l'arrivée sur la marche orientale de l'Egypte 
d'une bande détachée du gros du peuple indique bien que, dès la 
vingtième dynastie, les « lils d'Ésaii» occupaient sinon, comme l'a 
dit 3Iax Millier-, toute la largeur du désert égypto-syrien, de la 
dépression de T'Ai-aba à la dépression de Suez, du moins une 
grande partie de cet espace. 

La précieuse notice enregistrée par le scribe du papyrus Anastasi 
ne nous apprend donc pas seulement que sous Seti II les Kdomites 
étaient fixés sur le Séir; elle atteste qu'ils y étaient puissance 
dominante et que sans dout(; des débris seuls des populations 
antérieures y coexistaient encore avec eux. Elle perm<;t, par con- 
séquent, dinférer que leur établissement sur 1 ^Vraba était déjà, à 
l'époque de Seti II, effectué depuis un temps appréciable. La Bible 
invite à la même conclusion ; elle ne fait pas commencer l'occu^ 
pation du Sé'ir au règne de Bêla', fils de Bc'or, contemporain, 
suivant l'audacieuse et séduisante hypothèse' de Wellhausen^, de 
l'exode des fils dlsrael, mais aux jours du légendaire Ésaii, syn* 
chronique à J&cob et à la descente en Gosen. Les documents égyp- 
tiens vont nous permettre de conjecturer à quel point de la longue 
suite d années qui sépare la dernière manifestation de l'existence 
des Horites (début du xviii« siècle) du moment où nous avons con- 
staté qu'Kdom a déjà atteint toute sa puissance (fin du xiii° siècle), 
il convient de placer Taj-rivée d' « Ésaii ». 

Vers le moment où nous avons placé la date de composition de ce 
Voyage de Sinuhlt, qui nous livre la dernière mention de noms 
horites vivants, commence pourTÉgypte une période de deux siècles 
environ (elle se clotvei's loTO), lugubre moyen âge entre les ères 
brillantes et glorieuses du Moyen et du Nouvel-Empire. Ce fut une 
période d'anarchie, pendant laquelle TÉgypte divisée n'eut pas le 
loisir et la force d'entreprendi*e au-delà de ses frontières des expé- 
ditions comme celles de la douzième dynastie ; période d'extrême 
misère documentaire, la plus pauvre en faits peut-être des cinquante 
siècles où nous pouvons suivre l'histoire de la vallée du Nil, la plus 
mal connue non seulement de la science moderne, mais déjà des 
anciens. C'est vej's la fin de ce dark lime (au plus tôt vers lOoO, 

1. Cf. Wellhaust-n, IsraelU. u. Jiklische Geschichle, 5" éd. p. 11 ; Spiegelber?, 
Aufenthall Israels, p. il. 

2. Max Millier^ Asieii inid Europa, p. 13j. 

3. Wellhaujeii, loc. cil., p. lU 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peut-être seulement vers dOOO) que se produisit un des événements 
les plus mystérieux de Ihistoire de l'Egypte : l'invasion des 
Hyksôs. Nous ne pouvons entreprendre ici la critique détaillée 
des opinions communément acceptées à ce sujet, ni surtout la dé- 
monstration de l'absolue fausseté des renseignements fournis sur 
l'époque dite des Hyksôs par les Aigyptiaka attribués à Mané- 
Ihon^ ; nous nous bornons à mettre en lumière ce qui intéresse 
directement l'histoire des Sinaïtes. 

Les Hyksôs étaient, suivant une doctrine recueillie sans convic- 
tion par Manéthon^, confirmée parle témoignage, singulièrement 
méconnu, de Polyen ^, des Arabes. Les sources grecques, si tar- 
dives qu'elles soient, reflètent correctement une vieille et authen- 
tique tradition égyptienne : en effet, les textes de la dix-huitième 
et de la dix-neuvième dynastie, donnent aux envahisseurs le nom 
d''Amu ', désignation générique des Bédouins du Sinaï sous le 
Moyen-Empire. Le nom même de Hf/ksôs ne signifie pas autre 
chose. On a reconnu depuis longtemps qu'il faut y voir, non le 
nom national des étrangers, mais une désignation de leurs chefs ; 
Oxaw; transcrit hiq Sosu « scheikh des Sôsu». Les deux termes 
de cette expression nous ramènent également à l'isthme égypto- 
syrien : hiq est le titre constant des chefs des tribus nomades, 
porté par le seigneur du Lotanu dans le Voyage de Siniihit et 
les inscriptions plus haut citées du Sarbut, comme par les princes 
du groupe de Y'qb-Hl sur lesquels nous aurons à revenir; Sôsu, 
d'autre part, est l'appellation habituelle, à partir du début du Nou- 
vel-Empire, des Nomades campés à l'orient du Delta, et, par exten- 
sion, des Bédouins égarés en Syrie. A Fépoque où l'expression a 
été formée, on avait conscience encore du caractère et de la patrie 
véritables des « Pasteurs ». 

On pourrait donc penser que l'invasion des Hyksôs ne fat guère 
qu'un incident un peu violent de l'éternelle poussée des nomades 
contre les terres fertiles des sédentaires, un épisode, assez étroi- 
tement localisé, du mouvement qui devait après de longs siècles 
aboutir à la conquête de l'Egypte par l'Arabie galvanisée et grou- 
pée par rislam. Mais l'événement fut moins simple. H paraît, en 
effet, qu'à côté des aborigènes de l'isthme, le flot envahisseur com- 

1. Nous essaierons de montrer, dans un autre travail, que l'invasion dos Hyksùs n'a 
pas couvert l'Egypte entière et a sans doute été limitée au Delta oriental, et (ju'il n'y 
a pas eu en Egypte de dynastie de Hyksôs. Cf. infra, p. 42, note 1. 

2. Manéthon, dans Josèphe, Contre Apion, I, xiv (82). 

3. Polyen, VII, 4. 

l 4. loscr. de Stabl-Antar {Hec. Travaux^ III, p. 2) ol Pap. Sallier, 1.1. 



LES HORITES, ÉDOM ET JACOB DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 41 

prenait un élément d'autre origine. L'inscription d'Hatsopsit note 
qu'au milieu des 'Amu se trouvaient des Sm'm ou i>'?;i ^ : nous 
avons ici un nom nouveau, inconnu à la période antérieure, et 
sans doute aussi une population diiïérente de celle ((ui était anté- 
rieurement classée sous le terme d'Aniu, puisqu'on prend la peine 
de l'en distinguer expressément. Sm'm ou S m est, suivant tout(; 
apparence, un mot purement égyptien qui signifie étranger KVqx- 
pi'ession singulière « les rtrangers qui <Haient parmi les 'Amu » 
indique évidemment un groupe marqué d'un caractère d'exotisme 
particulièrement frappant, et qui tranchait sur le fond des Sinaïtes, 
ennemis, mais ennemis traditionnels avec lesquels on était fami- 
liarisé. L'incursion des Pasteurs a donc jeté sur la vallée du Nil, 
mêlés aux Bédouins limitrophes du Delta, des nouveaux venus de 
provenance plus lointaine, que l'Egypte ne confondait pas avec ses 
vieux voisins horites-^ 

Résumons les résultats acquis : vers la fin du xtu» siècle, le 
Delta suhit les ravages d'agresseurs dont le noyau était formé 
d'Amu, c'est-à-dire d'Horites, mais dont une partie appartenait à 
une couche ethnique distincte, originaire d'un point situé au- 
delà de la zone où l'Egypte plus ancienne situait 'Amu. Qu'est- 
ce à dire, sinon que l'invasion des Pasteurs a réalisé, sur une 
échelle extrêmement limitée, un phénomène dont l'histoire des 
migrations de ])euples présenterait sans peine de nombreux 
équivalents? Les Germains qui pénétrèrent sur les terres de l'Em- 
pire romain ne s'étaient ébranlés que sous la poussée de masses 
plus lointaines, qui devaient à leur tour faire en Occident de 
sinistres apparitions; avant d'a/Tecter l'aspect ethnographique des 
provinces civilisées de l'Occident où elles fmirent par aboutir, les 
invasions modifièrent la face des régions qu'elles avaient tra- 
versées. 

Nous supposons qu'issu d'un point extérieur à l'isthme égypto- 
syrien, le (lot des Pasteurs charria à son arrivée sur le Nil des 
éléments disparates : des bandes de Sinaïtes ('Amu) qui n'ont 
pu appartenir qu'à la vieille race dont étaient Hori et Lotan, et des 
émissaires des populations, venues de plus loin, dont l'approche 

1. L'extrait de rinscription d(^ St;il>l Aiitar dans liée. Travaux, IH, p. 2, indiqiui 
Sm'm. S'm est donné par l'c-dition plus compI«'te du texte publiée par (Jolénischeff dans 
le même Recueil, t. VI, p. 20, pi., 1. 'M. Les deux formes semblent également plau- 
sibles (cf. Max Mùller, Asien und Europa, p. 199, n. 1). 

2. Golénischeff, Recueil, III, p. 2, n. 3, et Max Millier, Asien und Eut'opa, p. 199. 

3. C'est Max .Mùller qui a indiqué nettement la distinction entre les Élranf/ers et les 
'Amu (Dée Hijksos, dans Mitteil. d. vorderasiat. Gesellscha/'t, 1898, p. 113). 



42' REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avait mis en mouvement les peuplades jadis maîtresses du Mont 
SéMr. Ce sont celles-ci que l'inscripLion de Stabl-Antar appelle les 
Sm'm; ce sont peut- ôtre elles aussi qui reçurent d'abord le nom 
de Sôsu qu'un âge postérieur, mêlant ensemble la vieille popu- 
lation et la nouvelle, devait étendre à tous les Pasteurs sans ex- 
ception. 

On a accoutumé de ne considérer r«invasion des Hyksôs » qu'au 
point de vue de ses conséquences pour l'histoire d'Egypte : nous 
n'avons pas l'intention de montrer ici que celles-ci ont été infini- 
ment exagérées, et que la recherche doit se dégager des hyperboles 
de la légende égyptienne qui a amplifié l'occupation du Delta oriental 
en une conquête de toute la vallée du Nil, imaginé une longue 
lignée de Pharaons hyksôs ', assimilé aux guerres divines la cam- 
pagne de libération d'Amôsis -. L'événement a sans doute eu une 
influence plus marquée sur la destinée de l'isthme égypto-syrien. 
Le Sé'iviiato sensu), balayé par les Sôsu qui poussèrent devant eux 
ou entraînèrent à leur suite les 'Amu de race horite, ne put qu'en 
être durablement affecté. Etant donnée l'extrême faiblesse numé- 
rique des établissements humains que sont susceptibles de nourrir 
la presqu'île et l'isthme sinaïtiques — le nombre des habitants delà 
presqu'île ne s'élevait au début du xix° siècle qu'à 4 ou 5,000 envi- 
ron •^ — une émigration, qui serait ailleurs insignifiante, équivaut 
ici à la dépopulation. Ceux des groupes horites qui se jetèrent sur 
le Delta s'y perdirent sans retour. L'histoire racontée par Manéthon 
de la capitulation accordée par Amôsis aux 240,000 Hyksôs d'Avaris, 
laissés libres d'aller fonder Hiérosolyma '', n'est qu'une grossière 
altération delà vérité historique, destinée à harmoniser la tradition 
égyptienne avec la version biblique de l'Exode : ce que le témoignage 
d'un contemporain, Ahmos si Abina, nous laisse entrevoir du vrai 
caractère de l'épisode final de la lutte contre les Pasteurs suffit à 
nous assurer que les envahisseurs, rejetés dans la bourgade voi- 
sine de Port-Saïd déjà décimés, — leur nombre ne pouvait dépasser 
quelques milliers d'hommes et de femmes — ont été tués dans la 

1. Les Apopiiis sont des Pliai'aons cryptions de pure race, membres d'une dynastie 
qui a dû avoir pour centre Avaris. Le dieu local d'Avaris, Sutch, est une divinité na- 
tionale dont le culte n'implique nullement l'origine étrangère de la famille royala : il 
est déjà le dieu de Rà-Nahsi, dont personne n'a jamais songé à faire un Hyksôs. Ce 
n'est que quand Suteli fut devenu une figure démoniaque assimilée aux Ba'al de 
Syrie que ses adorateurs ont semblé des sacrilèges étrangers à la tradition égyptienne 
et partant des étrangers. 

2. Polyen, VU, 4. 

3. Lottin de Laval, Voyage dans la péninsule du Sinaï, p. 240. 

4. Manéthon dans Josèplie, Contre Apion, I, xiv. (89-90). 



LES HORITES, ÉDOM ET JACOn DANS LES MONUMENTS K(iYPTIEN8 4;i 

liilto OU rrparlis coinnio esclaves entre les soldais du Phaj'aon '. Si 
l'on songe ([ue les tribus ou clans que la liste biblique place à la 
tiHe de la nation borito, Lolan et Hori (Hori surtout, voisin immé- 
diat d'Avaris), étaient les plus rapprocbés de la IVontièi-e ég\ plienne, 
les plus directement sollicités par la ricbe pi'oie qui s'oiïrait à leur 
faim de nomades, on admettra sans peine qu'ils ont dû être des 
premiers à s'élancer à la curée, et que Lotan et notamment Hori 
n'ont pu survivre à Tavenlure égyptienne et aux représailles qui 
l'ont suivit;; (jue, s'ils ont maintenu une existence mist'rable, ils 
n'ont pu préserver la situation éminente que la liste de la Genèse 
leurassun; à la tète de bnirs l'rèriis; en d'auli'es tei'mes, que c'est à 
la suite de la descente des liyksos en Kgypte qu'a dû se disloquer 
le peuple borib^ tel (juil a|)parait au cbapitre xxxvi de la Genèse, 
où Hori et Lotan en sont lesy;r//;z/ inter parcs. 

Dans l'espace noir de cinq ou six siècles qui sépare le Lotan des 
Senwosrit, des Amenembat, des Sinubit des Sôsu d"Aduma de 
Seti II, nous iixons donc un point lumineux. Nous saisissons un 
moment où la bande dései'lique qui joint le Delta à l'Asie a vu se 
renouveler, au moins partiellement, sa population ; où les plus 
notables de ses anciens possesseurs, les tribus prérogatives du 
SéMr, Lotan et Hori se sont nécessairement dispersées, afi'aiblies, 
peut-être éteintes; où une race nouvelle surgit, mêlée aux Horites, 
à la lisière orientale de l'Egypte, pour n'en plus disparaître. 
Tout porte à croire que l'orage qui, vers la lin du xvii« siècle, 
a balayé le désert égypto-syrien, et a laissé dans les annales de 
l'Egypte un long souvenir, est celui-là même qui a fondu sur 
les Horites et a ruiné leur ancienne prépondérance; et tout invite 
à reconnaître dans ceux des Hyksôs qui représentent un élément 
distinct des Horites l'avant- garde du corps d'invasion dont les 
Édomites historiques sont des traînards ari'êtés aux pentes occi- 
dentales de T'Araba. 



III 



Y avait-il des Edomites parmi les audacieux qui passèrent le Nil, 
les avant-coureurs que rKg}ple,un instant sui'prise, devait englou- 
tir? On est libi'c de le supposer, mais seuls les amateuis dbypo- 

I. Cf. Max. Millier, Die llyUaus, .iaiis Mitleil. li. vurderasiu/. Gesellsc/ui/l, 1808, 
pp. 114 et 132. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

thèses aventureuses penseront retrouver dans les Sm'm de l'inscrip- 
tion de Stabl-Antar le clan do Sammà, fils de Re'uel, fils d'Ésau^ 
Il est certain que le gros dÉsaii, loin d'atteindre le Delta, s'arrêta 
bien avant d'être parvenu à la région où nous avons trouvé établis 
Hori et Lotan. L'État édomite, dont l'itinéraire de l'Exode d'IsraëP 
jalonne approximativement par Qades et 'Éçion-Geber la frontière, 
n'englobe, de Tistbme égypto-syrien, que la partie orientale voi- 
sine de F'Araba et le centre; et, si le document du temps de Seti II 
signale quelques Sôsu d"Aduma à l'ouest de la ligne frontière ainsi 
circonscrite, dans le Ouàdy ïoumilât, il ne s'agit que d'une bande 
d'aventuriers nomades que la faim a fait sortir du cercle de leurs 
routes habituelles. La tranche occidentale de l'isthme, la seule que 
les Égyptiens aient nettement connue ^,est donc restée extérieure à 
l'aire des établissements édomites stables. Mais il est clair qu'elle a 
dû être affectée par le passage du groupe ethnique dont les Édo- 
mites se détachèrent d'abord et dont la tête de colonne pénétra en 
plein Delta : il serait inconcevable que le fleuve dont nous observons 
les alluvions aux deux extrémités de sa route, à Avaris d'une part, 
sur T'Araba de l'autre, n'eiit rien laissé sur la section médiane de 
son parcours. C'est, en effet, dans cette zone du Sé'ir occidental 
que les textes du Nouvel-Empire mentionnent à de fréquentes 
reprises les Sôsu, que leur nom apparente, d'un côté, aux Hyksôs, 
de l'autre aux gens d'Édom '' ; c'est là également que la tradition 

1. Genèse, xxxvi, 17. Le rapprochement serait, à tout prendre, moins invraisemblable 
que celui de Sm'm avec U'Ô proposé par Glaser [Jehowa-Jovis, p. 3). 

2. La délimitation ainsi obtenue n'a assurément de valeur que pour l'époque où le 
document des Nombres a été composé (le mot de Stade reste vrai : la recherche qui a 
pour but de fixer la uoute prise par les Israélites a l'intérêt de celle qui porterait sur 
l'itinéraire des Burgondes se rendant chez Attila, dans les Nibelungen). Mais tous les 
indices concordent à prouver qu'Édom n'a jamais dépassé qu'accidentellement la limite 
occidentale indiquée par l'itinéraire. 

3. Rappelons que, comme il a été dit plus haut (p. 35) la zone des intérêts égyptiens ne 
s'étendait, au delà de la ligne du canal de Suez, vers le nord, que sur la région du Pelli 
Désert où passent les routes de Syrie, vers le sud que sur le district minier du Sarbut 
et du Ouàdy Maghàra. Le texte du papyrus Harris, qui signale la défaite des « Sa' ira 
d'entre les Bédouins », est postérieur à la mention d'Édom dans le papyrus Anastasi VI 
et la population visée est sans doute édomite (le document est du début du douzième 
siècle) ; à cette date, les aborigènes comme Timua', Oholibama, 'Alwan étaient sans doute 
assimilés ; faute de mieux, Ramsès IIÎ a fait razzier les misérables nomades du Sé'ir, 
menu fretin que ses ancêtres eussent dédaigné. 

4. Ce terme de Sôsu coudoie, dans les monuments de la XVIll" dynastie et des pé- 
riodes suivantes, ceux de Monti, d"Amu, de Hôru (employés comme ethniques, le der- 
nier aussi comme nom de pays) : ainsi Monti désigne, dans l'inscription d'Ahmos si 
Abina, les Bédouins de l'isthme égypto-syrien et les habitants de la steppe de 

'extrême-sud de la Palestine sur lesquels Amôsis, sitôt Avaris pris, va tirer ven- 



LES IJORITES, EDOM ET JACOB DANS LES MONUMENTS EGYPTIENS 45 

liébraïque place les plus anciennes résidences de Jacob et de ses 
descendants : Gosen, le Horeb, Qades. 

Nous arrivons à une conséquence indirecte, mais de liaute 
importance, des constatations faites i)lus haut à propos d'Kdom. 
Édom et Israël sont, dans la légende patriai'cale, des peuples unis 
par la plus étroite parenté. Ésail et Jacob sont plus même que des 
frères, ce sont des frères jumeaux; la convention généalogique ne 
possède pas de moyen plus expressif pour affirmer Textrème affi- 
nité, le proclie voisinage des origines. Si on se rappelle ({ue c'est à 
Touest du Sé'ir d'Ésaii, dans la terre de Gosen, que la tradition 
biblique relègue le berceau de la nation issue de Jacob, on se 
demandera sans doute si ce n'est pas la vague qui, vers la lin du 
xvii° siècle, a déposé sur les plateaux orientaux de fisthme les 
éléments du futur Édom, qui a entraîné un peu plus loin, jus- 
qu'aux portes de FÉgypte, le noyau (ou l'un des noyaux) du futui* 
Israël. 

Wellhausen ^ a émis l'idée que lorsque se fragmenta Isaac, la 
nébuleuse où se confondaient Édom et Israël, Édom se consolida 
d'abord ; celles des familles qui ne trouvèrent pas place sur le Sé'ir 
ou qui, pour toute autre raison, se trouvèrent exclues de la nation 

geance de l'invasiou des Pasteurs ; Hôru s'applique à toute l'étendue du VeLU Désert, 
jusque vers Elusa, et même à toute la côte que nous appelons philistine et phéni- 
cienne (cf. Sphinx, IX, p. 7^j et suiv.). Il ne faudrait pas croire, en raison de la 
coexistence du nom récent et des mots anciens, que les Éiryptiens se sont rendu dis- 
tinctement compte de la survivance de leurs anciens voisins liorites à côté des nou- 
veaux venus. En réalité, les mots comme Hôru, Monti, etc. étaient passés dans la 
langue pour désigner des espaces ou des populations du désert et ils continuèrent à 
être utilisés par tradition ; dans aucun cas particulier, leur emploi ne suppose la per- 
sistance du groupe ethnique auquel ils avaient été primitivement affectés, pas plus que 
la mention de la Graecia dans Tite-Live ou de l'Allemagne dans Comines n'impliqnc 
la conservation de la personnalité ethnique des Graikoi ou des Alamans jusqu'au pre- 
mier ou au (luinzième siècle. Pour ne recevoir aucune force de l'argument tiré du 
maintien des noms anciens, l'hypothèse d'une survie partielle des vieux groupes horites 
dans la zone occidentale de l'isthme reste d'ailleurs extrêmement vraisemhlahle et 
même nécessaire (voir infra, p. oO, ce qui est dit de BiUian). — Il va de soi que le 
mot Sôsu, de son côté, n'a pas dû préserver longtemps le sens pvhnilif d'É Iran ger (ju'on 
peut lui supposer et qu'il s'est rapidement étendu à tous les habitants de l'istlime sans 
distinction d'origine ; dans les textes conservés du Nouvel-Empire, il ne signifie rien de 
plus que « Bédouin sinaite » et il sert indifféremment pour les Horites et les popula- 
tions ([ui ont peu à peu supplanté et ahsorhé les Horites, C'est sans aucun doute cette 
signification conqjosite qu'il avait pour les Égyptiens qui ont appliqué l'expression 
d'.cc Hyksôs » aux chefs des Sémites envahisseurs, et qui n'avaient certainement plus 
aucun soupçon de la variété des éléments qui avaient collaboré à l'invasion du Delta 
oriental. Ce dernier fait n'entame naturellement en aucune façon la valeur prohante que 
nous avons assignée au terme en l'invoquant à l'appui de l'équation : Pasteur = Bédouin 
du Sinaï. 
1. Wellhausen, Gesc/iichle, o' éd., pp. 'J-10. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

édomite formèrent l'embryon d'Israël. Dans notre hypothèse les 
Bené-Ja'qob sont, comme les Édomites, des H///isôs restés en route 
et sauvés, parla halte qui les arrêta au seuil de l'Egypte, du destin 
fatal qui attendait leurs frères plus téméraires. Le Gosen est, en 
eiret, i)i'esque extérieur à l'Egypte propre : la région avec laquelle 
il coïncide ' n'appartenait au royaume pharaonique que politique- 
ment, en ce sens qu'elle était en arrière du Mur du Prince élevé 
vers le lac Tinisal)- pour « empêcher la descente des 'Amu » ; en 
fait, TEgypte cessait avec la «terre noire >?, et la steppe située entre 
le Nil et le Mur n'était qu'une continuation du désert, une marche 
un peu plus surveillée que le reste des solitudes de l'isthme. Même 
après que les Égyptiens eurent construit des établissements du- 
rables dans ce district longtemps abandonné aux nomades et qu'un 
canal y eut conduit l'eau du fleuve, il resta, par la nature du sol et 
le caractère des habitants, plus désertique que nilotique. Il est sen- 
siblement identique à la v terre du Pharaon » où les fonctionnaires 
de Seti II ont donné droit de pacage, trois siècles et demi ou plus 
après l'arrivée des Hyksôs, aux Bédouins d"Aduma; à l'époque grec- 
que, il porte le nom caractéristique d'Apapia (au moins à partir de 
Ptolémée II) et déjà Hérodote donne à la ville de Patoumos voisine 
du canal l'épithète d"AûapiY|. Ainsi se résolvent les difficultés qui 
faisaient obstacle à l'idée de rétablissement d'un groupe de nomades 
tel que les Bené-Ja'qob dans le Delta, tant qu'on cherchait Gosen 
dans un pays de culture, densément peuplé. On peut se les repré- 
senter, sans invraisemblance, menant pendant de longues géné- 
rations la vie pastorale en Gosen à la lisière des champs des séden- 
taires; restant en contact {\e Âhir était une mince barrière) avec des 
parents demeurés plus à l'est, au delà du Mur, sur les frontièi'es 
d'Édom, vers Qades ou le Sinaï; s'évadant enfin quand les pro- 



1. Le Gosen (ou plutôt Goscm, le rtai[x des Septante a préservé la forme originale) 
est, d'après un document de basse époque, identique, en tout ou en partie, au 20^ nome 
de la Basse-Égy]»te, c'est-à-dire à la région de Saft-e!-Hinné. Ce district, qui forme 
aujourd'hui une des pai'ties les plus florissantes du Delta, n'était sans doute au 
début du troisième tiers du second millénaire, pas encore conquis sur le marais ou le 
désert. Mais le nom de Gosen couvrait k l'origine une contrée plus orientale encore 
et plus rebelle à la culture et à la vie sédentaire. Cette extension sur tout l'Ouàdy 
Tumilàt me paraît résulter du passage de VOde à Senwosril III qui loue le Pharaan 
d'être « le rempart qui mure le pays de Qosm », Cette métaphore indique clairement 
(|ue Qosm était pays fi-ontièrc ; de plus, elle doit renfermer une allusion directe au Mur 
du Prince: le poète fait entendre (|uc mieux que le rempart, le Pharaon défend Qosm 
contre les incursions des Bédouins, ce qui suppose (jue Qosm est sous la protection 
immédiate de la ligne fortifiée qui couvrait la vallée du INil vers le nord-est. L'image 
a d'ailleurs fait fortune dans la rhétorique égyptienne. 

2. Cf. sur l'emplacement du Mur, Weill, Sphinx, VIII, p. 192. 



LES IIORITES, ÉDOM ET JACOB DANS LES MONUMEiNTS ÉGYPTIENS 47 

grès de la colonisation t'^^yplienne dans le Toumilàt et à ses alen- 
tours leur eurent rendu Talniosphère iri'espirable. 

Ce n'est pas innover que considérer la descente en Gosen comme 
un épisode de Thistoire des Hyksôs, ou, plus précisément, de la 
migi'ation qui, après avoir ruiné la confédération liorile, vint 
s'abattre contre le Delta. Depuis qu'on a commencé à comparer les 
traditions égyptiennes avec les récils du Pentateuque, on a été 
frappé de certains ti'ails de ressemblance des (ils de Jacob, « pas- 
teurs de troupeaux », avec les WoiilIve^; comme nous l'avons dit, la 
relation manétbonienne, falsifiant le dénouement de l'aventure des 
Hyksùs pour rbarmoniser avec la léj<ende biblique, présuppose Ti- 
dentification des deux groupes d'immigrants. Josèpbe aiïecte, dans 
le Contre Apioii, de prendre au sérieux cette combinaison, qui, 
des milieux juifs bellénisants, a passé, avec Jules l'Africain, à l'bis- 
toriograpbie chrétienne et môme à la science plus moderne : assez 
nombreux sont les savants qui, au cours des derniers siècles, 
ont entrepris d'accorder la thèse des /l(<7//;9^/«/t:^ avec celle de la 
Bible. Nous ne nous arrêterons pas aux procédés imaginés pour 
faire jaillir la vérité du rapprochement de deux sources presque 
également légendaires'. Pour que la question pût être posée uti- 
lement, il fallait non seulement que la ci'itique biblique eût fait 
ressortir quelle masse de broderies romanesques surcharge, dans 
la Genèse et l'Exode, un mince noyau historicjue, mais encore que 
l'historiographie égyptienne se fût libérée des erreurs amoncelées 
autour de l'aventure des Hyksôs par le compilateur des Aigf/ptlaka. 
Cette deuxième condition, chose assez singulière, a été la dernière 
à se réaliser. Ce n'est que d'hier que nous possédons les éléments 
d'une chronologie égyptienne scientifique, et que nous sommes 
débarrassés des dates fantastiques de Manéthon, qui reculaient l'ar- 
rivée des Hyksôs jusque dans le troisième millénaire; ce n'est que 
d'hier encore que, renonçant à voir en Manéthon la source capitale 
et considérant en premièi'e ligne les documents égypiiens contem- 
porains des événements ou peu postérieurs, on est parvenu à la 
nolion juste de l'épisode d'Avaris - et partant à l'idée (jue l'Exode 
ne pouvait avoir aucun rapport avec la soi-disant expulsion des Pas- 
teurs. Parmi les devanciers qui ont admis la réalité d'une relation 
entre les migrations hyksôs et Israélite, nous n'avons donc à tenir 

1. Cf. les auteurs cités par Kurtz, Gesch. d. AU. Blinde!^, II, p. 178 ot suiv., et 
Koeliler, Lelwhucli (1er bibl. Gesch., I, i» 2i4, n. I. 

2. Ed. Mt'yer, Gesch. Alt. Ae;/., p. 214, tout vu reconnaissant le caractère Yérita])le 
de la prise d'Avaris, concède encore à la tradition (jue les guerriers hyksùs ont pu pro- 
liter d'une capitulation. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compte que des derniers en date \ particulièrement de Spiegelberg. 
Le fait principal allégué par Spiegelberg apportera, à ce qu'il nous 
semble, quelque appui à Ibypothèse que nous avons fondée sur la 
vérilicalion par les documents égyptiens des données bibliques re- 
latives aux Horites et à Édom. Nous i*eproduisons à peu près tex- 
tuellement rai'gumenlalion du savant égyptologue de Strasbourg'-. 
Les Hyksôs sont des Bédouins syriens qui s'emparèrent du royaume 
pbaraoniquc et le dominèrent pendant deux siècles. Leurs rois 
régnèrent sur l'Egypte à la façon des anciens souverains du pays, 
dont ils adoptèrent bientôt la culture supérieure. Il est vraisem- 
blable que ces conquérants sémites, quoique superficiellement égyp- 
tianisés, gardèrent toujours le sentiment des liens étroits qui les 
attacbaient à leur terre d'origine, et ils ont dû favoriser constam- 
ment l'arrivée de nouveaux contingents de Sémites. On peut donc 
conjecturer que c'est à cette époque que s'est produite la première 
immigration de clans Israélites, celle que l'Ancien Testament per- 
sonnilie dans les figures d'Abrabam et de Jacob. Ce serait là, à 
première vue, une supposition arbitraire; mais elle s'appuie sur 
le fait extrêmement remarquable que parmi les rois Hyksôs il en 
est un qui s'appelle bî^ npj^"" = Ya'qob-el et porte la forme ancienne 
du nom de Jacob ; le nom d'un autre prince hyksôs, Smqn, doit 
peut-être être rendu par Siméon. On ne partira pas de là, assuré- 
ment, pour identifier le patriarche Jacob avec son homonyme hyk- 
sôs; si le premier avait été roi d'Egypte, la tradition en aurait su 
quelque chose. Mais on a sans doute le droit de conclure qu'il y a 
connexion entre la domination des Hyksôs et les Jakobstcimme^. 
Des deux noms propres ainsi introduits dans le débat, nous 
laissons de côté le second, Smqn, dont l'identité matérielle avec 
celui de Siméon est loin d'être certaine. Mais Ya'qob-el '• doit nous 
arrêter. Le principicule, dont un scarabée nous a conservé le nom, 



1. Sethe, Goelt. Gel. Anzeiyen, i*è()'k, p. 9,37 ; Bissing, Gesch. Aegijplens, \k ;j8, 

2. Spiegelberg, Aufenthalt Israels in /Egypteu, p. 28 et suiv, — Du rritinc , 
Aiqyplolofjiscke Randglosse7i zum Allen Testament, p. H et suiv. 

3. Spiegelberg distingue les tribus de Jacob , qui avaient émigré en Gosen, de 
celles d'Israël restées en Syrie. La question des ra[)ports de Jacob et d'Israël et celle 
de la date de l'Exode restent trop obscures ])Our que nous puissions décider si Israi'l, 
dont l'inscription triompbalc de Mcnepbtah atteste le domicile palestinien pour 1250 
environ, comi»rend ou non les groupes échappés de Gosen. 

4. H ne semble pas qu'il y ait lieu de douter de l'exactitude de cette transcription de 
l'hiéroglyphique Y'qbhl (Sethe, Goett. Gel. Anz., 1904, p. 938). Une explication difle- 
rente a été proposée avec une réserve méritoire par Max Miiller [Mitt. vorcler. Gesellsch., 
1898, p. 167j : la seconde paitie du mot serait égyptienne et l'ensemble signifierait 
(( Ja'kob befriedigt ». Cet hybride paraît bien ]»eu vraisemblable. 



LES HORITES, ÉDOM KT .lÂCOlJ DANS LES MONUMENTS EGYPTIENS 49 

no régna assurément pas sur toute TÉgypte; il fut seulement le 
chef do bandes qui n'occupaient sans doute j)as la totalité du 
Delta. L'og>ptianismo do surface dont témoif];no son scarabée ne 
doit pas davanlage faire illusion ; pondant lour brève domination, 
les H\ ksôs n'ont guère eu le tomj)s do s'approprier une civilisation si 
diiïéronlo de la leur (les Pasteurs faits prisonniers à Avaris semblent 
bien èlro restés de purs Sémites) ot les scarabées ([u'ont fait graver 
leurs scheikbs ne prouvent guère plus pour le degré de leur assi- 
milation que les cartes do visite on français dont s'bonorentde nos 
jours les notables musulmans de l'Orient. 

Ya'([ob-el est la forme complète du nom tbéophore dont Ya'qob 
est la forme apocopée. Ia) mot est identique à Tun des noms de la 
liste triompbale de Tboutmès III' (premièn^ moitié du xv» siècle). 
Nous ne savons malheureusement pas dans quelle partie de la 
Palestine les Égyptiens ont rencontré ce Ya'qob-el (Max MûUer a 
pensé à la Palestine centrale, vers le domaine de Dan etd'Épbraïm, 
Sanda à Ja TransJordanie -j ; nous ignorons même si c'est là un nom 
de localité ou do tribu ^. En présence de tant d'obscurités, toute 
conclusion précise risque d'être imprudente. On peut cependant 
croire, sans excès de hardiesse, qu'un lien existe entre Ya'qob-el 
nom individuel et Ya'qob-el nom ethnique : soit qu'un Ya'qob-el 
(qui n'est pas nécessairement identique à celui dont nous possé- 
dons un monument, mais qui a dû faire partie de la même société) 
ait réellement servi de souche à un groupe familial étendu, soit 
qu'il ait été un chef ou un personnage notable qui a donné son 
nom à un clan non fondé surla consanguinité '. Cette application à 



1. Voir Ed. Moyer, Zeifschr. alU. W'issensch., 1886, p. 1 et suiv, ; Max Millier, 
Asien und Etiropa, p. 162 et suiv., et Oriental. LUernlur-ZeiluiKj ^ II, .397; Holzin- 
ger, Genesis, p. 268 ; Sanda, M'Utheil. vonler. Gesellsch., 1902, i». 00 ; Luther, 
Zeitsc/ir. f. alll. U7.s\ç., 1901, p. 60 et suiv., etc. 

2. S'il était certain, comme l'a pensé Maspero, que la partie de la liste qui avoisiiie 
la mention de Ya'qob-el (n°102) se réfère à la Palestine méridionale, que Grr (80) est 
Gerar, lihbu (87) Keliobot, Gczer du n" 104 le Gézer de la Judée, on pourrait su|q)oser 
que Ya'qob-cl appartient au Negcb, et réside à proximité et au contact des Siisu du 
Sé'ir. L'hypotliésc aurait l'avantage de rendre compte du rapport du Ya'qob-rl du 
scarabée avec le Va'([ob-el de Tlioutmès III sans obliger à sujiposer ipie celui-ci repré- 
sente ou bien un groupe hyksôs resté en route au moment de la marche vers l'Ki-'ypte, ou 
bien une bande évadée du Sé'ir ou même de Goscn à la suite d'un premier exode. 

3. Cette dernière alternative, longtemps perdue de vue, a été rappelée par Setlie 
[Goelt. Gel. Anz., 1904, p. 938). 

4. Noeldeke a indiqué ces deux hypothèses comme rendant compte dans la majorité 
des cas du phénomène, fréquent et même normal chez les Sémites nomades, de la 
désignation d'un groupe par le nom d'un individu, ancêtre réel ou supposé {ZDMG.f 
XL, p. 157-158), 

T. LI, NO loi. 4 



^0 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une collectivité dun nom personnel a été réalisée, de 1600 à 1475 
environ, entre le Sé'ir oriental et un coin inconnu de la Palestine. 
Est-ce coïncidence fortuite que la tradition hébraïque ait prêté une 
fortune identique, dans les mêmes limites d'espace et même de 
temps, au nom du héros et ancêtre Ja'qob ? 

Cet indice d'une « descente en Gosen » n'est d'ailleurs pas isolé. 
Nous avons dit que les Édomites ont absorbé une partie de la popu- 
lation qui les a précédés sur le Sé'ir ; les listes à forme généalo- 
gique traduisent en général ce fait par la fiction du mariage de 
groupes horites (Timna', Oholibama)avec Ésaii ou son premier-né 
Eliphaz ^ Si les « fils de Jacob » ont, en effet, comme nous l'avons 
supposé, occupé la région orientale du territoire horite, il est à 
prévoir que leur généalogie doit montrer quelque trace d'un croi- 
sement avec les iosbé ha arec. Or le nom de la mère de Dan et de 
Nephthali, servante de Rachel et concubine de Jacob, Bilha, a été 
reconnu identique, par Dillmann ^ et Stade ^, à celui du clan horite 
de Bilhan K Pour qui admet qu'il y a eu contact entre les « fils de 
Jacob » et les Horites, rien de plus aisé à expliquer que Pinsertion 
d'un neveu de Lotan dans la lignée des ancêtres d'Israël ^. 



*** 



Les monuments égyptiens cités plus haut sont en grande partie 
pour la science des acquisitions nouvelles ; les pierres qui fixent 
le site et la date de Lotan, les scarabées des principicules hyksôs, 
l'inscription de Menephtah avec sa mention d'Israël, ont vu le jour 
dans l'intervalle des dix dernières années, A voir la rapidité et la 
fécondité des découvertes, on peut rêver pour un proche avenir la 
conquête de matériaux nouveaux qui imposeront avec la clarté de 
l'évidence les résultats que nous disputons à la parcimonie de nos 
textes. Tels qu'ils sont, les renseignements donnés par les inscrip- 
tions hiéroglyphiques et les papyrus ont leur prix. En dépit de la 
misère de notre information sur l'incident hyksôs, de Pétroitesse 

1. Cf. Buhl, Edomilen. 

2. Dillmann, Genesh, p. .387. 

3. Stade, Geschichle, l, p. 146, n. 1. 

4. La modification de la désinence, de Bilhan à Bilha, n'est pas troublante î le 'AJwan 
horite répond de même au 'Aiwa édomite (Genèse, xxxvi, 23 et 40). 

D. Steuernajjel, Eijiwcuideriaig, p. 43, au lieu de s'arrêter, comme Dillmann et Stade, 
à nn rapprochement purement verbal, a conclu avec raison du nom de Bilha à l'exis- 
tence d'éléments ijoritcs unis à « Rahel », Mais nous ne pouvons le suivre dans sort 
aventureuse reconstruction de l'histoire des tribus. 



LES nORITES, ÉDOM ET JACOM DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 51 

de la fenêlrc ouverte du coté de TÉgypte sur l'isthme du Sé'ir, nous 
possédons par eux des points de rep<^re qui pornicltcnl de recons- 
truire avec probabilité une liistoire du désert égypto-syrien au 
second millénaire conforme, dans ses grandes lignes, au sciiéma 
qu'on peut extraire des récits l)il)liquos. Depuis quelques années, 
la science s'est surtout monlj'ée attentive aux rapports de la culture 
hébraïque avec la civilisation développée qui, issue de Babel, sMm 
posa à tous les Sémites sédentaires du Nord. Ceux qui, sans mé- 
connaître la capitale importance du rôle qu'y ont joué les éléments 
« babyloniens », ne croient pouvoir expliquer l'évolution de la 
société et de la religion Israélites qu'en mettant au point de départ 
les formes simples d'une organisation de nomades, estimeront sans 
doute qu'en nous faisant entrevoir les linéaments de l'épisode si- 
naïtique, les documents égyptiens restituent à l'histoire du peuple 
hébreu l'exacte perspective que le panbabylonisme a obscurcie. 

Isidore Lévy. 



CONTRIBUTION 
A L'HISTOIRE DES GUEONIM PALESTINIENS 



On'sait que les trouvailles de la Gueniza, et tout particulière- 
ment l'écrit appelé « Meguilla d'Ebiatar », nous ont révélé ce fait 
surprenant, que les chefs d'école palestiniens ont porté, à partir 
du deuxième quart du xi^ siècle environ, le titre de Gaon, ou, sui- 
vant le nom complet de cette dignité, de np:>-» liî^^ rn-'^iî-' ttî5^"i, mais 
qu'à la suite d'événements politiques, le gaonat de Palestine ne 
dura pas un siècle entier, après quoi les descendants de ces di- 
gnitaires émigrèrent en Egypte. Le premier chef d'académie qui 
prit le titre de Gaon fut FAaronide Salomon h. Yehouda, petit-fils 
d'un certain Joseph ha-Gohen X^^ rr^a, c'est-à-dire Ab-Beth-Din. Il 
eut pour successeur son fds Joseph (mort en 1054) ; mais pendant 
que celui-ci exerçait la dignité du Gaonat, cette fonction passa au 
prince Daniel b. Azaria de Babylonie, et ne revint qu'après la mort 
de Daniel (1062) à Elia, fils cadet de Salomon (mort en 1084). Le 
successeur d'Elia fut son fils Ebiatar, sous qui l'académie fut for- 
tement battue en brèche par un fils de Daniel, nommé David, qui 
se proclama exilarque en Egypte. C'est précisément l'histoire de 
cette tribulation, ainsi que la chute de David et la délivrance de 
l'académie qui en fut la conséquence, qu'Ebiatar raconte dans sa 
Meguilla. Mais désormais l'école palestinienne ne put tout de même 
pas se maintenir longtemps. Du frère d'Ebiatar, Salomon, nous ne 
savons même plus avec certitude s'il exerça les fonctions de Gaon 
jusqu'à la fin de sa vie ; mais nous trouvons un fils de Salomon, 
Maçliah — bien qu'il porte encore le titre de npy^ 'j'in:^ r]:!-^*::^ ^«-i 
— établi déjà à Postât en 1131, et aussi, encore vingt ans plus tôt, 
un fils d'Ebiatar, Elia^ 

1. Voir mon article sur Éphraïm ben Schemaria dans la Revue, XLVIII, ISl et s. 
où l'on trourera toutes les indications bibliographiques. 



CONTRIBUTION A L'UISTOIRK DES GUEONIM PALESTINIENS 53 

Or, il est intéressaiU dapprendre que les noms de tous ces Aa- 
ronides (à l'exception d'un seul) se retrouvent dans un fragment de 
la Gueniza, au British Muséum (Ms. or. 5549, fol. 1 r^ . Ce fragment 
est une espèce de listede défunts, telle qu'il s'en trouve encore dans 
la Gueniza \ et comme il renferme, de plus, d'autres particularités 
remarquables, je le publie ici in extenso, avant d'en étudier le con- 
tenu en détail. 

>4D"i): pDT fiDsrt n^rr Noin N3a-n nd-^.td r^ainp nbni:; ni33 
53n -lUîn Dm2N ni h p35"i nbiy?2n nann y^in-^ x:n^^ 
h^'n b-nar: -lUJn 2pyn nn ni2 piii i^r: -i^n pni:^ ni 73 p3Di 
-mNn nujrr j'oirr^ :3-^-i nj: ^dt ^crn b-^bD n?:Dnn rnar .5 

nom'»73n 



nnabc na^-o'^ ;:ji<n i-:s-t irr^bN 



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^ rinn nsn^ "^21 -1731 






3py« liwsa n3'»*û"' ^wS^ inD-r in^'^Ni .15 



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-* a' 

J g' r7-innD ^^^''nnrt inDn "i-fbf* n-nam 
g i! Dp:'-' 11^:1 pn^'O-" ^N-i inDH n72b;ai 

îj* :i rjTobny n-«ab m:2D:n mp">r; m-«35m .20 

Ainsi, la première partie de ce fragment (1. 1 à 7) énumôre les 
membres suivants d'une famille - Noni p : Dosa, Josué, Abraham, 
Isaac, Jacob et Josué. Ils sont tous représentés comme nobles, 
savants et considérés ; toutefois nous ne savons pas ce qu'ils 
étaient. Mais comme ce fragment a pi'obablement été écrit, ainsi 
que nous le verrons tout à l'heure, en Egypte au xii^ siècle, il se 
peut que le Josué nommé en second, en admettant qu'il soit fils du 



1. Voir, par exemple, le fragment édité par Gaster dans Mélanges Kaufmann, 
p. 241, n° XV. 

2. C'est peut être ainsi qu'il faut expliquer le mot nîT^D- 



î)i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dosa qui le précède immédiatement, soit identique avec AboU Sàïd 
Josiié b.Dosa d'Egypte, en riionneiir duquel Juda Hallévi a com- 
posé un poème débutant ainsi : :>u51!t^3 ^n"'i )121 m^ ^ Il est vrai que 
cet Abou Saïd porte encore le suriioîii d'Ibn- np-ip^ qiie nous ne 
trouvons pas dans notre document, mais. Dosa étant un i)om très 
rare, Tidentification est extrêmement vraisemblable. 

Quant aux chefs d'école énumérés, ceux qui se lisent aiix ligiièâ 
13-19 sont les mêmes que les docteurs palestiniens que j'ai men- 
tionnés plus haut. C'est d'abord (1. 13) Joseph, qui fut le chef de 
cette lignée de Gueonim aaronides, et qui est nommé ici égale- 
ment, tout comme dans un autre fragment de la Gueniza, édité par 
Schechter- : p^2: piD l-^i rr^n pDn (ou C]Din"«) t]DT. Le Salomon qui 
le suit (1. 14) doit être identique avec Salomon b. Yehouda, et il se 
confirme de nouveau que Salomon, lui aussi, était un Aaronide 
et que son père Yehouda ne fut pas Gaon, car il n'est pas men- 
tionné ici. A Salomon succéda, ainsi que je l'ai déjà dit et ainsi 
qu'il résulte de la Meguilla d'Ebiatar, son fils Joseph ; mais celui- 
ci n'est pas cité ici, probablement parce qu'il fut, sans doute aus- 
sitôt après son entrée en fonctions, évincé par Daniel b. Azaria, 
et qu'il dut se contenter du rôle d'Ab-Beth-Din ^. Par contre, le 
successeur de Jdseph, EHa, de môme que le fils et successeur d'E- 
lia, Ebiatar, l'auteur de la Meguilla qui porte son nom, sont men- 
tionnés aux lignes 15 et iQ. Du fils d'Ebiatar, Elia, nous savions 
seulement jusqu'ici qu'il avait émigré à Fostât, où il acheta en 
1111 le commentaire de Hananel sur Yomà, et où le Mouschtamil 
du Caraïte Aboulfaradj Haroùn fut copié pour lui un an plus tard '•. 
Notre document nous apprend maintenant qu'avant d'émigrer, il 
fut membre de l'académie palestinienne, où il tint le rang de 
a Quatrième », rang qui fut aussi occupé par Çadok b. Yosia, 
« Troisième » sous Ebiatar, avant d'avoir été nommé à ce dernier 
titre ^. Le Salomon nommé à la ligne 18 est identique avec l'homo- 



1. Diwan, éd. Brody, 1. 1, n° 71. Cf. Ibid., les remarques, p. 17G, et Steinschiieider, 
J'ew. Quart, iiey., XI, 329. Une lettre en prose rimée de Juda Hallévi à ce Josué se 
trouve dans le tiième DiwcDi, t. II, n" 117 (réimprimée dans Brody-Albreclit, lyiD 
•^^lUn, Leipzig, 1905, p. 99). 

2. Saadyaîia, p. 81. Dans mon Schechter s Saadyana^ p. 14, l'expression "j'iT n"^D 
est accolée par erreur au second Josepii. 

3. Voir 'Bâcher, /. Q. R., XV, 84. Il est vrai que la Meguilla d'Ebiatar ne dit pas for- 
mellement que Joseph ait été le fils et successeur de Salomon, mais cela résulte du 
contexte. Ce Joseph n'est i)as du tout connu par ailleurs, et ne paraît pas avoir joué 
de rôle important. 

4. Voir ibid., 9o. 

5. Meguilla d'Ebiatar, p. 2, 1. 19 : ■^Uî"'b\a nmb n,by •':9'i3nm-.. 



CONTRIRIITION A LMIISTOIRE DES GUEONIM PALESTINIENS 5» 

nyme , frère d'Ebiatar, mentionné pfécédemmetit ; de môme le 
Marliali de la ligne U) est le même que le fds de Salomoii H, éga- 
lement cité déjà et qui vivait en 1131 à Fostât. Enfin, la femme qui 
vient en dernier lieu, et dont le ilom n'est pas indiqué, est sans 
doute idetifique avec Sitt Alma'a, la lîUc de Macliah, menlionné(3 
dans le fragment édité par Schectiter (Saadyana, n» XLIII). 
Gomme le nom de cette femme n'est suivi d'aucdri autre, notre frag- 
ment doit avoir été composé vers le milieu du xn^ siècle, et com- 
posé à Postât, où les descendants des Gueonim palestiniens jouis- 
saient sans doute d'une certaine considération, et où il y avait in- 
térêt, par conséquent, à révérer aussi le souvenir de leurs àïetix, 
Que si notre fragment provient de Postât, on peut aussi éniettre 
une conjecture sur les chefs d'école mentionnés aux lignes 9 
à fi. Tous trois portent lo titre ribi:* bu: na^u:-» U35<^, ce qui 
prouve qu'ils n'exei'çaient pas en Palestine. Nous voyons que 
ceux de Babylonie nomment parfois leur académie ïi3"'u:^h n3>u5 
nb'nà bu3 ; quant à eux-mêmes, ils se désignent atissi par liNts ou uji^'i 
'2i>y^ "IIn:; nn'^U5\ mais jamais par nb"iâ bu: ï-în^u:"" u:n"i ^ Par contre, 
nous trouvons des chefs d'école à Postât, qui se nomment ainsi, 
par exemple Yosia b. Àzslria ha-Gohen , le cousin de l'exilarque 
David b. Daniel, mentionné dans la Meguilla d'Ebiatar (p. 3, 1. 6); 
de môme Natanel, qui fut en même temps Naguld, est appelé u:î<^ 
rîbi;x bu: nn''u:"' -. En outre, la désignation de nbn:;, appliquée à l'E- 
gypte, a une histoire tout à fait à part. Quand David b. Daniel se 
proclama exilarque à Postât, et mit en péril l'académie de Pales- 
tine, le « Troisième » de cette école soutint avec la plus grande 
fermeté que la dénomination de T^h^^ ne convenait qu'à la Baby- 
lonie, et que ce pays seul, par conséquent, avait droit à un exi- 
larque^. Nous avons conservé une protestation très énergique 
contre cette assertion dans un fragment de la Gueniza, dont les 
auteurs (ou l'auteur) étaient membres de l'académie de Postât et 



1. Voii'> par exemple, roii-tùte de la Consultation pu])lice \^^à\' Harkavy, Stud. u. 

Miit., IV, 88 : ^:D^^5< "^D^b nbi^bu: nn^ui-^n iy^ bt< ir^sb nNir^ tt nb^u: 
n'py^' inx:; nn^u:^ u:i<n p^i^iu: "i3Dni< ivzn npj^-» Iin:; nn"»^»::"' u:us-i -«^Nn 

'IDT. L'expression ;ibi:4bu: inD^u:'^n "^nTO revient aussi dans un fragment de la 
Gueiiizâ édité par ScUeclitet- [Mélanfjes Bevliner, partie Uébr., p. 111, iilt.), qui pro- 
viendrait de l'Egypte, et r|Ui appartient àU prfettiler tiferâ dU ±1" sièclfe, voir Revue, 
XLVII, 139, et mon ScàéchtersSaadijanûy p. B, n° 1. 

2. Vbii- J. Q. R., VIU, 534; kebUe, XLVUI, 164, n. 3. La fondation dune académie 
à Fostàt pourrait remonter à Schenlaria h. Ellianan; yo'w Revue, l. c, 161. 

3. MeQuilla d'Ëhiaiar, p. 4, 1, (> : fa^siCwSn ^5n3 ^bl nbi:i pIlT 1"^NU: '«.... 

î-n73ip73n bàn i^'i^tn ribi:; u;^i-i it< rtbis i^^npb ûbi^n nt nnnn û^?3DnS 

'IDI 'u:^ m-«b:* n^bs^ ib^u: bnn^J y-in. Voir à ce sujet, Revue, XLVni,lG7. 



d6 RE\'UE des ETUDES JUIVES 

disent que TÉgypte peut également être considérée comme Dias- 
pora, aussi bien que la Babylonie, d'autant plus que Joseph et les 
autres ancêtres des tribus y ont vécu, et que Moïse y est né*. 
C'est pour affirmer ce droit que l'usage semble s'ôtre établi ebez 
les chefs de l'école de Fostât de se nommer nbr^ b^ rt3'«uî'^ ;aN^. 

Pour ce qui est de ces trois chefs : Elia ha-Gohen, Salomon et 
Menahem, il va sans dire qu'il est difficile de les identifiei-. D'après 
al-Hiti, le Caraïte Samuel b. Ascher b. Mançoùr, surnommé Abou-1- 
Tayyib al-Djebeli, aurait engagé une polémique contre un uni» 
wn?D U3î<"i. Mais comme ce Caraïte appartient probablement au 
X' siècle, le Menahem qu'il a combattu pourrait difficilement être 
le même que l'un des nôtres, car le titre de nbr^ buî nn-'iii-' u:i^n na- 
quit sans doute en Egypte, à la suite des faits que j'ai exposés, au 
plus tôt seulement dans la seconde moitié du xi" siècle. J'ai iden- 
tifié aussi le Menahem cité par al-Hiti avec un disciple de Saadia 
qui porte le même nom '^. 

Il est encore plus malaisé de dire ce que fut le Cahana men- 
tionné à la 1. 12, et qui, tout en étant placé parmi des chefs d'école, 
n'est pourtant pas désigné spécialement comme ayant exercé cette 
fonction. Je remarque seulement qu'il y a eu à Pumbedita un gaon 
de ce nom (Cahana b. Haninaï) ^. 

Samuel Poznanski. 



p. S. — Cet article était déjà imprimé, quand le fascicule d'oc- 
tobre de la J.Q.R. (t. XVIII, p. 1-39) a publié une étude substan- 
tielle de E. J. Worman, intitulée : Noies on the Jeios in Fustat 
from Genizah Cambridge documents. Cette étude nous apprend 
d'abord (p. 14) que le Maçliah ha-Cohen mentionné plus haut pré- 
sidait un tribunal à Fostàt, qu'il a sans doute exercé aussi les 
fonctions de chef d'école, et que les documents signés par lui 
embrassent les années 1127-1138. Que si, dans ces documents, 
il ne se nomme pas nbin bttî nD-ittî"^ ;ïJ5<^, mais aps^-» ';^î<r^ nn^uî-» uît^-i. 



1. Saadyana, n» XL, f" 2 v°, 1. 14 : ï-;mt:n b23^n Y^nb rj^iin ûni:7û ^^.... 
et f» 4 vo, 1.1 : nnr^ n?3n "^^2^ T^riN n^rai uni yn^b riitnn û^ii:?2 yiN Nbrr 

'l^^ "Tbl2 12 D"«:D bN Û'>2D ^T^ I^^T» ":0NT Ï12. Cf. Bévue, l. c, 169-170. 

2. Cf. ma notice sur al-D.jelteli dans Jew. EncijcL, VIII, 10. Mais si le IVagment de 
la Gueuiza mentionné plus haut (p. 24, n. 1) provient réellement de l'Egypte, il prouverait 
que la dénomination de rîblwl y était déjà usuelle dans le i»remier tiers du xi" siècle. 

3. Les personnes mentionnées à coté du fragment comme étant encore en vie (une 
femme, puis trois hommes : Salomon, Moïse et Ismaël) pourraient, à cause de l'épi- 
thète qui les accompagne, avoir appartenu à la famille des Ben-Dosa. 



CONTRIBUTION A L HISTOIRE DES GUEONIM PALESTINIENS î;7 

c'est sans doiUt» parce (|u"il a apporté ce liln; de la Palesliiicct {|ii'il 
n'a pas pu réchaiiger coiitrn un nouveau. 

Worman donne aussi la liste des chefs de Facadémie de Foslàt, 
trouvés par lui, (pii ont pi'écédé Maçliah. Le premier est Yosiya, 
([ui est identicpie, ce (jue Worman ne remarcpu' pas, avec le Yo- 
siya 1). Azarya ha-Cohen nommé plus haut (il ilorissait en 1070- 
lOHl). Ensuite vient un peisonnage, d'ailleurs inconnu, Salomon 
1). Samuel h. )vb'û (sic), peu après 1082 (c'est ainsi qu'il faut lire, 
1. 10, au lieu de 1028). C'est ensuite un Salomon ha-Cohen b. Yo- 
sef, qui est désigné dans un document datant de 1002 comme at^ 
î-în-^ïî-^n, appellation correspondant à Ab Beth-Din \ mais qui reçoit 
aussi le titre de n3'«;a"'n ^kSn. Puis vient Maçliah, et, après lui, un 
cei'tain Samuel, pendant les années 1143-1 150 -. 
- Si mon hypotbèse sur les trois chefs d'école de notre fragment 
(1. 0-11) est exacte, en d'autres termes s'ils ont exercé leui's fonc- 
lions en Egypte, c'est à-dire à Fostàt, il n'est pas impossible que 
lo Ella mentionné à la ligne 0, étant donné qu'il est désigné comme 
Cohen, soit un fils de Yosiya et ait exercé ses fonctions très i)eu 
de temps, ensuite que le Salomon de la ligne 10 soit identique 
avec Salomon b. Samuel b. lrb:j, enfin que Menaliem ait exercé 
ses fonctions entre celui-ci et Salomon ba-Cohen b. Y^osef. Mais il 
va sans dire que ce ne sont là que de vagues hypothèses, qui ont 
besoin d'être confirmées par de nouvelles trouvailles. 

Worman cite aussi (p. 12] une lettre adressée à Haï par les 
membres de la synagogue babylonienne de Fostàt (ijnjj< 1373)3 
inn^'ij'^ ÛU5 by nt^inpi-f û->"'b2::rî nossa û^bbDPT:!! mbnprt), dans laquelle 
ils donnent au Gaon le titre de ïibis bu: na'^O'» *»::5<"i. Mais ici encore 



1. Le tciiiic (11' 2N pour 'J'^T IT^D ai< se trnuv<' aussi dans la Mef/uilla il'Ehialar, 
l»ai' exemple, 1». 2, 1. 19. Le dnciimeiit de 1092 en question est juiblié i>ar Selieclit<M-, 
Saadi/ana, p. 81, note 2. Cf. Revue, t. XLVUL 166, note 3. 

2. C'est i)i()l)ai>Iement le Nairuid Samuel b. Hananya, mais celui-ei etait-il aussi 
elief d'école? — Entre Salomon b. Samuel b. "IT^bnû et Sabunon ba-Coben b. Yosef, 
Wuinian place encttre le jji'ince Daniel, (jui aurait été cbef d'éeole en 1092. Mais le 
document invoqué, (pii est identifpu; avec celui (|ui est cité dans la note précédente, 
jirovient du tribunal de l'exilarque David b. Daniel, dont le i>ère, Daniel b. Azarya, 
fut Gaon en Palestine, comme je l'ai dit précédemment. Woruïan cite encore, d'api'ès 
des documents de la seconde moitié du xii* siècle et de la première moitié du xiir : 
un prince Daniel en M6o, qui est |M'obablemcnt le même ((uo Texilarque Daniel b. 
Hasdaï de Bagdad: Natanel ba-Lévi en 1160 et 1166, dans le«iui'l il faut voir dès lors 
le Xaguid de ce nom mentionné plus liant. Puis vient Moïse, en 1171, c'est-à-dire Mai- 
monide, et enfin, comme chef d'école, CUD" ûnn^N en 1212-1232, (pii n'est autre 
(pi'Abialiam Maïmoiiide (sauf (pi'il faut compléter rt-jutliète en ipTn "C^LÎrri, voir 

Monaisschri/'i, t. XLiv, 11 : pTHrî c^'^DH pnDi7:n nnn cmDN imm im?: 



b8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce titre, que Haï ne polie nulle part ailleurs, tte peut s'expliquer 
que comme étant familier atlx Juifs d'Egypte. Eu tout cas, il faut 
ajouter cette lettre à la correspondance si maigre (j'en ai dressé la 
listé dans la Revue, t. XLVIII, 161-162) échangée entre l'Egypte et 
les Gueonim babyloniens, en y joignaiit aussi la Consultation citée 
dans d"«3l73^p û'':ni;^ manujn, n*' 79 (fol. 24 <^^ 1. 3 : V^ ^i '^^ ^n '^^^ 
..«lairi Su3 131-1 '"'on S^sipnn T^ti-^n p dn s^bw^ nsujn tnN "j^iàyt] 
'151 "lî^iat u:-n^D m:uj-i^Ei a-^suj Ypi2 êd-'-iii^t^ irasbt] nb^iua 13d). 

S. P. 



LE COMiMENTAlUE DU PENTAÏEUQUE 

ATTIIIBIÉ A R. ASCllEIi BKN YEIIIEL 



Dans le Hadar Zekènim (Livoui-ne, 1840) se trôiive imprimé, 
d'après un manuscrit datant de 1504', à côté d'une Tersion des 
TossaJot sur le Pentateuque, un autre commentaire du Penta- 
téiique, appelé '^''^in. L'éditeur, Samuel Ibn-Yoli, et les rabbins de 
Livouriic signataires de l'Approbation attribuent ce commentaire 
à R. Asclier b. Yebiel. Cette indication est reproduite par les bi- 
bliograpbes, par Jellinek, Bâcher, Epstein, Gross- et d'autres en- 
core. Il est tout à fait singulier qu'aucun de ces savants n'ait 
conçu de doute sur l'attribution à Asclieri de cet ouvrage, car uhe 
simple lecture un peu. attentive éveille nécessairement la défiance. 
Mais la paternité d'Ascberi ne doit pas seulement être révoquée 
en doute, on peut même démontrer jusqu'à l'évidence qu'il est 
impossible que R. Ascher béh Teliiel soit Fauteui' de ce commen- 
taire qui lui est attribué. 



Et d'abord il est exlrèmcment douteux qu'Ascber ben Yebiei 
ait jamais écrit un commentaire du Penlateuque. Déjà Azoulaï lait 
remarquer que Jacob b. xVsclier, dans l'introduclion de ses mwSn^ns, 

1. C'est peut-être le tnèine niiuuisorit que mentionne Azoulaï. Schem lui~(inedol., 
I. p. 34 dans l'éd. Ben Jacob. 

2. Ben Jacob, Otzar ha-Sef'arint, p. 134; Steinsclmeider, Cal. lioilL, \\. 751, 
n° 32; Jellinek, Bel Aw-.V/Wy-rt.sc/t, V. p. loG et suiv. ; Buchev, Die jUdi se /ie iiibel- 
exegese, p. 91, 100; Kpsteiu, 3/o.N'e.s ha-Darsc/ian ans Xcn-bonne. {» lo ; Gross, Gallin 
Judaica, p. 746. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne mentionne pas de commentaire de son père. Mais, pour dé- 
fendre contre cette ol)jection son garant, le personnaj^e considé- 
rable ^bm:i û-T.xj qui lui a parlé d'un commentaire manuscrit d'A- 
sclieri sur le Pentateuque, Azoulaï s'efi'orce de faire taire son 
scrupule criti([ue en sii))posantqLie Jacob ben Ascber n'a peut-être 
pas connu le commentaire de son père : n^^bj^-^Mn ^b^u iJzi^j^ Nb d5< '. 
Pour admettre cette singulière explication il faudrait croire que 
Jacob b. Ascher resta en Allemagne après le départ de son père. 
Dans ce cas, il serait possible, à la rigueur, que le commentaire 
composé par le père en Espagne fût resté inconnu au fils en Alle- 
magne. Azoulaï parait, en effet, être de cet avis, en disant que ce 
commentaire ne lui était pas parvenu et, plus loin (p. 86, n« 28) : 
■^\sb wsmb t:d^lS73 y^: û-»-n::- bra n-py^ nrnm « Jacob b. Ascber avait 
quitté l'Allemagne. . . » Mais comme il est constant que Jacob ben 
Ascber est allé en Espagne avec son père et qu'il est môme mort 
dans ce pays -, l'idée qu'il n'a pas connu le commentaire de son 
père, avec lequel il a toujours babité dans le même pays, n'est pas 
seulement, comme Azoulaï le remarque lui môme, étrange ^21 
nr), mais même tout à fait impossible Si Ascheri avait composé un 
commentaire du Pentateuque, Jacob b. àscher n'aurait pas man- 
qué de le connaître. Or, qu'il ne l'ait pas connu, c'est ce qui res- 
sort, non seulement du fait relevé par Azoulaï, mais encore, et 
avec beaucoup plus de certitude, de la circonstance suivante : dans 
le corps de son commentaire •\ Jacob ben Ascher rapporte vingt- 
et-une explications et interprétations au nom de son père, sans 
employer même une seule fois Texpression : b"T i^"i< dpd ■ mon 
père a écrit. . . », ainsi qu'il fait dans les Toiirlm, ou dans le com- 
mentaire lui-même, quand il y cite Nabmani et Ibn Ezra. 

Il est vrai que les expressions par lesquelles il introduit les ex- 
plications de son père ("«Dmi^ ;yty\\!< ^-itûwS p'^^12 p^'î;>ii2 ,î<"Nb r^;l5p^ï^ 
b"T ï5"2<nn 5^"i^ b"T ^\snn N"i^ ';nu:b ^tûn im"i n-in "^nfi^j sont aussi 
employées pour des emprunts faits à des ouvrages, mais ici elles 
font l'impression de se rapporter à une tradition orale. C'est même 
dit une fois explicitement : b"? ;::"i<"in tî"i< "^b '^sn (sur Gen.,i, 30). 
Pourlant Geiger '• croit que Jacob ben Ascber a connu aussi des no- 



i. Scheni Jia-GiœdoL, p. 34 dans l'éd. Ben Jacol). 

2. Cf. la note de Gassel sur les Consultations rm^T^ iTllnT, p. 60 Z» ; Graetz, Vil, 
p. 3i(> et suiv. ; V^'eiss, Ziir GescJdchle (1er Tradition, V, p. 118. 

3. Il s'agit aussi bien du Gomineutaire lui-même (Zolkiew, 1806; Hanovre, 1838) que 
des mN"lî:"lD souvent imprimées sous le titre de D"'"nûri b^3. Tous deux ne for- 
maient primitivement qu'un seul ouvrage. 

4. WissenscJuiftliche Zeitsckrift, IV, p. 400. 



UN COMMKNTAIRK DU PKNTATECnlJE 61 

ticcs écrites do son père, « parce qu'il cite deux fois ses propres 
paroles (V't '»25"î<nin î<"n li^b), et qu'il en indique une fois la fin 
par l'addition des mots : jusqu'ici (^":>) ». Se réféi'ant à Goiger, 
Zunz ^ aussi |)arle di; « gloses d'Ascheri écrites sur le Penta- 
teuque ». 

Mais nous allons prouvai' par un exemple, empriiiiti' au com- 
mentaire même en ([uoslion, (ju'on peut introduire par l'expression 
'd ';i;2:b la citation ûo paroles sim{)l(Mn(Mit (uitendues. Il y est dit, 
f° 5(S aj s. V. ^yi2^ : . . .V't ^T3Du:î< Il 'n nnn ^dto -^nrTjO pN « J'ai en- 
tendu de la bouche de Dan Aschkenazi... », ce qui n'empêche pas 
qu'on lit ensuite : V't y-n ^ydh iïitt, « tels sont les termes de... ». 
L'opinion de Geiger est encore contredite par les trois citations con- 
tenant l'eulogie Y':f, formule usitée pour les vivants (éd. Hanovre, 
o4c, Î59a, 69 rt). Il est difficile d'admettre avec Geiger que Y'::"' soit 
une faute pour V'::t, alors que la première formule est reproduite 
à plusieurs reprises et au milieu de passages qui contiennent la 
seconde, et surtout s'il est vrai que, comme h; dit le premier édi- 
teur, le manuscrit qui a servi à son édition était écrit de la main 
même de l'auteur. Voici tout bonnement la clef de l'énigme : Ja- 
cob ben Ascher a mis par écrit les explications qu'il cite au nom 
de Y'::'^ U5"fiînn 5^"^ du vivant de son père ; ensuite l'eulogie Y'i"» 
s'est simplement conservée lors de la rédaction du Commentaii-e. 
S'il avait eu sous les yeux des « notes écrites » de son père, cette 
eulogie serait inexplicable. Deux exemples montreront la justesse 
de cette explication. 

Dans le commentaire qui nous occupe, Baïuch le Français est 
cité comme mort, Hadar Zckènim.la, tandis que le nom du 
môme rabbin est suivi, 36 ô, de l'eulogie Y'"i3. D'autre part, Yomtob 
b. Abraham de Séville (Ritba) a mis la dernière main à ses No- 
velles sur Aboda Zara en 1342-^, ce qui n'empèchi» pas qu'il y cite 
ses maîtres, Aron lui-Lévi et Salomon b. Adret, avec l'eulogie "i":, 
ou Y'-i5 (7 0, I3«, \^a, V^b, 21 b, 33 «, b, 34a, 38^/, <^, etc.). Or, 
Aron ha-Lévi est mort [)eu après 1300 et Salomou heu Adrol en 
1310. Seule mon explication rend- fac'ilement com[)te de ce phé- 
nomène •^ 

Mais, en admettant même qu'en dépit de tous les arguments 
contraires, Ascheri ait éci'it un conunentaire du Penlateu(|ue, celui 

1. Zur Geschichte, p. 102. 

2. C'est l'indicaliuii qui se lit il la lin : riNTÛ' ta'^o'r^^ Dw^^n P^'J ...s'iSCm 

3. Il en est de mètiic pour "^"3 et 5"T concernant Naliniani dans les sclidlies de 
Ben xVdret sur Neilarim et Yebamol. Cf. Perles, /<. S. ben Ailereth, p. 80. 



62 PEVlîli DES ÉTUDES JUIVES 

que nous lisons dans le Hadar Zekènim ne peut pas être de lui, 
et yoiri pourquoi : 

1. Nous avons déjà dit que Jacob b. Ascher cite dans son corjj- 
mentaire vingt-et-une explications et interprétations au nom de 
son père, dont seize dans le Commentaire proprement dit (^ 6, 8 «, 
^b, Ma, 14«, iorf, 18Ô, 36 <^, 39^/, 44 a, 53 ô, Uc, 59«, 64c, 
9() a] et cinq dans les mi^nD-iD (Gen., xv, 6 ; xxxi, 33 ; Exode, xvi, 21 ; 
xvni, 1; XXI, 14). Or, notre commentaire n'a pas la moindre trace 
de vingt de ces explications. Ce fait suffirait déjà, à lui seul, pour 
dénier la paternité de ce commentaire à Ascher b. Yeliiel. 11 est 
vrai que l'une de ces explications d'Ascheri se trouve effectivement 
dans notre commentaire. Mais il est pour cela une raison fort 
simple : le même développement se trouve dans les deux recen- 
sions des Tossafot sur le Pentateuque. C'est à celles-ci qu'ont 
puisé à la fois notre commentaire et Ascheii. On ne doit pas 
s'étonner de voir citer une explication des Tossafot au nom d'A- 
scheri, étant donnée sa prédilection bien connue pour cette litté- 
rature et le fréquent emploi qu'il en fait. Pour faciliter la compa 
raison, voici les passages en question. 



Jacob b. Ascher (64 c) : 

&:>:: n?3iN h"ii ^"«nn n"n"i 

to-iujb^ pt: t^iitiu: *;^373rî ï-rîm 
Nbuj nuîTD rr^si -nno .nnpn b^nnrt 

1373 r!37an li^n^ ""Dn ts:» n73'^ 1ph^ 
,r;b3>73bi û-i^ab'w: 



Commentaire du Rosch (54 h) : 

\wi^ "^sa 13532 ï-rb:>72T uînn 137:1 
■^ib "^snt: bi'i:» rT-^ïiuj ^cb rrbnn 
n"i73T nrjpT p;!:-):^ "^ib ■»3m nww^ 

tD'iUjb^T riT '{■«5tt31 (Gen., xlvi, 11) 

•^Db J-rbnn nrrp ^33 -12735 nb3>73i 
imN^r tz5n^b:5' r-ni3:^n np"<:'i2î 
Sj' n-^^sTr? ^^b .mn3T73ïn inbujm 
(ûrjb;::) ^"ya-Q 'ibs un aa iiuî-is ^33 
ribnn nnp 123 msttb •'n'iiii:[«5] 
m2ï:b î<bo "j-iuîn^ "^33 rr^anb i<b 



Tossafot, dans i)aaf Zekènim, 046 : 

\25in p72^ S'^^'buî i-^i^au; "^sb .drr tzi:; ]i^i^ "^33 uj^n n^ r^ntys 
•iib ''3ai 'lîVJ -^ib '^3373 bin:» î^-^miî •'sb r-rbnn iiujn:^ ^33 n3'b3 rTb::^»l 
ïnnp ^33 13733 rîb:>73i CD-^iab^ p^ûT riT 1^37331 "1-1-1731 nnpi tsi^anà 
*^y -i^DT- '-jDb min3T73ni iin^n Dïi^bj^ mi33>n ^'p^yxD -«Db nbnn 
♦n373n un Q5 NbN m373b73 ■>-i73ib û^nn3n Nb ^.73ib3D ûïi tzi Iiu5-ia 133 



On voit donc clairement que notre commentateur a emprunté 



UN COMMENTAIHI^ DL' PKiNTATEUUUL: 63 

mot pour mot cotte explication ai^\ Tossai'ot, tandis qn'Asclieri 
n'en reproduit fjue Je fond. 

Non seulement les cilalions d'Aschori, faites par son fils, ne se 
retrouvent pas dans notn> coniinen taire, mais mCMiic quelques- 
unes d'entre elles ne peuvent pas s'y retrouver, pai'ce que la mé- 
lliode « exégtUique » lui en est tout à fait étrangère. Je veux par- 
ler de l'interprétation des lisles de mois et des indications (le 
nombres données par la Massora, dans \{) genre de celles-ci ' : briN» 
Lév.,)m»fi<b iy\i2 bns73 ,ni<b bnx^j «i:->T ^nmowa 't (Gen., xxxi, 33) 
'131 n:izh ^sn"> i] Clir., xvir, l}} bni< b^N bx^To (^bnn?:) rr^rii^'i /i, 1 
■i:"'\'n ,n-i723n iiDw^î pOTsn Dpnn':: n^on '^d (Ps., lu, 7) bnwSTo '^no'^n 
ly m7:3n mmn pn^n iiDy-j nn.sb ,t>!pin nyiîj bn^s?: T^bi* {<-ip''T 
...bwsbiSD iN'^i'u: pu:?2n ir^m n.xb bn^^j t^^ti is^Tn nbi'jb -inn^ 
bniS?2 r-t^rîwSi TwSt .riDi-" pbnn nb^^ j-n bm brî.xn j<d'«t ,miibi2 N:i''"J 
^no-'T ...m7:3r: i-iDi<: tni nv2brj n-»Db û\:j7:t ...nisb nb^'CJ?^ bn^ bj< 
'5"t '^ax-ir; n"ûî .-in^n D'^ n^n iàiD briN». 

Des subtilités analogues se trouvent encore dans Ex., xvi, 21 (ûm 
...miD^n 't D?3n uîWOT) et xxi, 4 (...rrriown 'z 'ni2iyn). Notre com- 
mentaire ne contient pas une seule de ces prétendues explications. 

Cette absence d'interprétations de la Massora constituerait encore 
un argument contre la paternité d'Ascheri, alors môme que des in- 
terprétations de ce genre ne seraient pas attestées chez lui par 
son fils. La raison en est que Méir de Rothembourg, le maître 
d'Ascheri, s'est beaucoup occupé de l'interprétation de la Massora, 
comme le montre le ms. du Vatican, n» i83"^ (Zunz, 92), et Fa ex- 
ploitée môme dans la halacha (y'^aujn, § 135, 156, 414, 415, 4()5). La 
Massora ne pourrait donc pas être totalement laissée de côté dans 
un commentaire d'Ascheri, d'autant moins qu'on y emploie fré- 
quemment Idi guematria et le notarikon. 

2. Parmi les explications que Jacob b. Ascher rapporte au 
nom de « certains » û-^^a-is?: ;a\ ou encore sans autre indication, 

1. On sait que ce sont justement ces sortes de subtilités qui coastitueut les 
mi<"lD"lD. L'expression de mmOÎJn "^73^^ dont Jacob b. Ascber se sert i>our les 
désigner a trompé Geiger [loc. cit. y note), en lui faisant croiie qu'Ibn Ezra, (jui em- 
ploie aussi ce t(3rme dans l'introduction de son Commentaire du Pentateuque, sonire 
également à ces explications subtiles, d'où il résulterait « qu'à une époque plus an- 
cienne il existait déjà de ces interprétations forcées de listes massorétiques ». Le pas- 
sage d'Ibn Ezra est ainsi conçu : nb?: HTob .nmOttH •^U::N ^12^'^ T'DTwS «bl 

...Dn 'iDmn ^mn dh^ts:?:: bD -"d .nions n^sbT rfNb?^ n^T. Ainsi, il est 

([uestion d'interprétations portant sur les plena et les defecliva ; mais celles-ci pa- 
raissent déjà dans le Talmud et dans les Midrascliim, tandis qu'on ne trouve aucune 
trace à une époque ancienne des puériles iuterprélatioDS massorétiques à la mode de 
Méir de Rotbembourg et de Jacob ben Ascber. Cf. Geiger, Xachgelaesene Schriflen^ 
IV, p. ^0. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



OU même comme étant les siennes propres (ïii^'ns ^nj^^bi), il s'en 
trouve un grand nombre dans notre commentaire ; de celles-ci, plu- 
sieurs ne se lisent nulle part ailleurs, et même quelques-unes ont 
été transmises à l'auteur seulement de vive voix. On serait donc 
fondé à en conclure que notre commentaire a été utilisé par Jacob 
ben Ascber, sans que celui-ci y ait vu l'œuvre de son père. Je ne 
Teux pourtant pas presser cette conclusion, car il est toujours pos- 
sible que les mêmes explications se soient trouvées par dessus le 
niarclié dans d'autres sources que nous ne connaissons pas. On 
peut en tout cas faire valoir qu'il est au plus haut point invraisem- 
blable et étrange que le commentaire d'Ascheri n'ait pas été vu 
par son fils. Mais ce qu'on est obligé de regarder comme impos- 
sible, c'est que, dans le grand nombre d'explications pour les- 
quelles Jacob est d'accord avec son père, il n'y en ait pas une 
seule qu'il ait entendue de sa bouche. S'il n'en était pas ainsi, il 
n'aurait certainement pas tu le nom de son père, pour attribuer ses 
explications à d'autres ou, qui plus est, à lui-même. 

Quelques exemples illustreront la grande conformité de Jacob 
ben Ascher et de notre commentateur : 



Jacob b. Ascher : 
1. 

svî-13 (Ps., cxix, 160) n?:^ ^nm UiNi 

Geii., i,] nN* a"^r:'::N isnn'^i ,n73N n"o 
ïiwN tz^nrN s^T^n ,p7:îî sn"o [4 

tl^nbN N-13 ,?-l72N n"0 [ibid., 31) 

^^'■Di .JnTDN n"o (Gen., n, 3) imias^b 
n^^"^i Î-173N2 n7:N tDiTas^s 'i iDpn 

.{Baal liCL-Tourim, sur Gen., i, 1) 
2. 

■^mN "iTOuNi "iTn ^niwN \zr^^ ^73NO 

by t>i'::T m?: ^'ûr\ mn ï-tt b:'^ 
^n^n imOiN ij-^^r; irro t**jbN ,r:T 

bs nsb nriD '^^rr ib-^DNi in.N -p^ym 
'inx bDb 12b N3u; 'd ,i7ûibn:D ^n-N 

JCûm., 22 d) i:b "inDUÎ 17:^ I72"lbnb I 



Rosch : 

1. 

'n ^D72 y72^ 1-^^12 'n nnm 
im72ip7o rrcen "^^ in-i hrN-i73ï3 
: an ibwST "I72UJ îi''3pri ûnne 1^1:72 
û"^ribN ix"n3 ,û"-'nbN t^"n3 n'^-iD^nn 
N"-i^'>-i ,n"N ^''-^ribN is"-i^T ,n"ieyb 
N"n^i .û^binsn a-^^-^^nn n"s< û"'^nbî< 
p b3>n .rr:;:' -l'ox bs n"N û""^r;bK 
n^i:"»"! r\i2^ 'rzvzyti 'i nTûib i;pn 
n7:Nn i-Taj3 b^n ^^ n73ib ,)'\::':^ 

[Had. Ze/c, 1 «) 
2. 

..."^mwX t2"^,73yD 'n n7jnb ^ni: n?: 
t^^'rvU Dmr»D n72^72b ^^nrjs^wN'î b"-'*! 
.nmon "îin7û tiov 'j-nn'vU -itcnh 
riTU) ,3n"i7on \ni n}:"^73:3 'i< m-^rr:^ 
pb .û^'-'nb i3"^n riTT nn^T^b i2^-j 
n.N-i \mK -i7û'::722 \mN in^i -i7jn 
£zip73n irr:: is'^'^m tzi^DiwN- nu: 
p-i rT^:i\::r; t^bi ï-ît 173:2 riT m^ 

Had.) ûlbn *|innD731 nN132 n73Dn72 
•[Zek., 19 6 



UN COMMENTAIRE DU PENTATEUijUE 



65 



3. 

ûrr; n\n3T yp;^ son n-rD .piocn 
i-TTD (cieii., XVI, :j) d"^:^ ni::^ ypTj 
.{Corn., 22 c) -im:3^ N^n qx nujy dnn 



iT^aNnn mbn -"^în .^ruïi mbn 

inu;^"!^ î-i^n"» xb .niTo'nr! •^y'n)2 
"•nns n:nTnia ,t]N3n Nb -^rrn Trr^^D 

rnN npn ?-im:"^n nnn nDNS?: 
^3^3 maSID p^Nin N'^DH wSb .a"^nT 
yn;a"«b noio 23i:;ît»:î .m^r^n ^^b 

rn2"::r: nx bbn?3n;a ,r^::^n t^b 
Nb':: -i72nb iN-naa np;a mny T«y?2 

iTannnc ,m73nn >ib ^i^n in:iDD 

•(Co/»., 40 (/) r^N irN^ ■'Tob 



;{. 

tz:^3u: -l'ijy ypn b"n yp73 rjT;a 
r-inu:b ts^DU) n^y yp?: nri:73 pi 
n?jb->T ((ieii., XVI, :j) y-iN3 tsnaN 
n'^z::^ yp73 D"m ,;a-nD7:n i?3 mno 

y/^<(/.) ^morr n^an rr^riu) ta-^^uj n""» 

.(Zc/.;., 18 d 
4. 

bi?3 û-'-inn 

nisnn «b 'n -«dsn 

ci^DD Nb ^b n-'n-^ Nb 



m3:*n 


N5 


Nû:n N5 


rts^^n 


«b 


nN niDT 


*Ti73nn 


Nb 


nN ^3D 



.m7a'7r; nis 1:^7373 ib^ND bniD-^aiD 
nmr':: ■'73 ,qN2n «b ^b n^r:-« «b 
ï-ruîNb ri73n t2-«-inN rz^nbx 
nN npn n^UN nnn nsN^Toh 
■^73 bD ,3"i3:in Nb n^d Nb .û'^nT 
.t*^n^ ï-iytau: •^T^b ï^n id"iD 32:>;z3 
■•73 bso ,-nDT n:;3D ï-f3yn £>*b 
^pia mn:' n"'y73 fnn^n bbn73U3 
...'i5"i nau: r^bu: tobi^^rr 'ji'iNn 
n73inr: b:D;a ."ins n:j3:D -n73nn c>ib 
!Si:73:i -1T7373 ^■'b^73 qiob ■n"«2n max 

•I13D73 nrNI T^3N nN 'T'373 IS-'N^a 



Ces exemples peuvent suffire, d'autant plus que les livres en 
question sont facilement accessibles. Je me contenterai de dresser 
encore la liste des passages bibliques sur lesquels Jacob ben 
Ascber et notre commentateur donnent les mêmes explications. 
Ces passages sont les suivants ' : 



Gen., 



, i {àis) 
16 



Gen., II, 3 
m, 6 



Gen, 



III, ^^ 



1. Les passages précédés d'un astérisque se trouvent dans \e Baal ha-Tourim ; ceux 
qui ont deux astérisques, dans cet ouvragri- et dans le Commentaire. 

T. Li. N- 101. :; 



66 





REVUE DES ÉTUDES 


JUIVES 




m., VI, 16 


Gen., xLi, 7 




*Ex., XXXI, 13 


VII, 17 


10 




XXXIII, 6 


23 


XLIV, 21 




15 


VIII, 6 


XLV, 22 




XXXVIII, 8 


19 


27 




*21 


IX, 29 


XLIX, 2 




Lévit., I, 3 


XVIII, 13 


28 




XVI, 13 


23 


Exode, VIII, 12 




XXI, 2 


XIX, 7 


X, 2 




XXVI, 8 


XXV, 5 


XI, 7 


Nombres, XXI, 13 


M9 


XII, 32 




Deut., II, 23 


23 


XIII, 17 




XIV, 2 


XXVII, 22 


XIV, 16 




XXXII, 1 


XXX, 8 


XVII, 13 




xxxiii, 6 


XXXIII, 6 


XX, 2 




7 


XXXVII, 3 


XXI, 16' 




17 


32 


XXII, 28 




XXXIV, 24 


XLi, 1 {bis) 


XXVII, 21 







Cette liste n'a pas la prétention d'être complète, et le nombre 
des passages énumérés pourrait encore être considérablement ac- 
cru. Serait-il possible d'imaginer que Jacob b. Ascher n'eût entendu 
aucune de ces explications de la bouche de son père, si celui-ci 
était l'auteur de notre commentaire ? Ainsi donc, le fait que, d'une 
part, les explications citées par Jacob au nom de son père ne se 
trouvent pas dans notre commentaire, tandis que, d'autre part, un 
grand nombre d'interprétations et de développements de notre 
Commentaire sont reproduits par Jacob ben Ascher, mais non au 
nom de son père, suffit parfaitement à faire regarder comme 
impossible la paternité d'Ascher ben Yebiel pour notre commen- 
taire. Mais on en peut donner d'autres preuves encore, tirées du 
commentaire lui-même. 

3. Nous ne connaissons pas seulement de Méir de Rothembourg 
des interprétations massorétiques, mais encore des explications et 
même des développements plus considérables, cités en son nom 
par différents auteurs-. Jacob b. Ascher, lui aussi, rapporte, sur 
Gen., XXIII, 15, 19; Lévit., xni, 14 (12 6, 54 6), au nom de Méir des 
expUcations, qu'il a sûrement entendu citer par son père, suivant 
la juste remarque de Geiger ^. Or, non seulement ces explications 



1. Dans Jacob ben Asclier au nom de ÏT^ns^O 13'^DI, c'est-à-dire a coup sûr Saadia 
Gaon, voir Ibn Ezra, ad locuin. 

2. Voir Zunz, loc. cit. 

3. Loc. cit., p. 400. 



UN COMMI'NTAIMK DU PKNTATliUQlJE 67 

de Méir manquent dans notre commentaire, mais, de plus, M(;ir de 
RotliemboLirg n'y est mémo pas cité une seule fois. Le conçoit-on 
dans un commentain.' d'Asclieri? 

4. En quelques endroits les développements de notre commen- 
taire durèrent d(^ ce que nous trouvons chez Aschcri sur le même 
sujet. En voici des exemples. D'après la méthode habituelh^ à 
notre commentaire de développer non seulement un passage bi- 
blique, mais encore une parole du Tahiiud qui s'y rattache, le déve- 
loppement des Tossalbt d'Ascheri sur lient hhot, 00 a [Herakha Me- 
schoiilléschet, Varsovie, 1863) n'aurait pas dû manquer dans notre 
commentaire sur Exode, xxi, 19. Une explication de Rabbénou Tarn 
sur Ycbaniot, Ma, est rapportée par les ïossafol d'Ascheri (Li- 
vourne, 1776) dans les mômes termes que dans les Tossafot, ad 
loc, tandis que dans notre commentaire (Deut., vu, 4) la teneur 
du même développement est toute différente, sans môme que le 
contenu soit absolument semblable. — Les divergences appa- 
raissent avec une netteté particulière dans les deux passages cor- 
respondants qui suivent : 



Cominentaire : 

^n 3^73^:1 ^\^:L12 :;"^nn 'iz^^i ^h^y 

.(//. z., :;6 6) mnon!! 



Ascheri : 

mitt] -i72Nn ï^r:^ '»::-i^d •^"uî-ii 
Jm::7ûr: b:: 153:d nbipu; n^ir^^: 

.:^"nn ^nr; tz-ini::p 'm D-'ain 'm 

r\i2h'ûi2 lîobrt ni:"^2:b n-^nD 'rnm 
Hiikhot) 'j'^^T^n în':îb\2: iT-ion 

•^Gicit, n* lu 



Ces deux citations diffèrent sur ti'ois points. D'abord, le texte de 
Raschi est différent; dans Ascheri il est exactement celui du Com- 
mentaire sur Nombres, xiv, \^\), Qi à^ MenaJiot, 43 6. Ensuite, ce 
que l'auteur de notre commentaire a seulement entendu, Ascheri 
l'a lu dans le ïanhouma. Enfin, le style et le ton sont tout autres* 
Ces deux passages ne peuvent pas appartenir à un seul et môme 
auteur. — Dans le môme passage notre commentateur présente, 
au sujet des Cicit, beaucoup de développements dont il n'y a pas 
trace dans Ascheii, et môme un usage ((ui contredit diamétrale- 
ment l'opinion de ce rabbin : 5|3:d bD buj mDnnn rrr^u: '^r\yï2'Q "^^sn 
...mD-'nD 3""» msn-infi^m "ny-^u !i3>^n>3 ':i (//. Z., 57^^). Au contraire, 
Ascheri dit, loc. cil. : tz^-^-i'^ap 'n V^'^ û'^n^^t^ 'i nros^b :;iïi3 5<2TNm 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5. Notre commentaire cite des explications au nom d'un R. Dan 
d'Allemagne , en les introduisant ainsi : -inD^î^ p Yn ^^12 •^rj'^^a 
y'T (12 rt), V'T "^TSiDUJî^ 1^ '-) n^ri "^DTD riNS -û^t) ^nyi2^ (37 b), '^Z)i2 "^n^^TDUî 
V't "^tss^n P 'n nnrr (58 r^]. Ces citations montrent que ce Dan était, 
à Tépoque où l'auteur Ta entendu, un savant considéré et déjà âgé. 
Or nous connaissons ce rabbin par ses actives relations avec les 
savants de TEspagne, où il a vécu lui-même et où il jouissait, 
comme on le verra plus loin, d'une réputation de grand savant 
et d'une autorité considérable. Par contre, on ne trouve nulle part 
trace de relations entretenues par Dan avec des savants alle- 
mands, ses compatriotes ; du moins, il n'est pas mentionné dans 
les ouvrages contemporains d'auteurs allemands. On ne peut se 
l'expliquer qu'en admettant que Dan lui-même n'a jamais été du 
tout en Allemagne, et que la désignation d' « Asclikenazi » se rap- 
porte seulement à son origine allemande, ou bien que c'est lui- 
même qui a émigré d'Allemagne en Espagne, mais dans sa jeu- 
nesse déjà, de sorte qu'il ne pouvait pas encore être connu dans 
sa patrie comme savant. Ascberi n'a donc pas pu être son auditeur 
en Allemagne ; mais il ne l'a pas connu non plus en Espagne, car 
Dan est cité comme étant déjà mort dans le Commentaire de Babya 
ben Asclier, composé en 1291, alors qu'Ascheri est venu en Espagne 
en 1305 seulement. Et même si l'on voulait admettre que Dan était 
encore à un âge avancé en Allemagne, où Ascberi aurait été son 
auditeur — quoique dans ce cas il soit bien étrange qu'on l'eût 
ignoré complètement dans ce pays, du moins devra-t-on recon- 
naître que la désignation d' « originaire d'Allemagne » donnée à 
Dan n'a pas pu naître en Allemagne même, et que, par consé- 
quent, Dan n'a pas pu être appelé « Aschkenazi » avant d'émi- 
grer en Espagne, où il a reçu ce surnom. Comment donc Ascberi, 
même s'il avait entendu Dan en Allemagne, aurait- il pu écrire : 
•^T5D^fi< 1"! '1 "^DTD ^Dyn-ù: ? Et comment expliquer dans ce cas l'eulogie 
V'T? 11 est d'ailleurs impossible qu'un savant appelé d'après son 
pays d'origine soit cité avec ce surnom par un auteur du même 
pays écrivant dans sa patrie. On écarte ainsi l'objection que Dan 
aurait peut-être fait un voyage d'Espagne en Allemagne, et qu'A- 
sclieri aurait pu l'entendre à cette occasion. Dans cette bypothèse, 
l'eulogie V't resterait toujours inexplicable. Mais personne ne vou- 
dra croire sérieusement qu'Ascher ben Yebiel ait mis par écrit ce 
qu'il aurait entendu de Dan en Allemagne seulement vingt ' ans 
plus tard en Espagne, supposition qui est d'ailleurs écartée par le 

i. En effet, Dan était déjà eu 1290 une pcrsounalité connue en Espagne ; il faut donc 
qu'il ait émigré dans ce pays au moins quelques années auparavant. 



UN COMMENTAIRE DU PENTÂTEUQUE 69 

fait même qu'une des explications de Dan est, comme on l'a vu, 
rapportée littéralement. 

Nous avons donc démontré qu'il est impossible qu'Ascher ben 
Yebiel soit Tauteur du commentaire sur le Pentateuque qui lui est 
attribué. 



II 



CARACTERE DU COMMENTAIRE 



La nature de ce commentaire peut être caractérisée d'un mot : 
c'est une compilation. A quelques rares exceptions près, tout le 
contenu s'en retrouve dans d'autres ouvrages dont les uns sont 
eux-mêmes plus anciens et ont pu lui servir de sources, et dont 
les autres sont, à la vérité, de la même époque ou même posté- 
l'ieurs, mais citent des textes ou des auteurs antérieurs. La source 
principale à laquelle notre compilateur a puisé la plupart de ses 
explications, ce sont les Tossafot sur le Pentateuque du Daat /.e- 
khiim, qu'il copie souvent littéralement. Il en a pris d'autres dans 
les ïossafot du Talmud ; fréquemment aussi il est d'accord avec 
les Tossafot du Hadar Zekènim, sans qu'on puisse dire s'il les a 
utilisées directement, ou si tous deux ont puisé à une soui'ce com- 
mune. Certaines explications anonymes de notre commentaire 
sont reproduites dans Minhat Yehouda, dans Paanéah Raza ou 
dans Imré Noam au nom d'anciens auteurs, lesquels sont tous 
des Tossafistes ou, du moins, sont cités aussi par les Tossafot bi- 
bliques C'est parcelles-ci encore que nous connaissons la plupart 
des savants que le compilateur mentionne lui-même, de sorte que 
mainte explication qui ne revient pas dans les Tossafot ni ailleurs 
voit ainsi son origine tossafistique garantie. Mais même là où 
cette origine n'est attestée par aucun témoignage, on reconnaît 

!. Il lavit i-cctilicr niic siiiiiulièrc (micui' de Gioss. Ce savant écrit en toutes lettres 
Monalsschrift, 1901, p. 36o, C'est M. Biichler quia attiré mon attention sur cet ai- 
ticle) : «Le eoninientaire Minhat Yeliouda... a été édité avec les Tossafot sur le Penta- 
teuffue (niDOin "^bs^n! «lans le r(>cueil Daat Zekènim, Livonrne, 1783, ot Hadar Ze- 
/,ènun, Livouriie, IS40. Je cite d'après la ])reniière édition... ». Si <dle ne )»rovi(Mit 
pas d'une simple eri-eur de njém(»ire, nltr coidusion est inexplicable, d'autant plus 
• pie Gross lui-niènie, suivant l'opinion romniinie, attribue notre commentaire à Asclier 
ben Yc^liiel [Gallia judaica, 746 : Û^2pT m~... avec le romnientaire d'Asclier bcn 
Vehiel). 11 n'est même pas besoin de niontier que notre commentaire n'est pas iden- 
tifiue avec le Minhat Yehouda. 



7d fiÈVUE ÈIFS ETUDES .M IVES 

au contenu et au style du développement qu'il est pris à cette 
source. 

Le compilateur a encore utilisé d'autres l'ecueils de Tossafot que 
celix que nous connaissons. C'est ce qui résulte des divergences 
avec les ïossafot éditées qui ne peuvent pas être attribuées à 
une libre modification du compilateur. Voici quelques exemples. 
Sur Exode, xix, 12(33 6), notre commentaire introduit une citation 
par ces mots : ...D"rî"i "^nnn -i"n "^dtd ti^'tjujt. C'est ce qui est rapporté 
dans les Tossafot au nom d'Isaac [D. Z., 40 b : -^yi "dtq t^^ûo 
prii:*^ ; //. Z., 35 « : "^""irs nTDiNi). Un tel changement serait une fal- 
sification. Notre commentaire mentionne, au nom du même Ba- 
ruch, une ex|)osition lialacliique sur Ex., xxi, 3 (36 6), qui se 
trouve, sansfindication de l'auteur, dans les Tossafot (Z). Z., 42 6; 
H. Z., 37 a). Ici aussi, le compilateur a emprunté le nom propre à 
une autre source. Il est, en effet, invraisemblable, comme on le 
verra plus loin, qu'il ait lui-même entendu Baruch. 

Le peu d'éléments nouveaux que nous ofï're le compilateur, en 
entendant par là tout ce qui n'a pas le caractère des Tossafot ou 
qui est vraiment original, se compose d'un certain nombre d'ex- 
plications données au nom de Nahmanide, d'autres qu'il tient de 
son père, de ses maîtres et de différents auteurs, et de quelques 
citations extraites de Midrascliim que Jellinek a réimprimées *; il 
faut y ajouter des extraits du Yelamclènou -, du Tanhouma ^ et du 
Schoher Tob \ qui n'ont peut-être pas été empruntés à ces Midra- 
scbim eux-mêmes, mais seulement à une source secondaire. Notre 
commentaire n'est donc pas autre chose qu'un recueil d'explica- 
tions tossafistiques, puisées en majeure partie littéralement dans 
d'autres textes, et augmentées d'un certain nombre de citations de 
Nahmanide et de quelques explications entendues de vive voix par 
le compilateur. 

Pour ce qui est de ce dernier, il est très probable que sa patrie 
est la France. Ce qui milite déjà en faveur de cette origine, c'est 
qu'il a principalement utilisé pour sa compilation des ouvrages 
d'auteurs français, et aussi que presque tous les maîtres qu'il cite 
nommément ont vécu en France. Un indice plus probant de la pa- 

1. Bel lia-Midvascii, V, 155, 156, 

1. 58 a: I3n73bi ;i5m73 {Tanhouma, npn, § ^, § lU); GO a : l^^Tib"^ 'Q'^112 
iran/i.,pb3, §1). 

3. 19« : U5-|-!70 {y?^^ ^ 0; '^^ « (tiir de llaschij ; 49 a (cl. Buhcr, :>nii:73, § 1]: 
puis 59 Ô (par Haschi); 60 « (p'53,§ 16). 

4. 14 b. Je n'ai pas trouvr le passage daiis 1rs ('ditions. BiibiT, Iiitrodnctioiis du Tan- 
houma, chap. IX, et du Midrasch des Psaumes, cli. xi, ne uiciitidiiiie pas notre cuni* 
mentateur. 



UN COMMI'iNTAlRE DU PENTATEUQUE 1\ 

trie tl«^ noti'o coinnionlatcm-, c'osi lo T3>b franrais , (prou trouve 
dans les passades suivaiils : 

Y'p-iTon u:'' pn U33 -«b Y::u5n fybn û^s-n^: D"p 't3->:j3 {M a) ; 
^2. T"yb3 wS'i"np"'n '-^d .::>-iTn rr^rr^ -ib wsb "^d isin (1. 3>t-i) ni"«t (i/nd.) ; 

. . .fi^-inpnm73 (^1 a) ; 
•i. fyba ^5"n^ .nd"!"» toii (37/7) ; 
T). f'^^ba b"-'m3 .rj-inn nmt< n^^T (42/;); 
(). "'3"t:"'TnN T"3^bm mn5< t^np: v-inj^ ûb-is^n -i-«it< inn (48 a); 

7. m\uyb û^5b7:n -n^b ûrj?3T n'QTia îi3>ipn no^ n-'tuîi «■•usa bsb 1)3->dt 
T"yba ïin"^"i3 3 (53/>>) ; 

8. pHi:-" 'n pi3 "^-in^ fyhn bn"n'^&^ip V"!^P ^^^^ "'^"^"''^ '^^''^^ ^"ns^rj 
irN S3"n^wS'ip l'^mp "iDwN^ in\^ -"nti î^bî^ ...nn\n-' yairt^ m f^tis^i 

2-113^ (08 «)'. 

Le dernier passage se retrouve, il est vrai, dans les Tossalot de 
Daat Zr/iènhit, (81 &), mais il n'est pas vraisemblable qu'un écri- 
vain non-français, même en copiant textuellement une source 
française, aurait conservé l'expression imp i3Nu:. Du reste, l'or- 
tliographe du mot n'est pas tout à fait la même et n'est pas usitée 
ailleurs. Dans les Tossafot (/. c, et H. Z., 67 6) il est écrit b"'"«n^'ip, 
b-i-^^np, dans Toss., Hoiillin, 62 a-b : b"->n-np, dans Minh. Yeh., 
ol b : bV'nmp. La même divergence existe pour j^V'-^rii^, glose de tôJD 
[locis cilatis). Quant aux autres passages, le n** 1 revient, un peu 
différemment, dans les Tossafot et dans Minhat Yehoiida; pour le 
n° 5, la glose des Tossafot est fi^Vn:; (gnffoj. Cependant on ne peut 
rien déduire avec certitude des leazim, attendu que les Juifs du 
pays rhénan parlaient eux aussi le français-. 

i*endant un certain lemps notre compilateur a vécu en Espagne, 
où il a été personnellement en relations, comme on Ta vil, avec 
Dan Aschkenazi et probablement aussi avec un autre savant (liste, 
n° 28). Ces rapports permettent de déterminer approximativement 
l'époque à laquelle il à vécu : c'est la fin du xiii'= siècle. En tout 
cas, le commentaire a été composé après 1291. 

Le nom du compilateur était certainement Ascher, ce qui ex- 
pli([ue qu'on lait confondu avec Ascher ben Yehiel. Il y a en 

I. 11 est a roinaiHiucr (jaWscluMi ne fait i>as la iiminilrc niciitiini <lo (-«'tto (fucstiuii si 
impoitaiitr au jtoint «le vue hala(lii(|ur ,V. Pi. .Nissiiii et MiKulanné Yom Tnh siu- 
Houlluu 02 « ; Bel Yossef, Yoré Déa. ^82). 

"2. (iiidemaiiii, (iescUic/ife des Erziehunr/siresens... in Fvankveieli und DeUlsch- 
land. 1». ITS l't suis. 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

France à cette époque un savant du nom d'Ascher : c'est Ascher 
ha-Lévi, oncle de l'auteur du Paanéah Raza ; mais il est extrême- 
ment vraisemblable qu'il ne s'agit pas de lui, car autrement son ne- 
veu l'aurait cité fréquemment. 

Notre étude nous a donc conduit au résultat suivant : 

1. Le commentaire du Pentateuque imprimé dans le recueil Ha- 

dar Zekénim sous lo nom de 'd'iXt^ n'a pas Ascher b. Yebiel 
pour auteur. 

2. Ce commentaire n'est pas autre chose qu'une collection d'ex- 

plications tossafistiques que le compilateur a extraites, le 
plus souvent mot pour mot, des textes dont il s'est servi, et 
dont il a fait un tout en y insérant des additions tirées des 
écrits de Nahmanide. 

3. Ce compilateur est un savant d'ailleurs inconnu, appelé Ascher, 

dont la patrie était probablement la France, et qui florissait 
vers la fin du xiii« siècle. 

Voici maintenant la liste des autorités citées dans le Commen- 
taire : 

1. Avon (56). Tossafot Daat Zekènim, ad eiimdem lociim : dîDnïi 
)^^iA '"I. Ses explications et « introductions » sont souvent citées 
aussi dans Radar Zekhiim ; son nom revient fréquemment dans 
Paan. Raza et dans les commentaires du Pentateuque de cette 
époque. Il est peut-être identique avec Aron, grand-père de l'au- 
teur du (ran (v. Paan. Raza sur Ex., i, 20), qui a vécu peu avant 
^240^ D'après Gross ■^, ce dernier Aron est identique avec Aron 
de """ûsp (Canterbury), qui est cité dans le commentaire du Penta- 
teuque appelé Gan, ms. du Brilish Muséum (add. 22092), mais qui 
n'est qu'une recension du Minhat Yehouda^ différente de l'édi- 
tion, comme l'a montré M. Israël Lévi^. Cette « équation » est dou- 
teuse parce que la qualification de ^3pt manque ''. 

2. AU JiaEzri (3 a, -«ntrî! •^nsî ,nT3>rT "^aN liuîb \^'2 'i:>). C'est ainsi, 
on le sait, qu'on appelle, d'après le titre de son ouvrage, Eliézer 
ben Yoël ha-Lévi. Il est cité aussi une fois par les Tossafot, Daat 
Zekènim, 23 b : •^iTJ'rj "«nK ,^Ty«bi^ air? tr\W2 n^NUî û-i^n y^i-\i2. 

3. Abraham Ibn Ezra{<d a, 37 b, 48 a, 49 b, 52^). A l'exception de 



1. Zunz, Zur Geschichle, p. 78. 

2. Monalsschrifl, 1901, p. 365. 
:}. Revue, t. XLIX, p. 40 et suiv. 
4. Cf. I. Lévi, ibid., p. 43, 



UN COMMENTAIRE DU PENT\TEUQUE 73 

6rt et de 526, il est nommé aussi dans les ïossafot aux mômos pas- 
sages et ailleurs. 

4. Amram (55 a), probablement Amram Gaon. Le passage en 
question dit : bbn 'n^ nbii^n iik:^ tr^^y an b^ l-iomaip i^mnizs "•nt^itTDi 
Nbi 3î^n i?3 innwS ^HN ii-^tr^ i^bî< -«nap "^n^n bbn "^dn bN^uî"» y^^xn rr^r^^ 
ûNn 1^. Tossal'ot Daat lekènim, 07 a : 'n?3 û^Ta:^ 'nti D-'nxip •^nÊ<i:?3i 
...bbn, où dn^3> '"173 est évidemment une faute pour 'nb. Epstein ^ 
écrit au sujet de ce passage qu'il ne connaît que par les Tossafot : 
« Un autre Amram est mentionné dans les Tossafot ». Mais en pré- 
sence de rindication précise de notre commentaire, il n'y a aucune 
raison de mettre en doute l'identité de cet Amram avec Amram 
Gaon. Zunz - paraît aussi identifier les deux Amram, sans con- 
naître notre commentaire. 

5. Bariich (v. plus haut, p. 70), appelé aussi Baruch le Français 
[la: b"T TD^isr; yra 'nïi "^dtd utzîd ; 3() b : TD-iiTïi yra '-irt "^niT: ■'sti 
V'-ia). L'origine tossafistique de deux des explications citées en son 
nom a été démontrée plus haut ; elle est probable pour la troi- 
sième, d'après le contenu et le style, en sorte qu'on est fondé à 
croire que ce n'est pas le compilateur lui-môme qui a entendu Ba- 
ruch, mais l'auteur du texte qu'il a suivi, en lui empruntant les 
explications de Baruch, y com.pris l'expression "^st}. S'il en est ainsi, 
il n'est pas difficile de déterminer qui est ce Baruch. Nous avons 
vu précédemment qu'une des explications de Baruch est citée, 
d'après deux témoignages — les deux éditions de Tossafot — au 
nom d'un certain Isaac. Or, s'il n'est pas rare de voir dans notre 
littérature un même texte rapporté à différents auteurs, le fait 
se conçoit plus facilement s'il y a entre les savants cités un 
i'ap])ort quelconque, par exemple de père à fils, de maître à élève, 
ou quelque chose d'analogue. Nous connaissons en effet deux Tos- 
sahstes nommés Baruch et Isaac entre lesquels ces deux sortes 
de rapports ont existé : Baruch, l'auteur de Srfer ha-Terouma, 
était, d'une part, fils d'isaac, et, de l'autre, disciple d'Isaac l'An- 
cien. La qualification de Ti-iDirn convient aussi à Baruch ben Isaac, 
à qui elle est donnée par plusieurs auteurs \ On ne connaît pas 
d'autre Baruch originaire d<' France. 

6. Bechor Schor (60 6, 07 b : niuj niDa msi, i\\)b : muj msa, 77 b : 
U)"3'^b nN"i2). Les trois premières citations se trouvent textuelle- 
ment dans les Tossafot Daat Zrkf'nim aux mêmes passages, le 

1. Schemaja der Schûler und Secrelnr Rnschi's, p. 12 [Monatssc/trifl. XLI, \H'M). 

2. Zur Geschichle, p. 88, 101 et 462. 

;î, Gross, Gallia judaica, p. 525, et Epsteiii, Glossen, p. 14 {Monatsschrift, 1897). 



74 REVIE DES ÉTl'DES JUIVES 

quatrième dans Radar Zekènh)}. C'est le célèbre Tossafisteet com- 
mentateur de la Bible Joseph Bechor Schor. 

7. Dan Aschkenazi {v. sttpra, p. 68). Jl échangea des lettres 
avec Salomon ben Adret ' et avec Yomtob bon Abraham de Sé- 
ville -. l^ans une réfutation adressée à Dan au sujet d'une question 
litigieuse, dififéronte de celle qui faitTobjet de la correspondance 
précitée et qui est citée dans les Consultations de R. Nissim ben 
Ruben Gérondi^, le Ritba s'exprime avec l)eaucoup de respect : "i^y 
V'n3 'iT'2^ naia 'i^sbnnb ^n2 ■'SN, et encore, à la fin : -^t^iT ntm 
.. .1?::^ ipiTo^i n'vDt^ Iran laiTob"". Nissim lui-même dit ensuite, en par- 
lant de Dan : ^"^i^ î-nin ^mna ^pa rt^nu) "la "^spTm^ûUJ Tan^p !id "^sn nToni 
ibb!! ûnni n?ofi^. Dans son Commentaire, Bahya b. Ascher rapporte 
deux explications qu'il a personnellement entendues de sa bouche 
(sur Exode, ii, ai , et xxiv, It). Il paraît avoir résidé à Sara- 
gosse ; c'est sûrement là que Bahya l'a entendu, et dans une ques- 
tion adressée de cette ville à Ben Adret '', on lit : l'izi^ "jT ^n^ïii 
. . .■'b. Il donna au prophète d'Avila une lettre de recommandation 
pour Ben Adret ; on s'explique ainsi pourquoi dans l'ouvrage apo- 
cryphe Besamim Bosch (n» 24), « il est représenté comme un bouc 
émissaire et l'auteur de choses ineptes'* », jugement que Perles, 
dans sa biographie de Ben Adret ^ trouve énigmalique. — Azoula'i"^ 
dit au sujet de Dan : «"n-j-^nï-i "^toi nbnnm i^"Du:nn ^73^ 5]id3 rr^m, ce 
qui signifie évidemment que Dan vivait encore après la mort de Ben 
Adret. C'est faux, car il est déjà cité comme n'étant plus en vie par 
Bahya, qui a écrit son commentaire en 1291 ^ alors que Ben Adret 
est mort seulement en 1310. 

8. Eliab ha- Cohen (78 6 : ^l^^ toujn ^J2i^v "{riDrî nw^-i^N "i^nToi 



1. Consullalions. I, 1229-Ii>3;] : "'TjS'JN"]'î"1 '"1 2"lb : ConsuUalions atlnhuées à 
Nahmanide, ii<» 230. 

2. Nuvelles sur Yebmnot, cd. Livoiinic. 1787, f" 109 « : HT iV^^^ ^PDINÏ! "13:d1 

b"T "'T:D's:;i< p 'n m- uy ■»:' --«n'sD npi'Tn?:^ Dizj^npn «-'rst le inêinc débat 

que dans la CoiisuUaliou 1231 de Bcu Adret; Pvitba iiaitaiic rditiiiioii de son maître]. 

Ibid., 106 6 :b"T p 'i bin^H ûDnb ■^n-'j^n bn^. 

3. Ci»nstaiitin()i)le, 1548. ii° 38. — Dans réditioii <le Roiiiiisberg, 1840 (ii° 32), 1^ 
est devenu partout "j""! et inènie "j"";". H oût été facile de décuuvrir un nouveau per- 
sonnage grcàce à cette eireiu- d'un éditein- troi» savant! Déjà dans l'éd. de Crémone, 
lool, une coquille a cbanu-é une fois \^ en "{"n. 

4. Consullalions, I, n»* :j27-u30. 

5. 11 aurait copié pour son usage des pliylactères en araniéen. 

6. R. Salomon b. Ahrakatn b. Aderelh, p. 63, note 21. 

7. Schem ha-Guedolim, 1, 'Ma, s. v. ^''^Zû"^"!- 

• 8. V. supra, p. 68. — Il faut doue placer répo([Ue où florissait llitba, à qui Graetz, 
Geschichte, VU, p. 352, assigne les années 1310-1330, au nioiuë dix Jbls plus tôt, 
puis((ue son activité littéi-aire s'c'St déjà exercée avant 1290, 



UN COMMENTAI H !•: i»U FM-NTATELoL'l': 75 

...t)"nnV II est cité par les Tossafot Daat Zrk/'nim (17 b : anïi73 
Vt ir^îDH 3N^bi^) '. Dans notre passa^-o, les TossaloL citent la même 
explication avec un aulre nom : nnn rm û^3 ^'niin iït^^è^ '-i ïj-id^dt 
rT»a?3 'n. I.e nom est donc iantif dans l'un des deux textes, mais, 
en génri'al, c'est notre commentaire qui donne les leçons cor- 
recles. 

1). Ella (48 h : b"T in^bw^î n bwXUî). Peut-être identique avec le Yn^ 
b"T lï-13 in-^btî mentiotnié dans /><'^rt/ Zckénim, îiO /O. Un Elia est citr 
par Pftdnrah Raza sur Exode, \i, <S, et Nombres, xiv, 9. Voir 
aussi le 11° 8. 

10. Ilanaïud [^)\) a : . . .rr^n Vt n"-n), c'est-à-dire Hananel ben 
Houscbiel, n'est pas mentionné dans les Tossafot du Pentateuque. 
La cilation, qui est un développement halacbique, est empruntée à 
son Commentaire sur Maccol, ti ù. Il est à renuu-(|U('r qu'Ascberi, 
ad /oc, traite la même question et arrive à un résultat analogue 
sans citer Hananel. 

14. heiac (68 a). C'est sûrement Isaac ben Méir, petit-fils de 
Rascbi (v. i)lus liant, p. 71). Son nom ne jevient pas ailleurs dans 
les Tossafot bibliques; même notre unique citation est de contenu 
balacbique. 

1^. hadc b. AbraJtatn [Ha : i^"3"'-i'"'D "^Db), appelé aussi Isaac le 
Jeune, Tossatisle célébi'e. Il est souvent cité aussi par les'^rossafot 
du Pentateuque, qui ont également notre passage, ad loc. Dans 
notre commentaire, A a, on lit : Ta"i-i'"Dn «"nnb b"T riwb'O 'nn \>^'Q^^ 
.. .ib n"^"::m ihto, tandis que les Tossafot Daat Zekénini portent seu- 
lement : . . .ûmnwS nn pHir"» 'nn •»an"'D"i. Cf. plus haut, p. 70. 

13. J. de CorbcU (07 b : b^-»n"-ip73 ■'"-n;, probablement Jacob ^, ainsi 
que lisent les Tossafot ad lue. C'est un célèbre Tossafiste ; sur le 
Pentateuque, les Tossafot, noire commentaire, le commentaire de 
/.unz et le Paanmh liaza ne citent de lui qu'une seule guematria 
balacbique, si l'on peut s'exprimer ainsi, /unz -^ écrit en parlant de 
noire Jacob : « Ses équations de mots d'après la valeur des lettres 
sont souvent citées » ; mais lui-même observe en note que c'est 
toujours le même exemple qui est mentionné. De même Gioss '•, 
tout en ne pouvant lenvoyer qu'à /)aa/ ZeUénbu, 81, c'est à-dire 
encore au même texte, n'en écrit pas moins : « La controverse de 
Jacob de Corbeil avec K. Tam et plusieui'sde ses explications bi- 

1. Cf. sur lui Ziiiiz, ////• Ik'svhiclile, p. SS, .'iGd : (li'oss, (iallid, p. l'.'d. 

2. Dans M/'ti/t. Ye/toiu/u , il) r/ . Jaciil» cite Tain de Cinlu'il ( n""lb HT^'^n 
5^"TD"np?3j, MU' i»"<'st jamais apiicIO ainsi aillciiis. 

3. Zur (ieschic/ite, p. 77. 

4. Gallia, p. o62. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bliques montrent qu'il intorprétait volontiers le texte de la Bible 
d'après la valeur numérique des lettres » ; de plus, il parle de 
« cette tendance mystique » qui aurait amené la confusion de 
noire Jacob avec Jacob le Pieux de Marvège. Tout au contraire, le 
l'ait que cinq commentaires (car les deux recensions imprimées des 
Tossafot Vont en commun) ne connaissent que la même guema- 
tria, montre que ces sortes de jeux ne Tout pas beaucoup occupé ; 
il ne saurait donc être question d'<( interpréter volontiers »; on ne 
peut pas parler non plus, en se fondant sur une seule guematria, 
dune tendance mystique. Plus dun auteur s'est laissé aller à 
imaginer une guematria, sans pour cela être aussitôt taxé de mys- 
ticisme '. 

14. Juda de Paris ÇSl b : U5"'^"iD^ ïtiiït» 'n '"^Di), c'est-à-dire Juda 
ben Isaac Sir Léon. L'explication donnée en son nom est citée par 
les Tossafot (Had. Zek., 39/^; D. Z., 47 a), au nom de Juda « le 
Pieux ». Juda Sir Léon est également appelé parfois a le Pieux ». 
Gross, qui l'a établi^, ne cite pas cette preuve. 

15. Juda le Pieux (3 a : TDnrt riTirr' 'n b^ iiDDn Nit^D, et 5«it^D 
Tonn min*^ 'n d^n^). C'est Juda ben Samuel le Pieux de Spire. 
Dans 4 b : miMT 'n û^in 5^i£735, le mot Ton est tombé, comme on voit 
par Tossafot D. Z., la. Ses explications — et non seulement des 
guematriot — sont souvent mentionnées. 

16. Joseph d'Orléans (3 ô : "^i^r^ 'n ib n-«;22m ...in&? 1;^12 Snuîi 
U55'^'^''b*nï<'a). Les Tossafot Hadar Zekénim, 60 «, citent la même ex- 
plication au nom de ;D"nnn, c'est-à-dire Bechor Scbor, en disant 
simplement . . .^"nn!-; nTDii^i . . .ïiU5pT ; de même, Paanéah Raza sur 
Gen., VI, 6. Imré Noam, ibid., ne connaît pas non plus de Y12 
('ro'2 'irr "i7:t^i . . ."^"n n;z)pn"i). Gross'* montre encore par d'autres 
passages que les mêmes développements, halacbiques ou exégé- 
tiques, sont rapportés tantôt au nom de Joseph d'Orléans, tantôt, 
et par cVaiitres auteurs, au nom de Bechor Schor. Se fondant sur 
ce fait, Gross écrit : « Mais il est certain que ces deux noms dé- 
signent une seule et même personne. . . » A ces exemples, je puis 
en ajouter encore un : l'explication que Tossafot H. Z., 27 b, s. v. 
Nb^">i, cite au nom de Joseph Bechor Schor (m^n vp-\'^ 'nïi yr^m 
mia) est donnée dans Minh. Yehouda, 32 «, s. v. n^m, au nom de 

1. C'est ainsi que Gross lui-même, op. cit., p. 3G, dit du commentaire de Jacob d'Or- 
léans qu'il y « fait un usage frécjuent des guematriot », sans jiarler de tendance au 
mysticisme. 

2. Gallia, 519, 320, et Monaisschrifl, 1901. p. 370. 

3. Ce dernier passage est cité par Paanéah Raza d'après le Midrasch Abkhir. 

4. Gallia, p. 34. 



UN COMMENTAIRE DU PENTATEUQUE 77 

Joseph crOi'léans (■^•>^in?3 tpv '^ '"id ûs'am). Pourtant la conclusion 
que Gross tire de ces rapprochements n'est ni justitiée, ni môme 
juste. Est-il vraiment rare de trouver, dans cette httcrature, les 
mêmes paroles attrihuées par différents textes à des auleiii's dil- 
lérents? Dans cette étude même nous avons reconnu un cas 
semhlable (\oirp. 70;; je n'en veux citer encore que (luehjues 
exemples : 

ïossal'. D. Z., "210, s. V. aà : Isaac, Paan Raza, 24 b : Orléans ; 
» » 49 />: Isaac h. Abraham, Toss. Sankédr., 83/^ : Ja- 

cob d'Orléans ; 
» Sabbat, 'S>\) a \ Isaac b. J\léir, MinJi. Yeh.. 50/5»^ s. v. "^5 : 

Méir ; 
Minli. Yeh., 32 b, s. v. ïi3ïi : '•'"'^"in?3 n"-i, Paa?i. R., 27 b : Moïse ; 
» » 37é,.s■.r.■|72N^nn: Ehakim, » w 30 «: Jacob ^ 

Enfin, Toss., Z>. /., 2 a, s. v. ^izari : ^Dyi2^ î^-ip ■^dt' 'nn ûuîai, 
mais Toss., H. Z.. 'ib, s. v. b^i : n?oiî< m^ niDn ï^dt» 'nm. Mais le 
plus intéressant de tous est l'exemple suivant, où l'on voit le lait 
inverse : deux explications qui s'excluent mutuellement sont rap- 
portées au nom du môme auteur. Le texte de Raschi sur Exode, 
IX, 14, a déjà donné beaucoup de tablature aux premiers Tossa- 
fistes; on l'interpréta subtilement ou on le corrigea. Paan. Raza 
fait à ce sujet la remanjue : ■'"©-i U5TT«Dn nN"i;D ûmn^ "i"-in7D "i73fi< 
. . .mniDain rrr^» ns» ans^a i^^ nn^a. Au contraire, le contemporain 
d'Isaac hen Yehouda, Jacob dlllescas, dans son Imré Noam, rap- 
porte également au nom d'Abraham — le même à coup sûr — une 
tout autre leçon du manuscrit autographe de Raschi : 'hto b3fi< 
s-iDTa":: lîiDTD nnD i73^:rn "?"t -^"-q'tq: '::i-i"^Dn rtNTsa ^ny-n^:: ûnnsN 
. . .nbip;:) n-ni&n (cf. Tossal". //. Z., où la même lecture est donnée 
comme une correction courante : l'^n"':;?: ûbi^m). 

Ces exemples, (jui pourraient d'ailleurs être considérablement 
augmentés, montrent surhsamment cond)ien il est risqué d'édilier 
des faits historiques sur la base fragile de semblables citations, 
que les conclusions qu'on en déduit ne sont rien moins que « cer- 
taines ». On pouri'ait m'objecter que mes exemples n'indiquent 
qu'une confusion faite une fois unique, tandis que dans le cas qui 
nous occupe elle se répète cin(i fois, et ne peut donc pas être un 
simple hasard. Soit. Mais voici un exemple qui va montrer ({ue de 
telles confusions ne prouvent rien même quand elles se reproduisent 
souvent. Le Paanéah Raza mentionne dans une cinquantaine de 

1. Cf. Israël Lt'Ni, l{ecue,\L\\, i». i2. a i»iui»oï, Isaac dE\iLU\. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passages un Jacob (npy^ i'^Ti'n, 'n'py^ ^"iTi, et en abrégé -«"-in?:, '^"nrt, 
•'"n). La première citation (sur Gen., vi, 9) est la suivante : -i"nrt -^dtq 
mLDinn hy^ ^''i i3-«'^m !np3'^ Jacob, le Tossafiste tout court, n'est 
autre sans doute que Rabbénou Tarn, de Rameru, le petit-fils de 
Raschi. Or, des explications de Jacob sont citées neuf fois au nom 
de Jacob d'Orléans : Paan. Raza sur Gen., ix, 23 ; xii, 6 ("^"n) ; xvii, 
24; E.rod., \iiJ6; xxi, 7; xxviii, 5, 35; Deut., xxvi, 14 (n"nr5^ 
npSJt) =Minh Ych. au nom de Jacob d'Orléans (t:"3'^b"nN?3 n'Soun'S 
'■^•^"110^73) ; d'autre part : Paan. Raz. sur Ex., xxvni, 35 ; xxix, 9 
(np^'i YnriTo) = Tossaf. Zeba/ihn, \1 b, Ma, Sanhédr., 83 ô, au 
nom de ^"■'rb'nN"! nps»-' '-i. De cet accord neuf fois répété dans ré- 
change des noms propres on devrait déduire, d'après Gross, et 
avec plus de raison encore, que Rabénou Tarn de Rameru et son 
disciple Jacob d'Orléans sont identiques, d'autant plus que, dans 
notre cas, les citations ne diffèrent pas, à proprement parler, mais 
se complètent. Donc une répétition même assez fréquente ne 
donne pas à de telles citations une bien grande force démonstra- 
tive. Voudra-t-on admettre que le Jacob du Paanéah Raza n'est 
pas R. Tam, mais véritablement Jacob d'Orléans, qui fut aussi un 
Tossafiste éminent? Mais alors on en tirera la preuve tout simple- 
ment évidente que Joseph Rechor-Schor et Joseph d'Orléans ne 
sont pas identiques. En effet, si le Jacob du Paan. Raza est Jacob 
d'Orléans, le "^"n d'Orléans fréquemment mentionné dans cet ou- 
vrage (■cir^b'-ni^Tû "^"n, \DD"'"^b-nè< •>"-! et souvent u:3-«^bn-iw^ seulement), et 
qui souvent aussi est nommé tout à côté de Jacob, dont par con- 
séquent il est forcément distinct, ne peut pas être Jacob d'Orléans, 
comme Gross ^ l'admet sans autre preuve, mais Joseph d'Orléans, 
ainsi que Zunz ^ le suppose, également comme si cette identifica- 
tion était évidente ^. Mais comme Joseph dOrléans est cité par 
Isaac b. Juda, dans le Paan. Raza, à coté de Bechor-Schor et 
presque aussi souvent que lui, il est impossible que « ces deux 
noms désignent une seule et môme personne ». 
La même conclusion ressort encore particulièrement des deux 

L Gallia, p. 36. 

2. Zur Gesc/iichle, p. "75, 92. 

3. Eli fait» un nis. du Paanéah Raza de l'an 1396 (N31 ^"ni:"ip3 HjJ'D *1D3 
hm^ "{'l'^^'^'b), aj)i»arten;iut à M, A. Ei)Stoiu, i»orle pour 1D3"'">'::"mN "^"l. qu'on lit 
dans le to^tc imprimé du Paanéah, 18 6 : '■''^b"nî<?2 t]OT^ 'nn. Ceci rendrait sans 
plus ample examen notre question superflue , si le même ms. ne résolvait une 
autre fois l'abréviation ^a"»"»?""!!» "^""î en '■nb'nî<73 3py» '"in (tin '»2J5'^T = éd. 
23 6). On ne prut donc rien conclure avec certitude de ce ms. Mais il reste acrpiis que 
Joseph d'Orléans est, au moins une fois, cité dans le Paan. Raza, ce (pii est un grand 
api)ui pour notre thèse. 



UiN COMMKMAIHK Ui; lM.;î\TATKL(jLE 79 

passages suivants : Isaac I). Juda ('crit dans son introdnclion : 
••mm^ \n"»a i:inT ^"w m^m ^D'^r-'b-iiNT "^"n ""nam. C'est assez clair. 
Mais voici encore ce qu'on lit sur Gen., xaiii, (î : mno^an )^^^\^ 

...V't. Ainsi, Joseph Bechor Sciior a l'ait uikî objection à une ex- 
plication de J. d'Orléans, et a donné une autre intei'prétation du 
passa'i:e en queslion. Nous voici donc en prestance d'une allerna- 
live : Ou bien le Jacob du Paan. Haza est R. Tain, — et alors des 
citations identiques faites au nom d'auteurs différents ne prouvent 
absolument rien, et la conclusion de Gross n'est pas justifiée ; ou 
bien le Jacob du Paan. Haza est Jacob d'Orléans, — et alors le "^""i 
tt5"r">bniî<n nommé à côlé de lui est Joseph d'Orléans ; donc celui-ci 
est distinct de Joseph Bechor Schor, et la conclusion de Gross 
n'est pas juste. 

Ce qui montre encore ([ue Joseph d'Orléans n'est pas Joseph 
Bechor Schor, c'est qu'ils sont mentionnés l'un à côlé de l'autre 
par le MlnJiat Yehouda^, dans le commentaiie manuscrit de 
Zunz -, et dans le ms. Adler étudié par Gross lui-môme-'. Ce der- 
nier ne cite pas ce fait dans sa Gallia judaica, mais dans la Mo- 
nat^'ichrifL p. 370, où il donne déjà comme chose certaine sa 
théorie de l'identité des deux Joseph, il se contente d'écrire au 
sujet du ms. Adler : « Mais s'il est vrai aussi que dans notre ma- 
nuscrit, p. 1()7 b et 174, Joseph d'Orléans est mentionné à côté (de 
Bechor Schor), il n'en résulte pas encore que tous deux ne sont 
pas identiques : il est toujours possible d'admettre que dans les 
différents écrits utilisés par notre commentateur anonyme, c'était 
tantôt le nom de Joseph d'Orléans, tantôt celui de Joseph Bechor- 
Schor qui était employé, et qu'ils ont été recopiés tels quels. » En 
ce qui concerne les manuscrits, je suis obligé d'accepter la possi- 
bilité de cette opinion, ne pouvant pas la contrôler. Mais du Min- 
hat Yehouda il ressoi-t clairement qu'elle est inadmissible, comme 
on le voit par la considération suivante. L'auteur du Minhat Ye- 
houda a utilisé directement le commentaire de Bechor Schor sur 
la Genèse et l'Exode, ce qui résulte des nombreuses citations, et 
notamment de ces passages-ci : Vby ...mu: ^i::2 '-s pi (11 b), d'y 
-nw mD2 "yy^nz [±a). Or, dans \Yla, sont rapportées deux explica- 
tions de Bechor Schor, sur Exode, vu, 17 et ix, 10, mais dans l'in- 

1. Dans la liste, (.iDinicc par Zmiz, p. !>7, «lis auteurs cilt-s par le Miith<i( Ye/ioiidd^ 
maïKiur noti'(3 Jusepli. 

2. Ziir Gesch., p. 101. 

3. Monalsschri/l, i!»01. \k 370. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tervalle une autre, sur viii, 12, au nom de Joseph d'Orléans \ et 
celle-ci se trouvait, au témoignage des Tossafot dans le commen- 
taire de Bechor Schor. Pourquoi donc le M'mhat Yehoiida ne la 
cite-t-il pas en son nom ? Peut-on croire que l'auteur a, sur ce pas- 
sage, écarté le commentaire de Beclior-Sclior, pour cliercher dans 
d autres ouvrages et pour trouver justement au nom de Joseph 
d'Orléans ce qu'il pouvait trouver aussi dans le commentaire de 
Bechor-Schor? On ne saurait le penser sérieusement. Il faut donc 
admettre que Fauteur du Minhat Yehouda a pris l'explication de 
Joseph d'Orléans dans le commentaire même de Bechor-Schor, où 
elle était citée en son nom. Je reconnais volontiers que mes ar- 
guments ne peuvent pas prétendre à l'évidence ; mais j'ai dé- 
montré, en tout cas, que l'identité des deux Joseph est au plus 
haut point « incertaine », offrant ainsi l'occasion aux savants qui 
ont la possibilité de consulter les manuscrits, particulièrement 
ceux du Paanéah Raza, de donner à cette question une solution 
plus certaine. 

A l'appui de son assertion, Gross cite ce renseignement de Gue- 
dalya Ibn Yahya : ^■':N"'bTiî^73 pniL"^ n"nr: )'^-û^:^ ""Sina p"72Dn "^rT^N"! 
mi23 -n^n Tù^'Di^n, ce qu'il corrige en pni:-« -la tpv. Voilà, n'est-il 
pas vrai, une base bien fragile ! Elle n'a pas moins de quatre points 
faibles. D'abord, la citation manque dans les éditions du Semak, ce 
qu'a déjà remarqué Azoulaï - ; ensuite, il faut y introduire le nom 
de Joseph au moyen d'une correction; en troisième lieu, cette cor- 
rection n'est pas justifiée, attendu qu'il a réellement existé un Isaac 
d'Orléans (Tossaf. Meriahot, 5 a), lequel pouvait également porter 
le nom de fa?nllle Bechor-^chor. Enfin, le renseignement est pris au 
Schalschélet, qu'on ne saurait accueiUir avec assez de méfiance ^. 

Joseph d Orléans était le contemporain de Bechor-Schor et, 
comme lui, élève de B. ïam ; on conçoit donc que leurs noms aient 
été confondus. Il est d'ailleurs possible, et même très vraisem- 
blable, que certaines explications provenaient de l'un et de l'autre 
à la fois, parce que tous deux, puisant à la même source, étaient 
inspirés du même esprit. 

17. Mahuonide i\Àb : •'3i7a"''^?2r! ' rjc» n"-ir! ^^■^d'i). Cette citation 

1. '■^■'"IINTO C]OT^ '") '"^D Di^LÛm. On iw peut pas soDgcr ;i la ivsuJutioii inexacte 
d'une abréviation, jiaice <\\\r Jaeoh d'Orléans est toujtiurs cité sous le nom de n""!- 
Dans Gross, p. 36, "^"-i est une faute pour n"n. 

2. Schem ha-GuedoL, I, 18 «, n. 5. 

3. Cf. encore Zunz, Z. G., p. V6. 

4. Maimonide n'est jamais ainsi appelé par Ascheri, qui écrit b"T Û"37D1il, D"l!rî 
b"T72a <»»i b"T H'^'D l-'^nn- l*ft>' contre, dans les Tossafot Had. Zek., 2Sb. s. v. ÛNT 
1172 ■'"'73. 



UN COMMENTAIRE DU PENTATEUgUE 81 

vient (11111 passage du Mlschnr Tord, 11. Melakhim, IX, 14, ot con- 
tienl un passage qui manque dans les éditions : ns iT^n . . .■'::-i"'D"i 

...:;"inD. C'est conforme au texte que connaissait Nahmanide ^ sur 
Gen., XXXIV, 13). 

18. Mé\r ha-Lrvi, dans un(î citation terminée par les mots : b'b:' 
b"T V'^'^^^ (74 « : b"T •''ibïi n-^N?: 'n •^dtd \n3>73\2:u5 ï^irj ûran), est sans 
doute le célèbre Méir lia-Lévi Aboulafia (n^w^n) '. D dins Daal Zo- 
kénini, 86 b^ s. v. ra^i, les Tossafol rapportent la même explica- 
tion avec ces mots : b^Ton^a \n3'?3u: d^'iûrn, abréviation qu'il faut as- 
surément résoudre en •^ib "i"»N?3 'n?3. Ou bien Fauteui-de ces Tossafot 
a entendu Méir lui-même-, ou bien il a utilisé les ouvrages de Nab- 
manide (la citation ne se trouve pas dans le commentaire). 

19. Moïse, citant son maître Samuel (â «: "^siD ^?2ï5 n;î572 'n a^rin 
nnn bNi?3i23 'n), ne peut être déterminé plus précisément. 

20. Moïse ben Nahman (V'372^) est, a])rès Rascbi, l'auteur le plus 
souvent mentionné dans notre commentaire, vingt-deux fois en 
tout. Ces citations ne sont empruntées quen partie au Commen- 
taire du Pentateuque de Nalimanide, et même celles-là ne se 
trouvent pas toutes dans les éditions. 

'i\. Moïse ha-Darschan, ^o\\l\(i ujitd est cité deux fois (2«: 
l^-i-in rv:^i2 'n '"^5)73 ti^^^:©, ^b : p-i^n rv^i2 'n '■'D):), est bien, à en ju- 
ger par le contenu et le style des passages rapportés, Moïse ha- 
Darsclian de Narbonne, comme l'admet aussi Geiger ^. Le premier 
passage (sur Gen., ii, 2:2), dont la source est Gen. rabba, cli. xviii, 
i; 2, se trouve en effet dans le Beréschit rabbatl attribué à R. Moïse 
lia-Darschan (copie du nis. de Prague appaitenant à M. A. Epstein). 
Le second, qui se rapporte à Gen., ii, S, est ainsi conçu : 'n tcT'I 
to^siCN^n mn^b t^bN pn z"û^ t^bu; ii^biz .Dnp73 \i'$i p tzs-^nb^ 
i^bx £^-133 c*<bT &-ip?3 r>i"i3D Cibiirnuj ■':s73 tnp ta-^Nips i^n^ 
t=53\n-,3wN ^nNs:72 î-rn^-ONns n^wnn nniDnr) Qbirn r-inx m^T^ 
l^n'in nuîTD '"1 '"^OTO (1. "^rr^Nn, Osée, ix, 10). C'est bien l'esprit et la 
langue de Moïse ha-I)arsclian, tels qu'ils se manifestent dans le 
Beréschit rabbatl, le Midrasch Tadsché ' et dans d'autres textes 
cités en son nom. Epstein ' n'a donc pas raison de corriger '■'dt: en 

1. Dons Zuiiz, op. ci/., MtJii- Alxmlafia luamnir dans la liste «li-s autciiis «ifcs pai- les 
(•oninuMitaircs bibliques. 

2. 11 a »Mit('ii(hi eucon' un autic savant de la iMiiinsule ibt'ii(|ui'. Isaac de Lisbnniie 

31 a, s. V. in : n^iT^^-^bTD ■'"nrrTD -^Byn'^r- 

3. Xif-é Xa'anianitn, partie alleni., p. Ifi. 

4. Epstein a démontré (lue ce Midrascii pioviont fie locule de ]\. Mtusi' Ii,i On s. li m 
[Deilraef/e zur judischen Aller lums/cunde,[K xi, xii). 

5. Moses ha-Darschan ans Xarbonne, jt. Ij. 

T. Ll. NO 101. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•'D^j, et (le faire de ce Moïse ha-Darschan un contemporain d'A- 
scher ben Yehiel. 

•22. Distinct du précédent est le V't l^'inn )3"n s^ir? cité dans 62 b, 
ainsi qu'il résulte du contexte. Il est extrêmement vraisemblable 
qu'il s'agit de Moïse ben Jacob de Coucy, Fauteur du Semag, qui 
est également appelé ';\::^"in'. La même explication (sur Nombres, 
XXXII, 12) est donnée par Hizkoiuii et introduite par û-'Uî'id): izî"'. 

23. Mo'ise de Pontoise [1^ b : Nr-i^iûDistD I2"^ri:i n^pn) est Moïse 
ben Abrabam de Pontoise, l'élève de R. Tarn. Il est souvent cité 
dans les Tossafot du Pentateuque et aussi dans notre passage, où 
is''o">-l::3^D7D est une faute pour nd'^"'c:d-id)2. 

24. Natan ben Meschoullam répond à la question d'un ennemi 
des Juifs (67 a : ûb"n2:?3 'nn ini hb 's? 1^73 b^^ai). Il est connu comme 
un apologiste du judaïsme. La même controverse se trouve aussi 
dans Paan. Raz., ^d a. 

25. Saadia Gaon est cité comme étant l'auteur des guematriot 
suivantes: 24 « : rî"nbT rr^^yz n-i "jnNiin ^"i"«s .lirnuî-^T i"id bN-iu:*^ "^^m 
N D"ns3 n'^ta '^j-'S. Anonyme dans les Tossafot et dans Paan. 
Raza. 37 b : rjTûb ttdt b"T in»:; rr^^j'o ns^nn '-«s i?2N nbnn ■'n:^ bu:nn Nb 

Anonyme dans le Paan. Raza. — On peut douter qu'il s'agisse 
vraiment ici de Saadia Al-Fayyoumi. Peut-être faut il voir dans ce 
Saadia Gaon le fils de Joseph Bechor Schor. Cette supposition 
est confirmée par la raison suivante. Le poème, souvent cité, sur 
le nombre des lettres de la Bible est donné expressément par 
Joseph del Medigo comme étant l'œuvre du dernier Saadia ^ ; or, 
ce poème est attribué ailleurs à Saadia Gaon^, entre autres textes 
dans un manuscrit qu'a vu Azoulaï ''. Del Medigo lui-même con- 
fond aussi, dans un autre passage, ces deux Saadia ^. La ressem- 
blance des noms Saadia ben Joseph a certainement contribué à 
cette erreur. 

26. Salonion^ à qui Isaac ben Abraham a expliqué un passage 
midraschique {A a : «"a-^^b V't n?2bu3 'nn bi^^UTj, est sans doute Salo- 
mon « le Saint » de Dreux, qui florissait, comme Isaac ben Abra- 

1. Voir Epstciii, op. cit., p. 14; Gross, Gallia, i>> 558, et Monatsschrift , 1901, 
p. 372. 

2. Noblot Hokhma, éd. Bàlo, 1631. Zunz {Z. G., p. 15) le dit aussi, mais à titre de 
simple hypotlièse. 

3. Cf. le Comm. "^niS niD:> dans En-Jacob, éd. Vilna, sur Kiddouschin, 30 a. 

4. Schem., \, 150 a. 
0. Azoulaï, loc. cit. 



UN COMMENTAIRE DU PENTATEUnUE 83 

ham au commencement du xui^ siècli; et lut, comme lui, l'élève 
dlsaac TAncien. Ses explications sont souvent citées par les deux 
recensions des Tossafot, MinJiat Ychouda, Paanêah Raza, Imré 
Noam, le commentaire manuscrit de Zunz, etc. 

27. Samuel bon Mèir (D"au:n) n'est mentionné que dans deux 
passages, 16 ô et <S'la, qui se trouvent aussi dans les Tossafot. La 
première fois celles-ci disent seulement '-"d D"auî"n, tandis que notre 
commentaire porte n"-i "^nt^ '^"i-^'-h "rr^y^. C'est ainsi que s'exprime 
le Gan. Tl n'est pas possible qu'Ascher ben Yeliiel ait ainsi écrit. 

28. Samiipl Jta-Cohen, qui est cité, dans 37 Z>, en ces termes : ■'d?: 
i;ran h:î^"72;z5 'nn '^"n?:, ne peut pas être identifié avec certitude, 
car nous ne savons si ces mots appartiennent au compilateur ou, 
— avec le passage lui-même — à l'un des textes qu'il a utilisés. 
Dans le dernier cas, il pourrait être question de Samuel ben Aron 
ha-Gohen,qui est^mentionné dans Schibbolé ha-Léket^% 39, et qui, 
lui, est peut-être identique avec le Tossafiste Samuel ben Aron de 
Join ville. Mais si le compilateur a personnellement entendu Sa- 
muel, ce dernier est très probablement Samuel ha-Gohen de Va- 
lence, correspondant de Samuel b. Adret ', et qui confia aussi à 
Bahya ben Ascberun secret cabbalistique sur Ex., m, 4. 

29. Simson (2 a : ii^^cu: 'n ïiuîpn; est peut-être Simson ben Abra- 
ham de Sens, ou Simson de Chinon. L'explication de Gen., ni, 6, 
rapportée en son nom, est citée d'une façon anonyme dans Tossa- 
fot tiad. Zek., Minhat Yehouda et Imrê Noam. 

30. Je ne sais qui il faut voir dans l'abréviation Y'^^ (^8 b], 
""î'y^Ti (Ol b, Oo (t). Le premier passage se trouve dans Minh. Yeh.^ 
le second dans les Tossafot, mais sans nom d'auteur. 

31. Rabbcnou Tarn est mentionné dans un passage halachique 
(65 a ; voir plus haut, p. 67). 

32. Le compilateur cite les deux explications suivantes au nom 
de son père. Sur Ex., n, 17 : "^Np ûT»a-i:i-«i D"m Ti"y '■^n?3i N2N «-^d^û 
n-'TDn b:' l-'^i-i^:^ pu:b ns-^ir^jT ...D"'amn n?3nD D^yinrt n?Q-ib^ D-^wn bx 
...::i::-i ;2JDn v?:--?: i^-i^j-^t.Ex., xvi, 26 : ry^-ipu: ri'y n7j n3N "id?: '^r\yi2'û 
...!-T':573 by a->r3rb?an d^3"':^573 tîiu: "^sb d3>::m r;::933 tr^-o^y: t^ib r^io D"» 
tD-'nbNn Ti'ûi2 -nrn ib^ 137373 v^P^ t<bm ...imD riTo d-^iwin n^m 

1. Consullalions, Y, n° 119. 

2. Pour le moment je ne connais qu'un passai,M> où Aseln'ii cite son père [Consull. 
27, § 1)^ mais il dit : 13^ i3"rtî<b. 

3. Une autre fois dans le même passage : -^iTa N3N '^'^3^b ^yo '^nfi<iS73 ?13tl 
^"3>. AsCher l)en Yehiel n'emploie jamais la formule M"^' ; il écrit toujours b"T, sou- 
vent aussi b"::T pour son père : c'est ainsi qu'il signe ses Consultations p ^^» 
b"iST bN-'H'^ ou b"T. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-Ilû:*! r!7ûi^n ii^b ir^uj-'-iDn '-«d ^::?û pn ûnti nnNT nnnj» ri\D7:b mi&i 
...in3>p2"i û-^n b:' ^T^ nN. 
La môme explication est domiée par Jacob beii Asclier d'après 

33. Un maître anonyme du compilateur (^7 b : b^'T "^It: '""D ^^ ; 

34. Raschi, enfin, est l'auteur le plus souvent cite; il l'est 
presque à chaque page. Il est rare que son commentaire soit sim- 
plement mentionné ; plus fréquemment il est accompagné d'un 
iMiTT^sb ^rr^ti ; mais le plus souvent ses explications sont discutées 
d'après la méthode des ïossaflstes. Et voilà encore un excellent 
argument en faveur du caractère purement tossaiistique de notre 
commentaire. 

Vienne, 17 août 1905. 

V. Aptowitzer. 

# 

P. S. — Mon travail était déjà entièrement terminé quand j'ai 
pris connaissance, grâce à Famabihlé de M. Israël Lévi, d'un ar- 
ticle de Kaufmann sur Dan Aschkenazi, publié dans cette Revue, 
t. XXXVI, p. 287-292. Dans cet article Kaufmann fait connaître, 
d'après un commentaire manuscrit du Pentateuque, ms. de Dresde, 
n« 399, cinq passages qui ont une grande importance pour notre 
recherche. De ces cinq passages — trois explications au nom de 
Dan Aschkenazi et deux au nom d'Ascheri , quatre se re- 
trouvent dans notre commentaire dans des termes exactement 
pareils, et seulement avec quelques légères divergences, telles 
qu'elles se produisent habituellement dans deux copies différentes 
d'un même manuscrit, et dont les copistes sont seuls respon- 
sables. Qu'on compare en effet le ms. Dresde, 23«;, et Had. Zék.^ 
37 è; D. 26 «, Qi Had. Zek.,Mb\ D., 43 6/, QlHad. Zek., 58^/; D., 
41 b et Had. Zek.., 55 «5. Cette concordance remarquable suffit à 
faire croire que , très vraisemblablement, le ms. de Dresde et 
notre Commentaire sont deux copies différentes d'un seul et même 
ouvrage. Joignez-y que Zunz [Zur Geschichte, 103) décrit le ms. de 
Dresde comme un recueil « d'explications sur le Pentateuque. . . 
avec des Guematrias » (Kaufmann dit simplement « un recueil »). 
Mais voici qui élève cette probabiUté à la hauteur d'une certitude. 
Dans un des passages parallèlles, ms. D., 43 a, = //. Z., 58 «, on 
renvoie à une explication antérieure sur Nombres, xii, 3 : '-«d© itod 
^^12 r53> ntt5?3 ttî-'Nm -"na ^mb:>na 'en b-^s^b. Or, cette explicalion se 



UN COMMENTAIRE DU PENTATEUQUE 85 

trouve effectivement dans notre commentaire, sur Nombres, xii, 3 : 

n3D73 nnN n"T' non':: "«sb i"vn n-icns "^ ^^J•73'»U':: ...*i::> rrc): ^D^Nm 
m3Dn nbm d-^t: ûiDb n^^is rtTn j^bon pn n?aNCD 'n-» cb-ij^ b^ mDb?^ 
c-n"» "^:;-n73m d^?: D^b N^i:i"« -1731b ib rr^m inriN bri "i?3l:3> by nbiD-^m 
^'bo yi^iD"^ ^""rûDDi. Après cela, il importe peu de savoir si la se- 
conde explication d'Asclieri sur Ex., xxi, i, se trouvait dans notre 
commentaire (car celui-ci présente une lacune au début de Misch- 
patim), ou si une quatrième explication de Dan, citée par notre 
commentaire (12 a), manque vraiment dans le ms. de Dresde, et 
n'a pas été plutôt omise par Kaufmann. Quoi qu'il en soit, on ne 
peut plus douter, à mon avis, que notre commentaire et le ma- 
nuscrit de Dresde représentent un même ouvrage dans des copies 
di fié rentes. 

Or, nous avons vu qu'Ascheri est cité dans notre commentaire 
(ms. D., 41 h, Had. Zek., 55rt). Mais dans le passage sur Ex., xxi. 1, 
on lit dans le ms. i"-i3 '^T55ïî&< n\i3î< 'nr? mt: '^ziz : l'auteur était donc 
un élève d'Ascheri (Zunz, op. c. ; Kaufmann, /. c, 291). Toutefois 
nous ne savons si le nom d'Isaac ben Abraham Navarro et la date 
de 1343 se rapportent à l'auteur ou au copiste. Kaufmann paraît 
préférer la première opinion (p. 290 : « composé en 1343 par. . . ou 
du moins copié par lui »); Zunz {Ltr/.^ 622) adopte la seconde. Celle- 
ci est confirmée par le fait que notre commentaire est attribué à 
Aschcri , ce qui vraisemblablement suppose un auteur du nom 
d'Ascber. Il est vrai que nous connaissons un disciple d'Ascheri 
nommé Asclier : c'est Ascher bar Sinaï "«ro) de Russie, appelé 
aussi Aschkenazi (Consultations d'Ascheri, n° 51, § 2). Mais celui-ci 
est mort avant son maître, tandis qu'Ascheri est nommé une fois 
dans notre commentaire comme n'étant plus en vie (ms. D., 41 h^ 
H Z.,o5«). 

Pour Isaac ben Abraham, on peut faire entrer ici en ligne de 
compte un savant de ce nom qui correspondit avec Ascheri 
[Consultât., n° 86, § 9), mais qui portait le nom d'Albana (Nsnbi^^ ; 
ensuite le savant copiste Isaac ben Abraham de Chinon [Gallia 
jiidaica, 586 , peut-être aussi dans Gross,244, 274. Mais aucun de 
ces deux Isaac ben Abraham ne s'appelle Navarro. Peut-être Isaac 
ben Abraham est-il seulement le propriétaire du manuscrit. Un 
Isaac Navarro mourut à Tolède on 1365 (^ibné JÂkkaron, n^ 38). 

La mention d'Ascheri comme défunt et la date de 1343 donnée 
par le manuscrit permettent d'en fixer les limites extrêmes de 
composition aux années 1327-1343. 

Il est regrettable que Zunz et Kaufmann, qui ont utilisé le ms. 
de Dresde, n'aient pas connu notre commentaire. Plus heureux 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que nous, ils auraient pu nous donner des renseignements positifs. 
Habent sua fata VibcUil C'est ainsi encore qu'Eppenstein, qui, je 
m'en aperçois maintenant, cite, dans une note additionnelle à 
Tarlicle de Kaufmann [Revue^ t. XXX Vil, 318), notre commentaire 
et le coirige d'apn^s le ms. de Dresde, n'a pas été frappé par la 
singulière concordance des deux passages. Dans celte note, aussi 
bien que dans l'introduction et les remarques des irr\T^in ^•Q'rM2 
d'En Salomon Astruc, édités par lui, il parle toujours de notre 
commentaire comme étant les « gloses de R. Ascher ben Yechiel » 
et « n"n3' -d'^^i-i ^"^d )), quoique, dans n^nnri '^u:-ii?3, p. 158, note 6, il 
cite le passage de notre commentaire (55 a), où, d'après le manus- 
crit, c'est Ascheri lui-même qui est cité (comm. : b"T fc<""in; ms. : 

Quant à Dan Ascbkenazi, mes conclusions ne sont pas sensible- 
ment différentes de celles de Kaufmann Pourtant, Kaufmann pense, 
en ce qui regarde l'époque de sa mort, que « tout indique que R. 
Dan a survécu à R. Salomon ibn Adret » (p. 291). Cette assertion 
se fonde sur Fhypotbèse que la date de 1343 du ms. de Dresde se 
rapporte à la composition de l'ouvrage. Encore est-il que, dans ce 
cas, comme l'auteur a entretenu des relations personnelles avec 
Dan, il serait très peu vraisemblable que celui-ci fût déjà mort en 
1291. Mais Kaufmann lui-môme reconnaît que la date de 1343 
peut se rapporter à la copie du manuscrit, et nous avons même vu 
que c'était le plus probable. D'ailleurs, c'est encore Kaufmann qui 
dit ensuite : « Nous ne pouvons donc, jusqu'au moment où de 
nouveaux documents seront trouvés, risquer une indication pré- 
cise. . . ni quant à l'année de sa mort ». Avec l'hypotbèse de Kauf- 
mann touchant le ms. de Dresde tombent aussi les doutes qu'il 
formule sur la date précise de 1291 fournie par le commentaire de 
Raliya. 

V. A. 



LE ROI DE FIUNCE CHARLES YIII 

ET LES ESPÉRANCES MESSIANIQUES 



Le colophon dums. hél)r. du Vatican, in-folio, n° IS7 (Catalogue 
Assemani), contient une notice intéressante qui peut fort bien servir 
à éclairer un point d'histoire. 

Ce ms. est une copie du Peliah\ Ce livre étrange, non seule- 
ment par son nom, mais encore par son contenu, et qui ne renferme 
en apparence que des fantaisies cabbalistiques écbevelées, doit 
lui-môme sa naissance à des circonstances historiques, car il 
escompte, en s'appuyant sur des faits positifs, l'avènement de l'ère 
messianique. La notice qui y a été ajoutée est conçue tout à fait 
dans l'esprit du livre. Cet ouvrage, qui reste encore énigmatique, 
malgré les recherches de Steinschneider, de Graetz et de Ph. 
Bloch, est désigné, dans le ms. du Vatican, comme l'œuvre de 
Kanah hen Nahoum ben Kanah -. Les variantes du pseudonyme de 
l'auteur s'enrichissent ainsi d'une nouvelle forme -^ Si ce nom 
contribue plus encore à troubler les faits qu'à les éclaircir, notre 
manuscrit contient, par contre, une importante notice bibliogra- 

2. T\Vî> *(3 din3 \2 in3p Ti'^y HDD^ ÏIT. Les autres noms que l'on connaît 
sont : 1' nnS'^nN : i° N'^jin^ ;avec la remarque que ce nom a, Vn^n 03^, la même 
valeur numérique que nN^^'^D = 126) ; 3° HDpn p i<^:nn3 ; 4^^ "m:;"«3N p ïl^p ; 
5' Ti^i'Ç)'^ 13 N^Din3 ...Û-l nnDU:7373 ÛinD 123 -m:i (pM) ■'2î< nsp (au lieu (le 
TXyp, on trouve aussi NSp^M). Voir Hi'ilprin, Séder ha-Dorol^ s. v. Nehounya h. Iia- 
Kanali ; Azoulaï, Sc/iem lia-Gîiedoliitu ll<^ pavUe, s. v. riN"^'?© ; Jellinek, Helh lia- 
Midrasc/i, lll. Introduction, p. xxxviii et s. ; Graetz, Geschichte der Juden, VIII, :5«"(''d., 
p. 4o0ets. ; Ph. Bloch, dans Winter et Wiinsche, Jiidische Litteralur, III, 282, et 
Jewish Eiici/clopedia. \ll, 432; Steinschneider, Cdt. Bodl., col. 2056; Ben-,Iacob, 
Oçar ha-Sefarim, p. 485, n" 890. Le ms. Munich, n° 22, attribue le Peliiik à Elkana 
h. Yerocham. 

3. On doit remaniuer ûiriî pour t<'^2"!nj. '"t ïl^p pour !rj3p^. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

phique qui jette des lumii^res, non seulement sur Forigine de ce 
manuscrit, mais encore sur le livre Pellah lui-même. 

D'api'ès la note qui se ti'ouve au frontispice et qui paraît être 
contemporaine du manuscrit, celui-ci se compose de 9 cahiers ou 
1:20 feuillets in-folio. Le cahier est donc compté pour un peu plus 
de 1:2 feuillets. Le manuscrit contient seulement le contenu de la 
section de Beréschit, tandis que tout le Pentateuque formerait à 
peu près 500 feuillets in-folio, donc — c'est ce que le copiste veut 
dire — notre manuscrit contient seulement un peu plus du cin- 
quième de tout Touvrage. En effet, on ne connaît plus du Peliah 
que la partie qui porte sur la section de Beréschit '. 

Après avoir donné cesiindications, le copiste ajoute ce qui suit : 
« Ce livre ne peut être trouvé nulle part, sinon à Constantinople, 
ville située dans la Romanie-, entre les mains de R. Joseph Boni- 
fazio, aujourd'hui, en Fan 5i2â3 de la création ^ ; en ce temps vint 
ici, à Candie '', un Juif, nommé R. Jacob, et il apporta avec lui 
la copie de la section Beréschit seulement; c'est de là que je me 
suis choisi ces choses, qu'il me copia dans ces cahiers; mais 
R. Michael Romano copia [ensuite]"' la section de Beréschit^ tout 
entière. » 

Nous ne savons pas qui parle ici à la première personne. C'est 
vraisemblablement le propriétaire du manuscrit, mais son nom ne 
nous est pas connu. Ce n'est vraisemblablement pas Moïse Abiab, 
qui est nommé à la fin du livre après le colophon, et dont nous ne 
savons la relation qu'il a pu avoir avec le manuscrit. 

Ce qui est très important, semble-t-il, c'est Forigine du manus- 
crit du Vatican. Il a été copié sur un exemplaire unique qui se 
trouvait à Constantinople. En admettant même que la qualification 
d' « unique » ne doive pas être prise à la lettre, mais doive être 
considérée simplement comme une vantardise du propriétaire, il 

1. C'est ainsi que Jellinek parle aussi seulement de la section de Beréschit. — Les 
indications concernant la valeur du manuscrit ne manciuent pas d'intérêt ; cf. Stein- 
schneider, Voiieswigeti ûber die Kunde hebr. Handschrif'len, p. 16 et s. 

2. On sait que c'est le nom de l'Empire byzantin ; c'est ainsi, i>ar exemple, qu'on 
parle d'un Mahzor roman ; voir Zunz, Die Rilus, p. 79 et s. 

3. C'est-à-dire en 1463. 

4. Celui qui écritces mots vivait donc à Candie. Aux xv" et xvi» siècles, l'île était ha- 
bitée par une population juive assez forte, où la science était également représentée; 
voir mon article « Byzantine Empire » dans la Jewish Enc>jcIopedia, et l'art. « Crète », 
ibid. Un Benjamin ben Joseph Bonifacio s'y trouve cité. 

0. Ou : précédemment; l'exemplaire (lui fut apporté à Candie par R. Jacob était, en 
effet, l'œuvre de M. Romano. 

6. Celte section fut choisie de préférence, parce que la Cabbale se plaît dans les 
spéculations cosmologiques (îinSITD!! t^lD^lz)-, comme il est dit dans la notice. 



LE ROI DE FRANGE CHARLES VIII 89 

en résulte, dans tous les cas, que le Peliah était alors une rareté. 
Mais on ne peut émettre une semblable assertion que si le livre est 
nouveau, et la chose rappelle singulièrement la sensation que pro- 
voqua Tapparition du Zohar. Ce qui en résulte encore, c'est que 
Graetz avait raison de soutenir que le Peliah n'a paru qu'au 
xv° siècle. Mais quand, d'autre part, cet historien s'efforce de 
démontrer que ce livre est né en Espagne, sa thèse semble contre- 
dite par l'origine assignée à notre manuscrit. Tout, ici, indique la 
Grèce et l'Italie: l'original ne se trouve qu'à Constantinople, la 
copie en est apportée à Candie, et le porteur, R. Jacob, qui n'a 
aucun nom de famille, nous apparaît par là même comme un 
Byzantin. Les autres personnes nommées portent des noms ita- 
liens : Bonifazio et Romano, de sorte que Jellinek, qui regarde 
l'Italie ou la Grèce comme la patrie de l'ouvrage, est ici tombé 
juste'. 

Le Se fer ha-Peliah et son frère jumeau le Se fer ha-Kanah 
donnent, en se fondant sur des calculs cabbalistiques, l'année i 490 
comme celle de la délivrance messianique -. La même année, 
étendue seulement jusqu'en 1495, est aussi indiquée par l'auteur 
du colophon comme l'époque des « Souffrances du Messie », qui 
sera suivie de la délivrance. Ce colophon a pour nous le très grand 
avantage de nous présenter des événements historiques concrets 
et l'entrée en Italie de Charles, roi de France, comme les signes de 
la délivrance prochaine. 

Le roi de France Charles VIII (1483-1498), quoique jeune et 
chétif, avait sur l'Italie des desseins vastes et considérables. Il se 
considérait comme l'héritier de la branche italienne de la Maison 
d'Anjou, et, en cette qualité, il voulut d'abord conquérir Naples, 
ensuite l'Italie tout entière ; ce pays lui-même ne devait être, dans 
sa pensée, qu'un pont pour regagner à la chrétienté Byzance, tombée 
entre les mains des Turcs. Juifs et Chrétiens durent regarder avec 
une vive impatience cette entreprise ambitieuse. Le chroniqueur 
Joseph ha-Cohen, né à Avignon un an après, et précisément sous 
le gouvernement de Charles VIII, rapporte très exactement les 
faits; voici ici ses paroles ^ : « En ces jours, le roi de Naples ter- 



1. Jellinek donne cette preuve d'un grand poids qu'on lit dans ]e Peliah qu'on peut 
lire le samedi la traduction grecque ; Graetz, VIII, 3" éd., p. 451, ignore cette preuve. 
— On retrouve la trace du livre à Constantinople au temps d'Elia Mizrahi ; voir Micliael, 
Or ha-Cfiaiji/im, n" 17. 

2. Le Peliah indique cette année une fois, le ha-Kanah deux fois (Graetz, op. cit., 
p. 450). 

3. Eniek ha-Bacha, trad. M. Wiener, Leipzig, 1858, p. 73. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mina sa vie, et son fils Alphonse (II) monta à sa place sur le trône 
royal. Tous deux s'étaient montrés cléments envers les Juifs, et 
beaucoup de Juifs chassés d'Espagne s'étaient rendus dans son 
pays et s'étaient considérablement multipliés dans les villes de 
son royaume. A la fin de cette année, deux ans après l'expulsion 
d'Espagne \ Charles (VIII), roi de France, pénétra en Italie avec 
une puissante armée et poussa si loin son expédition qu'il arriva à 
Naples et que Ferdinand (II), le fils du roi (Alphonso), s'enfuit de- 
vant lui dans le fort de Gastelnuovo ^ ; toute la ville fut en proie 
à l'anarchie et on livra au pillage les Juifs qui s'y trouvaient en 
grand nombre, de sorte qu'Israël, à cette époque néfaste, fut très 
abaissé ^. » 

L'expédition de Charles VIII eut donc les conséquences les plus 
tristes pour les Juifs de Naples, qui étaient alors justement très 
nombreux et très influents''. Ils s'étaient probablement réfugiés 
dans le Castelnuovo, mais lorsaue le bourg fut utilisé par le roi 
Ferdinand lui-même comme asile, il livra les Juifs à la population 
indigène de Naples, spécialement à la noblesse, fait qui est d'ail- 
leurs connu par d'autres sources % mais que Graetz, chose singu- 
lière, ne mentionne pas. Les Français entrèrent à Naples le 2*2 fé- 
vrier 1495. C'est l'événement que l'auteur de notre colophon consi- 
dérait comme le terme des « Souffrances » : désormais, avec l'ar- 
rivée du roi de France, l'époque messianique devait commencer. 
Ses espérances se fondaient sur le fait que le pape et tous les car- 
dinaux avaient été obligés de s'enfuir de Rome et que même leur 
résidence était inconnue. En réalité, le pape Alexandre VI Borgia 
(1492-1503) s'était seulement réfugié dans le château de Saint- 
Ange. Quelques-uns de ses cardinaux peuvent, comme le dit notre 
auteur juif, l'y avoir suivi. La fuite doit s'être effectuée si mysté- 
rieusement et si habilement que notre auteur, qui dit formellement 
écrire à Rome, ne connaissait pas le lieu de séjour du pape^. Les 

1. C'est-à-dire 1494. Ferdinand I de Naples mourut le 24 février 1494. 

2. Castelnuovo est un immense bâtiment, qui pouvait offrir un asile à plusieurs mil- 
liers d'hommes. 

3. Joseph ha-Cohen s'en réfère ici a son autre ouvrau'-e sur l'histoire des rois de 
P'rance et l'empire turc, où il décrit l'expédition avec plus de détails, mais il n'y dit 
rien de plus sur le sort des Juifs (voir éd. Amsterdam, 1733, p. 50 h). 

4. Que l'on songe à Isaac Abravanel qui jouissait d'une haute considération à la 
cour d'Alphonse II; voir aussi Jewish Encyclopedia, VII, 4. Le roi Ferrante accorda 
au fds d'un Juif, naturellement contre argent, un évèché, voir L. Ranke, Geschich/e 
der romanischen und genncmischen Vôlker von 149i bis 151-^4, 2' éd., Leipzig, 
1874, p. 13. 

0. Ranke, op. cit., p. 38. 

6. D'ailleurs, la fuite [du pape eut lieu, non pas lors du premier passage de 



LE ROI DE FRANCE CHARLES Mil 91 

contemporains, qui étaient lial)itués à la domination universelle du 
pape, doivent avoir été fortement impressionnés par cette fuite et 
par roccupation de Rome par les Français. Les espérances messia- 
niques s'éveillèrent aussitôt et, avec Taide de la « Guematria », on 
trouva même des passages l)ii)liques qui pouvaient être rapportés 
à cet événement. 

Nous n'attacherions pas beaucoup d'importance à cet unique 
témoignage s'il ne s'accordait pas avec les espérances exprimées 
par le Se fer Jui-Pclialt et le S. ha-KanaJt. Le fait important fut, à 
ce qu'il semble, la chute de la puissance papale, et c'est ce qu'on 
pouvait déjà observer avant 1490. A cela vinrent encore s'ajouter 
l'exil des Juifs d'Espagne et les souffrances continuelles de ceux du 
Portugal, événements qui durent plonger les Juifs dans une très 
vive agitation. Nous ne savons pas au juste ([uelles tribulations 
vinrent s'y joindre en Italie ; le colophon parle de douleurs et de 
tourments en général, et seul Joseph ha-Cohen nous raconte expli- 
citement l'épisode de Naples. Lors de la seconde entrée des Fran- 
çais à Rome, le 8 janvier 1495, une émeute contre les Juifs éclata 
également à Rome, et cette fois du côté des Français, mais à peine 
Charles VIII eut-il assumé le gouvernement de la ville, qu'il com- 
mença par mettre les Juifs sous sa protection '. C'est ainsi que 
l'apparition du roi de France fut considérée par les Juifs oppiimés 
comme un acte de délivrance, et la fuite du pape comme l'abo- 
lition du mauvais régime après lequel on devait attendre l'avène- 
ment du royaume de Dieu-. 

Chose remarquable, dans certains cercles chrétiens, on fonda 
aussi de grandes espérances sur la tète de Charles VIÏI. Le prieur 

Charles VIII près an Rome, mais seulement après la formatiou d'une ligue contre le 
roi de France, dans laquelle le pape Alexandre VI était également entré, et qui fut 
alors obligé, quand Charles VIII, sur le chemin du retour, passa par Rome, de s'en- 
fuir dans une place fortifiée (Ranke, op. cit., p. 54, d'après Navagero, Hisloria Ve- 
iieta, p. 1204). 

1. Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, Paris, 1889, p. 509 ; Vogel- 
stein et Rieger, Geschichle der Juden in Rom, II, 23-28. 

2, Graetz, IX, 3'- éd., p. 3, dépeint les Français comme des oppresseurs : la « mouche 
française » poursuivit l'œuvre du « scor[)ion espagnol ». Assurément les Français n'ont 
pas diï épargner les faibles Juifs; mais la teneur tout entière de notre colophon 
montre que les contemporains regardaient l'arrivée de Charles VIII comme une déli- 
vrance pour les Juifs. Même le fait qu'Isaac Abravanel dut quitter ÎS'aples à l'ap- 
proche des Français et se réfugier en Sicile ne prouve rien ; peut-être était-ce une 
distinction pour le diplomate juif que le roi lemme.ia avec lui en Sicile. 11 suffit de 
lire comment le contemporain Abraham Zacouto [Youhasin, éd. de Londres, p. 223\ 
après avoir décrit les souffrances des Juifs en Espagne, en Sicile, en Sardaigne et 
en Portugal, ajoute cette remarque : nZ2"'bD MïT^n nsniSTO '53K « De France vint le 
salut ». 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du cloître Saint-Marc do Florence, Girolamo Savonarole, parla avec 
un enthousiasme prophétique du commencement d'une nouvelle 
époque théocratique dont il voyait l'auteur dans la personne du 
roi de France Charles VIII. Il prêchait une ère nouvelle, rêvait le 
royaume de Dieu sur la terre, considérait la Cour papale de Rome, 
comme le résumé de tous les vices, et, ne croyant pouvoir réaliser 
son idéal que par la voie de la politique et du pouvoir temporel, il 
se mit du parti de Charles VIII, dont il soutint la politique à Flo- 
rence et dans l'Italie septentrionale, même lorsque les aflaires des 
Français parurent compromises dans le sud de la péninsule. Or, 
c'est justement en Italie qu'un échange d'idées était possible entre 
Juifs et Chrétiens ; de sorte qu'il est vraisemblable que l'influence 
de Savonarole a agi sur les croyances des premiers. 

L'apparition si caractéristique de Savonarole mérite d'être des- 
sinée en quelques traits. Savonarole annonçait un jugement pro- 
chain qui atteindrait Florence et toute l'Italie, mais, avant tout, 
l'Eglise corrompue. Il revêtait ses prédications morales du manteau 
des antiques Prophètes, et d'ailleurs, il s'arrogeait lui-même le 
caractère et le titre d'un prophète ; comme les voyants de la Bible, 
il invoquait aussi des visions, et il ne doutait pas qu'il possédât le 
don de la prophétie. Il vivait au milieu des apparitions des temps 
des Juges et des Rois de l'ancien Israël, car l'Ancien Testament, 
avec ses rois et ses Prophètes, exerçait sur lui une puissante action. 
On ne saurait méconnaître, d'ailleurs, qu'il avait une certaine res- 
semblance avec les anciens prophètes. Charles VIII était, pour lui, 
un nouveau Cyrus qui passerait les Alpes, et aucune arme ne tien- 
drait devant lui ; pour cette vision, il s'appuyait sur Isaïe (chap. xlv) 
dont la prophétie devait se réaliser encore une l'ois au pied de la 
lettre, car ainsi le voulait le décret de Dieu ^ Aucun Juif n'aurait 
pu mieux accommoder la situation d'alors à des espérances mes- 
sianiques. 

Si nous nous tournons maintenant vers la figure principale, vers 
le roi triomphant, nous verrons chez lui la même interprétation. Il 
y a ainsi certaines époques où une conception puissante pénètre 
les esprits et où partout la même idée éclate. « Une fois, dit Ranke, 
que la couronne de Naples, dont dépendaient les titres et les droits 
sur Jérusalem, eut été conquise, Charles VIII fut appelé par la 
marche de ces événements, par l'agitation des esprits, par son droit 
et par sa puissance, à être le champion de la chrétienté contre 
l'ennemi commun (les Turcs) ». Aussi poètes et prophètes célé- 

1. L. Ranke, Tlis/orisch-hiorp^aphische Studien (vol. XL et XLI), Leipzig, 1877, 
pp. 228-259. 



LE ROI DE FRANCE CHARLES VIII 03 

braient-ils le roi comme le Messie attendu. Ce sont de ces visions 
qu'eurent le moine Spagnuoli et le médecin Jean Michel. Le contenu 
de la prophétie de celui-ci est sullisamment caractérisé par ce titre : 
« La vision divine révélée à Jehan Michel, très humble proplièle de 
la prospérité du très crestien roy de France, Charles VIII, de la 
nouvelle rélormation du siècle et la récupération de Hiérusaleme à 
lui destinée, et qu'il sera de tous les roys de terre le souverain et 
dominateur sur tous les dominants et unique monarchie [sic] du 
mondée» Maître Guilloche de Bordeaux exprimait ainsi la même 
espérance : Dans sa vingt-quatrième année Charles aura soumis 
Naples ; dans sa trente-troisième année toute l'Italie; puis il traver- 
sera la mer, s'appelleia roi de Grèce ; enlin, il entrera à Jérusalem 
et gravira le mont des Oliviers -. On voit au premier coup d'œil que 
ce sont les conceptions bibliques bien connues. 

Mais il n'en était pas ainsi seulement du côté français; les Italiens 
étaient animés de la môme conviction, et pour compléter l'image du 
Messie, ils disaient que le roi Charles déposerait la couronne ^, et 
monterait au ciel après sa mort ''. Charles VIII ne resta pas insen- 
sible à toutes ces prophéties, qui concordaient parfaitement avec 
ses plans et sa politique. Déjà, pendant sa jeunesse, quand on avait 
représenté en son honneur, à Troyes, l'histoire de David et de 
Goliath sous la forme d'un mystère, il y avait vu ligurée sa propre 
lutte contre les Turcs : c'est lui, nouveau David, qui jetterait par 
terre le colosse turc. Aussi n'hésita-t-il pas à prendre le titre de 
roi de Naples et de Jérusalem ; le second titre surtout était pour 
lui, à ce qu'assurent les écrivains du temps, du plus heureux 
présage. 

On voit ainsi que Charles VIII était le centre des espérances mes- 
sianiques dont se berçaient également Chrétiens et Juifs ; nous l'en- 
tendons de la bouche d'un prophète chrétien et de celle d'un cabba- 
hste juif ^ Il est vrai qu'en fait, le roi de France a aussi peu réalisé 



1. Cité par Ranke {Gesch. der rom. u. f/erm. Vëlher..., p. 9), d'après Pilorirerie, 
Campagne et Bulletins de la grande armée d'Italie commandée par Charles VIII, 
p. 431. 

2. Ranke, op. cit., p. 9. 

3. Sur i'abdicatiou de la couronue à Jérusalem, qui doit réaliser un verset de l'Écri- 
ture, voir ma note dans Byzantinische Zeitschrift, 1900, 203. 

4. Eckardus, Scriptores medii /Evi, II, lul9. 

5. Que Tauteur de notre colophonfut un cabbaliste, c'est ce qui ressort non seulement 
de ce que ses supputations et combinaisons de Guematrias sont tout à fait cabbalis- 
tiques, mais aussi de ce (piil invo([uo exclusivement des écrits cabbaiistiques, le Pe- 
liah et un commentaire cabbalistique du Canti<|uc ("137173 5^ D'^T^DH "1"^'^ '"'^D 
bin:k bmpW 1^:1^73 \::^2 "jï^^)* ^^ ^" ^^^ ^^"'^ ^o\xi\: de rancienneté de ce coiumeu- 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'idéal et Tattente de riiumanité que tous ses prédécesseurs et suc- 
cesseurs qui suscilèronl les mêmes espoirs. Bientôt le roi mourut, 
jeune encore, et aucune grande entreprisen'eut jamais de résultats 
aussi peu durables que celle de Charles VIII. Il semble qu'aussitôt 
également se produisit dans la chrétienté comme un refroidisse- 
ment, mais il n'en fut pas de même dans le judaïsme. 

L'an 5263, c'est-à-dire l'an 1503 de l'ère vulgaire, vit l'apparition 
d'un nouveau Messie juif. Déjà Isaac Abravanel avait désigné cette 
année comme le commencement de l'époque eschatologique , et 
la délivrance d'Israël devait débuter par la chute de Rome. Ce 
sont là des faits connus, et l'on connaît aussi l'apparition du faux 
Messie Ascher Lemlein, qui se produisit à ce moment. Ce ne peut 
être reflet du hasard que ce Juif à nom allemand ait surgi juste- 
ment en Italie, plus exactement dans l'Italie septentrionale. Seul 
ce pays paraît avoir été le terrain propice à une révélation messia- 
nique, ce que nous comprenons maintenant, si nous songeons à 
l'expédition de Charles VIII et aux prophéties de Savonarole. C'est 
au sein de l'Italie aussi qu'on pouvait le mieux observer le destin 
de Rome, qui, dans toutes les spéculations messianiques, est le 
centre de l'attention générale. Nous ne nous tromperons donc pas 
en établissant entre les guerres dltalie et l'apparition de Lemlein 
une relation de cause à effet. 

L'auteur de notre colophon semble avoir écrit au milieu du mou- 
vement, car, après avoir dépassé les années 1490, 1495 et 1496, 
qu'il cite explicitement, il parle de l'année 1503 sans être en mesure 
d'annoncer un insuccès, ou moins encore une heureuse issue. Dans 
son exposition un peu confuse il établit formellement un lien entre 
les années 1490 et 1503; 1490 doit être le début de la Délivrance, 
en ce sens que les souffrances commenceront avec cette année ; en 
1495, les souffrances prendront fin, de sorte que l'époque heureuse 
s'ouvrira en Nissan 1496 ; mais le véritable terme de la délivrance 
aura lieu en 1503 '. Il est évident que la notice date de l'an 1503, 
et que l'auteur est sous l'impression de la prophétie d'Ascher 
Lemlein. 

Soit dit en passant, le calcul des années qui est ici donné est la 
preuve la plus authentique que Lemlein a paru en cette année-là ; 
on sait que d'autres sources hésitent entre I50I et 1502 ^ On doit 

taire comme de celle du Pellah lui-même ; cependant on en attribue déjà un sur le 
Cantique des Canti(}ue9 aux pères de la Gabbale, Ezra et A/riel. Voir aussi Salfeld, 
Dus Uohelied Salomos bel den judisch. Erkldrern des MitlelalterSt Berlin, 1879. 

1. bfinuî-« nbiN:^ Db;2:n. 

2. Voir Graetz, IX, 3» éd., p. 214 et note 3. 



LE ROI DE FRANCE CHARLES VIII 95 

remarquer aussi que notre auteur emprunte ses arguments au 
second Isaïe tout comme Savonarole ; entre autres prédictions, il 
parle du l'etour heureux dans la patrie (« qui trace un cliemin au 
sein de la mer et un sentier dans les flots puissants »), il attend 
doncraccomplissementde cette promesse pour ces jours-là ; d'auti'e 
part, la citation du verset qui exprime la rémission des péchés 
(« vois, j'ai efTacé comme une nuée tes fautes et tes méfaits comme 
un nuaj^e, reviens à moi, car je t'ai délivré ») rappelle les prédica- 
tions d'Ascher Lemlein, (jui annonçait la délivrance précisément 
dans ce sens. Notre colophon s'insère donc parfaitement dans la 
chaîne des événements. 

Budapest. 

Samuel Krauss. 



APPENDICE. 



I 

.ïi3p p ûinD p rtsp i~i^y nson ^t 
n^y^a bbiD >>iin n;::^ riN^'^on 10073 pnyï?: t^iin nson riT 

,D^n^^3 -p"!^ i73:d ï^in minn bD ^n ï-nnb a-'-i-'^a "^"p ^in r\^^i<i2 zi'^d-id 
Hw^-isTûTia n^aws N3"'a3:û;z:np3 pn yn^ mp73 ai^aa "loon riT Ni:»: ids-^nt 

r-iu:-iD73 pnrn N^nm 2'py^ 'n ^73rJ■l inx •'nin-' riN-iTDp riD t^2 

û"'0"i"!3"ipn nbN3 "^b Qp\-i:>m Q-i-imn nbx nxii'Q "r-nm mab ni^sN-ia 

.n-'UîN-in nwns bs p^nm T3N7:in bND->7D 'm 

II 

r-.DOTD QnN mDb?372 bon f^mn^n -1x127:^ r-nniin;:: a^ain 'dn 
/ y^v rî372t:i np^'^b c^^n nni: ny !n":nn ns^ iv -"^^n qb^b 1''"!!^ 
no ni: ^b» n3W3 rrN^bzû^Mn T^n;:: tm?3nb7ûm ,n^"i::73 "^ban un p 
m73nNr! mbob "^"td iiDi:n "^bTo ^3^ bi<"^:n «33'»^ ïi?3 &- twuj ibn^p 
•^m^-12 r<si:"^ -"D &ttTa73 Nin ^'-ivdn!^ ^^ /D73i;D(n) yip':;(n) rnnbi 
iinD73 ^bn [5<i(n)iDN yni: t^bi ^ûip7û odn i:' nb^T bN^-impn ^m 

1. JOr., XXX, 7. 3. Cf. MV., XXXIV, 218-238. 

4. Is., V, 8. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

' r;7anN[n] [br](n) !-?7:-iNrî i^bTî by tai-iTon ai-i73n t^3it br 'n ^pc 

rinuiDD iD^n iTi-ip"^ Sn in^'^i:-' "nn-« nT3>-i S^n d-idi 3D-) t^'^i:i73r5 
cnn r-Toy -"ssn o^^i^rin Sn m"^37:npT m^iDNi nniDTn Sn ,125 
7 m-in: in»"';::"^^ ^m *^ yn^n ù-'^n pN t-nr^n cvibn HToisn nn:' 

•^3 13 yy b^i "13^^ n3"i cs^nrr inirs y^.N m^nnn i3'">-irr 'n r-T::y 15 
^'^ a"^-i^':;r; t^u: '■•ds ^nNi:7D .^iNsn*^ bN"i':j"»m ap:?-" (nx) 'rn bN:^ 
cb'ijn -«uj'^jr! s^bsib :i"on nr»D nnr) bii:» bmp72 x^^yfD v*^"i2 i^^ nnn?3 
^Dom :;"o-i **"-«:i2 n"p3>-^ (nN) ^ Y'-» S"n:i "^"d pi ^Sniuî-» nbiN:» 
^?:n .''^^nn^ mDnnn u:^i<73 -in73 ^■i72n s-rbnp nso Nir; to:iu3 riN-^bcrr 
n:;r V'"! ûnu: •* Ynsn nbi::?37:b f 2U5 V'-in rr^nn nbiNrin nbnnriïî 
D"^ 1''^ ^"^^ 2>"T ^"'' V"^ ï^"" "'"^ ^"^ ^"^ r]ibn3 -i"nD -«s "^^^an cib^b 
Tn?2N^ TN /M""^^ '^"'^ D"iDD?2 T'7:b r]"bN b"7Q-':> ûNnb^7:2"i *^b"Na b"D 
V-IN7: bNT»:;-' [-«îa] nN (j^-'nr: -iu:ni) nb^^r: n-ON n"nrî-' "«"n '^ 'n "^biNS 
■^"N3 '' £z^-i?j"iN i3wNu: iriT /' [n7:](D)'© tDn^iïi "i;::n mir-iNri Sd73t iisis 
nro7û ibnn Ts::n ^^bnr, mb;2 mnisn m-; -^r: i-^tdn: pb .b^n^a-» bx: 
(?) inD^m ,n"3-ir; rnDD2 ^' a-^b^a-» bNTiî'^b tz-i-iirisn mir-iN bsn V'nr; 
nr::m /" y'::v r::72?:i sp^'-'b t^-^rj ms: r^y '2^ n-^wz "^ban irî n"3-in 
"irT^ inniry?:") irm^iiTTo mss tn n": '^an ^'n^n -^b-i^a nD^ p^23 n"3-in 

;i3 2"2 -)'S3 «jTQN 'i:>T 



- 1. Is., XXXIV, 6. 13. S — b, n = 5<, -1= :i. 

2. 76., XXXIV, 5. 14. 268. 

3. 76., XXV, 21. 15. Cf. Psaumes, cvii, 2. 

4. aib^an rb:> t^-iDjn. le. jér., xvi, 15. 

•j. bN"!'^"* yiNn. 17. îlbsnD (prière quotidienne). 

6. Lire nmWS- 18. Obadia, verset 20. 

7. Is., XLiii, 16-19. 19. Sic, lire r^jTob^n. 

8. 76., XLiv, 22-23. 20. Jér., xxx, 7. 

9. Sic, lion ^1in^. 21. Is., lxiii, 4. 

10. N">n:373">:i3, à ajouter : hb'i'DTl Uy. 22. Gen., v, 29. 

11. D'après Prov., xi, 12. Le dernier 23. 1D"^?3"^3 n"ir;7D2 llitl "^r»'^ p. 
mot est incertain. 24. Lecture incertaine ; l'écriture est 

12. C'est une puissance de la Cabbale. d'une autre main. 



DOCUMENTS 



SUR LES 



MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

sous PHILIPPE IV 

(suite *) 



XXV 

14 de mayo de 1631. 
El Conf essor. 

Coa ua mémorial del Nuncio en que trata de que los hombres de la 
nacion procuran auer perdon gênerai y pide que esta maleria se 
remila â Su Santidad. 

R. 

(Au dos.) 

El Nuncio que no se de perdon gênerai à los de la Nacion. 

XXVI 

El incluso mémorial que ha dado la gente de la nacion de Portugal 
contiene en si très punctos tan grandes para la religion, justicia 
y estado que no pareze posible con justiflcacion el dexar de dar sa- 
lisfaccion à ellos, lanto mas hauiéndose les negado el perdon gênerai 
en ocasioues tau apretadas de hazienda y fio de Dios por ello m.uchos 
aziertos y conueuiencia en lo demas, porque no pudiendo condenar 
por iDJusto lo que han hechç tantos Senores Reyes grandes, piadosos 
y justos, con menores aprietos, lo lie rehusado yo muchas vezes, 
hallàndome sin ningun medio de socorer las nezesidades pùblicas y 

i Voir Revue, t. XLVIII, p. 1 ; t. XLIX, p. 51, et t. L, p. 53. 

T. Ll, N" 101. 7 



08 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aora he hecho lo mismo, sera bien que junlàndose coq vos el conde 
de Gastrillo Joseph Gonzalez, el eleclo obispo de Màlaga don Martin 
Garrillo, fray Domingo Cano Gaspar Hurlado de la Compafiia y los 
maestros Arauxoy Gornexoy un Inquisidor jurista de Portugal y un 
theôlogo de alla ambos los que nombrare el Inquisidor mayor de 
aquel Reyno, se vea todo en la Junta y se me consulte lo que 
pareziere. Los punctos sobre que se debe especulary consultar son 
quai estillo es mejor, el de la Inquisicion de Portugal 6 el de Gastilla, 
pues la Justicia consiste en un puncto indiuisible, si se carga mas al 
rigor no es justicia. y si a la misericordia tan poco y asi sera necesario 
que la parte en que se excediera 6 faltare, se ajuste. El otro puncto 
es que forma se podria dar para reduzir los de la nacion que estàa en 
otros Reynos con tanto dano de la monarchia y assegurarnos dellos 
y de los demas sosp'îchosos en la fé con beneficio de la Monarchia. 
Pero sobre todo en todo desseo que se haga lo que fuere masseruicio 
de Dios, honrra y gloria suya y de n'^ sagrada religion cathôlica. 

F. 

En Madrid, a 25 de março de 4632. 

A Fray Antonio de Sotomayor. 

Su Maqestad, 

A 25 de março de 1631 

Junta tocante à los de la nacion de Portugal diferente 
de la del OUspo de Coimàra. 

Los calorce puntos que se deduxeron del papel que los prelados 
que se juntaron con licencia de V. Mg^ en el conuento de la villa de 
Tomar en el Reyno de Portugal para tratar del remedio y reducion 
de la gente de la nacion de aquel Reyno, an sido sobre los que se a 
discurrido en esta Junta ; y para que con maior claridad se pueda 
percibir el voto que e tenido, ire por cada uno dellos proponiendo à 
V. Mg'^ mi parecer comenzando por los très primeros juntos, respeto 
de que el primero y segundo son mas preambulos para justificar 
el tercero que no resoluciones ni remedio que se propongan a V. 
Md<* para que los exécute : 

1*^ Que atentas las grandes y multiplicadas conjeturas y la grande 
y violenta presuncion que délias résulta de derecho y de hombre, 
fuera licilo y conueniente una expulsion gênerai de toda esta gente, 
tubiesen mucha 6 poca sangre de la nacion hebrea, pues todos los 
otros remedios no an aprobechado, ni se espéra que aprobeclien, ni 
ocurre otro tan conueniente. 

2^ Pero llebando siempre ante los ojos el respeto con que conuiene 
procéder en esta materia para que ni los fieles naturales del reiûo 
corran tanto peligro en su saluacion, como ai padecen, ni del todo se 
dexen de la mano los remedios que aun pueden tener algunas per^ 
sonas desta gente, que estan en el estado de ,reducirse ; pareciô que 
esta expulsion fuese solamente de aquella parte del pueblo en que 



LES MARKANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 90 

se veriiican mas las sobredichas conjeluras y presuDciones y delà 
quai ai menor 6 ninguna probable esperança de enmienda y que sou 
y fueron siempre las fuentes del Judaismo, y assi. 

3<* Que su Mg"', alento ser Supremo Seùor, a quien toca la adminis- 
tracion no solameule de la Justicia direcliua légal que obliga â los 
reies à usar de su poder quaudo coQuieue al aumento, conserbacion 
y purificacioii de la fee en sus reinos, mas la primitiua que en este 
caso es extraordinaria, y civil, y no solo vindicaliua, mas tambien 
médicinal, puede licitamentey aun es obligado enconciencia mandar 
hechar de aquellos reinos y sus conquistas los crislianos nueuos 
enteros de todos quatro costados, mandàndoles confiscar sus bienes, 
exceto aquellos, en cuia ascendencia constare que no hubo nota de 
Judaismo. 

Auuque como e dicho en el principio deste boto el primero y 
segundo punto donde se resuelbe porjustificada la expulsion de toda 
la gente de la nacion por qualquier parte que lengan de sangre délia 
de todos los reinos y conquistas de aquella corona, no se proponen a 
V. Mg"^ para que la exécute ; todauia por ser tan grauemente me a 
parecido representar â V. Mg'^ el sentimiento que tengo délia, para 
que en todos tiempos se vea que en punto de tanta consideracion no 
se pueden omitir los reparos por los ministros de V. Mg<^ la confia. 

Dexadas ix parte las reglas générales que en materia de la expulsion 
uniuersal que se propone en el prim^* punto, se podrian considerar 
que asisten à la gente de la nacion de dicho reino para no hacer 
licita su expulsion in universum, las quales consisten en haber 
reciuido el bautismo voluntariamente, el quai ex opère operato da 
gracia para guardar la fee, que en el se profesa ; y estar todos confir- 
mados, con que de la misma suerte la reciuen para perseberar en la fee, 
por nodilatar demasiado este boto ; y llegando a las consideraciones 
particulares y estado en que se halla no solamente la corona de 
Portugal, sino la monarchia de Y. Mgd, con quien esta unida y de 
quien es parte, de tal suerte que no es posible dexar de comunicar- 
sele, como a un cuerpo los danos 6 probechos que desta resolucion 
se siguieren, digo : Lo primero que las resoluciones tan grandes 
como esta, no solo se an de medir con el celo de la religion, sino 
tambien con las consideraciones de buen gobierno y politica chris- 
tiana y con los efetos que se an seguido de semejantes acciones 
confiriendo los tiempos présentes con aquellos en que se executaron ; 
en lo quai se debe mucho reparar que la condicion de la gente de la 
nacion, como oi esta, es mui diferente de la que tenian los Judios al 
liempo que los senores Reyes progenitores de V. Mg^ los expelieron 
desta corona, respeto de que aquellos no estaban conuertidos, antes 
viuian y profesaban publicamente la ley de Moisen, haciendo sus 
ceremonias y ritos en sinagogas publicas ; y la expulsion fue condi- 
cional i inlroducida por medio para su coneursion, pues solamente 
niandaron expeler à los que no se conuirtiesen ; de suerte que de 
aquel exemplo antes puede sacarse argumento contra la resolucion de 
los prelados en este primer punto, pues escreible que si los Seùores 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Reyes hallaran conuertidos todos los de la nacion, no los expelieran, 
pues dexaron à los que se conuirtieron. Y lo mismo se puede 
discurrir en todas las demas expulsiones de Judios que se an hecho 
en diferentes reinos, las quales an sido por la maior parte de no 
conuertidos, contra quien asistian todas las razones de perfidia y 
dureza, que los dotores y sagrados letras consideran contra esta 
gente, y el tratado de dichos prelados juntos, loas quales resisten 
hallàndola favorecida con la gracia bautismal que obra en todos igual- 
mente. Y es de tanta eficacia para conserbar la fé reciuida, que 
mediante ella por su virtud y meritos de la sangre de Ghristo nueslro 
Senor derramada en la Gruz, dice S. Pablo ad Hebreos^ que rogô su 
divina Mg^ por ellos et exauditus est pro sua reuerentia, etc. Por lo 
quai es dotrina cathôlica que les mereçio perdon Ghristo nuestro S"" 
aun à los que le crucificaron si por su parte no se faltara à la dispo- 
sicion y penitencia necessaria para que obraran los santos sacra- 
mentos y los sagrados canones y leies eclesiasticas se confarman con 
esta dotrina, de suerte que admiten sin distincion alguna a sus des- 
cendientes à todos los oficios y ministerios eclesiasticos. A que no 
obsta la violencia y fuerza que se prétende intervino en los primeros 
Judios conuertidos en Portugal con que muchos se an persuadido a 
no tener por segura su conuersion, porque esta consideracion no 
debe influir en sus descendientes, a los quales no alcanzô la fuerza, 
sino que voluntariamente se bautizaron ; y como se a obserbado de 
otras conuersiones violentadas y forzadas (como fué la que en Toledo 
executo en los Judios de aquella ciudad et Rey Sisibuto) no ha posado 
la presuncion contra los descendientes de los primeros conuertidos, 
los quales estubieron firmes en la fé sin preuaricar. 

Tampoco se puede comparar la gente de la nacion de quien se trala 
con los moriscos que ultimamente fueron expelidos de Espana, como 
muchos an querido para entablar la expulsion, que se prétende; 
porque si se repara en todas las aeciones de los unos y los otros facil- 
mente se reconoce grande diferencia. Y los de la nacion de Portugal 
en el tiempo proximo a su conuersion procedieron con tan grande 
fruto en la religion christiana que uniuersalmente se concibiô en la 
opinion de todos haber obrado en ellos eficazmente la gracia del 
bautismo, y se tubo por cierto que habia fondado firmes raices en 
sus corazones la semilla de la diuina palabra ; asi lo afirman los histo- 
riadores de aquel reino y con grande autoridad el Obispo Osorio de ré- 
bus, gestis manuelis. Cou. aquellos primeras senales an concurrido otras 
aeciones, que el mundo juzga por euidentes demostraciones de berda- 
dera religion, porque los mas que tienen posibilidad se mezclan por 
casamientos con christianas biejas nobles, tiniendolo por su maior 
honrra y felicidad, dando para conseguirlo dotes excesibos, pudiendo 
casar sus hijos con los de su nacion con mui moderadas cantidades, 
accion la mas eficaz al parecer de quantos tratan de arraigar la fee 
en los recien conuertidos y demostracion del efeto, comolo arbitraron 
los Padres del Goncilio Basiliense. 

Con el mismo afecto, an buscado el estado religioso siendo cierto 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV iOl 

que desde su conuersion hasta oi an estado y estan las religiones 
llenas de frailes y monjas desta gente, datandose para ello sia 
reparar en gastos, al parecer con lanto ferbor que cerrandoles las 
puertas con estatutos particulares de las religiones, impelran dispen- 
sacioues para habililarse y se salen de su palria para ir a buscar el 
habite en reines estranos, como lo vemos en Gaslilla ; demostracion 
digna de estimacion en qualesquiera nueuamente conuertidas, mu^ 
cho mas digna y loable en los que se conuierten y dexan la lei de 
Moisen, donde tienen el matrimonio por estado feliz y onorîfico 
deseslimando el celibato. 

Allegase a esto el celo con que la génie acude a todo lo que toca al 
culto diuino instituiendo obras pias con dotaciones quantlosas ; y 
los hombres grandes que deste cuerpo an solido desde su primera 
conuersion insignes en letras divinas y humanas. 

Destas acciones y otras muchas que se dexan de ponderar que 
son nolorias e innegables carecieron los moriscos, que se unieron de 
suerte que nunca se viô en ellos deseo de emparentar con los chrislia- 
nos biejos, ni inclinacion a las religiones y culto diuino, ni a las 
letras, ni uniuersidades, y con ser gente tan valerosa y guerrera 
como se experimenlô en el rebelion de Granada, y despues de su 
expulsion lo an mostrado en los reinos donde pararon, aborrecîan 
tanto lo que nos tocaba, que no quisieron darse a las armas, ni 
emplearse en las conquistas. 

Pues vease aora que bien se justificara la expulsion de la gente de 
la nacion del reino de Portugal con la de los moriscos de Gastilla, 
cuias costumbres e inclinaciones son tan diferentes y contrarias, y 
que juslificacion puede hallarse para propones a V. Mg** por licita la 
expulsion de una comunidad, donde se hallan sefiales e indicios de 
tanta piedad ; ni como se puede dar par inficionado todo un cuerpo 
que tiene taies miembros ? Pues es cierlo que quando se concediera 
la presuncion de apostasia uniuersal contra esta gente por los muchos 
que dellos son presos y castigados en el Santo Offîcio por delito de 
Judaismo, no por eso conforme a derecho se hacîa licita la expulsion 
de todas las personas particulares délia. 

Lo primero porque para el inlento de la expulsion no basta (aun 
en el sentido de los que aprueban esta) la heregia, si no que es pré- 
cise que moralmente conste que no ai esperanza de reducion, porque 
aviéndola, no se hallara celo tan indiscrète que rompa eu tan impia 
resolucion, pues la desesperacion de la enmienda no puede colegirse 
de todas quanlas consideracienes quieran hacer los mas llebados 
desta proposicion ; porque si todos estubieran inficionados de la 
heregia, ne se podia afirmar que si fuesen reconciliados a la iglcï^ia y 
castigados, dexarian de reducirse, pues las reglas de la theelogia y 
sagrados canenes repugnan a este juicio, y la experienca de tanlos 
como se conuirtieron en Gastilla, de quien ia no se duda, ni aun a 
quedado conoeimiente. Y quando se acierto lo que dicen de los 
pasados que despues de castigados an perseverado en su perfidia, 
aun no basta la dureza de aquellos para cencluir la de estotros, y 



i02 JIEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mientras no couslare su perseberancia, no permiten las leyes divinas 
ni humanas castigarlos por incorregibles, pues la diuina misericor- 
dia podia prouenirlos cou su gracia que a nadie se niega. 

Lo seguudo porque la presuncion que résulta de todos los diseursos 
coDtrarios hechos por los prelados de la Junta, se terminan en per- 
sonas ciertas y singulares que fueron sentenciadas, mas no se pueden 
estender a todas las demas, aun que sean de la misma sangre y 
nacion, y quaudo mas se quieran esforzar contra todas, a penas sera 
una sospecha que no llegue a presuncion, y quando se le de nombre 
de tal, sera vaga et incierta ; y en tal caso, que lei o razon admite 
que por una sospecha ô presuncion vaga e incierta sean condenadas 
tantas personas sin seroidas, incitadas, siendo la pena que se les 
impone la maior que puede imaginarse. 

Lo tercero porque es inaplicable a este caso la dotrina comun que 
admite el castigo en toda una comunidad por delitos délia aunque 
se aueuture el encontrar la pena con algunas inocentes, que es en lo 
que se fundan los que faborecen esta expulsion; porque para esto 
es necesario que la comunidad constituia un cuerpo mistico unido 
debajo de una cabeza con que se denomine y forme colegio civil y 
separado ; lo quai no puede aplicarse à la gente de la nacion de 
Portugal que viue en diferentes ciudades de aquel reino debajo de 
repùblicas diuersas, de las quales es V. Mg<^ universal cabeza, como 
lo nolo elegantemente el Padre Molina, y asi por la culpa y delito de 
los de esta nacion (aunque aia incurrido la maior parte dellos) no 
puede alargarse el castigo a todas las personas singulares, porque 
los inocentes y delinquentes nos constituien un cuerpo, informan 
repùblica separada,y en esta conformidad se resoluio la disputa sobre 
si debia comprehender la pena de serbidumbre a todos los moriscos 
del reino de Granada por la rebelion que lebantaron, aunque no 
estubiesen conuencidos de aquel delito, declaraudo que solamente 
comprehendia a los que se hallaron en la sierra y lebantaron Rey, y 
a sus hijos, por haber formado comunidad y repùblica tiranica, siii 
laquai circuustancia no corria la doctrina contra personas singulares, 
aunque fuesen de una misma sangre, como lo trae Molina ibi. 
BucoT primo quoniam re vera eorum parentes statim ac rebellarunt sibi 
elegerunt Regem, feceruntque cum liberis suis, quos secum habebant, 
rempîiblicam itnam iniquam sub illo Principe, adversus quam totam et 
non, solum adversus singulos, qui nocentes erant, erat bellwn iustiim 
hispanis. 

Lo quarto, porque esta pena que se prétende imponeres espiritual 
propuesta y resuelta por una Junta de prelados ecclesiasticos que 
encierra en si segregacion visible del gremio delà iglesia, expeliendo 
tanta génie de los pueblos fieles, donde podrian participar de los 
sacramentos, â otras tierras de infieles donde carezcan dellos y de 
los ministros que se los administren, que pfjra taies prouincias se 
debe suponer a de ser la expulsion siendo fundada en apostasia, pues 
si la iglesia los hecha4)ar apostatas, no ai mas razon para expelerlos 
de Portugal que de otros qualquiera reinos catolicos, y siendo la tal 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPK IV 103 

expulsion fundada en heref^ia, fuerza es seordene en virlud del poder 
eclesiaslico. u quieo compete el conocimiento deste crimen ; de suerte 
que asi eu la poteslad, como en la materia queda esta peua en predi- 
camento de eclesiâstica; la quai es cierto que no se puede imponer a 
uno por culpa de otro, y por esta razon la exconiuniou, que es pena 
espiritual y priua del gremio delà iglesia, no puede imponerse à una 
comuuidad por culpa universal de toda ella sino solamente a los sin- 
gulares culpados. — Y aun suponiendo probada culpa uniuersal de 
apostasia en lodos los de una comunidad tendre por mui dnbi- 
table poderse praticar esta pena de expulsion en quanto es segrega- 
cion exterior y visible del pueblo catôlico sin esperanza de reuersion, 
porque este genero de pena nunca lo a praticado la iglesia, ni tiene 
semejanza con la descomunion que es el nerbio de la disciplina ecle- 
siâstica, y si bien en ella el fiel es expelido y segregado de la cornu- 
nicacion eclesiâstica, el fin de esta pena es ut spiritus eius salvus fiât, 
y con limitacion hasta que se enmiende y corrija que es condicion 
intrinseca y sustancial de la censura ; mas expulsion visible, pénal y 
perpétua de tantos, no se lee en los libres sagrados, ni ai memoria 
délia en los anales eclesiasticos, y por eso los que trataron de la 
expulsion de los moriscos, no la constituien en predicameuto de pena 
espiritual que corresponda à castigo de la apostasia, sino en una 
defensa temporal del Principe, que mirô por la seguridad de su reino 
expeliendolos como basallos sospechosos de rebelion, y por esta causa 
no necesitô de autoridad eclesiâstica, y siendo asi que este genero de 
pena es nueuo y no praticado otra vez en la iglesia, puede tambien 
justamente dudarse si el poder suauisimo que Ghristo Senôr nuestro 
le comunico in œdificationem, non in destructionem podra conuinien- 
teraenle extenderse â la expulsion de tanta génie con las calidades y 
circunstancias que se propone, y por lo menos para resoluerlo pide 
un grande acuerdo de la iglesia por lo que la toca, y de V. Mg'' por el 
estado temporal, à quiensin duda se le signieran danos irréparables, 
asi por losque se experimentaron, con la de los Moriscos que euflaque- 
cio estos reinos y aumentô los de los enemigos, como porque despues 
aca con las perdidas de gente y hacienda que an sucedido, se hallan 
tan exaustos, que pareciera ageno de lodo gobierno aumentar su 
disminucion con toi accion, quando por V. Mg'' se atiende tanto à su 
restauracion que debieran abrir las puertos â los que salieron dellos 
reduciendose à nuestra santa fee catôUca, porque aunque parecieran 
acciones contrarias, tal vez necesita délias el cuerpo de la Repùblica 
para su conserbacion, principalraente si se obran en diferentes tiem- 
pos; fuerou buen exemplo desto los consejos de dos sabios antiguos, 
que siendo contrarios entre si aunque sobre una misma cosa, respeto 
do las ocasiones en que se dieron acquirieron mucha utilidad à los 
Aienienses, el uno les persuadio à que biciesen murallas con que se 
defendieron de sus enemigos, y despues el otro euito su perdiciou con 
hacer las derribasen, que no es consequencia iunegable del acierto 
de una resoluciou la experiencia de otras semejantes délia, sino se 
mide y ajusta con el tiempo présente; y aunque la euacquacion sea 



i04 REVUE DES ETUDES JUIVES 

probechosa al cuerpo humano quando abunda de humores,no lo sera 
quando estubiere exlenuado y flaco ;y lo que se dehe Uebar delanle 
de los ojos en la execucionde tan grandes resoluciones como esta, no 
es lo que se hizo, sino lo que conuiene hacer para asegurar el bien 
pùblico : Nam salus Populi suprema lex esto y a esto solo se a de 
mirar reparando mucho en que ha inui poco tiempo que se hizo una 
expulsion de innumerable gente, y que las mutaciones en la repù- 
blica no deben ser todas a un tiempo, sino dàndola el que baste para 
rehacerse, y conualecer de una a olra comolo enseùo Platon. 

Gon lo dicho, aunque mas breuemeute de lo que pedia la raateria, 
queda por lo menos dudosa la expulsion que se propone à V. Mg'^ 
por licita sin dificultad en el punto primero. En el segundo se forma 
alguna,mas con motivos decaridady misericordia quedejusticia para 
no executar dicha expulsion gênerai ; y en el tercero se resuelue con 
confiscacion de bienes la de los mas indiciados de Judaismo de la gente 
de la nacion de aquel reino, que dicen son todos los que proceden de 
ella por los quatro costados, excelo aquellos en cuia ascendencia 
constare no hubo nota de Judaismo. 

La justicia de la resolucion de este tercer punlo, solo puede fun- 
darse en la sospecha que procède de la sangre, en quien la tiene toda 
de los de la nacion, con la que avia de haber incurrido alguno de sus 
ascendientes en culpa de Judaismo, que son las dos calidades que 
pide concurran en el que hubiere de serexpelido; a este punto se 
puede aplicar mucho de lo escrito en el primero, y asi breuemente, 
digo que en quanto en el resuelue la expulsion comprehendiendo no 
solo los que despues de promulgado el acuerdo que tomare V. Mg^ 
incurrieren en el crimen de la heregia y procedieren dellos, sino 
tambien los que proceden de los que hasta aqui an sido castigados 
por incursos : Parece que carece de la justificacion necesaria para 
tan rigurosa peua, y viniera à ser impuesta de nueuo, sin que la lei 
ni disposicion del Principe la hubiese impueslo al tiempo que se 
cometiô el delilo, y sentenciô la causa; antes ligaria un acto preterito 
contra todas las disposiciones légales, y vendria la lei a confiscar de 
nueuo los bienes al hijo, 6 descendienie por delilo que eslà salis- 
fecho con la confiscacion hecha al delinquente, à quien se le pusieron 
otras penas, y quiza esta ia enmendado como se supone por la recon- 
ciliacion, 6 que ia no subsiste el delinquente si fué relaxado, 6 
muerto despues de reconciliado; 

Y lo que mas fuerza hace para reparar en esta peua es considérer 
que siendo como es por delito del ascendiente, viene à ser en los 
descendientes castigo de culpa agena, lo quai en este caso es inescu- 
sable; porque si bien el derecho puede castigarjustamente al descen- 
diente por culpa de su ascendiente, esta dotrina debe entenderse en 
consequencia de la pena del ascendiente y por la sentencia prouun- 
ciada contra él, mas despues de haber sido castigado el ascendiente 
y consumada la pena que la ley y su sentencia le dieron, no puede 
formarse nueua pena eu caueza del descendiente por el delito prete- 
rito, ni ai lei ni exemplo de tal modo de castigar. 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 40!! 

Todos estos incoQuenientes no pueden Qegarse,ni admiten respuesta 
en la parte que este puulo resuelve la expulsion de aquellos que 
descieuden de los que delinquieron antes de su promulgacion y estân 
castigados ia; y en la segunda que la admite para adelaute, no sou 
menores los que se descubreu, porque el indicio uniuersal que esta 
contra esta gente por la calidad de su sangrè, quando sea etîcaz para 
hacer dellos menor confianza en las materias de religion, no lo es para 
justificar su expulsion como queda probado, y non siéndolo, el deli- 
to de su ascendiente tampoco puede hacerle digno de tanta pena, que 
se puede equipararàla muerte. Porque la sospecha que résulta contra 
el descendiente del hereje esta calificada y liraitada par los sagrados 
canones de manera que no pase de cierto grado y para efeto que do 
adquieran de nueuo beneficios ni officios, mas no para pribarlos de 
los obteoidos, lo quai solo procède en los descendientes de aquellos 
herejes que murieron sin quererse conuertir, y no en los pénitentes 
que la iglesia reconoce por catôlicos, a los quales déjà auiles para ob- 
tener officios y beueficios. 

Siendo esta la disposicion del derecho canônico en todo se aparta 
délia pena deste punto 3, porque induce la sospecha gênerai, y la es- 
tiende à todos los grados sin limitacion; quiere que la pena procéda 
por qualquier nota, y el derecho no la admite sino quando procède 
de relaxacion por impenitencia, y a todos los descendientes de los 
noladosy delinquentesaplica unmismo castigo de destierro perpeluo, 
y confiscacion de bienes, quando los canones aun les dexa à todos 
los olficios y benelîcios adquiridos. Y siendo tan odioso allerar el de- 
recho comun en qualquieraparte por pequeîia que sea; mudarle en 
todo y en la mas graue raateria del y de màiores perjuicios para tanta 
gente, séria un exemplar de mucha nota y desconsuelo, maiormente 
no esperàndose mucha ulilidad de la nouedad como no se puede 
esperar de la execucion desta si se mira atentamente porque lo tal 
expulsion no remédia, ni limpia al reino, pues quedarau tanlos de la 
misma calidad de los expulsos, que estàn mezclados por casamientos, 
y tienen parte de christianos biejos como los Prelados confiesan y 
encarecen quando dicen que todo el reino esta contaminado con esta 
gente Ni se sosegara la Rejùblica pues los hijos de los expulsos cre- 
ceran y secomunicaran por cartas con sus Padres ansentes, y vendra 
a ser una expulsion sin probecho comun como se prétende, antes al 
contrario con nueuos peligros e inconuenientes mui de temerse de 
unos Padres desterrados de su palria y hijos y de unos hijos delenidos 
y forzosamente apartados de sus Padres y todos irritados con dupli- 
cada afrenta y extorsion. 

4» Y que en respeto de los olros que pueden quedar en el reino par 
no ser enteros, mas medios o que tengan un cuartou otra parte de la 
nacion y por poderse probablemeute esperar que mediante el fabor 
diuino aiudados de la buena sangre con que estàn mezclados, y libres 
de los enteros que son los mas perjudiciales maestros, se podran re- 
ducir à la sauta fee y perseberar eu ella. Puede y debe su Mg'' hacer 
lei que los que de aqui adeiante abjuraren en forma el Judaismo, o le 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hubieren a fjjur ado hasta aqui, por constar delà su perfidie y apostasia y 
ser dudosa su conuersion y mui probable el dano y perjuicio de su 
compailia y comunicacion puede resultar sean otrosi desterrados des- 
tos reiuosy sus conquistas, y rjue los maridos y mujeres de los que 
asi abjuraren, o aiau abjurado sean tambien desterrados si Uibierea 
hasta UQ quarto de la uacion, y los hijos y hijas que en su poder fue- 
ren criados maiores de siete anos de edad, y los nietos y nielas de los 
taies confitentes linieudo otrosi hasta un quarto de la nacion. 

Este punto tiene très parles 1^ que sean expelidos los que abjura- 
ren en forma la heregia y fuereu reconciliados; 1^ lo mismo los que 
la hubieren abjurado antes de aora ; 3* que los maridos y mujeres de 
los que hubieren abjurado y los hijos y hijas maiores de siete anos de 
aquello?, si tubieren hasta un quarto de la nacion, y los nietos y 
nietas sean tambien expulsos. 

Lo 1» se debe reparar antes de llegar a apurar este punto y sus cir- 
cunslancias, si esta pena coniuene a este delito; y mirada enlo exte- 
rior parece que pudo persuadirse a ella el ànimo de los Prelados de 
la Junta, por la conveniencia que ai en separar los raalos de los bue- 
nos para evitarel contagio; considerando que el Judaismo se arraiga 
tanto en sus profesores, que aun los que se convierten y son reconci- 
liados en la Inquisicion dexan grandes indicios de que solo les muebe 
el temor de la pena, y siendo el destierro la ordinaria de los herejes 
justamente se aplica a estos que se présume lo son. 

Estos motibos y los demas que pudieron ofrecerse à dichos Prela- 
dos, mirados interioraiente y con particularidad, como debe hacerse, 
se des banecen y fallan. Porque si se ajusta su atencion à la de la 
raconciliacioD, con euidencia se toca su contrariedad entre si, y los 
remedios que la tienen no pueden serlo, y reconciliar a un penitt-nie 
y a ese mismo tiempo hecharle del reino parece que implica, porque 
la reconciliacion no es olra cosa que reducir e incorporar à la comu- 
nion de los fieles al que estaba fuera délia; comoel destierro es de su 
naturaleza una separacion y apartamiento ; y aun que se compadez- 
cau entrambas cosas porque el destierro solo obra en lo temporal y 
territorio, y la reconciliacion mira à los piritual y eclesiastico y puede 
permanecer en ella el desierrado; con todo esto la reconciliacion debe 
praticarse con todas las calidades necessarias à su seguridad como lo 
déterminai! los sagrados canones, y séria faliar à sus decretos, qui- 
tarlas. 

Lo que se obserba en primer lugar con lo> reconciliados es el cuidado 
y bueu tratamienlo de que necesitan como plantas nueuas, para con- 
serbarse en la creencia de la berdadera religion-, y para eslo coniuene 
apartarlos de los que pueden perbertirlos, y hacerlos conversar con 
pcTsooas de dotriua segura, y que los lleben à los diuinos officios. 
no perdiéndoles un punlo de vista, y a er,toyino el derecho quando 
ordenô que estubiesen reducidos en los càrceles de la penitencia en 
custodia y guarda por el tiempo que se les seùaiase; y à todo esto se 
opone el destierro, pues no solo no los preserba de los danos, sino que 
los mêle en ellos, ni puede tenerse por sentencia justa en esta parte, 



LES MARHANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 107 

lo que iiiduce reconciliaciou y desLieno de lodos los reinos de V. Mg'', 
({lie inouta tanto como del comercio de los fieles. Si la couuersion no 
es berdadera, no le adniilan à los fabores de la reconciliacion; y si es- 
lubo por basiaute no es jusio negarle los medios cou que seba de coii- 
serbar en la iglesia, cuias puertas le abre; y si se dexan euganiar en 
lo mas, pàsese con la misma duda en loque no solaraente es lo me- 
nos, peroque puede ocasionar lo principal que es la conuersion. 

Debese mirar tanlo por la causa de los inocenles que no seran 
justes las penas quando los pudieren comprehender porque para 
castigar a de haber cuipas comprobadas, a que corresponda la pena, 
que mal se podra pesar el castigo quando esta dudoso el delito, y 
asi no se podra castigar cou pena de hereje el que se duda si lo es; y 
si se debe presumir por el Juez y este le declarar por reducido 
quando ie admite â la reconciliacion, como se le pueden negar los 
fabores que trae consigo? antes de declarar el Juez pudo dudarse; 
pero en declarando haber lugar la reconciliacion tiene por berdadera 
su conversion. Faborece este iutento el stylo uniuersalde la iglesia; 
y con lo contrario se alteraran los concilios y sagrados canones que 
en tantos reinos y en particuLir en los de Gastilla se praticaron asi 
con tan conocido fruto como se ve; y a la berdad mal se pueden 
esperar buenos efetos de conquistas de voluntades y reduccion de 
animas quando todos los medios que se aplican son fuertes y violen- 
tas; y si se tiene por injuria la obserbancia de las leies sin tempîar 
en algo su rigor, que sera quando en lodo se prétende aumentar? 
Mande Y. Mg que se use de los medios comunes y générales, y si no 
bastaren desde ellos se podra recurrir a la seberidad, en laexecucion 
contra tantos a deser el ûllimo lance. Ilaganse carceles de penitencia 
en todas las Inquisiciones de Portugal (que e sido informado que no 
las tienen) como en Gastilla ; tengase mucho cuidado el tiempo que 
estubieren en ella con los reconciliados, prediqueulos y confiesenlos 
religiosos doclos, llebenlos a los iglesias y no se les remita la carcel 
por ningun caso, que con estos medios sera Dios serbido de bacer 
cierta la conuersion incierta y asegurar mas la verdadera, particular- 
mente en las mujeres y hombres de poca odad en quien la pena del 
deslierro tablera grandes inconueuienles, y la de las carceles de 
penitencia tendra mui probables conueniencias. 

Estas razones que dificullau la pena del destierro en los que se 
fueren reconciliando de aqui adelanle, tiene mucha mas fuerza en los 
que antes de aora lo an sido, y en la execucion contra los maridos y 
mujeres de los reconciliados, y en sushijosy uietosque sou la 2''' y 
3^ parte deste punto, por las razones que quedaii ponderadas a cercau 
delà deformidad que trae consigo querer que la lei comprehenda 
cuipas no solo pretéritos, sino casligadas y senteuciadas cou las 
penas ordinarias del derecho y castigar en diferenles tiempos dife- 
reutes personas no por deiitos propios, sino agenos como sucediera 
en este caso si V. Mg'^ resoluiera este punto como suena, pues la 
niuger del que fué, muchos anos ha recouciliado y cumpliù cou su 
penitencia y sus bijos y nietos auian de ser oi expulsos del reino sin 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que se sepan ni se digan culpas suias, ni aun par las de su padre, 
pues las purgo y quedo libre con el cumplimienlo de su sentencia, y 
podemos decir que no ai culpa quando la absalbiô la pena, como en 
este caso, en el quai se podian ponderar muchos motiuos para impro- 
barle, si no parecieran bastantes los dichos. 

5«. Y siendo los maridos, 6 mugeres christianos biejos por lodas 
partes, solo sera desterrado el que abjurare, o hubiere abjurado, y 
no el christiano ochristiana biejo que no abjuré, ni los hijos, ni bijas 
del tal cbristiano biejo entero, aunque su Madré abjurase y sea 
desterrada. 

Este punto se incluie en el antécédente, el quai ordena que para 
ser desterrado el marido o muger del reconciliado que hubiere abju- 
rado la heregia aia de tener un quarto de cbristiano nueuo. luego si 
fuere de todas partes christiano biejo, no lo debera ser conforme a lo 
resuelto en aquel punto y asi no sera necessario aîiadir eslo. 

6°. Quedando en arbitrio de los Inquisidores no dar esta pena a 
algunos confitentes cuias confesiones juzgaren por tan salisfatorias 
y su conuersion y arrepentimiento por tan creible que les parezca 
que no se debe executar en ellos. 

Eq esta parte si la pena hubiera de quedar arbitraria vendria a ser 
de poco efeto si se praticase justamente porque siempre que los 
Inquisidores admitiesen a uno a reconciliacion, parece que no podri 
an condenarle en pena tau rigurosa pues paruna parte declaraban su 
confesion por intégra y su reducion por berdadera; y por otra mani- 
festaban lo contrario, como queda dicho. 

1^. Y que la misma se platique y exécute en las personas que en el 
Santo Officio abjuraren, o aian abjurado de vehementi, y en los ma- 
ridosy mugeres que tubieren hasta un quarto de la nacion. 

Este punto tiene dos partes, como en el 4*^ se pondéré una que mira 
a los que hubieren abjurado hasta oi, y otra a los que abjuraren de 
aqui adelante despues de promulgada la resolucion de V. Mg y los 
inconuenientes, que se apuntaron en el 4° punto en razon de querer 
comprehender a los que ia eran reconciliados y auian acabado y 
feneeido sus causas y cumplido sus penitencias, con nueuas penas 
en liempo que no an sobrevenido culpas nueuas, se deben considerar 
aqui, y con maior razon por no ser la cuipa que presupone la abju- 
racion de vehementi tan grande como lo es la del que fuere reconci- 
liado, pues este no se puede dudar en que fue herege y desamparô la 
fee, y estotro no puede decir se lo fue, sino solo sospechoso la quai 
sospecha y presuncion purgo mediante la abjuracion y penitencia 
publica quedando sugeto a ser relaxado si se le probare despues la 
aposlasia, castigo bastante para delito no probado, sino solo presu- 
raido, que hasta quedar en terminos de tal para no aumentar la pena 
tan desigualmente como se prétende quiriendo que pierda todos sus 
bienes y sea expelido del reino, y lo que parece que carece de loda 
jusiificacion es condenar los hijos y nietos en tan dura pena, y la 
muger o marido por la presuncion de un delito castigado en quien se 
presumio, que fuera cosa no vista jamas condenar los descendientes 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE lY 109 

de quien positiuamente no se puede decir que delinquio; y asi no 
tengo por praticable la extensioa desta pena. 

80 Y otrosi ea las mugeres, hijos y hijas, nietos y nietas, y las mu- 
geres destos de los que fuereo, haiao sido relaxados. 

Este punto debe entenderse con los hijos y mugeres de los relaxa- 
dos, y no como suena, pues la relaxacion induce pena capital con la 
quai no se compadece la expulsion ; y auiéndose de entender como 
es fuerza en los hijos y nietos, digo que si fueron relaxados por rela- 
xia y murieron pénitentes 3^ reducidos à nuestra santa fe catôlica, el 
derecho no quiere que sus descendientes incurrau en pena alguna 
solamente las estatuie contra los descendientes de aquellos que 
murieron apartados de nuestra religion y entonces con la limitacion 
que queda dicha, y no me parece conuinienle medio para la reducion 
aumentarlas tanto ; ni la calidad de la pena de la expulsion es en 
orden à disponerlos para que se reduzgan si no lo estan quaudo 
muere su ascendiente, ni para asegurarlos si son buenos catolicos, 
antes en entrambos casos, es exponerlos â manifiesto peligro de per- 
derse, particularmente si son menores de edad,^omo se a dicho lar- 
gamente en lo antécédente. 

9^ Sin que a niuguna persona de las referidas escuse desta pena 
qualquira otra que le sea dada, penilencia, o satisfacion aunque 
este cumplida en parte en todo. 

Este punto contiene lo mismo que el quarto y otros acerca de que 
sean expelidos los que antes de aora delinquieron, y sus mugeres, 
hijos y nietos, sîn que les excuse haber cumplido sus sentencias, 
sobre esto quedan ponderados muchos inconeunientes y se pudiera 
discurrir mui largo mostrando quan fuera de las reglas de derecho es 
esta resolucion pues se prétende por un delito castigar dos veces a 
tantas personas que no delinquieron, sino solo son descendientes u 
conjuntes de los reos, pero dexo de hacer lo por no alargar demasiado 
esto voto. 

10'» Y que para mas alibiar al reino desta gente su Mg se sirba de 
darle licencia gênerai para que por tiempo de un ano de otro lérmino 
conueniente puedan salir del reino bendiendo sus haciendas, y 11e- 
bando lo procedido délias en haciendas que no sean joias,oro, ni plata 
tiniendo acerca desto los cautelas necessarias por que no se perjudi 
que al fisco real y corona de su Mg. y que el que con esta licencia se 
salière, no pueda bolber, y bolbiendo sea castigado con galeras. 

Este punto tomado con la generalidad que suena arguie de poca 
consequencia à los demas que quedan resultos, y contiene manifiesta 
implicacion porque si se exécuta la expulsion en la forma que la 
Junta propone a V. Mg. para que se a de dar por un ano facultad de 
salir del reino y bender sus haciendas a los mismos que quiere expe- 
1er con confiscacion de todas ellas, y asi parece se debe entender abla 
de aquellos que en el primer punto libra de la expulsion que son los 
que tienen parte de chrislianos biejos, siendo todos de la nacion 
no an padecido nota de heregia en ningun ascendiente, a estos quiere 
que se les de un ano para que salgan, y saliendo no puedan bolber, y 



110 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

si pasado el ano no salieren, les quita la facuUad de poder salir, con lo 
quai pone dos grabamenes a los que dexa en el reino juzgandolos por 
bueuos : uno que pasado el ano no puedan solir; olro que si salieren 
dentro del, no puedan bolber y si voluiere se le den galeras. 

Enlrambos me parecen poco ajustados a la razon. porque siendo 
tan grande el numéro de gente de la nacion, que ai en Portugal, que 
constiluie una parte no pequena de aquella Republica, no puede des- 
membrarse délia siu alropellar con muchas dificuUades e inconue- 
nientes; ni tampoco ser oprimida con la prohibicion de salir del reino 
quando se les oireciere, sin detrimento de la libertad natural en que 
nacieron, de que deben gozar mienlras no hubiere causas particulares 
para pribarlos délia. Paes nadie les negara ser basallos de V. Mg. 
expuestos a las contribuciones de aquella republica y obligados a su 
defensa como la olra gente; y consignientemente haber de séries 
comunes los fabores, libertades y privilegios del Pueblo, y siendole 
licila a este la enlrada y salida del reino y la benta de sus bienes y 
haciendas; Prohibirsela a estotros es gran rigor maiormenle, si la 
salida no fuese a reinos estranos, sino a otras prouincias de la monar- 
quia de V. Mg. la quai se debe reputsr un cuerpoy cada basallo por 
un miembro del. 

Aumentase la seberidad desta resolucion considerando el estado en 
que se halla en Portugal la gente de la nacion a la quai, al paso que 
se les estrechan los termines de su libertad, y reduce a la auitacion 
précisa de un reino pequefio, se les debian aumentar los honrras 
para que entretubieran la réclusion con los premios, y enganaran la 
serbidumbre con los esperanzas de los aumentos : pero a un mesmo 
tiempo no permitirles salir de un reiûo, ni bender sus bienes, e 
inabilitarlos para lodos los officios y beneficios del, sin de.jarles 
libertad, ni aun para buscar a Dios en las reiigiones, de que lambien 
son incapaces; ageuo es de todo gobierno christiano y ocasionado a 
tumultos y alteracioues. eu que siempre dieron los ànimos opri- 
midos ; o ponese a este disciirso la poca seguridad que se tiene 
desta gente y la experieu^ia de que quando pudieron salir, se fueron 
à los enemigos de V. Mg. y les aiudaron con dineros y noticias para 
enirar en la ludia oriental ; y no dando a esta oposicion mas crédilo 
del que résulta de los papeles, que no pasa de una relacion simple y 
sin autoridad ; se responde que no es posible poner puerlas a un 
reino -, y la prohibicion sirbe solo de infamia y de consuelo; baslante 
a sacar de aquel reino a muchos buenos que permanecieran en el, 
huiendo de la infamia en que viuen, a adquirir la libertad que les 
dio la naturaleza. Y no ai razon que persuada por utiles leyes que 
por una parle son inexequibles ; y por otra de tan perniciosos efetos. 
En materia de religion, no son mas utiles, porque si los que se van 
son hereges, menos dafio haran ausentes ; y si la sospecha que se 
tiene de que todos lo son es tan probable que jastifica su expulsion 
universal en el dictamen de los prelados ; como reparan en dejarlos 
ir sin fuerza ni violencia; y no dan lugar a que si el cuerpo desta 
gente esta tan lleno de malos humores se vaia el purgando y alibi- 



LES MAHHANES D'ESPAGNE SOUS IMIILIPPE IV lil 

ando, siendo tan facil a V. Mg ordenar a sus ministros esten a la 
mira, y en siendo tanlos los que salgan que puedan hacer falta al 
reino de donde saleu, o daùo desde donde los acogen, suspenderles la 
pjrmisioc como mas conbenga ? 

Il'' Yqueparaatajarse a la prejudicial propagacion delJudaismo por 
casamientos cou chrisiianos biejos, inficionaudose la sangre buena 
cou la heregia y apostasia, y deslus trandose la nobleza del reino, que 
puede y debe S. Mg. hacer lei en que prohiba que a ninguna persona 
de la nucion casando cou olra chrisliana bieja, se no pueda dar mas 
dote que hasla dos mil cruzados, y seau uulas las dolaciones de maior 
quantia,y se aplique el exceso al fiscoy a qualquiera del pueblo que 
lo denunciare, y que los chrisiianos biejos que por casamientos con 
christianos nueuos no tengan fuero en la casa real, ni priuilegios, ni 
honrras, ni olficios publicos. 

No ai en el derecho nalural, y leies de los gentes cosa mos fabore- 
cida que la libertad del matrimonio, porque como contiene un indi- 
uiduo aiuntamiento de por vida, conuiene se elija con entera libertad; 
y asi aunque la patria potestad es tan grande que alcanzô el poder de 
li vida y de la muerte de sus sù^bditos, no liega o poderles impedir 
los matrimonios; por lo quai tiene grandes inconuenientes prohi- 
birlos entre los de la nacion y los christianos biejos. 

El primero es el impedimento que se pone al fin del matrimonio, 
que mira a la propagacion del genero humano, que antes debe fabo- 
recerse que dificultarse. El segundo es el estorbo que se hace a la con- 
serbacion y arraigo de la fee en los que son recien conuertidos, pues 
siendo el dictamen de los concilios y sagrados canones mezcarlos por 
casamientos (como queda probado en el punto 3°), de propôsito se 
impugna este medio tan eficaz con esta resolucion. El tercero es que 
por este medio se inducia un impedimento matrimonial, lo quai no 
toca a la juridicion de V. Mg par estar reserbado a la de Su Santidad 
por los sagrados canones; y lo que no debe mober menos es la infa- 
mia y molestia que por este camino se signiera no solo a los de la 
nacion, sino a los que con ellos se casaran cou las acusaciones y 
pleitos que forzosameule les auian de mober para rescindir sus con- 
tralos matrimoniales a titulo del exceso de la dote, y contrauencion 
con que indirectamente se venian a impedir los matrimonios hacien- 
dolos tan litigiosos contra el estilo, y pratica de todas las repu- 
blicas bien ordenadas; siendo maiores las razones que en estas de 
V. Mg. concurren para facilitarlos, por la falta que ai de gente para 
el comercio y conquistas. 

12" Que a instancia de S. Mg. se suplique a Su Santidad que de su 
motu proprio, y cierta sabedoria et de plenitudine potestalis con 
claùsula sublala, y otras exubérantes que hagan el negocio indispen- 
sable, que las personas desta nacion hasta el decimo grado no puedan 
ser probeidas no solamente de dinidades y canonicatos en las Igle- 
sias methropolitanas, cathédrales y coUegiadas, y de beneficios 
curados (como ia esta probeido por motus propios de los sumos 
Ponlifices Pio o, Clémente 8 y Paulo 5) pero lambien de quales quiera 



H2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

otros beneficios, y que no puedan ser ordenados de sacras, ni de 
menores y corona para se euitaren los gravissimos sacrilegios que 
ellos mismos confiesan en el Santo Officio de nunqua aber tenido 
intencion de consagrar, baptizar, absoluer, uogir, ni de dar o reciuir 
qualquiera otro sacramento, y se atajava la grande perturbacion y 
escandalo, que résulta a los fieles y gran riesgo de su salbacion no 
auiendo reciuido los sacramentos, o dudando dello. 

Este punto consta de dos partes : la 1* que los de la nacion hasta el 
decimo grado no tengan canonicato ni dinidad en iglesias cathé- 
drales ni colegiales, ni beneficios curatos. La 2* que no se puedan 
ordenar, No alcauzo para que multiplica la Junla de los prelados 
inavilidades a esta gente sin probecho y con notaria falta de conse- 
quencia en lo que proponen, porque no era necessario pedir que no 
pudiesen tener los de la nacion Ganonicatos, dinidades ni curatos, y 
luego que no pudiesen ordenarse, supuesto que sin ordenes no pue- 
dan obtenerlos. Y si el animo de los prelados es que no ocupen las 
prebendas y beneficios por la experiencia que tienen de lo mal que los 
admiuistran, bastaba pribarlos dellos, y no de los ordenes ; con que 
fuera menor el sentimiento desta gente, y conocieranque la intencion 
de los prelados no era quitarselo todo, pues les dexaban abierta la 
puerta con los ordenes y obtencion de los préstamos y benefficios 
simples para mejorarse y dar satisfacion desi. 

Il Pero debese mucho reparar en que segun parece por los papeles 
presentados los delà nacion en Portugal estan iaavilitados deobtener 
canongias y diguidades en las cathédrales hasta el 7° grado par 
brève de Clémente 8° y la pretension présente es aumentar la inauili- 
tacion hasta el decimo grado y que se comprehen dan las iglesias 
colegiales y benefficios y préstamos, y aun la suscepcion deste 
sacramento, que es rigurossisima resolucion y en todo contraria y a 
gêna del derecho aumentando impedimentos e irregularidades y 
apartandose tanto del camino que la iglesia a praticado con sus hijos 
por mui malos que sean, y mas enmateria semejante donde los prela- 
dos tienen mano para inquirir de moribus et parentibus ordinandorum, 
y escoger los que lo merecieren, en que V. Mg les podra encargar 
mucho el cuidado y no hacer nouedad por aora aumentando inauili- 
dades quando se desea en caminar esta gente por mas suaues 
medios que hasta aqui y reducir su tratamiento al que en eslos 
reinos de Gastilla se a tenido con ella, donde se procédiez con estes 
hombres, como con los demas del Pueblo acerca de los ordenes, 
prebendas y beneficios, y solo en algunas iglesias se introduxeron 
eslatutos de limpieza excluiendo a los infecte generalmente ; y en 
las infirmaciones que hacian los prelados a los que trataban de 
ordenarse apuraban las calidades de sangre con mas atencion que 
aora, y este bastô segun la experiencia a mestrado ; y baslara en 
Portugal si se pratica con la caridad y cuidado que pide la materia. 

1 3" Que S. Mg. mande guardar y ratiHque de nuebo si necesario fuere 
las justas y loables leies bêchas en aquel reino y pedidas siempre en 
certes générales par los très estades eclesiastico, nobleza y pueblos, 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 113 

que los de la uaciou como gente iufecta de apostasia y heregia, y 
que no puede ser fiel al Rey ni a los hombres, siendo infiel a Dios 
no pueda tener dinidades seglaresni officios de la republica. 

A estas leies y prohibiciones no solo résiste el derecho comun ; 
pero tambien la pratica de todas las provincias bien gobernadas, las 
quales no an ballado mas eficaces medios para asegurar las naciones 
recien conquistadas y reducidas que los de la union ; y esta por 
ningun camino se consigne mas que por la participacion de los offi- 
cios y bourras: Los Romanos cuio gobierno es alabado de iodos no 
se contentaban con conquistar los reinos; sino que procuraban tam- 
bien ganar las voluntades, y para este efeto Uebaban a su corte a 
mucbos de las naciones conquistadas, y los liacian capaces de sus 
officios y priuilegios. No ai mas contrario gobierno a la conserbacion 
de los reinos que el que ocasiona diuisiones en los subditos. Los 
grades de las bourras y officios sean muchos ; pero la capacidad en 
los basallos para poder ascender a ellos no se limite, porque el ingenio 
de los bombres es inconstante y apetece la variedad, conuiene propo- 
nerle diuersidad de premios, a que pueda aspirar ; y que tenga la 
virtud campo espacioso en que exercitarse y no recluirla a tan estre- 
cbos térmiûos como tienen los de la nacion en Portugal, donde no se 
les da ni esperanzas de premios, aunque ellos den experiencias de 
virtud. 

Si se bubiera liecho estudio para procurar conserbar el Judaismo en 
esta gente, no se podia haber ballado camino como el que se a prati- 
cado con eila. Permiteles el derecho a los que se conuierten ascender 
a todos los officios, y en Portugal no solo se los quitan a ellos, mas 
lambien a toda su posteridad ; dicen los concilios que se procure la 
mezcla destos con los christianos antiguos y dificultanla en aquel 
reino raandando que el que tubiere parte de la nacion no pueda ser 
promouido a officio, con lo quai no se casan unos cou otros; porque 
el lim[)io que se casa con muger de la nacion sepulta su descenden- 
cia en una infamia e incapacidad perpétua : y si estos inconuenientes, 
que se descubren en lo especulatiuo del gobierno de Portugal, bu- 
biera desmentido la pratica ; prudencia fuera correr por ella. Y que 
V. Mg se persuadiera a que la complesion de aquella gente pedia tal 
tratamiento; Pero los efetos an sido dafiosissimos, porque con la se- 
paracion sean unido entre si los de la nacion, y viendose incapaces 
de los bourras, an procurado las riquezas, y casàndose unos con 
otros, an conserbado el Judaismo, a que su sangre los inclina, y lia- 
cen un cuerpo tan grande en aquel reino que es necesario que V. Mg. 
con toda presteza los diuida abriendoles las puertas de los hourras y 
officios a los que lo merecieren para que entren luego, y a los demas 
para que con el tiempo puedan aspirar a ellas, y les sirban de cebo 
para su conbersion, como en otras partes y reinos se ha experimen- 
lado. 

Todos los que fueren por caminos andados caminaran mas seguros, 
en Portugal se a llebado esta gente por sondas no praticadas de nin- 

gunos reinos ni prouincias que an recibuido Judios y hereges expul- 
T. LI, n» 101. 8 



H4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

SOS, porque los an reducido auilitandolos para los officios y mezclan- 
doloscoDsigo. Prudencia sera caminar por los huellas destos reinos y 
no por la aspereza que liasla oi. 

Dicen que aunque ai leyes que prohiben a los de la nacion tener 
officios, no se praticau, antes ocupan muchos y sin embargo no se 
reducen. Que la naturaleza de los Judios es tan mala que no coniuene 
llebarlos por bien, que en tiempo de tantos ereges séria desconsuelo 
para los buenos christianos verlos premiar, y que en auililândolos se 
mezclaran con los nobles y los inficionaran. 

A esto respondo que si los que defienden estas leies alegan en su 
fabor que no se guardan, dan a entender que no son justas, porque 
las que lo son, deben guardarse, y no solo se debe admitir â los ofQ- 
cios a los de la nacion que lo merecieren, como dicen sehace oi; sino 
que esta admision sea sin nota, ni afrenta. La lei que los inauilita los 
esta siempre afrentando, aun quando reciben honrras ; y si estas se 
dan sin embargo de la lei, de que sirbe conserbarla, sino de que no 
les entren en probecho las bourras a los que ios reciben, ni produzgan 
los effetos que se desean. 

Decir que no sean de llebar por bien los de la nacion, ni esperar 
su conversion, es limitar la mano de Dios, y cerrar los ojos a los su- 
cesos que se an experimentado en tantos reinos como sean conver- 
tido con los medios propuestos. 

La tristeza que causara a los nobles la reuocacion de las leyes en 
este tiempo; no debe impedirla, porque reuocando las leies, no se 
dan luego los officios a los Judios, y V. Mg. es quien a de premiar a 
los que lo merecieren y siempre prefierira la virtud y meritos que se 
acompanaren con mas antigua christiandad y nobleza; No se los da 
de présente nada a los de la nacion, sino tan solamente se les quita 
un impedimento que hasta aora les a estorbado el progreso de su 
couuersion y aumentos, y tengo por cierto que desde el dia que V. 
Mg. executare esta resolucion, tendra estos vasallos por suios ; por- 
que hasta aora mas parece era no tenerlos pues no podian serbir a 
V. Mg. 

Si les esta mal a los nobles mezclarse con ellos por casamientos, 
su libertad les queda para no casarse; y la misma se tenian antes 
para liacerlo, que el matrimonio no se irrita por la difereneia de la 
sangre, y quantas conueniencias traigan consigo estos casamientos 
para el intento principal de la religion, ya queda ponderado en el 
numéro 11. 

140 Y por los mismas razones debia ser excluida de todo trato y co- 
mercio. Pero quando atento el estado présente no pueda ser general- 
mente excluida, del a lo menos lo sea de lo que toca a las rentas 
reaies, en respeto de los quales es maior el perjuicio asi de la corona 
como de los pueblos y basallos de V. Mg**. y que podrian estas rentas 
reaies encabezarse en los pueblos, como las sisas, y con esto se 
mejoraria todo y cesarian los sobre dichos danos. 

Todo lo que contiene este punto toca al gobierno politico y minis- 
tres que tratan de la admiaistraeion de la real hacienda de V. Mg., a 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV H5 

quiea se podra cometer el cuidado de sus coQuenieacias, como ma- 
teria propia para que estau despuestos ; y por el consiguieute, es 
agena y impropia de los prelados que lo proponen, y asi no es ne- 
cesario disputar sobre esta parte para el iuteuto principal de que se 
trata, y aunque se afrecen en ella inuchas de las consideraciones que 
quedan ponderadas respeto deslo en el comercio comun a todos por 
el derecho natural de las gentes. 



XXVII 

Parew del Confesor. 

En la junta que Vuestra Majestad fue servido nombrar para ver las 
resoluciones que trajo el Obispo de Coimbra electo de Lisboa de los 
Pex lados de Portugal que sejuntaron en la villa de Thomar para- 
tratar de las materias de los hombres de la nacion de aquel Reyno. 
Preseulô el Arcobispo dos papeles, uno muy copioso de très 6 qua- 
tro manos,y el otro de solo un pliego, que es summario del primero, 
en el quai reduce à cutarce puntos lodo loque la materia c»ntiene. 
Por estos que discurriendo con toda la brebedad y claridad que pu- 
diere, y los remitto con este voto, porque an de ser laguia que faci- 
litera la inteligencia de todo. 

En el primer punto dice que attendiendo à las muchas, grandes y 
violentas presumpeiones que ay contra la gente de la nacion, ansi la 
que tiene mucha, como la que tiene poca parte de la sangre hebrea, 
séria licita una gênerai expulsion de todos , supuesto que asta 
ahora para su enmiendano se ha liallado remedio que aya aprove- 
chado, ni se espéra que se hallarà, ni occurre otro medio tan conve- 
niente. 

La doctrina de este punto, no solo la tengo por dudosa, sino que la 
contraria tengo por cierta. Porque lo es para mi que en el estado que 
de présente tienen las cosas de Portugal en la materia que se trata, 
no podria Vuestra Majestad hacer licitamente expulsion de todos los 
que tienen parte de sangre hebrea eu aquel Reyno. La primera ra- 
zon y fundamental es, porque mientros contra ellos no ay mas que 
presumpeiones générales y vagas, no solo no deben ser tenidos por 
nocentes y culpados, antes por inocentes y sin culpa. porque consta 
auer recibido el santo sacramento de baptismo, que es la puerta por 
donde se entra a la Iglesia catholica y eu que se hace la profession 
de la fé y religion christiana, en el quai reciben tambien el character 
baptismal, que es el distintivo por donde se distiuguen los catholicos 
de los que no lo sou. Tambien recibieron la gracia que el mismo 
baptismo les dio, por lo quai no solo son reengendrados en hijos de 
Dios adoptivos,como lo signifiée Ghristo Nuestro Senor, quando dijo : 
nisi quis renatus fuerit eœ aqua et spirilu sancto, non potest introire in 
regnum Dei, entendiendo por regnum Dei la Iglesia militante, sino 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que tambien le sirve de defensa y guarda, para conservar la fé que 
recibieron, segua lo quai los que en tal estado se hallan, justameiite 
se deben repular por buenos christiauos, mientras no consta io con- 
trario hallandose que, en este estado justamente se debe formar de 
ellos opinion y juicio que no son culpados, sino innocentes y ansi en 
consciencia y justicia no pueden ser tratados como culpados y reos, 
como lo serian, si sin mas prueua y examen fuessen expelidos del 
Reyno. Esto se confirma, porquejuntamente se hallan muchos dellos 
que an recebido el sancto sacramento de la Gonfirmacion, el qualles 
da gracia specialmente destinada para la conservacion y firme 
confession de la fé, y se a de presumir que la recibieron y la lienen, 
mientras no consta lo contrario : an recibido tambien y reciben 
frequentemente los démos sanctos sacramentos de la Iglesia y todas 
son actiones y verdaderos testimonios de fieles christianos, si lo con- 
trario no consta, y ansi no podrân de ser tenidos y reputados los 
dichos por innocentes y sin culpa, y si lo son contra justicia y cha- 
ridad, séria juzgarlos por nocentes y culpados y mucho mas conde- 
narlos como à taies expeliendolos del Reyno. 

Es mucho de considerar que el estado que al présente lienela gente 
de la nacion en Portugal es muy diferente del que tenian los Judios al 
tiempo que los Senores Reyes progenitores de Vuestra Majestad los 
expelieron de esta corona, porque aquellos no estaban convertidos, 
antes vivian y professaban publicamente lo ley de Moyses, haciendo 
sus ritos y ceremonias en synagogas publicas, y la expulsion fué in- 
troducida por medio para su conversion, porque solamente man- 
daron expeler à los que no se convirtiessen y permitieron que per- 
severassen los convertidos, en cuya conformidad el Rey Don Juan 
el Segundo de Portugal, quando hizo aquella gran expulsion de su 
Reyno, primero mando pregonar y dio cierto termino de tiempo en 
que deliberasen si querian permanecer en su Reyno, auia de ser reci- 
biendo el agua del baptismo y à todos los que le quisieron recibir, 
les consintiô permanecer como antes, juzgando justamente que por 
el mismo caso que fuessen baptizados, debian ser tenidos por inno- 
centes en aquel genero de culpa, Del qaal exemplar se saca efficas ar- 
gumento en confirmacion de lo dieho y contra la resolucion de los 
Prelados de Portugal en este primer punto, y es creible que si los 
Senores Reyes los hallaran à todos en la disposicion dicha, aunque 
entendieron que auia algunos (y aùn muchos dellos) delinquentes, 
no los expelieron, pues, de hecho, dejaron à todas los que se qui- 
sieron baptizar, como lo estan ahora aquellos de quien tratamos, y 
lo mismo se puede considerar en todas las demas expulsiones justi- 
ficadas que se an hecho de Judios en diferentes Reynos, las quales 
an sido, por la mayor parte, de no convertidos, contra los quales 
assistian todas las razones de perfidia y dureza,que las sagradas scrip- 
turas, sagrados Goncilios y sanctos Doctores consideran en esta gente. 
A lo mismo, assisten los sagrados cânones y leyes ecclesiàsticas, 
que admiten sin distincion alguna à los descendientes de estos à los 
oficios, beneficios y ministerios ecclesiàsticos, como principalmente 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 117 

se Yiô en la primitiva Iglesia y io insinuo S. Pablo diciendo : non 
est dislinctio Judeo aut Grœco. 

A lo quai no obsta la violencia y fuerza que se dice auer interve 
nido en los primeros Judios convertidos en Portugal, con qub 
muchos se an persuadido â no tener por sigura su conversion, 
porque esta consideracion no debe influir en sus descendientes, â los 
quales no alcanzo la violencia y fuerza antes ultroneos y voluntarios 
se bapiizaron, y como se debe de observar de otras conversiones 
violentas y forzadas, como fué la que en Toledo mando hacer el Hey 
Sisibuto expeliendo los Judios que en aquella ciudad residian, cuya 
fuerza y violencia no induxo presumpcion contra los descendientes de 
aquellos primeros convertidos, porque sus descendientes estuvieron 
fuertes y firmes en la fé sin prevaricar en nada. De lo quai se a de 
ver el Concilio Toletano 4. cap. 46. =: Tampoco obsta lo que se hizo con 
los Moriscos que ultimamente fueron expelidos de Espafia, del quai 
exemplar se quieren aprovecbar muchos para persuadir ser licita 
la expulsion que se prétende, porque si atentamente se repara en 
las actiones de los unos y de los otros, facilmente se convencerâ 
quan gran différencia ay al propôsito, por quanto los de la nacion, 
en el tiempo prôximo à su conversion, hicieron tal fruto y taies 
progressos en la religion christiana, que todos los prudentes juzgaron 
auer sido perfecta conversion y effecto de la divina gracia comuni- 
cada en el sancto baptlsmo, y se tubo por cierto auer echa io firmes 
raices en sus corazones la semilla delà palabra divina y ensenanza de 
la ley evangélica,lo quai prosigne largamenle de este propôsito elObispo 
Ossorio de rehus gestis ^mmanuelis, â lo quai se juntan otras actiones 
que se juzgaron y deben juzgar por ciertos indicios de su verdadera 
conversion y de que tenian con verdad la religion que auiau profes- 
sado, porque los qu^' an tenido posibilidad para edo se mezciaron 
y mezclau por casamientos con christianos viejosy si pueden, con 
nobles, teniéndolo por summa honra y felicidad, dando, para conse- 
guirlo, excesibos dotes, repudiando los casamientos de su naci,, 
pudiéndolos hacer con moderadas cantidades, action que aprueua 
mucho el Concilio Basiliense 4. en el afio 1581. ss. 19. y al contrario 
tienen por gran ignominia las demostraciones de sus penitencias 
los que an sido penitenciados y ansi pagan aprecio grande queles qui- 
ten los Sanbenitos y otras notas de infamia. Gon el mismo affeclo, an 
buscado el eslado religioso y sacerdotal, porque desde su conversion 
asta oyha auido y ay gran cantidad de religiosos y religiosas, de 
sacerdotes y ordenados : eslan los couventos llenos de frailes y mon- 
jas de esta gente dotandose para ellos sin reparar en gastos, sin 
vaslar cirrales las puertas con statutos particulares de las religio- 
nes, porque à costa suya impetran dispensaciones para habilitarse y 
se salen de su patria para yr à recibir el habito en Reynos estranos 
donde no sean conocidos, ni se les ponga impedimento : action no- 
table para los convertidos â la fé catholica dejando la ley de Moyses, en 
la quai tienen por estado felix et honroso el del matrimonio y es de- 
sestimado el del celibato y se puede creher que si entendiessen que 



lis RKVUK DES ETUDES JUIVES 

à trueque de lodas sus haciendas pudiessen alcaozar modo como poder 
enlrar en los collegios, en las Iglesias de statutos, tener hàbitos de 
las religiones militares, por ningun gasto lo dejarian ; loqual se con- 
firma considerando el zelo y fervor con que mucha de esta gente 
acude a todo lo que toca al culto divino, iustituiendo obras pias con 
dotaciones quantiosas, fundaciones de mouasterios é Iglesias, her- 
mitas y capellanias. Tambien dellos an salido muchos hombres 
iûsignes en letras divinas y humanas despues de su primer con- 
version. De lodas estas actioues, que sou notarias y innegables, care- 
cieron los Moriscos que se unieron mezclaron tan privativamente 
entre si soles, que nunca se viô en ellos ningun género de desseo de 
empareutar con christianos viejos y mucho menos inclinacion a las 
religiones y culto divino, a las universidades, ni a las letras. Vease 
con firme acto quan mal se podria justificar la gênerai expulsion de 
la gente de la nacion del Reyno de Portugal, comparandola con la 
de los Moriscos de Espana, cuyas inclinaciones y costumbres son tan 
différentes, y que justificacion se podria hallar para proponer a 
Vuestra Majestad por lîcita la expulsion gênerai de comunidad de 
gente en que concurren tantos sefioles é indicios de religion y pie- 
dad, ni como se podria dar por inficionado todo un cuerpo en el quai 
ay tantos miembros sanos? Pues siendo cierto que quando se con- 
cediera la presumpcion universai de apostasia contra esta gente y 
estos muchos que délia son presos y castigados en el Sancto Offîcio, 
no parece confirme a derecho séria licita la expulsion gênerai en 
la quai se comprehenderian muchas personas particulares de las 
quales justamente se debe juzgar que son innocentes y sin calpa. 

Para que la tal expulsion fuesse licita, no solo no vastaria la gê- 
nerai presumpcion que se tiene de esta gente, sioo que séria precis- 
samente necessario que ubiese una certeza que no auia esperanza 
de su reduccion, porque si la ubiese, séria la expulsion impia. Y 
que no pueda auer tal certeza, se conoce assi de parte de la divina 
gracia y miserieordia que siempre los esta Uamando y sperando y 
es poderossa para prévenir y disponer sus corazones a su conversion, 
como tambien de parte dellos, entre los quales, demas de la ^^ene- 
ral presumpcion de su innocencia, ay en realidad de verdad muchos 
que con verdad professan y tienen la religion christiaua, los quales no 
veo como puedan ser desterrados y castigados. Ni obsla que tambien 
ay muchos que estan en el otro extremo, porque demas de que 
mientras eslo no seles prueua, siempre perseveran en la presumpcion 
de que son buenos , tambien tienen alguna occasion para ello, 
porque se tiene por cierto que si, como en Espaiïa, los trataran en 
Portugal, sucediera alli el mismo effecto que en Gastilla. Muchos sa- 
bios ay que estàn persuadidos que el mal tratamiento que en aquel 
Reyno se les hace, es mucha parte para que se estàn en su Ju- 
daismo, porque se en de muchas maneras afrentadas, y cerradas las 
puerlas de la charidad christiana, y, cousiguientemente de la fé. 
Y ansi, en cierta manera, como forzados se dejan estar en su fé 
judaica y condemnada ley. 



LES MARRANKS D'ESPAGNIi] SOUS PHILIPPE IV H9 

Pruéuase tambien que no vaste la geoeral presumpcion para que 
sea licita expulsion gênerai, porque la tal presumpcion es vaga, y no 
contra las personas particulares, porque auiéndola contra estos, 
luego proceden contra ellos, luego los prenden y si ay probanza, los 
juzgan y castigan, lo quai no pudiera ser como esta dicho con sola la 
gênerai presumpcion, porque jno permitte |la razon y justicia que por 
scias sospeclias y presumpciones vagas sea nadie condemnado. Son ne- 
cessarias prueuas particulares y otrosprocessosy conocimientos juri- 
dicos para condemnar, particularmente con pena tan grave como es el 
destierro perpétuo delanatural patria y muy particularmente, siendo 
6 presumiéndose catholicos, para que vayan a vivir entre infieles. 

RecoDOzco por verdadera la doctrina que enseùa que puede ser 
castigada uua communidad por delictos de ella, aunque se aventure 
encontrar con algunos innocentes, que es uno de los fundamentos en 
que los Prelados de Portugal fundan la justificacion de dicha expul- 
sion; pero essa doctrina es implaticable é inaplicable al propcjsito que 
tratamos, porque, para esto es necessario que la Communidad consti- 
tuya un cuerpo mîstico, unido debajo de una cabeza ea que se adu- 
nan y formen un coUegio civil y separado que venga a reputarse 
como si fuera un solo particular, lo quai no se verifica en la gente de 
la nacion de Portugal, porque viven en différentes ciudades de aquel 
Reyno. en diferentes repùblicas, cuya cabeza y Principe es Vuestra 
Majestad : cerca de lo quai se a de ver Molina de inst. et jure 2 
dispi<^. 35. colum.2, Ihom. yo. Y ansipor la culpa de los de esta nacion, 
aunque fuesse de heregia, y ubiesen incurrido en ella mucha gente 
de ellos, no se puede extender el castigo a todas las personas par- 
ticulares, porque los nocentes y los délinquantes no constituyen un 
cuerpo, ni forman Repùblicas separadas. En conformidad de lo quai 
se resolvio la controversîa, sobre si debia comprehender la pena de 
la servidumbre a todos los Morîscos de Granada por la rebeliou que 
hicieron, aunque no estubiesen todos convencidos de aquel delicto. 
Declarose que solamente comprehendia a los que se hallaban en 
la sierra y levantaron Rey y tambien a sus hijos por auer formado 
todos una communidad y Repùblica tirânica, sin la qualcircunstancia 
no carrio la resolucion contra las personas particulares, aunque 
fuessen de una misma sangrey secta,como lo affirma Molina Obisup^ 
por estas palabras : ne vera eoru^n parentes statim ac revelaverunt, sibi 
elegerunt Regem, feceruntque cum filiis suis, qiios secum habebant unam 
Jiempublicam iniquam sub illo principe, adzersus quam totam, et non 
adversMs singulos, qui nocentes erant, erat bellumjustum Hispanis. 

Pruéuase el mismo intento, porque esta pena delà expulsion que 
se prétende, es por causa de heregia y apostasia de la fé, y ansi no se 
puede poner sinopor authoridady potestadeclesiastica,yporla misma 
razon, debe de ser de todos los Reynos y Provincias de catholicos, y lo 
contrario séria contra la charidad christiana, porque se echaria la 
contagion y peste a los Reynos de fieles y catholicos, y séria tambien 
contra la misma charidad, echar aquellos, de quien se debe presumir 
que son fieles y catholicos, entre los infieles, que séria ponerlos en 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

évidente peligro de desamparar la fé, lo quai claramenle se ve no ser 
licito. Y se confirma porque esta pena es espiritual, siendo, como es. 
por delicto contra la fé, y ansi no puede por la culpa de uno imponerse 
a otro, que por esta razon. la excoraunion, que es la principal pena 
spiritual y ecclesiastica, no se puede imponer a uno por la culpa de 
otro, ni a una comunidad por la culpa gênerai de toda ella, sino so- 
lamente a los singulares culpados. 

Item, la pena ecclesiastica se dirige por su naturaleza a la medicina 
y enmienda del peccador, al quai nunca se pone en estado de que se 
pierda ni se impossibilité de poder volver sobre si y enmendarse, como 
San Pablo lo signifiée, usando de esta pena, quando dijo : ut spiritus 
salvus fiât. Sed sic est (iwQld, àiQhd.Q-s.^M\^ioii se propone de manera 
que vaya esta gente para nunca volver (que ansi lo dicen los Portu- 
gueses) y a parte donde no se espéra enmienda y donde les faltau 
todos los medios de susalvacion, luego no es licito. Gonfirmase porque 
por esso se tubo por licita la expulsion de los Moriscos, no porque se 
tubiese por pena spiritual y ecclesiastica, porque se hizo sin authori- 
dadde Pontifice, solo pordefensa temporal del Reyno, contra el quai y 
contra el Rey machinaban rebelion y levantamiento aquellos re- 
beldes, luego esta expulsion que se propone como pena ecclesiastica 
y en que de necessidad a de intervenir la authoridad del Pontifice, 
no sera licita, antes sera contra charidad y justicia, si se hiciesse en 
la forma que queda dicho, y séria nunca vista ni oyda en la Iglesia, 
ni leyda en sus annales eclesiasticos. 

Y porque en este discurso no faite alguna razon politica y de 
estado, se comprueua todo lo diclio de la doctrina de Platon lib. 7 de 
koibus, a donde enseïia que las mutaciones en la Repùblica no se 
deben hacer todas a un tiempo, sino interponiendo el que vaste para 
rehacerse y convalecer del dano que recibio de otra mudanza, al 
modo que se hacen las evacuaciones del cuerpo humano, que, para 
hacerlas, se inlerpone el conveoiente intervalo de tiempo, pena que 
se muere el enfermo. Muy poco tiempo ha que se hizo la expulsion 
de los Moriscos, que causo en estos Reynos laies daùos, que fuera 
bien tornarlos a recibir, si ellos se allanaran a recibir nuestra sancta 
Fé. Si, pues, aquella expulsion a tan poco tiempo que paso, y la 
Repùblica aùn no esta convalecida de la tal evacuacion, quien podra 
aconsejar a Vuestra Majestadque mande hacer otra mayor ? Guando 
no se considerara la materia de escrùpulo, sino la la razon de estado, 
no se debrira hacer, pues no serian restaurables losdanos temporales 
que se siguieran, como es manifesto. 

{A suivre.) 



LES JUIFS DE PERSE 

AU XVIP ET AU XVIIP SIÈCLES 

D'APRÈS LES CHRONIQUES POÉTIQUES 
DE BABAI B. LOUTF ET DE BABAI B. FARHAD 



INTRODUCTION. 

Les destinées des Juifs de la Diaspora qui vivent dans les diffé- 
rents pays de l'Islam n'ont été étudiées et exposées par les his- 
toriens du judaïsme que dans une mesure relativement fail)le. On 
s'explique ainsi que nous soyons si imparfaitement renseignés 
sur Uhistoire des Juifs de Perse pendant les derniers siècles. 
Même un événement aussi important que celui, survenu il y a à 
peu près trois cents ans, de la conversion forcée des Juifs de l'em- 
pire persan au mahométanisme, n'est pas consigné dans les récits 
consacrés à l'histoire juive. La persécution religieuse que ces 
Juifs durent subir pendant une longue suite d'années et à plu- 
sieurs reprises resta inaperçue en dehors des frontières de la 
Perse, parce que le souvenir ne s'en conserva que chez les Juifs 
de ce pays môme, dans des narrations écrites en persan, et 
écliappa ainsi à la connaissance du reste du judaïsme. Un poète, 
qui eut lui-même à souffrir de cette persécution, se fit le chroni- 
queur des faits qui la provoquèrent et qui s'y rattachèrent ; un 
poète qui, fidèle à la tradition de la littérature persane, enveloppa 
du vêtement de la poésie la peinture des événements dont il avait 
été lui-même la victime ou qui venaient de se dérouler dans un 
passé encore tout récent, dans le but de procurer, suivant sa 
propre expression, à ses compagnons d'infortune et à lui-même le 
soulagement et la consolation. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce poète est Babaï 1). Loutf * de Kacliaii. Quelques chapitres de 
son ouvrage ont été publiés jusqu'à présent-; mais ils ne traitent 
que des épisodes séparés de la chaîne continue des faits que 
Babaï a mis en vers. L'ouvrage dans lequel il a réalisé ce dessein 
n'est pas, en effet, une juxtaposition sans ordre de poèmes dis- 
tincts, mais constitue un tout dont le plan est assez déterminé. En 
tenant compte du caractère de ce genre poétique, on peut considé- 
rer l'œuvre de Babaï comme une source historique. Les faits qu'il 
raconte, les noms des personnages qu'il mentionne, appartiennent 
à la réalité. Il suffi I de séparer l'enveloppe poétique du noyau des 
événements pour avoir la notion de ce qui s'est passé. C'est ce 
que j'ai essayé de faire dans le présent travail, en présentant le 
contenu simplement historique du poème de Babaï, trop étendu 
malheureusement pour être publié intégralement, mais on en 
connaîtra ainsi suffisamment la substance et la disposition, tandis 
que, d'autre part, l'indication des matières formera tout natu- 
rellement un récit des destinées des Juifs persans à l'époque des 
rois Abbas I et Abbas II. 

L'ouvrage de Babaï b. Loutf est suivi, dans deux des manuscrits 
que j'ai utilisés, d'un écrit plus petit, mais analogue de contenu et 
de forme, dont l'auteur est son petit-fils (ou arrière petit-fils) et 
homonyme Babaï b. Farhad ^ J'ai traité son poème comme celui 
de son aïeul. Tandis que l'un a pour objet les règnes si brillants 
de Schah Abbas I et de son petit-fils Schah Abbas II, l'autre se 
rapporte à la période troublée de la dynastie afghane, postérieure 
de plus de soixante ans. Dans l'œuvre de Babaï b. Farhad a pris 
place, peut-être du fait de l'auteur lui-même, un poème, appar- 
tenant à ]a même époque, d'un troisième poète, Maschiah b. 
Raphaël ''. 

Les manuscrits qui contiennent l'ouvrage de Babaï sont les 
suivants : 

1^ Celui que je désigne par A, propriété de M. Elkan N. Adler, 
qui l'a mis à ma disposition avec son empressement si souvent 
éprouvé. Il forme le manuscrit coté n° 291 (T. 44) de sa collection. 

1. Ce nom est monosyllabique et ne doit pas être prononcé Loutaf. Il rime une fois, 
par transposition des consonnes, avec « moutt » (PDTQ, v^aib). 

2. Voir plus loin les notes du chap. xxii et du cliap. xlix. 

3. La conjecture de Séligsoliii {Revue, XLIV, p. 88 et suiv.) sur l'identité des deux 
Babaï tombe d'elle-même, car Babaï b. Farhad se réfère formellement, dans l'in- 
troduction de son ouvrage (voir Appendice, chap. iv), à l'exetnple de son grand-père 
ou de son bisaïeul. 

4. Voir plus loin, Append., ch. xii. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII^ ET AU XVIir SIÈCLES 123 

11 contient 102 feuillets petit in-4°. Le codicille ne donne pas la 
date à laquelle le manuscrit fut copié, mais indique quand Bamoni 
b. MoUa David h. MoUa Damoni en est devenu posst;sseui' '. Tou- 
tefois dans le corps de Touvrage, au début de quelques chapitres, 
le propriétaire du manuscrit se fait connaître par sa signature 
comme en étant le copiste ^. Je n'ose former aucune conjecture sur 
Tàge du mss. ; peut-être date-t-il du xviii« siècle. 

2° Le ms. in-4o que je désigne par la lettre L, appartenant à 
M. Lewontin, de Ryasan (Russie), qui Ta acquis il y a quelques 
années à Téhéran. Grâce à Taimable entremise de M. J. Israel- 
sohn de Moscou, M. Lewontin a mis ce ms. à ma disposition avec 
une obligeance dont je lui suis reconnaissant. Il contient, outre 
l'ouvrage de Babaï b. Loutf (de la môme écriture), celui de Babaï 
b. Farhad. Le premier feuillet manque. Les derniers (134-186) 
contiennent, de la même main : trois poésies dTsrat^l Nadjara ^, 
intitulées : bi^'iu:'' ni^"»»T ; un poème pour les Grâces : nis'-iiab Iihtd 
liT^n"' ; un morceau plus long en prose persane, ayant pour titre : 
Tia -^1:^0 (« Sa'di dit »). Dans le long post-scriptum qui suit le 
corps du ms. (f° VSSô), le copiste se nomme lui et ses ancêtres : 
Yaïr b. Aga ■' Rahamim, b. Molla Eliyahu, b. Aga Yitzhak, b. Aga 
Schem-Tob ^, b. Aga Barcliwardari ^ Il a terminé le ms. le ven- 
dredi 6 Adar II de l'an 5605 (1845), dans le but, comme il rajoute, 
d'en faire sa propre lecture, et avec l'espoir, ainsi mérité, d'une 
vie longue et prospère pour ses parents, et , pour lui-même, 
d'une union heureuse et riche en enfants et petits-enfants^. Dans 
un vers écrit en persan, il excuse le désordre de son ms., qui 
est, d'ailleurs, très clair, par les troubles du temps ^. A la fin de 

1. L'indication du propriétaire : TTl 'W p "^DITaD bN73 TN ""N^Nn niin'D ^ii 
'^'2'M0'2 '12 )^ est suivie d'une malédiction contre celui qui volerait le livre, menacé dos 
malédictions de Dent., xxviii, et d'une bénédiction pour celui qui le lirait (CDin 

nir^D £3'»::- i^nswxn m^iSn D::-in iu3Nn t^ian ««s n^m "jnsDn nTnn'/. 

2. p. 68 a : ^n '73 ]n '^Z'\12n 1"':'^:" amsrf; idem, M) a, mais sans 2mDrr, 
idem, 110 a. 

3. Los trois poèmes, commencent ainsi : Ûlp Tn* "^^b CIIOÏD"^ ; i'bo y^lD"" ; 

i. C'est une poésie alphabétique, commençant par n"i riN '^"'^ nN MD^DN, et dont 
les derniers vers donnent l'acrostiche N'^bK (Eliya). 

5. Ecrit N, voir Append., chap. ix. 

6. Ecrit : 31:3 ÛT^. 

7. Voir un porteur de ce nom, Append., chap. xvii. 

8. -^ny^ i3i< ^-^n'^n "innnD rî"-inrî nsuî -^du: -nN ts^'ij nriM ti-i -n 

...TvDi?:'^ Nb '^jzay:: ^"^'dh nnnn. 

9. Dnnn N-173 □N-'^N r\2m2 n:D i^'du tiyjf^ JJ^^ =) Dns '^':^:i on -12 -i:in 
nomT. ' 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la pièce persane qui termine tout le ms. (f. 136 a) il a mis plus 
tard rindication de la mort de son père, survenue le vendredi 
17 Nissan 5614 (1854) ^ 

3° Le ms. que je désigne par la lettre P, qui appartient à la Bi- 
bliothèque Nationale de Paris (Hebr. 1356), et qui a été utilisé par 
Séligsohn et par moi pour la publication, mentionnée précédem- 
ment, de quelques chapitres de l'œuvre de Babaï b. Loutf. Cette 
fois, je n'ai pas consulté le ms. lui-même, mais je dois à l'extrême 
amabilité de M. Moïse Schwab les titres des chapitres des deux 
ouvrages (car P contient aussi celui de Babaï b. Farhad). La liste 
de ces titres, mais aussi d'autres circonstances induites des mor- 
ceaux déjà édités, démontrent que le texte de P concorde entière- 
ment avec celui de L. D'ailleurs, il manque encore dans P le com- 
mencement du plus grand ouvrage. 

Le titre de l'ouvrage de Babaï b. Loutf nous est connu par le 
ms. A. Il est ainsi conçu : "^Disfi^ nt^ns, c'est-à-dire : « Livre de la 
persécution religieuse » 2. Les Néo - musulmans ^ se donnaient, 
comme les Néo - chrétiens de la péninsule ibérique , le nom 
d' « Anousim » (convertis de force) '*. Du mot hébreu on^N on 
forma , au moyen du suffixe nominal persan i, l'abstrait "^Diii^ 
(anousi), servant à désigner l'état dans lequel vivaient ceux qui 
étaient contraints à l'apostasie, la conversion forcée. Babaï a 
choisi ce terme avec beaucoup d'à propos pour intituler son 
œuvre. Mais il a ajouté à ce titre une désignation plus précise : 
« Evénements de tous les Juifs de la Perse, et comment ils ont été 
contraints par violence de devenir Mahométans ^ ». L'ouvrage se 
compose de quatre-vingt trois chapitres^, qui se donnent comme 
étant des poèmes indépendants quant à la forme, car chacun d'eux 
a une conclusion, consistant le plus souvent en une apostrophe du 
poète à lui-même et dans laquelle est inséré le nom de ce dernier. 
La plupart des chapitres s'ouvrent , de plus , par une réflexion 

2. Le titre du premier chapitre commence par^ces mots : "'DliN 3NriD TN^&î. 

3. Cette désignation (DNboN T^IIJ) revient assez souvent chez Babaï. 

4. L'éh'gie d'un de ces Anousim persans (où il y a D31N au lieu de OT-N), celle de 
MoUa Hizkiya, a été publiée par moi dans la Revue, XLVIII, 94-105. 

5. p-iiD D'^'^ia miTm Nn tip iNbK'nu:^ dntûd nujTn:^ non. Au Ueu de n^^T3 

1. T1TD (;3>î) *' ^^ ^°''^^ * '■> "^^'s peut-être nnT est-il une faute pour ^TTlji, arabe 
<^ (qui signifie également : violence). 

6. La numérotation a été ajoutée par moi. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII'^ ET AU XVIII*^ SIECLES 125 

générale, et il est rare q[u'ils reprennent, sans autre préambule, 
la narration au point où le chapitre précédent Ta interrompue. 
Les chapitres sont d'étendue très inégale ; j'ai indiqué chaque 
fois le nombre des distiques à la suite de la traduction littérale 
du titre. 

Se conformant à l'exemple des poètes épiques persans, Babaï 
commence son œuvre par deux chapitres qui contiennent l'éloge 
de Dieu et celui de Moïse ^ Le chap. m célèbre le zèle religieux 
d'Abraham, allusion, sans doute, au contenu de l'ouvrage, qui 
montre l'attachement secret et intime à la foi, en dépit de l'apos- 
tasie apparente et extérieure. L'introduction proprement dite 
apparaît avec le chap. iv, qui contient aussi quelques indications 
sur le poète lui-même. Il a conçu le plan de son ouvrage en l'an 
5416 (1656), au moment où l'édit d'Abbas II contraignit les Juifs 
à accepter l'Islam. Mais avant de faire le récit des événements 
contemporains relatifs à cette persécution il veut raconter les 
faits analogues qui datent du temps de Schah Abbas I. C'est ce 
qu'il fait dans les chap. v à xiv, où le principal personnage est 
Siman-Tob, Nasi ou chef des Juifs d'Ispahan, et dans les chap. xv 
à XVII, qui s'ouvrent par l'apparition funeste d'un apostat. Ces 
événements appartiennent aux années 1617 et 1622 ^ Les chap. 
XVIII à XX ont pour objet le règne de Schah Sefi et ne contiennent, 
au point de vue du véritable sujet de l'ouvrage, que le récit de 
l'autorisation accordée aux Juifs d'Ispahan de professer à nouveau 
le judaïsme. 

Les vingt et un chapitres suivants appartiennent au gouver- 
nement d'Abbas IL Le poète débute par un épisode de l'histoire 
de sa propre communauté, les Juifs de Kachan (chap. xxi), et 
c'est ensuite qu'il entame le récit de son sujet principal, la con- 
version forcée de tous les Juifs persans au temps d'Abbas IL II ra- 
conte avec un luxe particulier de détails l'épisode du poignard 
dérobé ^, qui fournit au Grand-Vizir un prétexte, non seulement 
pour forcer les Juifs de la capitale , Ispahan , à embrasser 
rislam, mais encore pour soumettre à la même contrainte les 
habitants juifs des autres villes de la Perse. Ce dignitaire est 
le véritable fauteur de la cruelle oppression qui atteignit les 

1. Moïse remplace évidemment le prophète des poètes musulmans. 

2. Voir infra, ch. xv, in inil. 

3. Cet épisode ne provient pas, comme l'admet Séligsohn [Revue, XLIV, 91), d'une 
confusion avec une affaire de vol analogue, rapportée par Chardin ; il est suffisamment 
attesté par le fait qu'il est raconté par un contemporain et qu'il est le point de départ 
d'une grande persécution contre les Juifs. 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Juifs de ce pays à Tépoque d'Abbas II. Il est appelé « Ttimad- 
daulat », ce qui n'est sans doute pas son nom propre, mais le 
tilrc du premier ministre (littéralement « Soutien de l'empire ») ; 
seulement cette désignation apparaît chez Babaï (dans les titres 
de chapitres et même dans le texte) comme un nom propre. Ce 
sont les agissements de ce nouvel Aman qui font l'unité de notre 
ouvrage, où sa chute est l'objet des derniers chapitres. Après 
l'épisode du poignai'd volé (chap. xxii-xxv), qui se termina par 
l'apostasie des Juifs d'Ispahan, Babaï raconte l'impression que 
produisit le récit de cette conversion à Kachan , sa patrie 
(chap. xxvi-xxx) ; au milieu de ces chapitres se détache l'épisode 
d'Aga Mir Abdul (chap. xxvii-xxviii). Suivent les événements de 
Hamadan (ch. xxxi-xxxiii), de Luristan (Khunsar, chap. xxxiv- 
xxxv) et de Ghiraz (xxxvi-xli). Dans ce dernier groupe de chapitres, 
rhistoire du meurtre d'Obadya à Ispahan forme un épisode à part 
(chap. xxxviii-xl). Le chap. xlii, qui ne contient que des considé- 
rations sur les infortunes qui ont fait l'objet de sa narration, pa- 
rait avoir clos primitivement l'ouvrage de Babaï. 

Mais il le continua et put encore raconter comment la persécu- 
tion avait heureusement cessé. Dans la deuxième partie, il commence 
aussi par le récit de certains faits remontant à l'époque de Schah 
Abbas I. C'est ainsi qu'il rapporte d'abord comment un Juif con- 
sidéré, nommé Eléazar, rendit les plus grands services au Schah 
dans son expédition contre la Géorgie, et comment une florissante 
communauté juive naquit, à la suite de ces faits, à Farah-abad, 
sur la rive méridionale de la mer Caspienne (chap. xliii-xltv). Ce 
récit sert de préparation à celui des funestes agissements de 
l'apostat Abulhassan Lari, qui imposa aux Juifs de Perse un signe 
odieux, notamment à Ispahan (chap. xlv-xlvi), à Kachan (chap. 
XLvii-xLviii) et à Chiraz (xliv-l), causa aux Juifs beaucoup de dé- 
sagréments et trouva finalement la mort à Farah-abad , par le 
fait du môme Eléazar (chap. li). Ce chapitre est rattaché au sui- 
vant (lu), qui nous ramène à l'époque de la persécution religieuse 
sous Abbas II, et raconte ce qui advint aux Juifs de la même ville de 
Farah-abad. Puis vient le récit de la conversion des Juifs de Koum 
(chap. lui), et, successivement , l'histoire des Juifs de Khunsar 
(chap. Liv-LviT, voir chap. xxxiv-xxxv), la conversion des Juifs de 
Yezd (Lvni-Lix). La visite d'Abbas II à Kachan, en 1659, forme 
l'objet des chap. lx à lxiii, au milieu desquels est intercalé un 
récit sur un vizir de cette ville, favorable aux Juifs (lxi). Au départ 
d'Abbas II de Kachan (chap. lxiv] se raccorde l'histoire du Molla 
mahométan qui intervint en faveur des Juifs convertis de force à 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII° ET AU XVIIF SIECLES 127 

llslam, et de la députation qui, accompagnée de ce personnage, 
fut envoyée pour rejoindre le Scliah (chap. liv). Mais le Grand- 
Vizir malveillanl s'étanL interposé, rinterveniion de Molla-Mulisin 
n'eut d'abord (lue des conséquences néfastes, du moins pour les 
Juifs de la capitale, Ispaban (chap. lxvi-lxviii). Aux Juifs de Kachan 
aussi le Grand-Vizir préparait de nouveaux malheurs. La députa- 
tion partie à la suite du Schah revint sans résultat, et un de ses 
membres mourut en route (lxxi). La dernière et cruelle persécu- 
tion qu'un instrument du Grand-Vizir attira, en 1660, sur les Juifs 
de Kachan (lxxii-lxxv) est regardée par le poète comme une puni- 
tion de la mort d'un Nasi précédent, le pieux Molla Yehouda, due 
à ses adversaires juifs, fait raconté dans deux chapitres anté- 
rieurs (lxix-lxx). Avec une ampleur tout épique, Babaï narre la 
cliute du Grand-Vizir, provoquée par un conflit avec un général 
(lxxvi-lxxviii). Une prière pour la délivrance (lxxix) est suivie du 
récit, qui expose comment le successeur du Grand-Vizir renversé 
donna suite à la prière des Juifs de Kaciian, et, après avoir mis à 
l'épreuve leur attachement à leur ancienne religion, les autorisa, 
en i()()l, à revenir ouvertement à celle-ci (lxxx-lxxxii). Dans un 
dernier chapitre, conclusion de tout l'ouvrage. Fauteur aperçoit 
comme cause de l'épreuve, enfin surmontée, le relâchement d'au- 
trefois dans l'accomplissement des prescriptions religieuses. 

L'ouvrage moins considérable qui forme appendice, et qui a 
pour auteur un descendant de Babaï b. Loutf, est intitulé : Livre des 
événements de Kachan relativement à la seconde persécution re- 
hgieuse '. Babaï b. Farhad, suivant, ainsi qu'il le dit lui-même, 
l'exemple de son aïeul, est encouragé par un rêve à composer un 
écrit sur la persécution dont les Juifs de son temps ont eu à souf- 
frir à Kachan. Son livre a beaucoup moins d'étendue que celui de 
Babaï b. Loutf, mais il ne lui en donne pas moins trois chapitres 
d'introduction, semblables aussi par le fond aux trois premiers 
chapitres du plus grand ouvrage. Le chap. iv, qui forme la véri- 
table introduction, raconte également un épisode antérieur de 
l'histoire des Juifs de Kachan, qui n'a aucun rapport avec les évé- 



1. "^îNn ■^7:'^ii5-i ^:iy 3N3 m in^n^ n^n^ "lo n^n::. Les deux mots -m:? 

''72'^'^l^n doivent s'entendre comme un abstrait dans le sens de ^D13N (voir plus haut 
[p. 24]) , et sont formés, au moyen du suffixe persan (i), d'après D'^'^i:iT l^y 
(D"''^15 signifie ici, comme dans d'autres cas « non-juif », et est employé comme un 
singulier). Cet abstrait désigne l'état des Juifs de Kachan, obligés de professer l'Islam, 
donc d'être « Juifs et non-Juifs », Juifs en secret, mais publiquement Musulmans. 
Séligsohn {Revue, XLIV, 89, 1. 5) n'a pas compris ce titre. — Pour l'absti'ait '^TQ"^"'!:;, 
voir Appendice, ch. xii, in init. 



d28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nements qui doivent faire l'objet du livre \ Les cliap. v et vi con- 
tiennent le récit des faits d'ordre général que provoquèrent les 
débuts de la dynastie afghane en Perse, et ne contiennent que 
quelques mentions sur la destinée des Juifs. La partie centrale de 
l'ouvrage est formée par les chap. vu à xi, qui racontent comment 
les Juifs de Kachan, pendant la guerre entre le Schah Aschraf et 
Tahmasp Khan, furent persécutés à cause de ce dernier, et com- 
ment ensuite Tahmasp, devenu Schah, les autorisa à revenir à 
leur ancienne foi. Le rôle principal, dans ces événements surve- 
nus en 1725 -, fut tenu par le Nasi David, qui est à la fois accusé de 
l'apostasie des Juifs et loué de leur avoir obtenu la permission de 
reprendre leur religion. Sur le second point, il y eut pourtant une 
autre opinion chez les intéressés. Le mérite du revirement fa- 
vorable fut attribué — avec plus de raison, semble-t-il — à un 
Juif de Yezd, demeurant à Kachan, Abraham, devenu plus tard 
Nasi. C'est ainsi qu'un autre poète, Maschiah b. Raphaël, raconte 
la délivrance qui mit un à une persécution de sept mois. Quand 
plus tard Babaï b. Farhad agrandit son œuvre, il y fit entrer le 
poème de Maschiah (chap. xii). Ses propres additions représentent 
d'abord (chap. xiii) des réflexions sur la condition des convertis 
de force et les causes de la conversion, puis un nouvel exposé de 
la fin de la persécution, cette fois dans le sens de l'opinion repré- 
sentée par Maschiah b. Raphaël (chap. xiv). Évidemment le poète 
s'était convaincu qu'il fallait accorder plus grande créance au nar- 
rateur qui attribuait le mérite de la délivrance au Nasi Abraham 
Yezdi. Les chap. xv et xvi reproduisent sous une autre forme tout 
l'épisode de l'histoire des Juifs de Kachan. Il semble que cet opus- 
cule, encore moins considérable, soit le premier essai de Babaï b. 
Farhad pour faire une description poétique de ces faits. Il donne, 
d ailleurs, à cet essai un titre à part*^. Les trois derniers chapitres 
se rapportent au sort des Juifs de Hamadan (xvii-xvin) et du Lau- 
ristan (xix) à l'époque de la dynastie afghane^. 

Sur les auteurs des deux chroniques poétiques dont nous ve- 
nons d'esquisser le contenu, ces œuvres, à part ce que nous avons 
déjà dit sur leur origine, ne nous fournissent aucune autre indi- 
cation. Seul, Babaï le jeune raconte qu'il a participé lui-même aux 



1. Cependant il semble que le Molla Rahamira ici mentionné est identique avec le 
Molla de ce nom qui sera nommé ultérieurement. 

2. Voir Append., cli. vu, v. 5. 

3. Voir Append. eh. xv, in in. Le chap. xii a aussi un titre à part. 

4. Dans ces derniers chapitres aussi, comme dans les précédents, Babaï b. Farhad 
se fait connaître comme étant l'auteur en insérant son nom dans les vers de la lin. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII" ET AU XYIIT SIÈCLES J29 

événements dont il s'est fait le narrateur (cliap. ix) : il avait pris 
l'initiative du premier ell'ort tenté — sans succès — par les Juifs 
de Kachan pour se délivrer de la persécution. Quant à Babaï l'an- 
cien, il apparaît dans les faits contenipoiains qu'il raconte comme 
un compagnon d'infortune, et il emploie parfois dans sa narration 
la première personne du pluriel. 

Du reste, l'œuvre de Tépigonc^ sans même parler de sa plus pe- 
tite étendue et de la moindre importance des événements qui en 
forment la matière, est bien loin d'approcher de celle de Babaï 
l'Ancien. Babaï b. Loutf peut être considéré comme un poète de 
grand talent. Aussi bien dans le groupement des faits que dans la 
peinture du caractère des personnages et dans la description du 
théâtre des événements, dans les détails de la narration poétique, 
dans la richesse des mots et des images, il se révèle disciple sa- 
vant de la littérature poétique de sa patrie. Ce sont des vers tout- 
à-fait caractéristiques pour la manière du poète judéo-persan, et 
en même temps bien touchants si l'on songe au contenu de l'ou- 
vrage, que ceux qui introduisent le chap. xxxvi, dans lequel la ville 
des poètes, Ghiraz, apparaît pour la première fois comme la scène 
de la narration : « Viens et écoute un doux chant de ma bouche ; 
je veux te faire un récit du passé ; je veux te raconter successi- 
vement, ô frère, ce qui s'est passé dans les différentes provinces. 
Maintenant je veux m'éloigner de cette province, et dirige)* vers 
Ghiraz le coursier de mon discours. Je baise avec vénération le 
tombeau de Hàfiz ; je me souviens aussi du fond du cœur de 
Scheikh Sa'di ; je déclare mon amour à mes maîtres : j'aspire le 
parfum des roses de Schahin et d'ïmrani ^ ». Sur le point de 
parler de Ghiraz, Babaï salue les mânes des poètes qui y re- 
posent, d'une part les deux grands maîtres de la poésie per- 
sane, et de l'autre — les nommant spécialement ses patrons — 
deux de ses prédécesseurs juifs qui ont cultivé cette poésie, et qui 
avaient également Ghiraz pour patrie-. Au début et à la fin de 
quelques chapitres Babaï s'exprime sur la valeur de ses poèmes et 
sur sa vocation poétique. Au chap. vi, v. 8, il dit : « Que l'esprit 
de ceux qui pèsent les mots se réjouisse de moi, qui ai édifié 

1. Les deux derniers distiques (voir 4 et'suiv.) sont aiusi coiieus dans i'oriuinal : 

n»n ri artN53 "^lyo '^■^iD t nryn âÔNn na-nn Doina 

û-'-'inn -^îNiToyi l-^riN^ bvj, ù^'^^:,2 ^-p^y l^Z) iN^Nnon^a 

.1 ortliographic le nom Hàfiz : ODNn; du lieu de bl^, il y a b*l. 

2. Sur Schahin, qui a nais en vers l'histoire biblique, voir Jeu:. Jîncyc/., ,VII, 321; 
sur Imrani, ib., p. 319. 

T. Li, N" 101. 9 



i30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cette pièce de vers de cette manière ^ ». Le cliap. x commence en 
ces termes, où l'on sent une fierté consciente : « Vieille est l'his- 
toire de Schirin et de Farhad; écoute ce récit de ma bouche, afin 
que lu te réjouisses » -. A la fin du ch. xxvi, Babaï demande à Dieu 
le don de la poésie ^ En terminant le ch. xxvii, il s'invite, dans une 
apostrophe à lui-môme, à semer de nouveau des perles ; de même, 
à la fin du chap. xxxv, il dit : « Toi aussi, Babaï, puisque tu pos- 
sèdes le pouvoir de la parole, fais participer les amis à ton en- 
seignement !» — « Quiconque entend ce chant pubUera ma 
louange », s'écrie-t-il au début du chap. xliv. Au commencement 
du chapitre suivant, il dit au lecteur : a Je voudrais que grâce à 
mon récit, tu fusses, du moins pendant quelque temps, de bonne 
humeur ». Par contre, il introduit ainsi le chap. lui : « Lis cette 
histoire et laisse tes pleurs couler avec abondance ». 

Une valeur poétique spéciale s'attache aux sentences, réflexions, 
prières, apostrophes de l'auteur à lui-même, qui commencent 
ou terminent chaque chapitre. Leur contenu a fréquemment un 
rapport suffisant et le plus souvent un rapport quelconque avec 
celui du chapitre ; mais dans beaucoup de cas , ils ne servent 
qu'à exprimer les sentiments du poète, éveillés par tous les sujets. 
Des réflexions empruntées aux traditions de la poésie épique 
persane, et venant d'habitude se placer même au miUeu des 
narrations, sont celles auxquelles se livre Babaï quand il parle 
du pouvoir et de l'inconstance du destin, lui qui proclame sou- 
vent sa foi dans le Dieu du judaïsme. Le chap. ix débute par ces 
mots : « Le destin '* fait bien toutes choses : il fait du mal aux 
méchants, du bien aux bons. Si quelqu'un sème une semence 
mauvaise, c'est le mal qui, qu'il le veuille ou non, croîtra à la fin 
pour lui ?). Le chap. xx s'ouvre par cette apostrophe : « Sphère ^ 
et Destinée, pourquoi es-tu ainsi faite? pourquoi as-tu un cœur de 
pierre et point de fidélité? Semblable à une courtisane, tu amènes 
chaque jour, en ne conservant de stabilité à personne. Tu n'as 
égard ni au roi, ni au mendiant; à chaque instant tu enfonces 

1. mniD t^n vsii Ti-^'^a l"»» Î-I3 *7N\25 1735 iN^iD i5no m-i m-ia 

Allusion à l'épopée romanti(iue de Schirin et de Kliusrau (ou Farhad) d'Emir Khu- 
srau. Ce vers est tout à fait défiguré dans A : I73t TN'TUJT iT*l?33 ^T^p TlU) "jn^ 

3. 1-15 i^-^y "^na pno ■^■'N:aNaa. 

*• '^bâ, proprenaent : sphère, ciel, dans le sens astrologique. 

5. ^-li- 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII» ET AU XVI1I° SIÈCLES 131 

deux cents aiguillons au cœur. Chaque jour lu fais disparaître un 
dominateur ; personne ne peut te demander : que fais-lu? » Au 
commencement du chap. xxx se lisent ces vers : « Quand, à un 
moment, le Destin * est favorable, la flèche des ennemis n atteint 
pas le but; mais dans les jours où le Destin est défavorable, il 
transperce la pierre et emporte l'âme hors du corps ». 

Les exhortations que le poète s'adresse à lui-môme à la fin des 
chapitres sont d'une grande variété. « Va, Babaï, reste silencieux, 
et n'aie qu'une chose en vue : deviens chercheur de Dieu, deviens 
chercheur de Dieu, chercheur de Dieu^ » (ch. m). « Babaï, laisse 
aller l'opiniâtreté, efforce-toi de conquérir les cœurs par la dou- 
ceur et la persévérance. Les grands qui ont existé dans ce monde, 
ont gagné la balle dans l'arène grâce à la douceur^ » (chap. v), 
« Viens, ô mon cœur, deviens sage dans tes actions ; n'unis pas 
ton cœur aux hommes d'un mauvais naturel, aie soin de toi ; ô 
Babaï, songe à être animé de bons sentiments ; associe-loi aux 
bons et fais le bien ! » (chap. viii). « Oh ! qu'il est heureux celui 
qui sacrifie un bien terrestre pour le bonheur éternel ! Va, Babaï, 
si tu le peux, dépêche le bien en avant, qu'ensuite tu l'aies en par- 
tage » (chap. xi). « Babaï, ne fuis pas devant la pénitence, lève^ 
toi vite pour la prière du matin ! Fais entendre ta supplication de» 
vaut le trône de Dieu, afin qu'il s'occupe de ton affaire , fais ton 
devoir » (chap. xxix). « Babaï, chaque chose difficile recom- 
mande à la main du Tout-Puissant et Omniscient ; reste silencieux 
dans ton coin et considère ; vois comment cette chose difficile se 
termine ' » (chap. xxxvii). « La langue dans la bouche du fils 
d'Adam a déjà souvent voué à la destruction la tête de son pos^ 
sesseur ; ô Babaï, au moment de parler fais attention à la langue 
de ta bouche ! » (chap. lv). « Babaï, si tu le peux, ne passe pas 
ta vie, même un seul instant, sans l'ami ^ » (chap. lxviii). « Babaï, 
aie patience, afin que de cette épine cent roses s'épanouissent 
pour toi ^ » (chap. lxxii). 

pian 'jNT''^72 TN -^i:» ^I2^::i pia nm 1"^n m ns -«swmTa 

•4. 'iNDon nn n3nt mNp nonn ni<nu:nn ^n^ nn N^-^NaNn n-i^n 

nu5p nto inN ^iiu: -^12 )^k 1^33 NUJNTon "j-is V2 i-iujd -n ^:2"id3 

Le dernier mot du second distique est lliébreu ÏTÇ6p. 

5. "^SNii^iT en "T^ DOIT ■'n Ii^td ' "^aNin -^u hn N-'-'NnNa i^n 

L'ami, c'est Dieu. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Souvent les réflexions du commencement et de la fin des cha- 
pitres se rapportent au judaïsme et à Fétat de ses adeptes, et de- 
viennent une prière pour la délivrance. Le chap. lv commence par 
ces vers : « Viens, ô toi qui es intelligent et connais le temps, 
éclaire-moi sur ce secret î Personne ne m'a éclairé sur un tel 
secret, mon cœur a volé vers cette énigme : je sais positivement 
que la religion juive est plus belle et plus grande que la religion 
de tout le monde ; je ne sais donc pas pourquoi elle n'a été don- 
née en partage qu'à des élus, et est devenue un diamant aux yeux 
de l'adversaire ^ ». Le cbap. xxiv débute ainsi : <( Au temps de cha- 
cun des schahs, à une époque ancienne ou nouvelle, une épreuve 
nous a atteints. Mais cette épreuve-ci est plus grande que toutes 
les autres; dans cette épreuve, des centaines d'âmes et de cœurs ont 
été blessés. Quand un malheur nous l'rappait dans un autre temps, 
on pouvait le détourner par de l'or et des biens ; mais aujourd'hui 
nous avons été entièrement foulés aux pieds : car notre foi et notre 
religion ont disparu en même temps que l'or et les biens ^ ». Le 
chap. XVI, où se trouve le récit du martyre des Mollas d'Ispahan, 
commence en ces termes : « Viens, ô mon cœur, occupe un mo- 
ment par des lamentations sur ces hommes glorieux et chers. 
Vois comment les nobles ont été tués en ces jours pour la religion 
et la foi : souviens-toi d'eux du plus profond de ton cœur ^, si tu 
es un homme ; écoute leur histoire, si tu es capable de souffrir ! » 
Le chap. lxii débute par cette amère lamentation : « Heureux ceux 
qui n'ont pas d'ennemis derrière leur dos, qui ne sont en conflit 
avec aucune religion étrangère. Le Juif, malheureux et tour- 
menté, est obligé de recevoir de tous côtés des centaines de mil- 
liers d'aiguillons ». Une prière pour les Juifs de la Perse ouvre le 
chap. xxxin : « Dieu, pour l'amour de ton alliance avec les pa- 
triarches, pour l'amour de ton nom Cebaot, pour l'amour de 
Gabriel, ton messager accrédité ^ pour l'amour de Métatron, qui 
est ton ange élu, pour l'amour de la Maison sainte à Jérusalem, 
pour l'amour des enfants du Beth Hamidrasch, délivre Israël de 



1. nonuja DN^bN "^y^in û^in non^ua ot<5 n2 N-ii û5Nn ^12': 

Le second hémistiche n'est pas clair ; peut-être diamant signilie-t-il « difficile à 
comprendre », de même que le diamant est difficile à percer. 

2. Voici les deux derniers distiques : 

-iT N"^ bN?2 uî^sn ^73^N ^izr* n^ ■^s-» -^^na n^^^ "rn^ n^N 

bN73T "iT N3 DD-i IN» nNTi ^-^i rt5 bi^i2 ND nb?3i5 ';N7:'^mu: N-iNT im 

3. '{N^ZÎ'^TN Dl2Ti t^N^a. C'est la même expression que plus haut, p. 29, n. 1. 

4. nor73N "IID nb-^naii pna. Chez les Musulmans 1">7DNbN mibs est l'épithète 
de l'ange Gabriel. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII'-* ET AU XVIII» SIÈCLES 133 

Taffliction, donne-leur la vérité du si(>ge divin, do la tablo et du 
trône'. Ne les rejette pas à ce point loin de ton visag(\ Môme 
quand ils subissent cent épreuves, ils n'en élèvent pas moins vers 
toi les yeux de Tamour. Accorde-leur la délivrance sur le vaste 
chemin, fais luire une lampe au tombeau de chacun ! Viens sans 
tarder au secours de la communauté, qui est bien éloignée de Tin- 
vocation de ton nom et de Taccomplissement de tes préceptes I » 

— Le chap. xxm se termine par ces vers : « Israël est semblable à 
un agneau privé de secours; par crainte du loup, il ne peut rien 
faire qui apporte du secours. A toute époque un loup violent saisit 
l'agneau d'nne façon cruelle. Babaï, prends garde aux loups, 
place ta confiance en Celui qui est toute grâce et toute justice! » 

— Voici la prière qui dot le chap. xxxiii : « Dieu, ô Dieu, dé- 
tourne la persécution religieuse, éloigne-la de la communauté, 
particulièrement de ton serviteur, le pauvre Babaï. Si tu es un 
Juif-, réponds : Amen! » 

Il nV a pas grand chose à dire de la poésie de Babaï b. Farhad. 
Elle porte le cachet de Timitation de l'ancien Babaï, à qui elle em- 
prunte beaucoup de détails, souvent des vers entiers. Dans un 
chapitre [Appendice, chap. x), Chiraz est aussi le théâtre des faits, 
et le poète paie également un tribut de piété à la patrie des 
poètes ; mais il se contente de nommer Hâfiz. Les trois premiers 
distiques de ce chapitre sont les suivants : « Par la grâce de Dieu, 
je veux m'arrêter un moment à Chiraz. Aussi prié-je mon maître 
de m'excuser, et je me frotte les yeux avec la poussière de Chod- 
schab Hàfiz. Puis je lui demande la permission de pouvoir entrer 
dans sa ville ». Dans le détail, Tœuvre de Babaï le Jeune est bien 
pauvre en beautés poétiques, et la forme montre aussi, surtout 
pour la métrique '\ beaucoup de défauts et d'irrégularités. 

Je voudrais encore dire quelques mots de la différence entre les 
deux manuscrits que j'ai utilisés pour l'ouvrage de Babaï b.' Loutf '*. 
Quoique A doive être plus aneien que L, qui date du milieu du 
XIX" siècle, celui-ci est beaucoup plus correct que le premier, parce 
qu'il procède évidemment d'un meilleur exemplaire. A contient 

1. "^DmDT mibT '«2313> pu '{^^^^!^^• Autres termes d'origine juive, empruntés à 
rislam : 'Ons' et ^0"1"1!3 sont à vrai dire identiques ; rmb (proprement mtb 
inDn?3) est la table préexistante de la loi divine. 

2. Il s'adresse au l'acteur. 

3. Voir la note, Append., ch. ii. — ' Dans toute cette poésie narrative des écrivains 
judéo-persans, le mètre est le Hazadj, (jui était devenu la règle stricte de l'épopée ro- 
manesque des Persans [Grundrifis der iranischen Philologie, II, 240). 

4. A etL. Quant k P, il diffère à peine de L, même pour les détails. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une foule de faules et des corruptions dues à des erreurs du co-' 
piste et qui défigurent parfois le texte jusqu'à le rendre inintel- 
ligible. Toutefois, çà et là, on peut aussi corriger L avec l'aide de 
A. Des différences plus importantes entre les deux manuscrits, 
relativement au contexte de chaque chapitre, ont été notées aux 
passages en question ^ Les divergences orthographiques des deux 
manuscrits sont très intéressantes, mais il n'y a pas lieu d'en 
parler ici avec détails. Le changement de \â long en û — parti- 
cularité du judéo-persan qui mérite d'être spécialement relevée — 
n'est indiqué dans A que par des signes vocaliques : on place le 
dhamma (') devant ou sur le N ^ ; ce signe est même souvent omis. 
Dans L, au contraire, il y a très souvent i au lieu de n^. De plus, 
la voyelle brève u est marquée dans L par i, dans A par le 
dhamma sur la consonne'. En général, l'orthographe des con- 
sonnes est plus correcte dans A, c'est-à-dire qu'elle se rapproche, 
plus que dans L, de Forthographe primitive des mots persans et 
arabes. Le copiste de A paraît avoir eu plus d'instruction et avoir 
mieux connu sa langue. Son orthographe est sans doute plus voi- 
sine que dans L de celle du poète lui-môme. —Enfui; il est digne 
de remarque que l'œuvre de Babaï b. Loutf et celle de son petit- 
fds ont encore trouvé un copiste vers le milieu du xix« siècle, 
c'est-à-dire deux siècles après la composition de la première. 

En dépouillant le contenu historique des chroniques versifiées 
des deux Babaï de leur affabulation poétique, et en produisant 
pour ainsi dire les « régestes » de ces documents poétiques, j'ai 
pu faire connaître un chapitre inédit et non dépourvu d'inté- 
rêt des annales de la Diaspora juive et de ses souffrances. C'est 
l'histoire des Marranes musulmans de la Perse qui nous est ré- 
vélée par des contemporains dans ces relations poétiques. Nous 
pouvons considérer ainsi une persécution d'un caractère tout par- 
ticulier ; ni les persécuteurs, ni les persécutés ne peuvent être mis 
à côté de ceux d'autres époques et d'autres contrées. Le fanatisme 
qui contraignit les Juifs de Perse à professer l'Islam n'eut pas sa 
source dans un zèle religieux véritable, et les malheureux obligés 
d'apostasier ne révélèrent que rarement, dans l'attachement à la 
foi héréditaire, une fermeté extrême poussée jusqu'au martyre. 

1. Voir chap. xxviii, xlviii, lxxx. J'ai indiqué en tête des cliapitres le nombre plus 
ou moins grand des vers dans les deux manuscrits. 

2. P. ex. : IN^NS, "INamTn, "INT^n. 

3. P. ex. : "Jl^ûbOîa, 111373^^1, 1in"^1^. 

4. DD1D, ou D3S- 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII* ET AU XVIII* SIÈCLES 435 

Los motifs dos conversions qui so produisirent au temps de Schnli 
Abbas I et de Schali Abbas II lurent d'ordre extérieur, et mis 
en œuvre par la malveillance de renégats juifs ou par la tyrannie 
de vizirs et de fonctionnaires cruels. Les véritables représentants 
de l'Islam étaient si pou coupables de ces conversions forcées que 
ce furent i)récisément de pieux Mollas chiites qui usèrent de leur 
influence en faveur des Juifs et contre la persécution : Scheikh 
Béha-eddin sous Abbas ï (chap. vm) et Molla Moubsin sous 
Abbas II (chap. xxxix, lxiv et lxv). La facilité relative avec la- 
quelle les Juifs furent autorisés à reprendre leur ancienne foi 
prouve aussi que le zélé religieux des convertisseurs fut le der- 
nier facteur de la persécution qui obligea le judaïsme persan à 
embrasser l'Islam. Ce qui donne entîore à cette persécution un 
caractère tout particulier et fort peu glorieux, c'est le rôle que 
joue l'argent dans ces différentes conversions en masse. Quand 
les Juifs confessent la religion musulmane, le Schah les récom- 
pense par des sommes en argent (chap. xxv), et les Juifs, après 
s'être longtemps défendus, et de toutes leurs forces, contre l'apos- 
tasie, réclament d'abord, quand ils ont enfin cédé, le paiement 
du cadeau qui leur revient pour leur changement de religion 
(chap. xxxi). N'est-il pas étrange de voir le Khan de Hamadan, 
parce que le grand-vizir ne lui restitue pas l'argent qu'il a em- 
ployé à la conversion des Juifs, se faire rembourser au double par 
les convertis toutes les sommes qu'il avait payées, et les auto- 
riser, en écliange, à revenir à leur religion? (chap. xxxii). L'impôt 
des Juifs a aussi une importance de premier ordre à cette triste 
époque. On ne les autorise à reprendre le judaïsme que s'ils 
acquittent, en supplément et en une fois, la contribution qu'ils 
n'ont pas payée pendant qu'ils appartenaient publiquement à l'Is- 
lam. Bref, au fond de cette persécution des Juifs, le motif est 
le plus souvent l'avidité des persécuteurs, et quand les misé- 
rables forcés d'accepter une religion étrangère ne craignent pas 
de recevoir de l'argent pour leur défection, ils sont guidés sans 
doute par le désir de posséder en abondance les moyens d'apaiser 
leurs grands et petits oppresseurs. 

Il est certain que les Juifs de Perse, quoiqu'ils n'aient pu pro- 
duire que peu de martyrs, sont restés intérieurement fidèles à 
leur foi, que pendant la durée de la persécution, ils furent atta- 
chés, autant qu'ils purent, à ses principes, attendant le moment 
où on les autoriserait à faire de nouveau profession publique de 
judaïsme. La meilleure preuve en est fournie par les poètes eux- 
mêmes dont on a utilisé ici les relations poétiques, mais aussi par 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le contenu de ces j'ela lions. Il est probable que peu de Juifs sont 
restés fidèles à rislam après que la perséculion eut cessé. 

En considérant ces conversions en masse au mabométisme , 
il ne faut pas non plus perdre de vue une circonstance qui les 
rend plus faciles à comprendre. A l'inverse du cbristianisme , 
rislam n'exige des néophytes juifs que peu de formalités et de 
sacrifices intellectuels. Aussi parut-il plus aisé aux Juifs de Perse 
et aux Mollas qui étaient leurs chefs religieux, de se soustraire 
aux menaces de mort et aux sévices corporels en faisant profes- 
sion de religion musulmane. Il fut aussi beaucoup plus facile aux 
Néo-Mahométans qu'aux Marranes espagnols de témoigner dans 
leurs maisons de leur attachement à leur ancienne foi. 

On pourrait encore relever, dans les récits dont nous publions 
ici des extraits, d'autres détails intéressants pour l'histoire. Mais 
il suffira d'en faire remarquer une fois pour toutes l'importance. 
Nous nous bornerons à faire ressortir un fait remarquable pour 
l'histoire religieuse : c'est que la littérature cabbalistique joue un 
rôle capital dans la persécution des Juifs sous Abbas I (voir ch. xi, 
xn, xiY, XV) ; à cause d'elle les Juifs furent soupçonnés de magie 
malfaisante. Ce que le poète Babai h. Loutf lui-même pensait de 
l'efficacité de ces moyens cabbahstiques, on le voit par Tépisode 
qu'il raconte (ch. lxix-lxx) de la mort de Molla Yehouda, le pieux 
Nasi de Kachan, sa ville natale. 

W. Bâcher. 

{A suivre.) 



UN DOCUMENT SUR LES JUIFS LE ROME 



Le docLiment^ que nous publions appartient aux archives de la 
communauté Israélite de Garpentras. C/ost, sous la forme d'une 
supplique adressée au pape Pie VI, un intéressant mémoire sur 
les dettes du ghetto de Rome, qui s'élevaient en 1787 à plus de 
!200,()00 écus. 

Notre récit, en exposant l'origine et le développement de ces 
dettes, nous renseigne d'une façon précise sur certains procédés 
employés par la cour pontificale à l'égard des Juifs. Sous ce rap- 
port, quelques faits sont particulièrement instructifs. C'est ainsi 
que nous voyons les Juifs, en vertu d'un traité, fournir pendant 
quinze ans (I()41-i655) 2,500 lits pour la garnison de Rome, 
moyennant un prix de location mensuel de 4 paules^ partit. 
Quand ils crurent, après de longues années d'attente, pouvoir 
enfin toucher le montant de cette location, ce fut la chambre 
apostolique qui s'en empara sans autre forme de procès. 

L'histoire d'un emprunt de 160,000 écus n'est pas moins 
étrange. Cet emprunt avait été imposé par la cour pontificale à 
la communauté juive pour l'acquittement de ses dettes. Or, quand 
il fut contracté, la môme chambre intervint, s'empara, sous un 
prétexte quelconque, d'une bonne partie de la somme et trouva 
encore moyen d'augmenter ses revenus annuels, en exigeant un 
prélèvement important sur les intérêts usuraires, qu'à l'instiga- 
tion de cette chambre, le banquier avait diï demander aux Juifs. 
Grâce à ces procédés, les dettes de la juiverie s'accroissaient tou- 
jours. 

L'affaire des boulangeries juives est également curieuse. 

Les administrateurs du ghetto avaient astreint les Juifs à une 
taxe spéciale pour la viande et le pain. C'était un revenu qui leur 
permettait, dans une certaine mesure, de faire face aux exigences 

1. Les deux premiers feuillets ont disparu. 

2. Le paulo est une pièce de mouiinie valant environ oO centimes 



1:^8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(lu Saint-Siège. A un moment cependant, sons Innocent XII, la 
ciiambre apostolique dessaisit la communauté du monopole de la 
boulangerie juive et le fit exploiter, à son profit, par des fermiers 
à sa solde, qui montrèrent dans l'exercice de leurs fonctions une 
grande àpreté. Les Juifs ne pouvaient plus manger dans les caba- 
rets en dehors du ghetto, car à tout instant surgissait un archer 
du fermier, leur arrachant le pain de la bouche pour vérifier s'il 
portait bien la marque de la ferme. Si le morceau de pain n'avait 
pas le cachet, le Juif était jeté en prison et y restait jusqu'à ce 
que sa famille ou la communauté eût apaisé le fermier à force 
d'argent. 

Xous ne voulons pas faire une analyse minutieuse de ce docu- 
ment, dans lequel on trouvera encore maints détails curieux sur 
les procédés financiers des papes à l'égard des Juifs de Rome et 
quelques renseignements intéressants sur leur situation ma- 
térielle et morale. 

Jules Bauer. 



Les Juifs de Rome à Pie W. 

3) Ce fut Pie, le quatrième pape de ce bien auguré et très heu- 
reux nom, qui sensible aux gémissements de la communauté sup- 
pliante, anéantie de la sorte d'un coup, lui fit d'abord un large don 
des dettes qu'en attendant elle avait contractées vis-à-vis de la 
chambre apostolique, ainsi qu'il paraît de l'acte reçu le 8« janvier 
1562, par M. Tarano, notaire, aujourd'hui Nardi. Et en modérant en- 
suite le fait de son prédécesseur, il accorda aux Juifs, qu'ils possé- 
deraient des biens fonds, tant ruraux que de ville jusqu'à la concur- 
rence de 1,500 ducats d'or chacun, outre les maisons dans leur car- 
rière, et qu'ils pourraient aussi marchander des grains, des bestiaux, 
et des vivres et exercer enfin toute sorte de commerce, ainsi qu'on 
le lit dans la Constitution pieuse du 27 février 1562. 

4) Cependant, la suppliante ne faisait que de commencer à se rele- 
ver par la force de cette grâce qu'elle avait si longtemps attendue et 
à reparaître dans le commerce, lorsque, ce Souverain Pontife étant 
mort, elle, pour ainsi dire, ne trouva plus de terre qui la soutînt, 
puisque dans la suite du temps, cette modération bénigne ayant été 
cassée, les Juifs furent tous expulsés de l'Etat de l'Eglise ; ceux de 
Rome, d'Ancone et d'Avignon ayant été à peine réservés. Et si on les 
a rappelés dans la suite, ce n'a été que parce qu'on a reconnu que, de 
leur présence et de leur commerce, il revenait un très grand profit 

1. C'est probablement une traduction, l'original ayant du être écrit en italien. 



UN DOCUMENT SUR LES JUIFS DE ROME 13^ 

à l'Etat, ainsi que le Souverain Pontife Sixte V le dit et que Clc- 
menl VIII, son successeur, qui les avait expulsés, le répliqua dans la 
suite, lorsqu'il leur accorda le retour dans son Bref du secomi Juillet 
1593, somm. u°'l. 

5) Mais de plus, commuuaulé et synagogue suppliantes, vu que 
notamment la maison des catéchumènes de Rome, pendant l'absence 
des Juifs, avait souffert un grand dommage, en ce qu'elle n'avait pas 
reçu la contribution entière et accoutumée des dix écus d'or de la 
chambre susdite pour chaque synagogue ou existante ou abattue, la 
communauté dis-je, en force de l'obligation solidaire d'elle seule pour 
le tout, a dû supporter la charge de lui fournir deux mille et cinq 
cents écus par an, lesquels cependant, après le cours de douze années, 
furent réduits à 800 écus, payables pareillement toutes les années, 
sçavoir : 500 écus à ladite maison, et les 300 écus restants au couvent 
des religieuses repenties, appelé dalla Convertite de Rome, ainsi 
qu'on le voit dans le bref dudit pape Clément VIII, daté du 4 janvier 
1604. Somm. n° 2. 

6) El voilà comment la communauté oratrice, à ce titre, a payé de 
son propre, non seulement pour elle, mais pour toutes les commu- 
nautés juives de l'Etat du pape, depuis lors qu'à l'année dernière 
1786, premièrement à raison de 2,500 écus par an et ensuite de 
800 écus, la somme de 175,600 écus, comme par le calcul que l'on 
donne au sommaire n» 3 et qui est justifié par les livres qui existent 
aux archives desdites maisons des catéchumènes et des repenties et 
respectivement par les mandats que Messeigneurs les trésoriers ont 
tiré de tous temps en faveur desdiles maisons et qui sont gardés dans 
le Mont-de-Piété de Rome. 

7) C'est de là, que la suite des impôts et des charges sur la com- 
munauté suppliante a été perpétuelle, puisque dans l'année 1627, le 
souverain pontife Urbain VIII séant, elle fut obligée de donner six 
mille écus et d'en fournir pea après trois mille autres en soulagement 
de l'aumône, ainsi qu'il appsrt des livres intitulés Abondance et cela, 
outre les trois mille écus qu'elle paya dans la Banque Pacquetti, du 
mandement à lui notifié par Pierre Colonua fiscat pour lors du Capi- 
tole, à titre des besoins de TEtat, et les autres 3,000 écus payés dans 
la banque Mirri, par commandement du môme pontife Urbain VIII, 
à profit de la maison des catéchumènes. 

8) Elle fut aussi obligée, presqu'en même temps, de payer la très 
grande quantité de 1,200 écus par an, pour l'entretien d'un nommé 
Massarano, néophyte, sa vie durant, et quoique ensuite Ton ait réduit 
cette quantité à 600 écus par an, la condition qu'on y ajouta ne fut 
pour elle que d'un fardeau plus pesant, puisqu'on l'obligea de donner 
à ce néophyte, par le moyen de la banque Pacquetti, cinq mille écus 
pour une fois seulement, ainsi qu'on l'exécuta tout de suite par 
cédule produite vieres M. Plebani, aujourd'hui Selli, et qu'après sa 
mort, lesdits six cents écus annuels dont il jouirait toute sa vie, 
seraient payables tous les ans au profit de ladite maison des catéchu- 
mènes, à qui la suppliante les a toujours payés, et elle les paie ponc- 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

luellement, saus compter les 500 écus annuels ainsi qu'on le voit 
dans le sommaire no 43. 

9) Rien nobstant même la sentence rendue sur des préalables déci- 
sions de la Rote de Tan 1621, par devant Msgr Manzanedo, qui a con- 
clu, suivant le droit commun, que les Juifs pauvres étant emprison- 
nés à l'instance des chrétiens, y seront nourris parles mêmes deman- 
deurs, puisque malgré cela, Ton ordonna, par une Constitution dudit 
Souverain pontife Urbain VIII, que la nourriture de ces prisonniers 
juifs ne sera plus à l'avenir à la charge des chrétiens, autheurs de leur 
emprisonnement, mais de la communauté suppliante, ainsi qu'il 
parait de la même Constitution qui commence : Cum sicut accepimus, 
datée du 18 octobre 1635, et qui est rapportée par Scanna Rola dans 
son appendice au chapitre 20, dont la conséquence a été et est encore 
pire, vu que plusieurs Juifs pauvres, dont la carrière de Rome 
n'abonde que trop et qui, le plus souvent, trouvent leur compte à 
rester on prison et avoir ainsi de quoi subsister, plutôt que d'aller 
vagabonder et souffrir la faim, ils font comparaître un quelque chré- 
tien, comme s'il était leur créancier, pour retirer de leur communauté 
les aliments, tandis qu'ils sont en prison. 

10) De plus, on commanda que la même communauté eût à fournir 
2,500 lits pour les milices du pape et, quoiqu'on lui eût accordé à 
titre de louage quatre paules par mois pour chaque lit accompli et à 
la charge d'y changer les draps tous les mois, il arriva premièrement, 
que lorsqu'elle s'attendait de recevoir ses lits, on ne les lui rendit 
qu'eu tant de haillons et lorsqu'elle fît la demande au moins des 
louages passés de l'année 1641 jusqu'à Tannée 1655, elle fut au con- 
traire obligée de les remettre et les condonner à la R^e Chambre loca- 
taire, et il arriva de plus, qu'on lui ôta encore la privative de louer à 
l'avenir et pour toujours les lits pour les soldats du pape, à raison de 
trois paules par mois, ainsi qu'on la lui avait accordée, en compen- 
sation des lits et des louages perdus, en la concédant pour douze 
années aux nommés Passerini et Volpi, négociants chrétiens ; et, 
quoiqu'ensuite on lui ait rendu cette privative, ce n'a été que parce- 
qu'elle a dû se contenter, de son côlé, de ne louer plus à l'avenir 
chaque lit qu'à vingt-trois bayoques par mois {Sommaire n°s 4 et 10, 
lett. D), sans qu'elle ait pu cependant jouir jusqu'à présent de la pri- 
vative entière, à cause qu'un nommé Jacques-Philippe Albani fournit 
et loue frauduleusement les lits pour les soldats du château St-Ange, 
et d'autres chrétiens pareillement, en louant quantité pour les soldats 
corses de Rome, ainsi qu'il est très connu. 

11) De plus encore et de plus, le même pape Urbain VIII séant, 
l'on voulut que la suppliante déjà épuisée et affligée, déboursât à la 
Révérente Chambre, en moins d'une année, sçavoir, depuis le 5^ juin 
1643 jusqu'au 20^^ mai 1644, la quantité exorbitante de 37 mille écus, 
pas à d'autre titre, que d'aides, ainsi qu'on la déboursa, en effet, 
moyennant les banques Pacquetti et Pavia. 

12) Si la communauté avait pu tirer une aussi considérable somme 
d'argent fournie par ordre souverain de ses propres substances qui ne 



UN DOCUMEiNT SUR LES JUIFS DE HOME 141 

consistaient et ne consistent qu'en des fonds de haillons et de frip- 
peries, ou tout au plus eu quelques boutiques presque en forme de 
clinquailler, le mal n'eût pas été pour elle insupportable ; mais c'est 
qu'elle a dû s'en procurer les fonds ailleurs à très grandes usures ; 
de sorte que, lors du Souverain Pontife Innocent X, successeur immé- 
diat, elle se trouva sous le fardeau dune dette de 167,076 écus dans le 
fonds, dont partie avait été contractée en faveur du Mont Sanita, ainsi 
que ce pape le dit souvent, et pour lequel fonds, elle payait 1,456 écus 
d'iniérèts par année, et partie à profit de personnes particulières et 
dont le moulant en sa plus grande portion, avait servi à fournir des 
lits et des ustensiles pour la soldatesque et pour aider la Chambre 
apostolique (Sommaire n» 5). 

13) La dette de la communauté suppliante, créée en faveur de dif- 
férents particuliers, était de la somme dans son fonds de 31,139 écus 
et 70 Bayoques, ainsi qu'il paraît de la note des contrats et des actes 
correspondants qu'on soumet ici (Sommaire n«>6). 

14) Mais quel expédient prit-on alors pour venir à l'aide de celle 
oppressée et pour l'appuyer à se soulager du fardeau insupportable 
de ses dettes ? Pas d'autre assurément que celui de lui faire créer de 
nouvelles dettes pour rembourser les anciennes, c'est-à-dire de la faire 
admettre, ainsi qu'on l'admit à 1,660 lieux de Mont Aunone et, pour 
le payement des intérêts et de l'amortissement respectif des fonds, on 
lui dit de retenir ses propres boucheries, conformément au bref de 
l'antécesseur Clément VIII, pour retirer à l'avenir des Juifs acheteurs 
trois quatrins sur chaque livre de viande au dessus de la taxe qu'on 
y mettait communément dans la ville. Et en voici enfin la conclusion. 
Desdits 166 mille écus qui faisaient les 1,660 lieux du Mont Annona, 
appelés aujourd'hui Mont Ristorato secondo, après qu'on en eût em- 
ployé la portion qu'il fallait à l'extinction de la première dette des 
167,076 écus, desquels on parla uniquement, le restant du même prix 
c'est-à-dire 13,400 écus, ne restèrent point au profit delà communauté 
suppliante qui en devait disposer, et qui en aurait imaginé l'emploi à 
Tacquittement d'une bonne partie de la seconde dette de31, 139,70 écus; 
mais, le croirait-on, ce fut la chambre apostolique qui s'en empara et 
qui en jouit, sous le titre ordinaire d'aides et de secours (Som. n^l). 

15) La chambre apostolique n'étant pas encore contente, prétendit 
que l'induit général du pape Alexandre VII, pour la réduction ou 
diminution universelle des lieux de mont, du quatre et demi au 
quatre par lieu de mont, ne devrait pas s'appliquer aux 1660 lieux 
de mont Annone auxquels, comme on l'a dit, la communauté oratrice 
avait élé admise à raison du quatre et demi du lieu de moût. Et 
quoiqu'elle ne prévalût point dans sa prétention, elle en eût d'ailleurs 
l'avantage, puisqu'on ordonna que, attendu l'induit général susdit, 
et vu aussi, en conséquence, le reste du demi écu par chaque lieu de 
mont, qui faisait par rapport à ladite communauté la somme de 
830 écus par année, elle serait admise à d'autres semblables 207 ^ 
lieux de mont, dont le prix devrait rester en dépôt, pour l'employer 
aux besoins de l'Etat (Sommaire n° 7]. 



U2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

16) Ensuite, à l'occasion de l'autre réduction ou diminution faite 
par induit du pape Innocent XI des intérêts des lieux de mont du 
quatre au trois seulement pour chaque livre de mont, eu commençant 
du trimestre de mars et avril 1685, la communauté étant lasse de 
plus s'opposer à la révérende chambre, elle a continué à souiïrir 
par rapport à ces 1660 lieux de mont annonaires, d'eu payer les 
intérêts à raison de quatre, en même temps que la chambre les 
relirait sur ce pied là, elle les passait à ses officiers pour chaque 
lieu de mont, de sorte que la révérende chambre par son propre fait, 
dans l'espace de 69 ans et quelques mois, qui ont commencé en 
avril 1683 et qui ont fini au 15 juillet 1754, où l'on arrêta le cours des 
intérêts de ces lieux annonaires, comme on le répétera dans la suite 
plus à propos, a eu sur la pauvre communauté suppliante un profit 
très considérable de 114,540 écus, ainsi qu'il doit paraître des livres 
de la chambre. 

17) L'on ne peut se pa-ser de faire ressouvenir, qu'on avait la 
coutume dans le carnaval de faire courir à pied, au milieu des hurle- 
ments et des railleries du commun peuple, quelques jeunes hommes 
juifs sans faire attention, ainsi que le souverain pontife Clément IX 
le dit, au peu de convenance qui provenait de ce spectacle et à 
l'avilissement de l'humanité elle-même ; c'est pour cela qu'il l'abolit 
et la détesta. Mais en même temps, la communauté suppliante a dû 
s'en rachaipter au prix de 300 écus par an, ainsi convenu avec la 
chambre capitoline et ainsi qu'elle le paie encore aujourd'hui (Som- 
maire n<* 8). 

18) Ainsi la malheureuse suppliante, en payant et en repayant 
incessamment, demeura ensuite plus inliabile à payer, vu que le 
successif souverain pontife Innocent X lui défendit, pour lors et pour 
toujours, de profiter de cette industrie qu'il lui avait accordée en 
avant et que Sixte V avait aulhorisée, en approuvant ses chapitres 
en forme distincte et qui était exercée par la suppliante elle-même 
ou par quelqu'uns de ses individus dans les banques des emprunts 
(Sommaire n^Q). 

19) C'est par tant d'inhibitions et de charges, arrivées les unes 
sur les autres, que la taille qu'on partageait d'ordinaire d'accord 
parmi les Juifs de la communauté sur le pied de douze paules pour 
chaque cent de la valeur des biens d'un chacun, et qui était employée 
à l'acquittement des impôts de la chambre et des charges ci-dessus, 
s'étant depuis plusieurs années jusqu'alors augmentée à la somme de 
cinq écus et un paule, comme elle y dure encore, et un semblable ac- 
croissement étant arrivé au prix de la viande par les mêmes fins, puis- 
qu'on ne la paye plus maintenant entre eux trois, mais quatre quatrins 
par livre au-dessus de la taxe commune aux chrétiens. Le souverain 
pontife Innocent XII comprit bien que la malheureuse communauté 
ne pouvait pas éviter son entière ruine et extermination-, mais cepen- 
dant, eu égard aux circonstances d'alors, sa réponse, son oracle, a 
été qu'il ne pouvait pas soulager de ses charges, ni en dilationner 
l'exaction, ainsi il ne fit rien que de les confirmer et de lui accorder 



UN DOCUMENT SUR LES JUIFS DE ROME 443 

à jamais le droit de louer les lits aux soldats qui seront pour le 
temps dans les quartiers à Rome, suivant la forme et le concordat de 
l'acte du 23 février 1656 (somm. u° 4) et de la porter à créer une 
nouvelle dette, en la faisant admettre, ainsi qu'on Tadmit aux 
1228 ~ lieux de Mont Saint-Pierre V, avec les intérêts à raison de 
trois pour chaque lieu de Mont, et en orJonnant que, diminution e^ 
retranchement étant fait au préalable du loyer des locataires de 
toutes les maisons de la carrière, à raison de douze pour cent, moins 
de ce qu'ils payaient alors, tant une portion de cette réduction et une 
autre respectivement payables par ces juifs, qui étaient en jouissance 
du droit de gazaga sur ces mêmes maisons, qu'une autre portion 
même du profit que la communauté retirerait du remboursement 
qu'elle ferait de ses dettes, créées à une plus grande usure avec 
l'argent provenant de ces lieux de Mont Saint Pierre V dussent être 
destinées à la suppression ou extinction des mêmes lieux de mont 
St Pierre V (Somm. n» 10). 

19) Sans d'autres secours que ceux-là, il devait arriver, ainsi qu'il 
arriva, que la communauté des Juifs de Rome tombât en ruine, 
puisque ses fonds étant épuisôs, et les Juifs de la carrière dispersés 
en la plus grande partie, plusieurs boutiques se fermèrent et les 
maisons restèrent vides à centaine. De quoi sensiblement pénétré, le 
saint père Clément IX fit restreindre encore plus cette enceinte, afin 
que les boutiques et les maisons ainsi abandonnées ne restassent pas 
à charge et au préjudice du restant des habitants juifs ou de leur 
communauté, et il voulut qu'on diminuât aussi les louages des 
maisons comprises dans ce nouveau rétrécissement, et cela, sans 
compter l'autre réduction qu'on avait fait par ordre du pape 
Innocent XII, et que la nouvelle réduction ne fut pas au profit de la 
communauté, comme auparavant, mais de chaque Juif qui les habi- 
terait ou les retiendrait. Enfin, il commanda que l'on donnât à plus 
d'un boulanger et à plus d'un boucher la privative de vendre et de 
débiter du pain et de la viande aux juifs, en déclarant en môme temps 
que le revenu de cette privative serait appliqué à la chambre aposto- 
lique, en diminution des dettes présentes et avenir de la commu- 
nauté vis-à-vis de la chambre (Somm. n*^ 11). 

20) Peu après, cette privative fut abolie, autant qu'il suffisait 
alors, pour faire cesser la confusion et le tumulte que précisément 
les archers du fermier privatif des fours causaient non seulement au 
dedans de la carrière, mais par la ville en arrêtant les Juifs, tantôt 
dans les cabarets, eu supposant qu'ils y eussent mangé du pain 
commun aux chrétiens; tantôt, en les surprenant dans le moment 
que ces malheureux allaient se mettre le dernier morceau d'un pain 
à la bouche, quoiqu'il fût de la marque du fermier, et si l'on ne trou- 
vait pas dans ce morceau la marque de la ferme, cela suffisait pour 
saisir l'affamé et pour l'emmener en prison, pour n'en sortir qu'après 
que lui, ou sa maison, ou la communauté pour eux, eût apaisé le 
fermier à force d'argent, et qu'elle eût payé les peines ou amendes 
et les émoluments à la cour et les droits de capture aux archers. 



444 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

22) L'oratrice ne veut plus, très saint père, vous rappeler telles et 
tant de choses des temps passés et, si quelquefois elle se tourne de 
ce côté là, pour ne pas oublier les grâces du très bon et très grand 
souverain Pie IV, ou de quelque autre pape bienlaisant, elle ne 
détourne pourtant jamais les yeux respectueux de la vénérable pré- 
sence de votre très sacrée personne qui, étant revêtue d'une souve- 
raineté généreuse, connaît très bien, qu'autant le pouvoir lui est 
propre, tant il y va de sa gloire de soulager les affligés et les oppres- 
sas de la misère, et elle se ranime en même temps et confie que votre 
sainteté, si elle connaît qu'il n'est pas à propos aujourd'hui de 
rappeler le bonheur de cette époque, en ordonnant que ladite consti- 
tution pienne, soit observée, se daignera du moins de la tenir eu 
confrontation du spectacle de sa cruelle situation que l'oratrice lui 
représente et des remèdes qu'elle implore. 

23) C'est donc la suppliante qui, comptant en avant, tant sur ses 
propres fonds que de ses individus, un million et plus d'écus, n'en a 
aujourd'hui qu'à peine 70 mille ou environ, conformément à la des- 
cription juridique qu'on en a fait en dernier lieu, dont voire Sainteté 
peut bien avoir connaissance, si on l'accepte entièrement, et cette 
somme n'étant pas éparse entre tous les juifs qui sont à peu près en 
nombre de dix mille, mais elle se trouvant uniquement chez qua- 
rante une de ses maisons, les autres n'étant que de fort pauvres 
gens. 

24) A ces fonds, dont la valeur n'est que de septante mille écus, si 
Ton peut les laisser sur ce pied après la connue très récente ruine de 
deux des plus riches négociants juifs, on oppose une dette plus 
absorbante, telle qu'est celle de plus de deux cent mille écus que la 
Révérende chambre entend retirer de la communauté oratrice, tant à 
titre des 1288 r-- lieux de mont St Pierre V susnommés et respecti- 
vement des 1660 lieux de mont Annone ou Rislorato secondo, qu'à 
titre de quelques paiements d'environ quarante mille écus qu'on a 
fait faire pour les besoins de la suppliante, sans compter les autres 
dettes qu'elle a été obligée de contracter au profit des particuliers. 

25) Or, on ne saurait jamais concevoir comment la communauté 
oratrice peut tirer de ces fonds si mal assortis et épuisée par des 
dettes, tout le montant des payements de 11157.95 écus qu'elle 
doit faire tous les ans pour et à titre des charges suivantes, savoir : 

26) Pour les charges du commun qui sont attachées de sa nature à 
la même communauté, ainsi que le sont les dépenses mineures, c'est- 
à-dire les 345 écus annuels pour l'entretien de l'Archive, de l'Archi- 
viste, des procureurs, pour soutenir des procès, et les 850 écus 
annuels environ, pour remboursement aux facteurs de leurs frais à 
l'occasion des morts à la campagne, de l'hospitalité des passants, de 
l'inondation du Tibre, de ce qu'il fait besoin dans le vicariat et, dans 
les occasions, des menues dépenses en toute l'année et ainsi que le 
sont les dépenses majeures, c'est-à-dire pour les aumônes et des 
secours à tous les pauvres chaque samedi, la pâque et les fêtes 
solennelles et en d'autres jours de remarque, et lesquelles jointes 



UN DOCUMENT SUR LKS JUIFS DE ROME 145 

auxdites dépenses mineures, se montent à la somme d'environ 
2943 écus par an (Somm. n^ 12, leltre A). 

27) Et à titre de charges camerales imposées ou par des chiro- 
graphes des papes et autres ordonnances, comme le sont les 3,8G4 écus 

12 

et 36 Bayoques annuels pour les intérêts desdits ^288^^ lieux de 
mont St-Pierre V, les 1,400 écus destinés aux maisons des catéchu- 
mènes et des religieuses repenties, les 831 écus et 57 Bayoques assi- 
gnés à la Chambre Gapitoline, savoir : les 30ù pour d'autant taxés 
lorsque les jeunes hommes juifs ont été absous de la Course du Car- 
naval et les 531,57 aussi annuels pour d'autant que l'on sait ni le 
comment, ni le pourquoi, mais que l'on nomme pour des ièiesd'açone 
et de testaccio ; les loO écus annuels payables en réparation des che- 
mins, portails, tuyaux et fontaines, les écus, 150 environ pour nour- 
riture aux juifs emprisonnés qu'on doit donner en force de ladite 
constitution du pape Urbain, et plusieurs autres frais et fournitures 
qui, jointes à celles ci-devant énoncées, se montent à la quantité de 
8,200 écus et plus (Somm. no 13). 

28) A l'égard de ces charges camerales ou imposées par chirogra- 
phes des papes ou par d'autres ordonnances, s'il paraît à votre Sain- 
teté que quelqu'une d'entre elles soit illiquide et douteuse et que, 
par conséquent, on ne doive pas l'accorder, il suffira que votre Sain- 
teté commande qu'elle soit abolie et cassée, l'oratrice étant ainsi 
contente de ne la supporter plus à l'avenir, de même, si elle se 
daigne absoudre de quelle que ce soit parmi celles qui lui paraîtront 
liquides et assurées. 

29) Pour ce qui est encore des charges de la communauté et qui 
sont d'elles-mêmes attachées à Poratrice, elles doivent comparaître à 
l'entendement supérieur de votre Sainteté avec l'aspect d'une entière 
vraisemblance et de la même vérité, puisqu'elles le sont assurément, 
comme les dépenses mineures pour le maintien de TArchive, de l'ar- 
chiviste, du procureur, pour le soutien des procès et pour le rembour- 
sement aux facteurs, administrateurs de ce qu'ils ont dépensé du 
temps de l'inondation de la rivière, de ce qu'il faut près du magistrat 
souverain et de ses ministres, et dans les occurences journalières et 
annuelles que toutes les communautés souffrent, comme étant néces- 
saires à sa bonne administration et qui, en vérité, sont telles. Comme 
aussi les dépenses majeures en des aumônes et des secours à tous 
les pauvres de la carrière, lesquelles, en espèce, conviennent et sont 
communes aux Juifs également qu'aux chrétiens par divin précepte 
de charité, au lieu ensuite de preuve en espèce et de liquidation 
desdites dépenses majeures, sans les examiner une à une, peut servir 
la réflexion que la grande multitude des Juifs, étant contente de ce 
qu'elle reçoit des bienfaiteurs et des écoles de la carrière, elle s'abs- 
tient d'être importune au restant du peuple de la ville et à l'épargne 
et aumônerie du prince. 

30) L'on voit donc, combien le revenu des fonds et capitaux de la 
communauté qui maintenant existent, en l'évaluant à dix pour cent 
sur son fonds et principal d'environ 70 mille écus, si tels on peut 

T. LI, N° loi. lu 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les estimer, soit au dessous et insuffisant pour le maintien de dix 
mille vivants, d'autant qu'est environ le peuplement de la carrière, 
c'est-à-dire pour l'entretien et nourriture aux possesseurs desdils 
capitaux et à leurs familles et pour payer les charges du commun ou 
celles qui sont attachées à leur communauté et qui se montent, 
comme on l'a dit, à 2,943 éeus par an, sans compter le surplus des 
tailles (au Somm. n^ 12 lett. B.) et l'on voit tout de suite combien il a 
été inévitable en avant à elle de créer de si considérables dettes, son 
peuplement et sa communauté ayant été encore chargés d'impôts 
même par la Chambre, par des chirographes des pontifes et par 
d'autres ordonnances en ladite somme de 8,200 écus annuels; notam- 
ment, en se faisant admettre à des milliers de lieux de mont, et en 
s'obligeant ensuite pour lesdits 40 mille écus environ en faveur de la 
Chambre, et l'on voit encore combien aujourd'hui sa nécessité soit 
pressante et combien elle soit prête à tomber en faillite, en ruine et 
en désespoir, qu'elle, à qui on accorde l'honneur de vivre dans la 
capitale ville de l'Etat et du monde et dans la résidence du Prince, 
soit réduite en une situation qu'elle ait à envier lacondition.de celles 
qui en sont éloignées, si votre Sainteté, par sa prompte et ordinaire 
pitié, n'empêche tant de maux qui sont arrivés à l'oratrice dans les 
temps et ministères passés, en ordonnant l'exécution des remèdes et 
expédients discrets et faciles que la suppliante ose suggérer, ainsi 
qu'il suit : 

31) Que toutes les charges du commun attachées à la communauté 
suppliante et qui lui sont propres, comme celles de l'entretien de 
l'archive, de l'archiviste, des procureurs, des frais des procès en 
remboursement aux facteurs et pour la distribution des aumônes et 
des aides aux pauvres de la carrière, dans leur maladie, et qui se 
montent à ladite somme de 2,943 écus et encore de plus, soient 
endossées à elle seule, et, qu'en même temps, la privative qu'elle a de 
retenir une ou plusieurs boucheries dans la carrière, lui soit con- 
firmée, en lui attribuant le revenu de la ferme d'icelles, et, quoique 
cela soit fort à charge à son entier peuplement, vu que ce revenu ne 
doit provenir que du paiement que les acheteurs juifs de viande 
font de quatre quatrins sur chaque livre d'icelle au dessus de la taxe 
commune aux chrétiens, ainsi qu'on l'a déjà dit, cela servira du 
moins à l'oratrice pour le partager et pour l'employer au paiement 
des charges populaires, c'est-à-dire des charges du commun sus- 
énoncés et dont elle, si cela n'arrive pas, ne peut et ne pourra jamais 
s'acquitter, vu l'insuffisance de ses capitaux vis-à-vis de ses charges. 
Qu'ensuite, toutes les charges camérales imposées, ou parles chiro- 
graphes des papes, ou par d'autres ordonnances, ou leur montant 
calculé comme ci-dessus en 8,200 écus par an, ou à être calculé 
en autre somme plus petite, à laquelle votre Sainteté voudra bien les 
réduire par sa clémence, soient divisées à proportion pour être payée 
et par la communauté juive de Rome et par toutes les autres de 
l'Etat, chacune pour cette portion qu'on voit détaillée dans la réparti- 
tion qu'on soumet très humblement au Sommaire n° U, eu égard a 



UN DOCUMENT SUR LES JUIFS DE ROME 14: 

leur propre avoir. Il ne doit pas occasionner un sensible dérange- 
ment auxdites communautés d'y concourir, puisqu'elles sont plus à 
leur aise, et elles sont libres de ces charges que l'oratrice souflre, 
ainsi qu'on peut le relever plus précisément du dénombrement ou 
estimation de la jouissance de la communauté juive d'Ancône fait en 
l'an 1785 et qui se monle à 778,915,50 écus libres de toute imposition 
que ce soit, excepté de ^,331,74 -^ é<^'US qui ne sont employables 
qu'aux besoins de ladite communauté juive d'Ancône (Sommaire 
n<> 15). Au contraire, elles lui devront savoir gré, en considérant 
qu'elles soulagent une de leurs sœurs, la communauté suppliante, 
dans la détresse où elle est plongée, sans qu'elle ait la moindre faute 
en cela, et outre ce, il est tellement juste qu'elles s'y accommodent, 
qu'il est de devoir qu'elles donnent une compensation pour ce far- 
deau très pesant que la suppliante a soufiért avec tant de dérange- 
ment en ce qu'elle seule en force de l'obligation solidaire a payé pen- 
dant 193 ans, c'est-à-dire depuis l'année 1593 jusque l'année dernière 
1786, la somme très remarquable de 175,600 écus, premièrement à 
titre des annuels 2,500 écus et ensuite des 800 écus que toutes les 
synagogues de l'Etat du pape ont dû et doivent payer sans cesse et 
cela, sans que la suppliante en ait jamais reçu le remboursement 
desdites communautés juives coiébitrices coaime on l'a dit ci-dessus 
SS. 2, 5 et 6. 

32) Que la nourriture aux juifs qui seront emprisonnés à la requête 
des chrétiens soit donnée par les demandeurs eux-mêmes, confor- 
mément à la décision de la Rote publiée le 11 février 1621 par devant 
Maiizanedo, non seulement afin que la communauté suppliante soit 
remise en jouissance du droit commun et romain, mais qu'elle reste 
encore exempte de ce désordre et de ce préjudice que lui cause la 
fraude que la Constitution du pape Urbain susénoncé au 5^ 9y a fait 
glisser par son innovation contre ladite décision. 

33) Que la privative de louer les lits à la milice du pape que la 
communauté suppliante a acquis par titre onéreux et par une perte 
énorme qu'elle a souffert, ainsi qu'on l'a avancé et prouvé §§ 10, 12 et 
19, lui soit conservée et protégée, et, qu'en conséquence, expresses 
inhibitions et défenses seront faites au nommé Jacques Albani qui 
loue en cachette les lits pour les soldats du château St-Ange, et à 
d'autres chrétiens, qui également en louent quantité pour les soldats 
corses de Rome, de ne faire plus ce commerce, ce qui est d'autant 
plus juste et raisonnable qu'il est nécessaire que le revenu de cette 
privative de l'oratrice soit appliqué, comme on le verra dans la suite, 
au paiement de ses dettes vis-à-vis la Révérende Chambre. 

3i) Que la dette de l'oratrice d'environ 40,000 écus qu'on a rapporté 
ci-dessus au § 24 et qui est provenu depuis que la R^« Chambre a 
fait tirer de temps en temps et jusqu'à présent du Mont de piété tout 
ce qu'il a fallu à l'oratrice pour payer les charges camérales, les inté- 
rêts des lieux de mont et les frais qui lui faisaient besoin, sans que 
les dépôts que l'oratrice a fait dans ledit mont eu faveur de la 
Chambre jusqu'aujourd'hui des sommes qu'elle a retirées de sa car- 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rière, ayant pu la rembourser de ladite somme, cette dette d'environ 

12 

40,000 écus et l'autre aussi du fonds desdits 1288 —lieux de mont 
St-Pierre V soient donc cassées et supprimées Tune et Tautre pour 
autant que porte la compensation de cette surprenante quantité de 
1 14, 040 écus que la Chambre a mis elle-même à son compte et à profit 
(la portion tous les ans de 1,660 écus) pendant 69 ans et plus en 
imputant à l'oratrice par rapport auxdits 1,660 lieux du mont Anno- 
naire les intérêts à raison du quatre, tandis qu'elle, c'est-à-dire la 
Chambre, ne les payait aux montistes qu'à raison du trois par lieu 
du mont. Il parait impossible que cette suppression qui en ferait la 
compensation ne doive pas être agréable à la justice et à la charité de 
votre Sainteté. Mais enfin, si elle ne lui plait pas, qu'elle daigne du 
moins ordonner que tant la dette de l'oratrice de 40 mille écus 
environ que l'autre du fonds des 1288 ^ des lieux de mont, en arrê- 
tant néanmoins le cours de leurs intérêts, seraient rapportées et 
décrites à l'écart dans le livre caméral, avec la marque et condition 
que l'une et l'autre doivent être amorties avec les 3,864,36 que la 
Révérende Chambre prétend et veut exiger et qu'elle exige sur la 
communauté suppliante à titre des intérêts des mêmes lieux de 
mont. La très affligée oratrice a une entière confiance que du moins 
votre Sainteté ordonnera tout cela, et elle s'en flatte avec d'autant 
plus de sûreté, qu'il est connu que dans un temps beaucoup plus 
malheureux pour elle, tel que sous le gouvernement du souverain 
pontife Benoit XIV, par le moyen de la congrégation appelée de 
Residui qui a été assemblée le 15 juillet 1754, elle reçut la grâce de 
faire rapporter dans le livre caméral dit « des dettes de peu d'espé- 
rance » tous les susdits 1,660 lieux de mont annone auxquels l'ora- 
trice aurait été admise depuis l'an 1647, ainsi qu'on l'a rapporté 
distinctement ci-dessus au § 14, en y annotant même que les intérêts 
n'en devraient plus courir ; qu'au contraire, la Chambre devrait se 
contenter que la dette imputée à l'oratrice à cause des lieux de mont 
et liquidée alors en 65,847 écus et quarant bayoques se diminuât. 
(Ainsi, qu'en efl'et, elle a diminué à Toul le 20 avril 1786 et elle a été 
réduite à 41,621,32 écus) moyennant 795,66 que la suppliante laisse à 
la Chambre, en n'exigeant pas l'émolument de ladite ferme des lits 
(Sommaire n» 16). Sur cet exemple, si la rare munificence de votre 
Sainteté en admet les deux dettes de l'oratrice, c'est-à-dire celle de 

13 

40 mille écus environ, et l'autre, du fonds desdits 1288 j^q lieux de 
mont St-Pierre V, étant décrites et dénombrées dans le livre caméral 
des débiteurs de peu d*espérance, ne pourront pas être censées des 
dettes de peu d'espérance, mais au contraire, on devra les dire d'une 
espérance entière et assurée, puisqu'en l'employant pour leur extinc- 
tion les écus 3,864,36 annuels susdits, la R<^^ Chambre, sans aucune 
crainte de les perdre et sans mille difficultés d'exaction, n'aura pour 
les retirer qu'à se fier au bénéfice du temps. Cet induit particulier et 
cette indulgence gracieuse deviendront encore plus faciles à l'équité 
de votre Sainteté, si elle daigne de faire attention que l'oratrice n'a 
créé ces dettes, en leur plus grande partie que pour faire des som- 



UN DOCUMENT SUR LES JUIFS DE ROME 149 

ministrations et des donatifs à la principauté, puisqu'elle a payé, 
à ce titre, sous le seul gouvernement de deux souverains pontifes 
Urbain VIII et Innocent X, la très excessive somme de 165,400 écus, 
sans compter la somministration des 2,500 lits pour la soldatesque 
romaine, dont elle, à son grand dommage, perdit ensuite le fonds et 
tous les louages, ainsi qu'on l'a rapporté ci-dessus ^§7, 10 et 11, et 
que le souverain pontife Innocent X l'exprima dans son chirographe, 
eu y faisant souvenir à point que les dettes susénoncées, dans leur 
plus grande partie, n'avaient été faites que pour des secours à la 
Chambre apostolique et pour fournir des lits et des ustensiles à la 
soldatesque que en temps de besoin. 

La malheureuse suppliante, prosternée aux pieds de votre Sain- 
teté, ose donc proposer ces tempéraments pour obvier au péril immi- 
nent de son entière ruine. Si pourtant votre Sainteté, par sa très 
haute intelligence et par les incomparables lumières, n'en imagine 
d'autres et si elle n'en prend d'autres par sa très puissante souve- 
raine autorité, pour les employer au même effet et plus vite et plus 
à propos. 

A notre Très Saint Père, le pape Pie VI, heureusement régnant 
pour la communauté des Juifs. 

A Monseigneur auditeur qui en parlera. 

Le 2 juin 1787, de Vaudience de sa Sainteté. 

Sa Sainteté a nommé une congrégation particulière qui sera com- 
posée de MM8''s Ruffo, trésorier général délia porta, Rasconi Gregorii, 
Pelagalto, Gonsalvi et Miselli, ce dernier prenant la place et les fonc- 
tions de secrétaire, afin qu'elle connaisse des griefs qu'on a exposés, 
tous ceux qui y ont intérêt étant appelés, et afin qu'elle rapporte à 
Sa Sainteté quels sont les griefs qui méritent qu'on y pourvoie et 
comment on peut y pourvoir. 

Signé : Philippe Gampanelli, auditeur. 



NOTES ET MÉLANGES 



A PROPOS DES LÉGENDES DE LA VIERGE 

Encore, qu'il y ait peu d'intérêt pour le judaïsme à savoir com- 
ment les Légendes de la Vierge se représentent les rapports du 
christianisme avec le judaïsme, je voudrais cependant, puisque la 
question a été une fois abordée dans cette Revue ', ajouter quelques 
données tirées de ce cycle de légendes. C'est ainsi qu'il existe un 
type de personnage auquel on donne le nom de Théopbile. Théo- 
phile, administrateur des biens d'un évèque, était un homme plein 
d'ambition, et il fut ainsi amené à se rendre auprès d'un sorcier 
juif, qui se chargea de lui faire obtenir de grands honneurs, à 
condilion qu'il renonçât à Dieu, à la religion chrétienne et à Marie. 
Le Juif évoqua le Diable, et Théophile dut s'engager envers celui-ci 
par un acte écrit de sa propre main. Effectivement, Théophile put 
jouir de plus grands honneurs que par le passé, mais il se repentit 
et pria la Vierge de lui cliercher l'acte dans l'enfer et de le délivrer, 
lui, du pouvoir du Diable. C'est ce qui fut fait, et trois jours après 
Théophile mourut-. Il n'est plus question, d'ailleurs, du sorcier 
juif, dans cette légende qui est caractéristique, en ce qu'elle 
exprime clairement la croyance, née au moyen âge, que le Juif est 
un magicien et l'allié du diable ^. Un autre type, déjà mentionné '\ 
est celui de l'enfant juif qui est amené au baptême à la suite de 
l'adoration d'une statue de la Vierge ; il a été également traité sous 
forme poétique 'K 

1. /ieyî^e, XLVin, 82-93. 

2. Fr. PfeifJer, Marienlerjenden, Vienne, 1863, p. 193 et s. 

3. Poui- plus de détails, voir Roslioff, Geschichle des Teufels, Leipzig, 1869, 2 vol., 
passim. 

4. Revue, loc. cit. 

5. Pleiffer, op. cil, p. 237. 



NOTES ET MÉLANGES m 

Le texte hébreu de R. Jona Râpa, que j'ai publié, est si curieux, 
au point de vue de l'histoire de la civilisation, que nous devons 
saluer avec joie tout ce qui peut éclaircir ce sujet. Or, à présent, 
VEsposizione internazionale Mariana, organisée à Rome k l'occa- 
sion du Jubilé du cinquantenaire de la proclamation du dogme de 
l'Immaculée Conception, que j'ai vu moi-môme et dont j'ai sous les 
yeux le Catalogue (Rome, 1905), peut servir à nous renseigner. La 
plupart des statues de la Vierge décrites par J. Râpa y sont visibles 
et le texte de celui-ci en reçoit ainsi quelque lumière. 

Ainsi, je n'avais rien pu dire précédemment de la statue de Vich, 
en Catalogne. Or, on trouve maintenant dans la collection de Rome 
plusieurs statues de la Vierge venant de cette ville, et six de ces 
représentations, sculptées dans le bois, sont même reproduites 
photographiquement dans le Catalogue ^ Elles datent des xs xi% 
xii% xiii% xiv^ et xv° siècles, et notre auteur peut avoir vu l'une 
d'elles de ses propres yeux, car les imitations en étaient aussi 
répandues en Italie. 

La Madone d'Oropa est très richement représentée à cette expo- 
sition et porte môme la désignation officielle : Nostra Signora 
d'Oropa sui monti di Riella ^ C'est tout à fait ce que dit J. Râpa -^ 
De môme, on y voit tout un album consacré à la Madone de Casale- 
Monferrato 's mentionnée tout pareillement dans notre texte. La 
Madone noire d'Alt-Oetting, que j'avais mentionnée dans mon pré- 
cédent article, et beaucoup d'autres peintes en noir figurent à l'Ex- 
position sous les formes les plus variées, et elles sont aussi décrites 
dans le Catalogne ^\ La Hongrie, le Royaume de Marie par excel- 
lence, que J. Râpa dépeint si exactement, y est représentée par un 
gros album *' ; de môme la France, par des ouvrages de luxe nom- 
breux et nourris, et tout particulièrement par la statue miraculeuse 
de Nice, que relève également J. Râpa ^. 

Nous comprenons mieux notre texte en ce qui concerne le Vorarl- 
berg et le Tyrol, où je n'avais pu indiquer précédemment de statues 



1. p. 43, dans la salle C, n» 74. On sait ([u'ou Es]>agiie la sculpture en bois est de- 
venue au moyen âge un art véritable. 

2. Voir Catalogue, p. u4, n° 53 ; p, 5a, n" 06 et 71 ; p. 90, n° 25 et 26. 

3. -irsrt 'va^-in na^i"» N^m r;b\s^nb rrmnp ^^riT nstiin n^N. — C'est 

de Biella rprest originaire R. Uri b. Siméon, auteur du &'^N'^3DÎ1T niDNlH O^Tl"^ 

4. CatalQfjue, p. 31, n» 42. 

5. Ibid.^ p. 55, n» 75; p. 74, n» 30 ; surtout p. 140, où est appréciée la signification 
de cette image bavaroise. 

6. Catalogue, p. 56, n» 78. 

7. IbicL, p. 188, n° 7. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la Vierge. Rome nous montre Tirnage miraculeuse d'Oberlana, 
dans leTyrol \ et les statues d'Unserfrau (Notre-Dame), de Santa 
Maria di Gampiglio, etc. 

Le fait mentionné par J. Râpa, que ces images miraculeuses rem- 
plissent chacune une mission difTérente, par exemple de prémunir 
contre la grêle et la sécheresse, peut également être constatée 
Rome de la façon la plus simple, quoiqu'il soit déjà suffisamment 
connu par ailleurs : une Madone protège contre la peste, une autre 
contre le feu, une troisième contre l'inondation, et ainsi de suite. 
En général, donc, le récit de J. Râpa apparaît comme absolument 
exact. 

Budapest. 

Samuel Krauss. 



L'ORIGINAL ARABE 

DU TRAITÉ DES VERBES DÉNOMINATIFS 

DE JUDA IBN BAL'AM 



On sait que les trois ^'monographies lexicographiques de Juda 
ibn Bal'âm traitant des homonymes, des particules et des verbes 
dénominatifs ne se sont conservées intégralement que dans une 
traduction hébraïque anonyme. C'est seulement de la troisième de 
ces monographies qu'il existe un fragment assez considérable de 
l'original arabe à la Bibliothèque de la Synagogue de Varsovie. Ce 
fragment, que j'ai décrit dans la Revue (t. XXXVI, p. 298-301), con- 
tient les articles qui vont de ^nn à bon, et s'étend à peu près sur 
le cinquième de l'ouvrage entier. Etant donnée la rareté de l'ori- 
ginal arabe, je crois utile d'annoncer qu'étant récemment de pas- 
sage à Londres, j'en ai encore trouvé un morceau parmi les frag- 
ments de la Gueniza qui appartiennent au British Muséum et qui 
ne sont pas encore catalogués. 

Le fragment de Londres, qui se compose de deux petits feuillets, 
et coïncide avec une partie de manuscrit de Varsovie, commence, 
au milieu de l'art. m"i, par ces mots : [\)2 t^bi2 n^N] ^^'di^n int« bttp 

1. Catalogue, p. 193 : Maria del Soccorso a Oberlana nel Tirolo. 



NOTES ET MÉLANGES lb3 

Y'?N icf. Revue y l. c, 301 on haut), et contient ensuite les ar- 
ticles depuis \\D^ jusqu'au commencement de ybn. Les variantes 
sont insignifiantes, sauf que dans le premier article n?3n il manque 
le passage sur n?2n "i"^"^! (Ps.. lxxv, 5; cf. la traduction hébraïque 
dans tihiy "^Ti, éd. Goldherg, II, 56, 1. 5), et qu'au commencement 
du f** 1 V", entre les articles a3T et -i^t, on trouve la glose suivante, 
qui continue le texte : "'U5"'n "^Dbnr û^'Dn b^T bo^i^ riDt^ b"T Ti^y by 
':>:zi<oi< riDDD ^d Nnn D^b ^b bi3T d^:i \n-»i3 HjD p. L'art, bnr manque 
aussi, en effet, dans la traduction hébraïque ; il se trouve, par 
contre, dans le nn*^ nD\a, manuscrit d'Isaac b. Eléazar Halévi (ms. 
Paris, n" 1225), au chapitre des verbes dénominatifs (û-iaiirpti d-^b^^sn 
m^ttjn^o) qui dépend beaucoup de la monographie de Juda ibn 
BaPam^ L'article en question y est conçu en ces termes plus brefs 
(ms. fol. 97 ô] : -^t^y i52ip?3i ibiaT û-^uî"^ ^i^tû ^^-^a^ "^sbaT"» bar. 

Samuel Poznanski. 
1. Cf. Fuchs, npnnn, i, 194. 



BIBLIOGRAPHIE 



Margoliouth (G.)- Catalogue of the Hebrew and Samaritan Ma- 
nuscripts in the British Muséum. Part II. Londres, 1905, in-4o 

do (8) -f 492 pp. -L X planches. 

J"ai déjà dit mon sentiment sur le caractère et le plan de ce Catalogue 
excellent et plein de renseignements, en rendant compte, dans cette 
Revue, de la première partie [Revue, XLl, p, 301-308), 11 m'est donc 
permis d'être plus bref maintenant, d'autant plus qu'il m'a été donné de 
lire les épreuves de cette seconde partie également, et d'y ajouter, au 
cours même de l'impression, un certain nombre de remarques, spécia- 
lement en ce qui concerne la bibliographie ^ Cette deuxième partie a 
une étendue presque double de la première, et cette différence tient 
d'abord à ce qu'un plus grand nombre de manuscrits s'y trouvent décrits 
^393 contre 339\ et aussi à ce que la description en est, en général, plus 
détaillée. Le Catalogue ne comprend que trois rubriques : l" ouvrages mi- 
draschiques et homilétiques (n°^ 340-397) ; 2° talmudiques et halachiques 
(n"* 398-604), et 3o liturgiques (n»« 605-732). 

En fait de Midraschim, le British Muséum possède quelques manus- 
crits d'une très grande valeur. Tel est avant tout le Ms. Add. 27169 [Catal. 
n^ 340), qui contient au début une copie de Berèschit Rabba, laquelle 
forme la base de l'édition Theodor. Puis vient un unicum : un manuscrit 
du Yalkout ha-Makhiri sur les Douze petits Prophètes (n» 342 ; cf. Revue, 
XL, p. 283), qui fut copié à Tivoli en 1514 pour le cardinal Aegidio ; 
c'est aussi ce prélat qui, vraisemblablement, a ajouté à la marge des 
gloses latines, à tendances christologiques (v. le fac-similé sur la pi. iv). 
Le Br. Mus. possède plusieurs exemplaires (n°* 347-359) de la compila- 
tion yéménite. \q Midrasch ha-Gadol, dont le premier volume, sur la Ge- 
nèse, a été récemment édité par Schechter (Cambridge. 1903 ; cf. Revue, 
XLVI, 277), et, grâce à la seconde partie duquel (sui' l'Exode), Hoffmann 
vient de reconstruire la Mekhilta de R. Simon (Francfort-s.-M., 1905; cf. 
Revue, L, 298). Signalons, à ce propos, la notice qui se lit au commen- 

1. Cf. aussi les remarques de M. Israël Lévi, Revue, L, 270. 



niBLIOGRAPÎIIE 485 

cernent ilii n° 349 iCatuL, p. i l a), et qui porte la date du 26 Nissan 2028 de 
l'ère des Séleucides (7 avril 1717); elle nous apprend que Loulou (mbib), 
Mlle du Saïd al-Klioumri (n?2bbN), vendit trois parties de ce Midrascli, 
la (ienôse, TKxode et les Nombres, dont elle avait reçu deux pour 
sa Ketouba. Cela rappelle d'anciens faits datant de l'époque talmu- 
dique (v. Guittin, Vô n en bas; cf. à ce sujet Hlau, Studien zum allhe- 
bruisrbru Ihicltirnsm, p. 193). — D'un autre Midrasch du Yémen, le 
obibt^ nia de Netanel b. Yesaya (cf. Steinschneider, Die arah. Lit. (L 
Judm, ^ 188), le Br. Mus. possède un manuscrit complet et deux 
fragmentaires (no* 360-362), qui tous représentent des recensions diiïé- 
rentes. 

Parmi les ouvrages homilétiques, il faut noter les Deraschot sur le 
Pentateuque et les Haftarot (n'^» 371-375) attribuées à David Maïmonidc, 
et que iMai'golioutli, cliose singulière, considère comme authentiques, ce 
qui n'est guère possible (v. encore Eppenstein, Motiutsschrifl, XLIX, 
p. 381). Par les titres de ciiaque homélie, qui sont reproduits ici, on 
voit qu'elles appartiennent à la même classe que, par exemple, celles 
d'Isaac (iaon (v. Steinschneider, op. cit. ^ 168, complété dans les jVach- 
iraf/je, p. 345 en bas). Que l'on compare, pour prendre un exemple, le 
titre de la section Noah [CataL, p. 31 a, no 4 : nrr^îûbi m nu:iD "^insa 
•oin uîNm nauîbi ninn p"«1ir) avec ceux d'Isaac, publiés par Steinschnei- 
der (dans Kayserling, Bibliothek jûdischer Kanzelrrdner, II, Homil.Bei^ 
lacff}, p. 17 et suiv.i. Cet Isaac est cité, ici aussi, sous le nom de n 
pMriTi pn^S"^ (v. CataL, p. 36 6, surtout note a). Remarquons encore que, 
de môme que Munli a acheté à un Caraïte les parties de ces homélies 
qu'il a rapportées du Caire (v. Ann alen Aq ]osi, 111, p. 94), de môme le 
n" 371 a appartenu à un Caraïte (v. Catal., p. 33 «, en bas : Du; ^V pn3>3 
Nnp?D ■'Sn?: u"d rîDns mu DT»). D'un autre côté, le copiste du n» 372 
porte le surnom très rare de ïinNna (v. ma remarque dans Monatsschr., 
XiJX, p. 45). — Parmi les liomélies caraïtes, une mention particulière 
revient aux Prolégomiines (nN73'ip») des péricopes du Pentateuque, 
écrits en arabe (n^-* 394-397), qui, comme on sait, y sont attribués 
tantôt à Samuel I73b72r; b. Moïse b. Hésed-el ibn al ^30. tantôt à Samuel 
Ncinn b. Moïse b. Yeschoua al-Magribi (v. Steinsclineider, Verzeicintiss 
d. Berl. Hmulschr., 11, n^ 202). Peut-être la solution de cotte énigme 
est-elle que ces deux auteurs caraïtes ont, l'un et l'autre, composé de 
semblables prolégomènes ; c'est ainsi, par excniple, qu'on lit dans un 
Siddour caraïte manuscrit du Brit. Mus. (ms. or. 2531, fol. 90 b ; reproduit 
dans le Catal., p. 462 6): m^m ^^bn Uîn^b» Nnp-'a "^ibN 5]p*^i ûip"«i 
bNiTOTi: '-«q-n 'n?; arri Nrn55<b n:Dbi< biN p nç-iD b5 ■'b;y û^r^nb^ 
Y^i< rN7:-;p?:bwN arii732î<i nbi::r wNDinrr bsVi7:uJi ^T^bT^n. Ces prolégo- 
mènes appartiennent à un commentaire de Sanujel sur le Pentateuque 
composé 80U8 forme de questions et réponses (q&n:ibNi!ÏbD?2bM p-i^a "^b^t), 
que possède également le Brit. Mus. {Catalogue, 1, n^* 321-325), et de 
toute façon il aurait été plus commode pour les lecteurs qu'ils eussent 
été décrits à la suite de celui-ci. Sur Samuel al-Magribi, voir aussi en 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dernier lien mon ouvrage intitulé : Zur jûdisch-arabischen Litteraiur, 
p. 77, eiJ.Q.R.. XVII, 594. 

Voici encore des remarques de détail que j'ai à présenter sur cette 
partie : Le n» 340 contient, fol" 1 a, une liste de livres qui mériterait 
d'être publiée, ces sortes de listes apportant pour la plupart de précieuses 
contributions à l'histoire littéraire. — Sur la notice : "^b"^^ Tn'Cy *;"«bn 
'1DT NmT^om, qui se trouve dans le n» 341, cf. Revue, XLVII, p. 142, 
n. 1. — Sur le Midrasch yéménite^d'Esther (n»* 344-345) que Buber a édité 
sous le titre nhON m:;N, cf. encore Bâcher, Monatsschrift, XLI, p. 350- 
356. — Sur le n» 370, contenant une partie du iipnNiibN n&<â3 n^r::» 
de Saadia b. David al-Adénî, voir aussi Steinschneider, Diearab. Liter. d. 
Jiiden, §202, n» 1. — Le n» 380 contient, fol. 2 a, une autorisation donnée 
en 1591 par Mordechaï Dato de lire l'ouvrage d'Azaria de Rossi ; cf. sur 
de semblables autorisations, Kaufmann, Revue, XXXIII, p. 81. 

La partie « Talmud et Halakha » est divisée en 5 subdivisions. Tout 
d'abord : A. Mischna et Guemara (n°' 398-441), et B. Mischna sans Gue- 
mara (n^s 442-472), toutes deux avec commentaires. En fait de textes du 
Talmud le British Muséum ne possède pas de manuscrits anciens, pas même 
parmi les quelques fragments de la Gueniza, d'ailleurs insignifiants 
(n"-* 398, 399, 401 et 443), mais, par contre, plusieurs commentaires 
remarquables. Tel est celui d'Abraham b. David de Posquières sur 
Baba Kamma (n" 414) et d'Aron ha-Lévi sur Baba Balra (n» 429), qui 
paraissent être des unica. Puis viennent les Novelles de Juda b. Elazar 
al-Moundari sur Yebamot, Ketouhot, Kiddouschin et Guittin (no431'), 
sur I lesquelles cf. mon étude sur Dosa b. Saadia Gaon, qui paraîtra 
prochainement dans Ha-Goren, VI, et celles de Nissim Guérondi sur Pesa- 
hlm, Béça, Sabbat, Taanit et Meguilla {n" 436), qui représentent peut- 
être une recension divergente. 11 y a beaucoup d'exemplaires du Com- 
mentaire arabe sur la Mischna de Maïmonide (no'* 447-462) ; tous 
ces manuscrits viennent du Yémen*. — Dans le n" 410 (Raschi sur 
Kiddouschin), écrit en Italie en 1385, on lit à la fin : D'iiiDT û''53:'*n 
Dbion ûbnn m:DT3 .dbi3>b nirs -it:^ û-"»-" 'rm&^b vrî"« (c'est-à-dire Jacob), 
formule de conclusion qu'il faut ajouter à celles qui ont été réu- 
nies par Steinschneider, Vorlesungen ûber die Kunde hebr. Hand- 
schriflen, p. 49. Le copiste de ce manuscrit porte, de plus, le nom 



1. La liste des portions éditées de ce Commentaire, qui est donnée p. 78 «, doit être 
complétée par les indications de Steinschneider, Die arab. Liter. d. Juden, p. 201, 
et les miennes dans Zur jûdisch-arahischen Litteraiur, pp. 70-71 et 88. Il est en- 
core venu s'ajouter : Soucca, I-IIl, éd. S. Loving-er (Budapest, 1902); Ketoubot, VI- 
VIII, éd. G. Freudmann (Berlin, 1904), et Abot, éd. E. Baneth (Berlin, 1905). — Re- 
marquons encore que le nom de l'un des propriétaires du n° 455 {CataL, p. 82 «, en 
haut) : "^TiobN .MÛbNO doit être corrigé en 'î'Tlobfi^ ...db^O, c'est-à-dire sans doute 
de Saoud, dans le Yémen (voir Yakoût, s. u., III, 183, en bas), et c'est ainsi encore 
que le copiste du ms. Berlin 0^0 338 {Cat. Steinschneider, II, n» 53) s'appelle biNbN 
■^ITObN (voir Orientalisiische Litteratur-Zeitung, VIII, 242; il faut aussi corriger de 
la même fa<;on Neubauer, Je»;. Quart. Rev., XI, p. 363, s. y.). 



BIBLIOGRAPHIE 157 

singulier de ^pi3 -^b^ ^5 p l^pï^ "ii^Tnc- — Sur le n*' 42b', contenant 
les Novnlles de Moïse Gazes sur Baba Meçia, cf. Steinschneider, Mo- 
natssrhrifï, XMV (1005), p. 302, en haut. — Le fragment 4G4'* rappelle 
le riDpn "ido, ou plus exactement la partie de ce livre qui porte sur les 
mystères des commandements, et peut-être en provient-il : que Ton 
compare les titres des chapitres avec les titres correspondants de l'édi- 
tion (Poritzk, 1786), fol. 40a, 77 6, 120 6. — Samuel b. xVbraham ha-Kohen 
de Fez, auteur du bNiTou: ""l^dujtd (n° 4GG), est difticilemcnt identique avec 
Tauteur du b^i?:;:: "^nm (Amsterdam, 1690), qui sappelle Samuel b. 
Abraham b. Vidal b. Isaac Çarfati, et qui ne se donne nulle part pour Co- 
hen. Cf., sur cet écrivain et sur son grand-père Vidal, mon étude sur les 
Juifs de Fez dans Ha-Çefira, 1003, n« 17. 

Les deux subdivisions suivantes contiennent, C : des Compendiums, 
des codes halachi(iues et des livres de Décisionnaires (n** 473-564), et 
D : des Consultations {n^^ 565-583). Ici il faut noter tout d'abord un cer- 
tain nombre d'exemplaires du Code de Maïmonide {n°^ 485-497), parmi 
lesquels se distingue, au point de vue calligraphique, le n° 486-7, écrit 
en 1472 pour David ibn Yahya (v. le fac-similé d'un côté du titre à la 
planche III). Signalons ensuite, à titre de curiosité, un commentaire 
arabe des quatre premiers chapitres du y^iJZT^ "iDO, qui est attribué à un 
Arabe, Ala ad-Din al-Muwakkit (n° 498) ; cf. à ce sujet l'article de Margo- 
liouth dans /. Q. !{., XIII, p. 488 et suiv., et Steinschneider, Monals- 
schrifl, XLV, p. 135. —De Josué Segre, rabbin italien du xvin« siècle, sur 
lequel on a beaucoup écrit en ces derniers temps (v. Zeilschr. /'. hebr. 
Bibliogr., 1904, p. 20, 43, 55, 92, 94), le Brit. Mus. possède deux ouvrages 
halachiques provenant de la Collection Almanzi : riniTDT nm^ et ::pb 
nnS'i; (n^ 561-2; cf. Zeilschr. f. hebr. BibL, l. c, p. 56). — Parmi les 
Consultations, il n'y a également de remarquable que quelques-unes de 
Maïmonide, en arabe (no'* 567-8), qui viennent de la Gueniza et que 
Margoliouth avait déjà précédemment éditées et en partie reproduites en 
fac-similé {Jeiv. Quart. Rev., XI, p. 533 et suiv.; le même fac-similé se 
trouve ici à la planche II). Signalons encore le n* 523 [Pesakim d'Isaïe de 
Trani le Jeune), qui contient, fol. la-2a, une liste de manuscrits et d'im- 
primés qui étaient, en 1501, en la possession de David de Ventora, et, 
fol. -Ib, une notice datée de 1535 qui intéresse Ihistoire de la culture. 
Au même point de vue sont intéressants les différents prix d'achat qui 
figurent. pour certains manuscrits, v. par ex. n°* 533, 539, 556, etc. 

La dernière subdivision: E, Halakha caraïte (n^s 584-604), contient 
quelques manuscrits très précieux, dont la plupart sont des luiica. Tels 
sont avant tout les fragments considérables du Kitâb al-anwâr de Qir- 
qisâni (n"» 584-586, 5873,7,8) et de son Compendium (n" 588), qui ont déjà 
été décrits en détail par moi [Mélanges Steinschneider, pp. 105-218) ; 
ma description est complétée parle Catalogue sur certains points. Puis 
vient un fragment du "iN^nnONbN n^nD de Joseph al-Baçir, qui est daté 
de Dhu-1-Kad'ah 400 de l'Hégire (mars 1019) et représente ainsi peut-être 
un autographe (n» 591', sur le droit successoral; à la fin sont encore 



lo8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mentionnés d'autres chapitres, qui pourraient nous donner des rensei- 
gnements sur cet ouvrage'. Le fragment sur TOmer, au milieu duquel a 
été inséré un feuillet d'un ouvrage philosophi(]ue d'al-Baçir (n» 5)96), 
paraît également appartenir au nî<:^anONbis 3Npd. — Méritent encore 
d'être signalés : un fragment d'un ouvrage en arabe sur les divergences 
entre Abou-Ali et Abou-1-Sourri, c'est-k-dire entre Yéfet b. Ali et Sahl b. 
Maçliali, datant du xi« siècle (n'^ 589-90; une page en fac-similé à la 
planche V) ; des fragmenta de différents ouvrages halachiques en arabe 
datant aussi pour la plupart du xi« siècle (n°« 5871,5,6; 5912,3; 595) ; un 
fragment d'un ouvrage en partie rituélique, en partie dogmatique, souS 
forme de Questions et Réponses (n■'î«^i^"^ b'^N073,no597),que Steinschnoider 
{Die arah. Lit. cl. JucL, p. 91 en haut) identifie à tort avec les « Questions 
(mbNTa^ [traduites de l'arabe] que Abou-Ya'koûb a adressées à tous les 
savants du monde, Israélites et non-israélites « sur les principales ques- 
tions dogmatiques (v. la liste des manuscrits dans Steinschneider, Die 
liebr. Uebei'selz., p. 458), etc. -- Parmi les ouvrages d'auteurs postérieurs, 
il faut noter : un exemplaire du Gan Eden d'Aron b. Elie (n<» 601), dont 
la copie fut terminée le 14 Tammouz 5340 (27 juillet 1580) dans la maison 
de Don Joseph Nasi, et le al-Mourscliid de Samuel b. Moïse al-Magribi 
(n"» 602-3)) dont quelques parties sont maintenant imprimées (v. Jeiv. 
Quart. Rev., XVI, p. 405 ; XVIÏ, p. 594). — Il faut ajouter encore Sect. VI, 
chap. i-xxi, éd. Gitelsohn, Berlin, 1904. 

La troisième partie, celles de Liturgica, est également très riche, et 
renferme un très grand nombre de matériaux pour l'histoire des rites, 
de la poésie synagogale ; mais cela nous mènerait trop loin, si nous 
voulions signaler tout ce qui est remarquable. Cette partie se divise 
aussi en subdivisions, qui sont les suivantes : 

A. Haggadas de Pâque fn°^ 605-612), tous exemplaires illustrés (deux 
fac-similés des n°s 607 et 608 aux pL VI et VII), et décrits aussi en partie 
dans Millier et Schlosser, Hmffjadah von Serajevo, Vienne, 1898 (Vol. I, 
pp. 102-112 ; ce sont les n^» 605-609) '. 

B. Siddour d'Amram Gaon, deux numéros (613-14), qui s'écartent un 
peu du texte de l'édition. 

G. Livres de prières du rite italien (n^^ 615-648), parmi lesquels se dis* 
tingue un Mahzor en deux volumes écrit à Florence en 1441 et décrit en 
détail par Margoliouth dans Jew. Quart. Rev.^ XVI, 73 et s. (n*' 626-7), 
aussi remarquable par son riche contenu que par sa superbe calligi'aphie 
(v. l'acte de vente dans le Catalogue, p. 228 b : n"73Da bi<^n'> "^SN m*i72 
'iDi n-nm nx: -nTn?3n tiT "^nnsTs ...Tnirrf^so?: t^n ...snt^; une page 
en fac-similé à la pi. VIII); Il convient encore de noter, dans un autre 

1. Cf. l'article de Kaufmann, Revue ^ WWlll, p. 74-102. Depuis» de semblables 
Hagiradas illiistiées ont été encore décrites par M. Schwab [Revue, XLV, p. 112-132 ; 
eu allemand, dans Grunwald, Milteilunfjén zur jild. Volkskunde, Neue Reihe, 
1" année, pp. 7.^J-92), M. Schwarz {MomUsschr., XLVI, p. 560-567) et Erust Colm 
{Rivista Israelitica, 1, p. 153-158, 191-195). Voir aussi Steinschneider, few. Quart. 
Rev., XVII, p. He2-^i et Hartwig Derenbourg, Opuscules d'un Arabisant^ p. 49-68. 



BIBLIUGKAPHIE Ibl 

Mahzoï* (n^ 629", écrit en 1466)» des acrostiches sur les règles do l'abatage 

(n::^m25 by [D"»Tn"in) d'un auteur, autrement inconnu, ne nn nnnu. 

D. Uitc français-allemand-polonais (n"» 049-684). Outre les livres de 
prières, on trouve encore décrits ici des ouvrages relatifs à la liturgie. 
Tel est avant tout le Mafizor VUry (n" 0U5), dont l'édition n'est pas tout 
à fait exacte, voir le compte rendu d'Epstein {Revue, XXXV, p. ;i08j. 
Vient ensuite un ouvrage sur les Haftarot, intitulé : pian bb7373 ûiû 
(n" 680 , de Moïse Uomanin, écrit en 1777 (autograplie), qui contient un 
très grand nonibi'e de faits intéressants. Un Mah/or pour la Pentecôte et 
la Fcte des Tentes (n» 662) renferme Ruth et Kohélet avec le commen* 
tftiré de Josci)h Kara, mais oix le second ne va, comme dans l'éd. d'Ein- 
stein [Oear Tob, 188('») et dans Ja plupart des manuscrits (aussi dans celui 
du Brit. Mus., CatciL, 1, n" 234*), que jusqu'à xi, 2 (c'est ainsi qu'il faut 
lire p. 287 a en haut, au lieu de ix, 2); mais pour le compléter, on y a 
ajouté, non pas comme ailleurs le commentaire de Raschi, mais celui de 
Raruch b. Samuel, qui est peut-être identique avec le Tossatlste du 
même nom ^v. Zunz, Zin' Gesc/iichAe, p. 54). — Le n^ 663' contient, entre 
autres, un office de Maarib de Pàque d'un poète synagogal inconnu 
■':\NbD7a 'jiu:?:^: -i"2 -iT^^bN. Cet auteur pourrait être identique avec un 
^;NbD73 nTy"^bN, qui est cité dans le Séder Troyes de Menahem b. Joseph 
Hazzan (éd. Weisz dans Mé langes-Bloc h ^ Budapest, 1903, p. 100, 111, 128), 
dans un Glossaire de Leipzig et dans un autre de Paris, tous deux du 
xiii« siècle, et qui est de son côté identifié par Zunz {op. cit., p. 82) avec 
lexégète Éliézer de Beaugency. Mais cette dernière identification serait 
à rejeter, v. mon édition du Commentaire d'Éliézer de Beaugency sur 
Osée, p. 6 (cf. aussi Lambert et Brandin, Glossaire hébreu- français du 
Xfll" siècle, p. Il, note 1). 

E. Rite de Romanie et de Gorfou (n^s 685-691). De ce rite extrêmement 
rare les deux derniers numéros (690-1; ms. or. 5472, 6276) contiennent 
un Piyout et des Kinot dans un dialecte néo-grec et un dialecte italien. 
Sur ce sujet on peut encore comparer les renseignements donnés par 
Belléli dans Je wis h Encyclo^jedia, Vil, 311-12. 11 convient aussi de noter 
la formule de possession du propriétaire du n® 685 (v. Catal., p. 337 6, en 
bas) : Nn-i Nbu: -«nD "no^on •\12^ d^n mn^-» ub^yh b"T û-^WDn -1-173x^5 -«Db 
'iDT HD ^«u: '^nTcnm -^nanD pb rtî i3b "in?2N"^T ■'aN^t)^ ■'3i72y, qu'on peut 
rapprocher de formules analogues; v. Steinschneider, Vorlesumjen iïbcr 
die Kunde hebri Handschr., p. 41, 

F. Rite espagnol, nord-africain et oriental (no« 692-710). Les rituels espa- 
gnols proprement dits, notamment îles n°» 692-94 et 697, avaient déjà été 
minutieusement décrits auparavant par Margoliouth dans un article par- 
ticulier (/e/r. Quart. Rev., XVI, 603 et suiv.). M. M. a compris ici avec les 
rites espagnols le rite d'Avignon {n°^ 698-9) et de Carpentras (n» 700 ; cf. 
Loeb, Revue, Xll,34). Parmi ceux de l'Afrique du Nord, il faut remarquer 
une pièce liturgique pour le 4 Marcheschvan, contenue dans le n" 702, et 
qui fut composée à l'occasion d'un événement survenu en 1541 (v. Catal., 
p. 371, note), ainsi que la différence établie entre rinNnbN ;nD» et 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VnNb}^, c est-à-dire entre le rite d'un quartier urbain ordinaire et celui 
du quartier juif (HNb?: ; v. CataL, p. 386, note §). 

G. Rite Yéménite (n°s 711-723), c'est-à-dire à la fois des pièces litur- 
giques de tonte sorte et les hymnes composés ou réunis par Schizbi et sa 
famille (n» 721 ; sur d'autres recueils semblables, v. la bibliographie 
donnée par Margoliouth). Quoique le Siddour du Yémen ait déjà été im- 
primé, les manuscrits qui sont ici très soigneusement décrits contien- 
nent encore un très grand nombre de nouveaux matériaux pour l'his- 
toire du rite yéménite' ainsi que pour des autres chapitres de l'histoire 
littéraire. 

H. Rite caraïte (n^s 724-732), qui comprend : une espèce d'Introduction 
à la liturgie caraïte contenant toutes sortes de données intéressantes, 
entre autres sur la grammaire (n°724); trois livres de prières, complets 
ou fragmentaires (n®» 725-727) ; quatre collections de poésies synagogales 
(n^s 728-731), et le mrr nnD p^ano de Kaleb Afendopoulo sur les récita- 
tions cultuelles (n^ 732). La notice sur cet ouvrage termine le volume. 
Celui-ci ne contient plus, en effet, que : un Index des manuscrits décrits 
d'après les cotes de la Bibliothèque (pp. 489-491) des Addenda et Corri- 
genda fp. 492) et X planches de fac-similé dont le contenu a été indiqué 
en majeure partie au cours de ce compte rendu. 

La seconde partie du Catalogue, comme la première partie, est im- 
primée d'une manière splendide, et de nouvelles félicitations en re- 
viennent à la Direction du British Muséum. Mais tous les amis de la lit- 
térature juive et des manuscrits hébreux peuvent adresser encore plus 
de remerciements au savant auteur du Catalogue, qui ne s'est épargné 
aucune peine pour leur offrir ce magnifique présent. Il ne reste plus 
qu'à émettre un vœu, c'est qu'il soit donné à M. Margoliouth de faire 
paraître au plus tôt le troisième et dernier volume, et de mener ainsi à 
bonne et heureuse fm l'œuvre capitale qu'il a commencée. 

Samuel Poznanski. 
Varsovie. 



1. Cf., par ex., l'article de M. MargoUouth, Gleanings from tke Yéménite LUurgy, 
dans J.Q.R., XVII, 690-711. De plus, ces manuscrits, ainsi que d'autres provenant 
du Yémen, renferment beaucoup de données complétant l'histoire des noms arabes 
des Juifs, tels que Steinschneider les a réunis (./. Q. R., X, 129 et suiv.), mais nous 
les réservons pour une autre occasion. 



Le gérant : 

Israël Lévl 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, b9, RUE DUPLESSIS. 



LES SOIXANTE-DIX SEMAINES DE DANIEL 

DANS L\ CIlHONOMHili: JUVK 



La date iji: Cyrls et celle de la première destruction du temple 

DANS JOSÈPHE. 



Les diverses dates que Josèphe, dans la Guerre et les Antiquités, 
assigne à l'avènement de Cyriis (à Babylone) et à la fin de la cap- 
tivité babylonienne paraissent, au premier abord, singulièrement 
arbitraires et contradictoires. Scbdrer ' distingue trois fixations 
cbronologiques différentes. Dans la Guerre, VI, iv,8, § ^70, Josèphe 
compte 639 ans depuis la seconde année de Cyrus jusqu'à la 
desti'uction de Jérusalem par Titus (70 de Tère chrétienne) ; la se- 
conde année de Cyrus correspondrait donc à 569 avant Tère chré- 
tienne. Dans les Antiquités, XX, x, 2, § 234, il fixe à 414 ans l'in- 
tervalle entre le retour de Fexil, dans la première année de Cyrus, 
et le règne d'Antiochus Eupator (i 64-162). Enfin, d'après les Anti- 
quités, XIII, XI, 1, § 301, 481 ans se sont écoulés entre le retour de 
Texil jusqu'au règne d'Aristobule 1(105-104). L'avènement de Cyrus 
tombeiait suivant le premier texte, en 570; suivant le second, en 578 
environ; suivant le troisième, en 586. Schiirer ne propose aucune 
explication de ces divergences. 11 se borne à constater que les trois 
calculs conduisent à vieillir Cyrus de quarante à cinquante ans, et 
il propose de cette anticipation une interprétation, dailleurs cor- 
recte, que nous aurons à préciser. 

Nous allons essayer de montrer (jue Josèphe reproduit fidèlement 
deux systèmes chronologiques qui lui sont antérieurs et qui placent 

1. Srliiiror. Gesvhiclile des jud . Vuikes, lll, p. 18'J. 

T. LI. N» 1U2. Il 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cyriis en 586-o8o (n° 3 de Sclitïrer) et en 576-575 ' (ii° ^2), et que la 
date de Tan 571 - (n« \) appartient à un autre roi perse. 

St/stème A. — La date 586-585 ressort de [indication, l'elevée 
par Scliilrer, sur la prise de la couronne royab^ par Aristobule, 
481 ans et 8 mois après le retour. Hyrkan ayant exercé le pouvoir 
pendant 31 ans ^ à partir du mois de scliebat-février 136-135'', 
lavènement d'Aristobule tombe donc en 105-104 •'. Josèphe ne 
dit nulle part en quel mois il place l'Exode sous Cyrus, et sa 
source pour Tbistoire de la période perse, le Troisième Esdras, 
n'en sait pas davantage. Le Troisième Esdr as ^\ et Josèpbe est d'ac- 
cord sur ce point avec lui ', ne connaît que le mois du retour sous 
Darius, à savoir nisan. Josèpbe reproduit donc ici l'évaluation d'une 
source qui opérait sur des données différentes des siennes et pos- 
sédait le moyen de fixer l'époque de Tannée où avait eu lieu la pre- 
mière libération. Cette source se réfère évidemment à ïEsdras 

1. ^'on 578. 

2. Non 569. 

3. Josèplie, A. J., XIII, x, 7, § 299. Le cliiffrc de 3.'] ans, donné par l>. J., I, ii, 8, 
§ 68, ne provient sans doute que d'une erreur de copiste [Schiirer, Geschichte, I, 
p. 256, n. 1. L'opinion ditîérente exprimée par Hoelscher, Quellen des Josephus, 
p. 46, est moins probable). 

4. 1 Macc, XVI, 14. 

5. Un calcul basé sur la durée des successeurs d'Aristobule prouve (jue 105-104 est 
bien pour Josèphe le commencement du court rèiiiie d'Aristobule. La i-rise de Jérusa- 
lem par Pompée est d'environ juin 63 (cf. Th. Reinach, trad. des Antiquités, t. III, 
p. 213, n. 2j. La durée des dominations qui se sont succédé entre Aristobule I et la 
tin du royaume de Judée est égale à 39 ans 9 mois : 

Aristobule II : 3 ans 6 mois (.4. .7., XIV, vi, 1, i:; 97). 

Hyrkan H : 3 mois [Ib., XV, vi, 4, f; 180). 

Alexandre : 9 ans (//>., XIII, xvi, 6, § 430). 

Alexandre Jannée : 27 ans (/6., XIII, xv, 5, § 404). 

Alexandn; Jannée succéda donc à Aristobule vers la lin de 104-103 ou au commen- 
cement de 103-102, Aristobule I, ayant occupé le trône pendant un an [A. J., XIII, 
X, 7, 5^ 318) à partir de tammouz (cf. p. 163, note 2j, nous sommes ramenés ainsi à l'in- 
tervalle qui sépare tammouz 105-104 (juillet 104) du milieu de 103. Le texte des A. ./., 
XX, X, § 244, emprunté sans doute à une source distincte de /, A.^ XIV, vi Hœlscher, 
Quellen des Josep/ms, pp. 47, 56, 75), indique trois ans et trois mois : les trois mois 
d'écart sont sans doute ceux qui se sont écoulés entre la déposition d'Aristobule et la 
réintégration d'Hyrkan II. 

6. III Esdras, v, 6 : c'est le premier nisan qu'a lieu le débat des gardes, à la suite 
duquel Darius autorise le retour (iv, 63 indique que la permission fut utilisée à bref 
délai). 

7. A. J., XI, IV, 1, § 75-77 : le tischri est indicjué comme le sei)tième mois a partir 
«lu départ de Babylone. 



LES 70 SEMAINES DE DANIEL DANS LA CHRONOLOGIE JUIVE 163 

hébraïque, qui, au chapitre ui, indique nisau ' comme l(i mois d'un 
retour que le chapitnî vi coiuluit à placer sous Cyrus -. 

Le texte du livre XIII des Antiquités dérive donc d'un document 
indépendant du Troislrnie Esdras, qui, d'après VEsdras hébraïque, 
plaçait le retour de Zorobabtd dans le nisan de l'an P de Cyrus, et 
fixait ce début de règne en 58()-58o. 

Système li. — Trois textes s'accordent à abaisser de dix ans, par 
rapport au système précédent, le moment historique considéré. 

Le Catalogue des yrands-prêtres'*, que Josèphe a inséré à la fin 
de son grand ouvrage, veut que « soixante-dix ans après la des- 
truction du Temple, Cyrus, roi des Perses, i)ermit aux .luil's de 
quitter la Babylonie pour rentrer dans leur patrie, et de reconstruire 
le sanctuaire. C'est alors que Jésus, lils d'Iosédek, l'un des émi- 
grants, obtint la dignité sacerdotale Jésus et ses quatorze succes- 
seurs gouvernèrent l'Etat, redevenu démocratique, pendant quatre 
cent quatorze ans jusque sous Antiochus Eupator. Ce Séleucide 
et son général Lysias lurent les premiers à priver un grand prêtre 
de sa fonction : ils firent mourir Onias-Ménélas à Beroia et con- 
fièrent le sacerdoce à Iakim, au détriment du fils du défunte » 

Le terminus a quo ^^\ l'an I de Cyrus. Josèphe, dans son récit 
de la restauration, place sous Darius, et non sous Cyrus, l'émi- 
gration du grand-prêtre Jésus ^; il résulte de cette discordance qu'il 
suit ici, comme pour A, une source fidèle à l'Esdras hébraïque, 
mais qui se distingue par un écart de dix ans sur la date de Jésus 
de celle qui est à la base d'y4n^., XIII, xi. 

Le terminus ad quem est un peu moins transparent au premier 

1. Esdias. m, 1 et 6. 

2. Ou ne seml)le pas avoir reniai'(|ué (|ue la fixation du retour à nisau permet de dé- 
terminer le mois de la proclamation d'Aristobule : un écart de trois mois séparant 
cet événement de nisan, il faut le placer en tammouz lO.j-104. Le sacerdoce d'Hyr- 
kan, commencé en schebat-février 13;j, se prolonge donc jusciu'en juillet 104 : la durée 
en est bien de 31 ans. 

3. Esdras, i, 1. 

4. Hœlscher, Quellen des Josephus, p. 7;» et suiv., a dressé la liste des discor- 
dances cbronologiques et autres que présente le (^dialogue pai' rapiiurt au reste des 
Antiquités et croit ([uc ce document a été trouvé par Josèphe dans une Histoire des 
Hérodiens d'où proviendrait la niajeure partie des matériaux accumulés dans les der- 
niers livres des Ant. Quoi (|u'il en soit de cette hypothèse, il est certain (|ue le Cata^ 
togue des grands-prêtres n'est pas l'œuvre de Josèphe, dont il contredit la narration 
personnelle du retour, et qu'il dérive d'une source qui adoptait la chronolojj^ic « abais- 
sée » de l'époque macchabéenne. 

0. Josèphe,^. .;., XX, x, 2-3, §§ 233 et suiv. 
H. Josèphe, A. J., XI, m, 10, ^ 73. 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

abordJosèpbe ne disant pas en quelle annéedu règne d'Eupator se 
place la deslltiition de Ménélas et la nomination d'Alkimos-Ia- 
kim. Déconcerté par ce silence, Schiirer a iixé par méprise en 164- 
^63, à l'avènement du successeur d'Epiphane, la limite inférieure 
des 414 ans, et, par suite, trouvé 578-577 pour l'an I de Gyrus. Il faut 
abaisser ce cbiffre de deux ans. C'est, en ellet, à la fin du règne 
d'Antiocbus V que la narration du livre XII des Antiquités oblige à 
placer la déposition du devancier d'Alkimos. Elle est postérieure 
non seulement à l'attaque de la citadelle de Jérusalem par Juda 
(datée expressément de 163-16i2 '), mais à toute la série des événe- 
ments qui ont suivi et est décrite comme un des derniers actes 
d'Eupator; elle est donc de l'un des derniers mois de ce souverain, 
du début de 162 ^. Les 414 années partent donc de 576-575. 

Relatant la restauration du culte en Tan 148 des Séleucides, suc- 
cédant à trois ans de distance au sacrilège d'Antiocbus Epipbane, 
Josèphe nous apprend que le Temple avait été dévasté conformé- 
ment à la prophétie faite par Daniel 408 ans auparavant^. La dé- 
vastation étant du 25 kislew 168-167, l'annonce est de 576-575. 
Josèphe fait évidemment allusion à la prophétie des semaines, qui 
est donnée comme de l'an I de Darius le Mède '•, et nous savons 
qu'il considère ce Darius, lils d'Astyage, comme synchronique à 
Gyrus '\ 

Ge résultat concorde avec le précédent et, d'autre part, avec l'as- 
sertion de la Guerre ^ relative à l'intervalle entre le retour sous 
Gyrus et l'avènement d'Aristobule : 471 ans 3 mois. Dans les Anti- 
quités, nous avons vu que la même période est évaluée à 481 ans 
3 mois. L'écart de dix ans qui différencie les calculs A et B éclate ici 
flagrant. Il est tout à fait vain de vouloir, comme Destinon ^ sup- 
primer la contradiction en attribuant le chiffre de la Guerre à une 



1. Josèphe, A. J., XII, ix, 3, § 363. 

2. Ainsi s'atténue, au moins chronologi(iuonienL, la discordance tlauiauto eutic .1. ./.. 
XII, IX, 7, i;§ 387-388 (Alkinios nommé par Antiochus V proche de salin) elle pre- 
mier Livre des Maccliahées, vu, 9 (Alkimos nommé par Démétrius à ses débuis). Les 
deux rehitions placent, en somme, l'événement en la même aimée. Le second Livre des 
Macchabées, qui semble s'accorder avec Josèphe en reportant au règne d'Antiochus l'élé- 
vation d'Alkimos (xiv, 3), se sépare de lui au sujet de la mort de Ménélas. ((u'il place 
vers 164 (xni. 2 et suiv.). Ce récit sans aucune autorité (cf. Willrich, Judaica. p. lo8) 
ue prouve évidemment rien contre la date que nous avons d<'duito de Josèphe et poui- 
celle qu'a choisie Schiirer. 

3. Josèphe, A. J., XII, vu, 6, § 322. 

4. Daniel, ix, 1. 

■ô. Josèphe, A. J., X, xi, 4, ^ 70. 

6. Josèphe, B. /., I, m, 1, § 70. 

7. Destinon, Ckronoloyie des Josephus, j). 31, n. 1. 



LES 70 SEMAINES DE DANIEL DANS LA CHRONOLOGIE JUIVE 165 

faute de copisto. Ce procédé expéditif n'élimine pas la date 576 pour 
Cyrus, attestée par deux autres textes indépendants. La correction 
inversi^ ne peut être tentée contre la date TiSC), qu'il faudrait pos- 
tuler, comme nous vei'i'ons, si elle n'était Iransmise. 

Système C. — Jetant un coup dou'I mélancolique sur le passé du 
sanctuaire à jamais anéanti par les soldats de Titus, Josèphe évalue 
à 639 ans 45 jours le temps intervenu entre la seconde construction, 
effectuée à la voix du pi'ophète Aggée, en Van II de C//riis, et la 
destruction sous Vcspasien. 

La catastrophe étant du 10 al) 70, les 639 ans 45 jours sont 
comptés du vingt-quatrième jour du neuvième mois de 571-570; 
Tan I de Cyrus serait ainsi 57^-571. 

Destinon a reconnu ' que Josèplie s'est ici rendu coupable, à son 
ordinaire, d'une grave méprise. Le nom de Cyrus ne figure ici 
que par erreur. Le fait visé est évidemment celui que mentionne le 
verset 18 d'Aggée n, où il est question du vingt-quatrième jour du 
neuvième mois comme de celui où ont été jetés les fondements du 
sanctuaire : mais nous sommes en Van II de Darius. Il n'est pas 
possible de supposer que Josèphe inflige ici à Aggée le traitement 
qu'au livre XI des A ntic/iiités il pratique sur Sisinès et Sarabasanès-, 
et qu'à son tour, le prophète est reporté au temps de Cyrus. En 
effet, quand l'auteur des Antiquités introduit par anticipation dans 
l'histoire de Zorobabel sous Cyrus les satrapes contemporains de 
Darius, il ne mélange entre elles que des notions fournies par le 
livre d'Esdras, et le texte insuffisamment explicite de l'Esdras 
hébraïque est responsable, au moins en partie, de cet amalgame. 
Mais les énonciations du livre d'Aggée sont d'une clarté parfaite et 
ne prêtent à aucune confusion : elles définissent sans ambiguïté le 
moment où fut entrcpi'ise réellement r(''dification du Temple détruit 
en 70, et il eût été impossible d'admettre sans faire violence au récit 
de l'Esdras même •\ et sans ruin(M' toute l'histoire traditionnelle de 
la restauration, que l'événement auquel était attaché le souvenir 
d'Aggée appartenait au règne de Cyrus. L'auteur du calcul reproduit 
dans la Guerre se préoccupait essentiellement de la durée du second 
Temple et, en prononçant le "nom d'Aggée, il montre qu'il l'a fait 
partir, — c'était, d'ailleurs, la seule manière rationnelle de compter 
— du commencement des travaux sous Darius, non de la tentative 
avortée qu'Esdras iv prête à Zorobabel. Ce qui le différencie des 

1. Destinon, Chronologie des Josephus, p. .'ÎO. 

2. .loscphe, A.J., XI, I, 3, §S 12-1:5. 

3. Esdras, v, 1 , ot vi, l 'u 



160 HEVlb: DES ETUDES Jl IVES 

partisans des systèmes A et B, ce n'est pas une dissidence sur la 
date de Cyrus (car sa théorie paraît s'appuyer sur la date précédem- 
ment établie 576-575), mais la substitution de Tan II de Darius à 
l'an I de Cyrus romuir limite inférieure des « soixante-dix années ». 

Le Josèphe des Antiquités fixe au commencement du règne de 
Cyrus, c'est-à dire en 586-585 ou 576-575, le terme des soixante-dix 
années de servitude au bout desquelles Jérémie avait annoncé que 
Dieu prendrait en pitié les exilés et les ramènerait dans leur patrie ' . 
Par début de la captivité Josèphe entend, au même livre XI des 
Antiquités - (sur ce point encore nous aurons à noter une varia- 
tion), la déportation en l'an XVIU de Nabuchodonosor et la des- 
truclion du premier Temple. Les soixante-dix années partent donc 
d^ab-aoùt 655 (645). 

Il faut expliquer, d'une part, cette chronologie trop longue qui 
rejette jusqu'au milieu du septième siècle un événement qui s'est 
produit en 586, et, d'autre part, l'existence de deux calculs diffé- 
renciés par un écart de dix ans. 

Origine du système A. — La réponse sur le. premier point a été 
donnée par Destinon -^ et par Schûrer '• : nous sommes en présence 
du produit d'une exégèse des soixante-dix semaines de Daniel. Les 
490 années d'épreuve annoncées par le prophète avaient pour terme 
le moment où « le saint des saints serait oint » ; à une époque où 
l'on savait encore que la prédiction visait l'époque macchabéenne, 
le 25 kislew 165, jour de la restauration solennelle du culte, fut 
considéré comme marquant l'achèvement de la dernière semaine. 
Ab 655 est le point de départ mathématiquement nécessaire des 
soixante-dix semaines dans une théorie qui compte les semaines à 
partir de la destruction du Temple en l'an XVIII de Nabuchodo- 
nosor. 

La date 586-585 pour la destruction de l'empire babylonien par 
Cyrus et le retour du peuple résulte de la soustraction de 70 au 

1. Josèphe, A. J., XI, i, §§ 1-2. L'indication du début du § 1 sur « la première an- 
née du règne de Cyrus, qui était la soixante-dixième depuis le jour où notre peuple 
dut partir pour Babylone », pourrait faire songer à Tan 655-654 (645-644); mais l'in- 
tervalle entre ab-aoùt 654 et nisan-avril 575 ne comporte (pie 69 années pleines. Le 
choix de 656-655 est d'ailleurs imposé par la date 661-660 fournie par Démétrius, ([ui 
allonge de cinq ans le chiffre donné par le système A (cf. infra^ p. 185). 

2. L'idée que les 70 ans partent de la dépoitation définitive, celle de l'an 23 de Na- 
buchodonosor, est, comme l'a remarqué Destinon [l. c, p. 27), exclue par A. J., XI, 
I, 2, §§ 0-6 : Isaïe est antérieur à Cyrus de 210 ans, et à la destruction du Temple de 
140 ans. 

3. Destinon, Chronologie ^ p. 31. 

4. Schurer, Geschiclile, t. III, p. 189. ' > ■ 



LES 70 SKiMALNKS I)K IIAMKL HANS LA CIlKONOLfX.JL JUIVK 107 

cliilTre 656-655, conformémont aux paroles de Jérémie : « Quand les 
soixanle-dix années seront révolues, dit Jalivé, je sévirai pour leur 
iniquité conlre le roi de Babel et ce peuple, et je livrerai la terre 
des Clialdéens à une désolation éternelle * » et : « Lorsque les 
soixante-dix années seront passées pour Babel, je vous visiterai, et 
je réaliserai mes promesses en vous faisant revenir en cette terre '^ » 

Or'Kjine du s//stè))ie />. — M suit de ce qui précède que, du sys- 
tème de l'an 656-655 et de celui de Tan 646-()45, c'est le premier (|ui 
est primitif, et ({ue le texte des Aiilu/irUrs, XIII, contient seul une 
applicalion coiMccte d(^ la théorie des semaines; la date plus basse 
a été obtenue par une opération qui a retranché dix années à la 
somme indiquée par Taddilion l()5-f490. Cette soustraction est con- 
cevable sous deux formes : ou bien on a fixé à 155-154 (an 158 des 
Séleucides), au lieu de 165-164 (168 SéL), le tenninus ad quem, ou 
bien on a réduit à 480 années l'étendue des soixante dix semaines. 

On pourrait croire, de prime abord, que c'est le dernier procédé 
qui a été appliqué : l'intervalle de 408 ans entre Daniel et la profa- 
nation de l'an 168, celui de 414 ans entre Cyrus et Alkimos, sem- 
blent indiquer que c'est la distance de Cyrus à l'an 165 qui a été 
écourtée et ramenée de 4^0 à 410 ans. Mais cet indice est trompeur : 
on n'aperçoit aucune raison à l'amoindrissement du chiffre qui re- 
pi'ésente les soixante semaines postérieures aux soixante-dix ans 
de l'exil, et, d'autre part, nous constatons chez Josèphe l'existence 
d'une chronologie de la première période liasmonéenne qui abaisse, 
en effet, de dix ans, les événements contemporains de Juda Mac- 
chabée. 

Comme le Livre I des Macchabées, Josephe place en 168 (145 Sél.) 
et 165 (148 Sél.) la suppression et la restauration du culte, en 143 
(170 Sél.), la première année de Simon. 

Mais nous ne retrouvons pas dans les Antiquités les dates que 
I Macc. assigne à la mort de Juda (161) et à l'avènement de 
Jonathan à la grande prêtrise (153). Nous y lisons, par contre, 
toute une série d'affirmations inexactes : Jonathan reçut le sacer- 
doce quatre ans après la mort de son frère -^ et il l'exerça quatre 
ans''; Juda avait été grand-prélre pendant trois ans"'. Nous 
obtenons ainsi pourla mort de Juda la date 15*2, 144 étant Tannée 

L Jérémie, xxv, 12. 

■1. Ih., XXIX, 10. 

:?. Jnsèi)lM', A. J , XIII, II. 3, i^K 

V. Ih., XIII, VI, 5, § 212. 

3. Ib., XH, XI, 2. ^ 234. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la mort de Jonathan \ et pour Tavènement apocryphe de 
Juda à la grande prêtrise (qu'on peut difficilement séparer de la 
reconsécration du Temple), 155. Ces chiffres supposent pour la re- 
constitution du culte légitime une difTérencc en moins d'exacte- 
ment dix années sur la chronologie historique, (i'est suivant toute 
apparence sur cette base qu'ont été établies les datations suppo- 
sées par la Guerre, I, m; les Ant., XII, vu et XIII, xx : 646-645 
pour la 18^ année de NabucJîodonosor, ab 645 pour la destruction 
du Temple ; 576-575 pour Tan I de Cyrus et nisan 575 pour le pre- 
mier retour. 

On n'est pas parvenu encore à définir avec certitude la source 
trouble - à laquelle Josèphe a emprunté le calcul qui abaisse de 
dix ans le terminus ad quem ^q^ soixante-dix semaines et, par 
suite, tous les événements calculés par rapport à ce terme. Elle a 
dû exercer une grande influence, car les dates 645 et 575 pour 
l'exil et le retour paraissent s'être imposées à ceux-là mêmes qui 
assignaient à leurs dates réelles les événements du temps de Juda : 
le rédacteur de la liste des grands-prêtres que Josèphe a trans- 
crite au livre XX des Antiquités rejette les chifïVes de la source 
légendaire pour le pontificat de Jonathan et la vacance intermé- 
diaire entre Alkimos et Jonathan (au lieu de 4- et 4 ans, il donne 
7 et 7), mais évalue néanmoins à 414 ans, et non à 424, le temps 
écoulé entre Cyrus et Alkimos. — Les 408 ans, qui selon Josèphe 
séparent la prophétie de Daniel de son accomplissement, sup- 
posent, de même, la combinaison de la date historique 168 avec la 
date 576-575, qui résulte d'un système différent. Les auteurs de ces 
calculs avaient évidemment perdu de vue la connexité de la date 
576-575 qu'ils assignaient au retour avec la fixation à 158 et à 152 de 
la violation du Temple et de la mort de Juda; ils la reproduisaient 
telle qu'ils l'avaient reçue, tout en lui enlevant, en réintroduisant 
les dates historiques 168 et 162, la légitimité qu'elle devait à la 
théorie des semaines •^ 

1. Simon meurt en l.')()-."j cf. supra, p. 162, n. i après un rèirne de huit ans A. J, 
Xm, VII, 4, § 228 . 

2. Th. Reinach {Tnuhidion, t. III, p. 124, n. 4) suppose (pu- Josèphe a utilisé un 
exemplaire de I Macr. falsifié dans un intérêt asmonéen. Hulsoher {Qnellen, ]»p. 44 
et suiv.) parle plus prudemment d'une « sourre légendaire ». mais il ajoute que Jo- 
sèphe l'a trouvée dans Alexandi-e Polyhistor. C'est e(>lui-ci (fui, frappé par l'impossi- 
bilité de faire cadrer la ehronologie de la Legendenquelle avec les durées assignées 
à JonaUian grand-prètre et à la vacance antécédente du siège sacerdotal, aurait sup- 
primé les dates gênantes de I Macc. C'est faire trop d'honneur à Polyhistor, transcrip- 
teur infatigable, mais sans critique personnelle, de morceaux choisis historiques. 

3. Notons, en i)assant, que l'existence de deux systèmes contradictoires de datation 



LKS :0 SEMAINES DE DAMEL DANS LA CHRONOLOGIE JUIVE IG9 

Josèpho chronolof/istf. — l>orsoiino ne reprochera à Josèphe de 
n'avoir pas ai)er(;u cette diriiciilté. Il est plus grav<' pour lui qu'il 
ait employé indiiTéremment, au cours de ses deux ouvrages, les coin- 
putations contradictoires basées sur la chronologie historicpie du 
ï Macc. et sur celle, erronée, delà source h'igendaire; que, voulant 
dater ravènementd'Aristobule par rapport au retour, il ait indiqué, 
dans la Guerre, le chiffre de 471 ans, et dans les Antiquités, celui 
de 481. Josèphe manifeste ici, une lois de plus, la déconcertante 
irréllexion ou plutôt la sorte de cécité intellectuelle dont, en matière 
de chronologie, il a multi[)lié les témoignages. C'est l'homme qui, 
après avoir au début des A iiiiqiiUés diùo^Xé, pour l'époque préa- 
brahamique, des chiffres qui excèdent de plus de 1,200 ans le total 
fourni parle texte hébraïque, doniie dans la suite des computations 
uniquement basées sur ce dernier total ; qui indique, tour à tour, 
2510 ' et 24ol - ab Ad. comme date de la sortie d'Egypte; qui, alors 
que Tune et l'autre de ces données supposent qu'il n'y a que deux 
siècles environ d'Abraham à lExode, copie imprudemment dans la 
Bible l'alfirmation que l'esclavage des fils de Jacob a duré 400 ans-^; 
qui, après avoir lixé à 592'* ans l'intervalle entre l'Exode et la 
construction du temple de Salomon, adopte sans sourciller un 
calcul qui élève ce chiffre à 612 '. Les incohérences chronologiques 
qui affeclent la période post-exilique continuent normalement la 
longue série de celles qui jalonnent l'histoire antérieure. D'un bout 
à l'autre de son œuvre Josèphe se révèle identique à lui-même, 
compilateur hàtif, prenant de toutes mains, aussi prompt à multi- 
plier les indications contradictoires qu'inhabile à se construire un 
système, ou seulement à en emprunter un et à s'y tenir ^ 

pour l'(''po(iue (l'Autioclius IV et de ses sucresseurs est perceptible jusqu'à l'époque 
pré-maccliai)éenne Dans la Guerre, I, ii, 1, i^ 3.'i, et Vil, x, 2-3, §H23 et suiv., Josèphe 
place sous Autiodius IV, vers 172, le départ d'Onias, bientôt suivi de la fondation du 
temple de Léontopolis ; dans les Antiquités, XII, ix, 7, §§ 387 et suiv., et XIII, m, 1-3, 
§62 et suiv., révénement est attribué à l'an 102. Il résulte de tout ce que nous savons 
des rapports des deux datations que c'est la première qui est historique ; cette raison 
suffirait à faire rejeter, comme l'ont fait Willrich et Wellhausen, la date proposée par 
les Antiquités. 

1. A. J., VIII, ii[, L §^ 61-62. 

2. A. J., X, vni, .■), !5 147. Cf. Dostiiion, Chronolof/ie, p. 22 ot suiv,, et Boussct, 
Zeitsch. /'. altt. Wissensch., 1900, pp. 131) et suiv. 

3. A..J., II, IX, 1, § 204. 

4. A. J., VIII, III et X, VIII. 

■;. A. ./., XX, X, 1, § 230. Cf. Contre Apion, II, ii, ?$ lU. 

H. L'incapacité de Josèphe à poser correctement les questions de chronologie éclate 
curieusement quand il s'avise de confronter les dates bibliques et les dates profanes. 
Dans le Contre Apion. I. xvr. !% lOi, il assure que la sortie d'Egypte a précédé d'en- 



170 Ki":\rh; hks études juives 

S//s/('/ne D. — On no S(n'a donc pas surpris de constater qu'il n'a 
pas seulement oscillé entre la théorie qui limitait à Darius la An des 
soixante-dix années (nous y reviendrons ') et celle qui les limitait 
à Cyrns, et. à lintérieur de cette dernière, entre les deux dates 
580-585 et 570-575, et qu'ayant hésité entre trois chiiïres pour le 
terniimis ad qiicm, il ait varié aussi dans la détermination du 
terminus a qiio. Les systèmes A, B et G, quelle que fût la diversité 
des résultats auxquels ils conduisaient, concordaient en ce qu'ils po- 
saient pour point de départ des soixante-dix années, première étape 
des semaines, le jour de la ruine du Temple et de Texil en l'an XVIII 
de Nabuchodonosor. Cette limitai supérieure est déplacée dans le 
récit que fait Josèphe de l'événement qui, cinq ans après la chute 
du sanctuaire, aclieva la dépopulation de la Judée. 

Parlant de la campagne après laquelle le ro» de Babylone, en sa 
vingt-troisième année, déj)orta tout ce qui restait du peuple de 
Juda, Josèphe déclare que c'est de ce moment que toute la Judée, 
Jérusalem elle Temple restèrent dans la solitude pendant soixante- 
dix ans 2. Il est aisé de reconstituer le raisonnement, fruit d'une 
exégèse outrancière de Jérémie xxv, qui a conduit à cette évalua- 
tion particulière de la longueur de l'exil babylonien. Le prophète 
avait prédit à la Judée soixante-dix ans de solitude totale ; le pays 
devait devenir un désert, où on ne percevrait ni voix d'allégresse, 
ni cris de joie, ni voix du fiancé, ni voix de la fiancée, ni bruit de 
la meule, ni lumière de la lampe. La ruine du royaume, la déporta- 
tion du roi et des principaux de la nation, en l'an XVIII, n'avaient 
vérifié qu'en partie ce funèbre oracle, dont l'accomplissement inté- 
grai commençait au jour où aucun Judéen ne demeurait plus en 
Judée. Les années de Jérémie étant, en conséquence, supposées 
partir de l'an XXIIl de Nabuchodonosor, la durée totale de la cap- 

viroii mille ans la gucire de Troie; l'Exode tombant d'après ses calculs entre I7i3 et 
1708 (le Temple, détruit enfiGl, 656 ou 646, a duré 470 ans, et sa construction est pos- 
térieure de o92 ou 612 ans au départ sous Moïse), la prise d'ilion serait abaissée jusciue 
vers la seconde moitié du viip siècle. Un peu plus loin [wii, §§ 108 et suiv.) il 
cbercbe à prouver la liante antiquité du Temple par le témoii:nag^e des annales phéni- 
ciennes, qui font vivre Hirôm, Uami de Salomon, 143 ans avant la fondation de Car- 
tilage : comme, dans son système, le Temple remonte à 11.30-1115, il faudrait que la co- 
lonisati(jn de Ciartliage remontât au début du x* siècle. Josèphe ne s'est-il pas douté de 
l'écart de près de deux siècles qui séparait sa computation de la date traditionnel- 
lement admise? Ou, s'il en a eu le soupçon, a-t-il jtensé ijue c'é ait la clironologie 
commune qui avait tort et qu'il fallait vieillir Garthage, dès l'instant ([ue la date du 
Temple le voulait ainsi ? De toute façon, la manière dont il présente ce synchronisme 
illusoire donne la mesui'e de ses talents de chronograplie. 

1. Infm, n. 

2. Josèphe, A. J., X, ix, 7, i< 184. 



LES 70 SHMAINKS 1)K DANIKL DANS LA CIIHONOLOGIK JUIVK 171 

livité babylonienne est étendue à 75 ans ', et la chute de Sédécias 
portée (dans le système A) de ab (i^O-CKio à ab ()01-()()()-. Nous re- 
Irouvei'ons ce compte chez Déinéhius. 

Histoire de la cîtronolotjie npocalyptique . — C'est au plus tard au 
premier siècle avant Tère clirétienne, comme il résulte du lexte de 
cet Alexandrin •', que les cbi'ono<<rapbes juifs ont imaginé, [)our sup- 
pléera rinsnffisance de la transmission historique, de calculer lâge 
de Nabuchodonosor et de Cyrus au moyen d'une interprétation 
strictement clii'onoloi»ique des années de Jéréniie et des semaines 
de Daniel. Nous constatons ainsi que, lorsque les docteurs pos- 
térieurs à la ruine définitive du Temple, notamment Yosé beri 
Halapbta, établirent leur ère de la création sur la base des chiffres 
bibliques auxquels ils ajoutèrent 490 ans pour la période comprise 
entre la prédiction de Jéiémie et la prise de Jérusalem par Titus, 
ils n'innovèrent, par rapport à Josèphe et àl)émétrius,qu'en ce qui 
concerne le point d'arrivée et le point de départ des semaines, mais 
que c'est à des devanciers qui remontent jusqu'à l'époque hellé- 
nistique qu'ils ont emprunté l'idée de l'api^lication chronologique 
de la donnée apocalyptique. 

Une telle théorie n'a |)U se former et durer que dans des condi- 
tions assez particulières. 

Il fallait que les informations positives fissent défaut sur la lon- 
gueur réelle de la période perse : il eût été impossible d'assigner 
une durée de 414 ans à la série des grands-prétres qui va de Jésus 
à Alkimos '• s'il eût existé une liste authentique donnant des chiffres 

1. C'est sans doute le besoin de faire cadrer la clironologie kV"> rois l)al)yloni('iis 
avec l'espace de tenii»s ainsi lixé qui a déterminé les modifications arbitraires (jui 
afTectent, dans les AnLiqu'dés (X. xi, 2, 5;!^ 22!) sqq.). les sommes d'années de rèffue 
des successeurs de Nabuchodonosor, fidèlement transcrites de Béiose dans le Contre 
Apion (I, XXI, ii^ 147 et suiv.). 



JOSKIMIK : 




Bkhose : 


Abilamarôdaklios . . 


. 18 ans 


2 ans 


Niglisaros 


9 mois 


4 » 


Labosordaklios . . 


mois 


Xaboandclos 






(= lialtasaros 


17 » 


n » 



Le falsificateur obtient une somme de 7;) ans et U mois au lieu de 23 ans et 9 mois) : 
faisons observer qu'il s'est trompé d'une unité, — il n'y a que 74 ans et 9 mois dab 
inclus 661-660 (6ol-650) à nisan inclus o86-o85 (576 575), — et qu'il eiU dû faire entrer 
en compte les 20 années de .Nabucliodonosor postérieures à la déportation de l'an XXllI. 

2. Dans les systèmes P> et C, cette théorie conduirait aux dates r>."il-6.')0 et 6i:)-6U. 

o. Pour la date de Démétrius, cf. infra, III. 

4. Josèphe. A. ./.. XX. x. 2, .t; 2?.i. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

oxacts. Mais l'annalistique avait chômé le long" des siècles obscurs 
où le judaïsme se consLiliia : pour occuper la période perse, Tliisto- 
riographie juive ne disposait que des six noms degrands-prélres sè- 
chement énumérés dans un passage de Néhémie ', et elle se trouva 
ainsi dans cette situation paradoxale de posséder, par le Penta- 
teuque et le livre des Rois, les (déments d'une chronologie continue 
qui part de lorigine des temps et ne s'arrête qu'avec la royauté 
judéenne, pour voir le fll se briser dans un passé éloigné de 
quelques siècles seulemenl. 

Il fallait, de plus, que le judaïsme fut inapte à corriger le silence 
de la tradition nationale par un appel à la science des Gentils. 
Nabuchodonosor et Cyrus avaient vécu dans ce qui nous apparaît 
comme la pleine lumière de l'histoire, et leur date était consignée 
dans des documents qui, comme le r.anon des astronomes, faisaient 
partie, vers le premier siècle, du bagage de l'érudition internatio- 
nale. Mais il est clair que de semblables sources d'informations 
étaient hors de la poilée des Juifs palestiniens, enfermés dans 
l'étroit hoi'izon de la communauté. 

Elles étaient accessibles à des hommes comme Démétrius et 
surtout Josèphe, mais les yeux de ces hellénisants ne se sont pas 
ouverts à leur lumière : lorsqu'ils ont écrit, le système fondé sur 
l'apocalypse était constitué, et ce n'est pas sur la foi d'un rensei- 
gnement profane qu'ils pouvaient songera le rejeter. L'adliésion de 
parade que Josèphe, dans le Contre Apion, donne à la chronologie 
d'un Bérose ou d'un Ménandre d'Eplièse ne saurait donner le change 
sur le fond de sa pensée. Les œuvres des Grecs fournissent des ou- 
tils commodes à son apologétique, mais sans entamer sa croyance 
exclusive aux véiités que lui ont enseignées les livres nationaux : 
au moment même où il transcrit une liste phénicienne et une liste 
babylonienne qui prouvent, la première, qu'il y a oO ans et 3 mois, 
entre l'an XVII de Nabucbodonosor et Cyrus -, la seconde, qu'il y a 
49 ans et 9 mois entre l'an XVIII de Nabucbodonosor et Cyrus\ il 
prétend avec un tranquille aveuglement apporter la preuve que 
c'est bien « soixante-dix ans que la ville resta dépeuplée (de 
l'an XVIII) jusqu'au temps de Cyrus, roi de Perse ''. w 

1. ]S'(;liémie, xii. 11-12. .losùplie ne connaît i)OU)- la période antérieure aux Grecs 
aucun irrand-prètre étranger à la courte liste donnée par ces deux versets : voir le ta- 
bleau di-essé par Th. Reinacli, Traduclion^ t. III, p. 82. La série de ses grands prêtres 
de l'époque ptolémaïque n'atteste, de son côté, qu'un savoir limité: cf. Willricli, Judeu 
und Griechen, p. 107 et suiv. 

2. Josèphe, Contre Apion, I, xxi, .i^.i? 157-160. 
.3. Ib., l; XX, !^S 146-1.50. 

'i. Ih.. I.xix. vj 1.32. Au ,!? l.'i't (passage suivant immédiatement l'extrait de Bérose in- 



LI-S 70 SKMAIM'S l)V. DAMKL DANS LA CllBO.NULOGlK JUIVI' i::{ 

A l'attention distraite que Josèplie, héritier de deux ou tiois siè- 
cles de culture liellénique, prête aux plus significatives pièces de 
contrôle nous pouvons mesurer Tétat d'esprit de ses devanciers 
de la diaspora qui n'ont pas tous disposé comme lui des riches 
matériaux enmiagasinés dans les com[)ilations du Polyliistor. Nul 
d'entre eux n'a cherché dans les annales babyloniennes ou perses 
une réponse au problème posé par l'interruption de la tradition 
histori({ue a[)rès Sédécias. 

Il faut descendre, pour trouver des datations, sinon historiques, 
du moins accommodées dans une certaine mesure à l'histoire, à 
une époque bien postérieure à la destruction du second Temple, qui 
détermina chez les Juifs mêmes l'abandon de la théorie qui fixait à 
l'époque macchabéenne la terminaison des soixante-dix semaines. 
C'est aux écrivains chrétiens qui, à la fin du second siècle et au 
début du troisième, ont travaillé à donner à l'Église une chrono- 
logie universelle, que nous devons de connaître les transactions 
imaginées — sans doute dans des milieux judéo-égyptiens ou sama- 
ritains— pour concilier la chronologie apocalyptique avec la chro- 
nologie histoi'ique. 

Théophile d'Antioche et Jules l'Africain placent l'an 1 de Cyrus 
l'un en 5G2 ', l'autre en 560 '^. L'exil a duré soixante-dix ans, sui- 
vant la prédiction de Jérémie ; la chute de Jérusalem est donc de 
63:2 (630 j. Les chronographes eussent évidemment dû partir, non 
du commencement du règne de Cyrus (en Perse), mais de l'an I de 
sa domination en Babylonie, de près d'un quart de siècle posté- 
rieure. La préférence donnée à la date la plus reculée s'explique 
parce qu'elle conduit, pour la chute du premier Temple, à une 
époque très voisine de celle qu'indiquent les calculs apocalyp- 
tiques. Rien ne permet, d'ailleurs, de soupçonner Théophile d'An- 
tioche d'être l'auteur de cette computation, que son autorité propre 

diciui^ n. 3 et itiécédant la citation de Monaiidre iiidiqucc n. 'Ij le ehiflir (|ui iiidiciuc 
la dui'ée de la destruction du Temple est uiallieureusernent altéfé : le inanus<Tit porte 
linipossible Iutoî. Eusèbe lisait (ou conjecturait) 7r£vTr,xovTa : si c'est bien là la leçon 
originale, Josèphc auia mis pour une fuis sa doctriin; d'accord avec ses autorités ; 
mais le f; 132 permet de jui,^^- du sérieux de cette concession occasionnelle. 

1. Théophile, Ad Aulolycum, III, xxv et suiv. ;cf. le tableau de la chronologie de 
Théophile dressé par Otto, Corjjiis Apolofjel. ChriaL, VIII, p. i.iv). L'exposé de Théo- 
phile est, d'ailleurs, empreint d'une extrême confusion : l'argumentation du polémiste 
tend à prouver que les 70 années vont de Nabuchodonosor à Darius, alors que son 
système les suppose comprises entièrement dans la période antérieure à Cyrus. 

2. Julius Africanus, dans Eusèbe, l'raep. Evang., X, x (Routli, Rel. Sacne, II, 
p. 27i . Cf. ScliNvait/, Ific Kœnif/slinten des Erata^lhenes, p. 2'k dans Ahhandl. 
GœlL Geaellsck. U'm\, t. XL [l.s'Ji-l8'Jj). 



174 UEVUE DES ETUDES JUIVES 

ireùt sans doute pas suffi à imposer à l'Africain ' ; il Ta très vrai- 
semblablement empruntée à Tballus le Samaritain, que l'Africain 
cite en garantie de lavènement de Cyrus pendant la 55" olym- 
piade. 

Clément d'Alexandrie n'a rien accepté du compromis boiteux 
qui n'emprunte à l'histoire une date factice de Cyrus que pour 
reconstruire pour Nabucliodonosor une époque contraire à la réa- 
lité historique. 

L'auteur des Stromates - considère comme terme de la captivité 
Tan II de Darius, (ju'il paraît fixer en 518. Il innove en ce qui con- 
cerne le ternnnus a quo, car, au lieu de l'identifier, comme les 
diverses sources de Josèphe, à la prise de Jérusalem en l'an XVIIl 
de Nabucliodonosor ou à la déportation totale de l'an XXIII, il l'en- 
tend de l'exil qui frappa, après un règne éphémère, le roi Joiakhin 
en Tan VII ; ce système particulier (E), qui est sans aucun doute 
bien plus ancien que Clément et vraisemblablement d'origine juive, 
est basé sur Jérémie xxix et sur divers passages d'Ezéchiel ^. 

La captivité de Joiakhin est de la seconde année du règne de 
Ouaphrès, roi d'Egypte, de la première année de la 48« olympiade 
(588-587), Phihppos étant archonte à Athènes. La prise de Jéru- 
salem descend ainsi à l'an 577-576, au-dessous de la date réelle. La 
mention d'Ouaphrès donne à penser que la théorie dont Clément se 
fait l'écho est née dans un milieu juif ou chrétien d'Egypte. On 
savait par Jérémie (xltv, 30) que ce Pharaon avait été contemporain 
de Sédécias ; en consultant une chronologie des dynasties égyp- 
tiennes (comme celle du Pseudo-Manéthon, connue, dès avant 
Josèphe, des Juifs cultivés d'Alexandrie) on apprenait que Ouaphrès 
avait occupé le trône entre 590 ou 588 et 572 ou 570. L'épitomateur, 
juif ou chrétien, du Pseudo-Manéthon a remarqué l'identité entre 
le Hophra' de Jérémie et le Ouaphrès manéthonien, et conclu (à 
une époque antérieure à Clément], en dépit du silence gardé par 
la Bible sur le nom du Pharaon régnant, que c'est auprès d'Oua- 
phrès que se réfugièrent Jérémie et ses compagnons, cherchan 
asile en Egypte après la mort de Guedalia. 

On eût été d'accord avec la vérité en tirant de cette constatation 
la conclusion que la chute de Jérusalem sous Sédécias remontait 
au début du règne d'Ouaphrès et il n'eût pas été malaisé, en se re- 
portant au Canon des Astronomes ou à un document semblable, 
de constater qu'en eiïel, l'an XVIÏI de Nabuchodonosor coïncidait 

1. Cf. Gelzer, Sexlus Julius Africatnis, I, pp. 22-23. 

2. Clément, StromaL, I, xxi, p. 3i PoU. 
:;. Kzt'-chiel, i, 2 ; viii, 1, etc. 



LKS '0 SI'MÂINKS UK DAiMHL DANS LA CIIHUNULOI.IK .lUlVI- I7îi 

avec une des premières années du loi égyptien. Aucun des lexles 
conservés ne permet d'affirmer que ce pas ait été lait au second 
siècle, car nous avons vu ((ue Clément place sous Ouaplirès l'exil 
de Joiakhin et non c(dui de Sédécias, oÀ il ne résulte pas de la no- 
tice d(^ répitoiné (|ue Ouaplirès n ait pas été déjà contempoiain de 
Joiakhin. La source de Clément n'a [)as disposé de documents a$sez 
précis pour (juclle put reconnaître qu'il n\y avait d'intervalle liisto- 
ri([ue de 70 ans entre « l'exil » et Darius que si lexil était celui de 
Sédécias. 

Il était réservé à Eusèhe, si supérieur cojnme chronograplie à 
la réputation que lui a faite Tinjustice de Scaliger, de proposer de la 
pris*e de Jérusalem par les Clialdéens une date strictement liisto- 
l'ique et aussi rapprochée de la réalité que le permettait létat des 
connaissances de son époque. Il ne paraît pas qu aucun Juif de 
répoque gréco-romaine ait connu l'époque exacte de la ruine du 
royaume de Judée. 



II 

La date de Darius dans JosÈrHE. 

Orif/ine du st/stème C. — Les systèmes A et B ', en arrêtant les 
soixante-dix aunées à Cyrus, étaient en accord avec le texte de 
Jérémie (jui assignait une période de semblable durée à la captivité 
babylonienne. Ils se heurtaient à un verset de Zacbarie (i, 1â). En 
l'an II de Darius, Zacbarie s'écrie : « Quand donc, Jabvé, pi'endras- 
tu en pitié Jérusab^ni et les villes de Juda contre qui tu t'es irrité? 
Voici déjà la soixante-dixième année. » 

Il est clair que c'est sous l'influence de ce texte qu'est née la doc- 
trine qui fait de Darius le roi de la soixante-dixième année, et de 
Tan II, épo(jue du relèvement du Temple, le terme de la périodes 
d'affliction. Il est moins aisé de discerner la raison pour laquelle 
l'auteur du calcul re[)ro(luit dans la Ctuerre a abandonné les dates 
riSH-riSo et r)7()-575 (avec Icui's corrélatifs OoO-Goo et ()4()-045) pour 
les chiilres un peu inférieurs 571-570 et()4I-640. Pourquoi, suivant 
le sillage tles théoriciens des écoles A et B (les dates 641 -040 et 
571-570 sont évidemment trop éloignées des dates historiques et 

1. Nous ne nninmoMS pas ici le système D. itaice que les tevtes de Jtisèplie et de 
Déinétrius i|ui nous le font connallre ne nous apprennent pas si t'est sous le règne de 
C-vius <»u celui de Darius <|uil8 plaçaient la lin des soivante-dix aunées. 



170 lŒVUl' DES ETUDES JUIVES 

Irop proches des dates apocalyptiques pour ne pas dériver de celles- 
ci) a-t-il iiiti'oduit dans les cliillVes une modiiication que n'exigeait 
pas son interprétation divergente des textes? Darius, dépossédant 
Cyrus de sa fonction de roi de la soixante-dixième année, eût dû 
i-égulièrement occuper le site chronologique assigné traditionnelle- 
ment à la situation et reléguer le rival évincé dans Fintérieur de la 
période fatidique. 

Il faut ici nous contenter de présomptions. Nous considérons 
comme vi'aisemblable que, au moment où le systèmedeTan 571- 
570 a été élaboré, les dates 580-585 ou 576-575 pour Cyrus étaient 
trop solidement établies pour qu'on pût les déplacer. C'est par 
rapport à ces termes que nous avons vu Josèphe calculer l'interValle 
de Daniel à la profanation du Temple par Antiochus Epiphane, celui 
de Cyrus à Alkimos, celui de Cyrus à Aristobule. Les dates 586-585 
et 576-575 tiraient de semblables évaluations une consécration qui 
les protégeait contre des atteintes imprudentes. Force était au 
novateui' appuyé sur le texte de Zacharie de prendre Tune ou l'autre 
poui- point de départ de sa détermination de l'époque du second 
successeur de Cyrus. 

La Bible imposait à cette recherche certaines données dont il 
devait être tenu compte. Un texte de Daniel ' exigeait un minimum 
de trois années de domination pour Cyrus, et le récit d'Esdras 
supposait qu'un Artaxerxès, de longueur de règne indéterminée, 
s'intercalait en Ire Cyrus et Darius. Entre l'an I de Cyrus et le Re- 
tour d'une part, et Fan II de Darius et la reconstruction du Temple 
de l'autre, il fallait donc compter *2 (Cyrus) + .t (Artaxerxès) + 
i (Darius) années. 

S'il était probable que le chronologiste de C ail connu la source à 
laquelle Josèphe a emprunté son arrangement de l'histoire de la Res- 
tauration -, il faudrait sans doute admettre qu'il est tributaire du 
système A. Josèphe, identifiant à Cambysel' Artaxerxès, successeur 
de Cyrus, fixe à 7 ans (6 pour Cambyse, \ pour les Mages) l'intervalle 
compris entre la mort de Cyrus et l'avènement de Darius. L'an II 
de Dai'ius correspondant à 571-570, nous serions, dans cette hypo- 
thèse, reportés à 580-579 pour la mort de Cyrus ; le règne de celui- 
ci ayant été assez court *^ nous arriverions pour son an làunedate 
si voisine de 586-585, qu'il n'y aurait guère de raison de l'imaginer 
différente. 

1. Daniel, \, 1. 

2. Josèphe, A. J.. XI, ii, 2, § 30. 

il. .I(»se|»he, ih..n, 1, .^20. Josèplie ne donne aucune indication j)iécise, mais fait mou- 
rir Cyius peu après les exitédilions commencées à la suite immédiate du retouc. 



LES 70 SKMÂliNKS l)K DANIEL DANS LA CIlHOiNULuiilK JUIVE 111 

Mais on ne |)cul supposer à Taiiteiir de (1, suivi [)ar le Josèphe 
d(3 la (iNcrrr, les inlorinalions dont le récit des Anlu/nHi's Iradnil 
l'innuenco; coninie 1(3 nioiilre la suile de ses calciils, c'esL un Juif 
confiné dans la li'adition juive, qui ne connaît (]ue le levU; hé- 
braïque de la Bible et les pi'océdés d'exégèse des docteui's, et en 
aucun cas, comme le Josèpbe vieilli des Antiquités, ne contamine 
leui's données par des éléments puisés aux versions grecques des 
livres saints ou aux écrits des historiens profanes '. N'ayant d'autn; 
source d'inspiration que le Daniel et l'Esdras hébraïques, il a du 
suivre strictement les indications qui y étaient contenues, quitte à 
suppléer pai' la conjecture à leurs lacunes. 

Trois années étant attestées pour Cyrus, deux pour Darius, il fal- 
lait fixer un chinVe à Artaxerxès. En identifiant cet Artaxerxès à celui 
de la lin d'Esdras et de Néhémie, on acquérait pour ce roi une don- 
née numérique précise, mais inutilisable : car cet Artaxerxès avait 
régné 3*2 ans, et on ne pouvait insérer un chiffre aussi élevé entre 
Cyrus et Darius sans réduire à l'excès la durée de Fexil propre. Il 
ne restait (]u'à conclure qu'on était en présence d'un Artaxerxès 
par ailleurs inconnu, et l'évaluation de sa durée ne pouvait être 
qu'arbitraire. L'evégèse des docteurs, en pareil cas, ne péchait pas 
par excès de hardiesse. Si nous supposons que C a fixé à un an le 
règne d'Arlaxerxès, nous obtenons un total de quatre ans de l'an I 
de Cyrus (exclu) à l'an II de Darius (exclu) : tel est exactement l'in- 
tervalle qui sépare l'an II de Darius, dans C, de l'an I de Cyrus, 
dans B. Si l'hypothèse est fondée, la date 571-o7() pour Dai'ius dé- 
rive donc du système (|ui place Cyrus en 576-573. 

Les dates de V histoire de Jérusalem. — La date 571-570 pour la 
ruine du premier Temple n'est qu'une des étapes du tableau chro- 
nologique où un patriote, peu après le désastre de l'an 70, a rap- 
pelé les principaux moments de l'histoire du sanctuaire et de la 
Ville saccagés. Curieuses en elles mêmes, ces indications sont par- 
ticulièrement intéressantes en ce qu'elles donnent l'exemple d'un 
système chronologique développé de l'histoii'e ancienne des Hé- 
breux, basé sur la date 571 -570 dont l'authenticité ressort de l'exa- 
men du rapport qu'ont avec elle les dates plus anciennes. 

Nous groupons ici, d'après l'ordre chronologique ascendant, les 
notices fournies [)ar les chap. iv, 8 (§§ ^09-^70) et x, l ig^ 437-441) 
du livre VI de la Guerre. 



l. Rappelons (|uc, inùine dans les Antiquités, r'cst un fait t^xccpliniinrl qur 1 (Mn|>l< 
'lo tlucuincnts profanes servant ;i corriiier la Ir.nlition ltiljli<|nr. 

T. LI, .\o 10:>. 12 



178 HLlVUb: DES ETL'UES JUIVES 

a) ^ ^71 : De la « fondation » du Temple sous Salomon au 9 Loos 

OD-TO, 1130 ans 7 mois 15 jours. 

b) § 439 : De rentrée de David à Jérusalem a la prise de la ville 

par Nabucliodonosor, 477 ans 6 mois. 
Z>')§ 440 : De roccupation par David au 8Gorpiaios ()l)-70, 1179 ans 
[7 mois ^]. 

c) § 441 : De la première fondation à 69-70, ^177 ans. 

c');^437 : De la première fondation de Jérusalem à la prise par 
Nabucliodonosor, 14GS ans. 

La soustraction c — c' donne la date absolue de la première 
ruine du Temple : 641-640, cbiffre conforme à celui que pei'mettait 
de [)oser la théorie des semaines. 

La « fondation )> du Temple est, d'après «, antérieure de 4^1 ans 
7 mois 15 jours à la destruction ; cet intervalle est conforme aux 
indications de la Bible hébraïque, qui assigne 393 ans aux rois de 
Juda, et place l'inauguration en Fan là de Salomon, qui en a régné 
40. Par xTiVtç Josèphe entend ici, comme l'a noté Destinon ^, l'achè- 
vement du sanctuaire, et non le début des travaux. Les 7 mois et 
15 jours nous reportent, en effet, au 25 kislew ; le report sous 
Salomon de la date (historique ou conventionnelle) de la reconsé- 
cration macchabéenne du Temple est un curieux exemple de l'in- 
fluence du calendrier rituel sur l'histoire : c'est l'anniversaire delà 
Hanoiikka qui a été transposé sur la première et antique ha- 
noukkat ha-bdit. 

Les notices relatives à David présentent des chiffres altérés : le 
|:i 439 place l'occupation de Jérusalem 55 ans avant l'inauguration 
du Temple de Salomon, le § 440 seulement 49 ans. L'intervalle 
marqué par la Bible (33 ans pour David, 11 pour Salomon jusqu'à 
Tannée de la hanoiikka) est de 44 seulement. Il faut corriger 477 
en 465 (ou 466, cf. infra) et 1179 en 1174 (ou 1175). 

1. Le cliiffre des mois est restitué daprès le i^ 439 : le nom du mois où David oc- 
cuiia Jérusalem, étant calculé par rapport à ab 641-640, devait l'être par rapport à 
éloul 69-70. Par contre, la mention de six mois au g 437 doit èti-e erronée et nous 
ne l'avons pas reproduite ; elle n'a pas de correspondant au § 441 et il est im- 
probable qu'on se soit appliqué à établir à quel moment de Tannée Melkiçede(} jeta 
les fondements de la ville. La méprise qui a transporté au § 437 lindication des 
mois qui apitartient au § 440 est d'ailleurs très ancienne et remonte sans <loute à 
Josèphe lui-même , car Clément d'Alexandrie, qui transcrit la notice 6' d'après un 
chronologiste écrivant en l'an 10 d'Antonin ne connaît que le chillVe des années 
{Sfroin.,1, XXI, p. 409 Pott.) ; les six mois du § 437 sont d'ailleurs fautifs ; on a omis 
de faire entrer en compte le [mois qui sépare 9 Loos de 8 Gorpiaios ; il faut corriger 
en iizxà.. 

2. Destinon, l. /., p. 33. 



LES 70 SEMAINES DE DAM EL DANS LA CHRONOLOGIE JUIVE 179 

Les six mois supplémentaires du ^ 439 (nous avons dit ^ qu'il faut 
restituer en pareille place au |:^ 44(1 l'indication sept mois) sup- 
posent que la royauté de David à Jérusalem commence en schebat. 
Ce renseignement a pour origine une computation de la durée du 
royaume de Juda un peu diiïérenle de celle que nous avons ren- 
contrée dans a. Au ;:i^71, l'intervalle entre l'inauguration et la des- 
truction du Temple est fixé à 4:2'2 années (dont une incomplète) 
parce que les courts règnes de Joahaz (3 mois) et de Jehoiakhin 
(3 mois ou 3 mois et !0 jours) ne sont pas comptés : le Sèder Olam 
élimine, de même, de la somme des années des rois de Juda jusqu'à 
Joiaqim, l'appendice gônant du trimestre de Joahaz. Ce sont ces six 
mois d'abord négligés qui reparaissent ici. Leur introduction dans 
l'addition entraînait logiquement un déplacement d'un an dans le 
calcul de la date de David ; si Josèphe l'a lemarqué, il a dû compter 
466 ans et 6 mois (117o ans et 7 mois) entre le jour où Jérusalem 
est devenue capitale et celui où elle fut ruinée par Nabuchodonosor 
(puis par Titus). Mais, s'il avait été capable de ce simple raisonne- 
ment, il aurait sans doute conclu que les 6 mois des petits règnes 
devaient se répercuter sur le millésime de Salomon comme sur 
celui de David. Nous avons vu que l'allégation des cbifï'res empêche 
de décider s'il a songé à 466 ou 465, 1175 ou 1174, et que peut-être 
il faut lui imputer personnellement les grosses fautes de calcul 
que supposent les totaux transmis 477 et 1179. De toute façon, il 
est clair que a et b dérivent de deux supputations contradictoires, 
encore que l'écart soit d'un an seulement, de la durée du royaume 
de Juda. Nous avons sans doute le droit de dénoncer ici la main de 
Josèphe lui-même, qui, sans prendre une notion claire de leur in- 
conqjatibilité, a groupé au gré de souvenirs un peu confus des don- 
nées empruntées aux leçons divergentes qui régnaient dans l'école. 

Il reste à examiner c et c^ qui s'accordent à placer en 2109-2108 
le moment où Melkiçédeq bàlit Jérusalem. 

Nous avons ici le seul texte, dans toute l'étendue de la littérature 
juive ancienne, qui tente de déterminer l'époque de la fondation de 
la cité sainte : la Bible ne fournit rien qui se rapporte à cet événe- 
ment, auquel elle ne fait même pas allusion : rien n'y fait soup- 
çonner que Melkiçédeq, roi de Salem, contemporain d'Abraham, ait 
eu en personne l'honneur de construire la bourgade appelée à de si 
glorieuses destinées. Josèphe, dans les Antiquités, signale de même 
la royauté de Melkiçédeq sans attril)uer au « roi juste » aucun rôle 
dans la construction de Salem. 

1. Supra, \\. 178, ii. 1. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si la lliéorio qui fait Jérusalem antérieure de ^177 ans à Titus, de 
1468 à Nabucliodonosor ne peut dériver d'aucun passage relatif à 
Salem et à son plus ancien souverain, elle doit s'appuyer sur l'in- 
terprétation de quelque autre texte de la Bible hébraïque, la chro- 
nologie de G s'étant en tous points révélée rigoureusement dépen- 
dante du livre sacré sous sa l'orme originale. Deux passages de 
Josèphe permettent de soupçonner que la date ^109-^108 pour la 
fondation de Jérusalem provient d'une théorie générale sur Fâge 
de certaines villes très antiques : Hébron naît '^SOO avant la com- 
position de la Guerre, c'est-à-dire vers 2220*, Memphis-ïanis 
1300 ans avant Salomon, c'est-à-dire vers 2350-. Ces chiffres 
donnent à penser quune période voisine de 2109-2108 a eu pour 
caractéristique la fondation des cités mêlées directement ou indi- 
rectement^ à l'histoire d'Abraham. 

Le Sèder Olam définit clairement cette période quand il nous 
apprend '' que lexistence de Sodome remonte aux jours de Péleg. 
L'origine de cette théorie n a pas échappé aux commentateurs du 
Sèder Olaiii'^ : si la fondation de Sodome avait pour limite infé- 
rieure l'époque d'Abraham qui l'a connue, elle a pour terminus a 
qiio l'époque du Péleg, car c'est pendant la vie du fils d'Eber qu'à 
la suite de la confusion des langues, les peuples jusqu'alors réunis 
en Sennaar se dispersèrent pour se partager la terre et créer en 
tous heux des colonies ^. Ce qui est vrai de Sodome l'est évi- 
demment d'Hébron, de Memphis-Tanis et aussi de Salem, qui ne 
pouvait être inférieure en antique illustration à ses rivales, et de- 
vait naturellement être représentée comme contemporaine des 
premiers établissements urbains. 

Il nous faut donc chercher si un système qui, en vertu d'une 
application particulière de la théorie des semaines combinée avec 
la stricte fidélité à la chronologie biblique, fixe à 10621061 la 
douzième année de Salomon, comporte pour un moment de la vie 
de Péleg la date 2109-2108. La Bible hébraïque fournit les données 
suivantes : 



1 . Joseph.!, B. /., IV, IX, 7. j^ 531. 

•2. Joscplie. .1. ./., VIII, M, 2, 55 155. 

;]. Ahraliatn habite Hél)n)ii ; il n'est pas (ht que la ville dii Pharami dont il fut 
l'hôte ait été Ço'aii (Tauis identifié à, Meniphis), mais cela était vraisemblable (l'après 
le Psaume Lxxviii, qui fait de Ço'an la capitale de l'Egypte; en ti»ut cas, l'antiquité 
de ceUe cité était assurée par Nombres, xiii, 23, qui enseigne qu'elle a été bâtie sept 
ans après Hébron. 

4. Sèder Olam, ch. i. 

5. Marx, Sèder Olam, p. 4, n. 27. 
0. Josèphe, A. J., I, v, 1, ij 120. 



LKS 70 SLIMALNES DK DANIEL DANS LA CIIUONULUGIL JUiVL 181 

De l'an 12 à l'an o de Salomon 7 ans. 

De la sortie d'Egypte à l'an 4 de Salomon 480 — 

De la vocation dAbrahani à l'Exode 430 ' — 

De la mort de Péleg à la vocation 27 — 

Dnrée de la vie de Péleg depuis la naissance de Re'u. 209 — 

De la naissance de Re'u à celle de Péleg 30 — 

1183 ans. 

Il ressoi't de ce tableau que la naissance de Péleg doit tomber en 
224o, celle de Re'u en 2215, la mort de Péleg en 2000, et que la date 
donnée pour la fondation de Jérusalem correspond à un point 
remarquable de la partie de la vie de Péleg comprise entre la nais- 
sance de son lils et sa mort : 2109 est, à une unUé près, à mi- 
chemin de 2215 et de 2006. 

La datation de la Guerre occupe ainsi une situation exactement 
intermédiaire entre celle des Antiquités-, qui veut que la disper- 
sion et le partage des territoires se soient effectués au moment de 
la naissance de Péleg, et celle, adoptée par leSèc/er Olam, quiplace 
la fondation de Sodome (à laquelle nous avons le droit d'adjoindre 
les autres villes) en l'année même de sa mort. 

Un remarquable fragment conservé par le Sèder Olam permettait 
de supposer l'existence de la solution intermédiaire que nous 
croyons reconnaître dans l'indication des §§ 437 et 44 1 : « R. Yosé a 
dit : Eber fut grand prophète en donnant à son fils, sous l'influence 
d'un esprit divinatoire, le nom de Péleg (division), car il est écrit 
que c'est pendant la vie de Péleg que ^i terre fut divisée. Si tu dis 
(que la dispersion s'opéra) au commencement de sa vie, (je réponds 
que) loqtan était le frère punie de Péleg et qu'il engendra des 
chefs de familles qui furent comprises dans la dispersion. Si tu dis 
(qu'elle s'opéra) au milieu de sa vie, (je réponds que) l'Écriture ne 
donne pas d'indications incertaines. En disant que la terre fut 
divisée pendant sa vie, elle n'a pu désigner que latin de sa vie. » 

La première phrase peut seule être attribuée avec certitude à 
Yosé hen Halaphta ; il en résulte, du moins, que le maître de la chro- 



1. C'est le riiidVe base sui- Kxode, xii, 'fO, iiiterjn'été suivant la tln-oric qui l'ctiouve 
dans les 430 ans touti- réjxxiue inlernu-diaifc entre Abraliani et la sortie d'Egypte. 
Cette conception du passag-e qui fait vidlence au texte, mais est exiirée par Exode, vi, 
18 et suiv., paraît avoir régn»' sans partage sur le Judaïsme ancien : elle apparaît à la 
fuis dans la traduction des Septante d'Exode xn, dans la version samaritaine, dans le 
Sèder Olam avee une léirère variante), dans les Anliquilés (cf. Housset. Zeitschr. /'. 
alll. W'iss., XX, p. 131) et suiv.l, dans Ep. aux Calâtes, m. 17. 

■2. Josephe. .1. ./., I, vu, 4,^5 1 H. 



182 RKVII': DKt^ ÉTUDKS JUlVKS 

nologie talmiidiqao rejetait la Ibéorie qui faisait la confusion des 
langues contemporaine de la naissance de Péleg, car en ce cas le 
nom de l'enfant n'eût pu être considéré comme prouvant chez son 
père l'esprit de prophétie. La discussion qui suit est sans doute 
Fœuvre d'un annotateur postérieur ' : les deux textes de Josèphe 
montrent qu'U y faut voir, non la réfutation d'hypothèses posées 
par l'écrivain lui-même, mais une polémique contre des systèmes 
qui avaient sans doute encore des défenseurs au moment où le 
texte était rédigé. 

A la vérité, le polémiste ne paraît pas connaître la particularité 
introduite par le texte de la Guerre dans le calcul des années de 
Péleg : nous avons noté que celui-ci fixe la naissance des villes, non 
vers le milieu des 239 ans de Péleg, mais vers le milieu des 209 
années de sa vie qui commencent à la naissance de Re'u. 

Le calcul que vise directement le critique est celui que nous a 
conservé le Livre\des Jubilés, où Péleg naît en 1567 et voit s'opérer 
la dispersion en 1688, c'est-à-dire en la 121® année d'une vie qui 
en compte 239, et en l'année qui suit celle où il a atteint la moi- 
tié de sa durée. Le Livre des Jubilés nous explique cet écart d'un 
an que nous avons déjà noté à propos de la date 2109, d'une unité 
postérieure à l'exact partage de l'intervalle 2215-2006. Il situe, en 
effet, en 1645 le début des travaux de la tour de Babel et en 1687 
leur achèvement ^ : l'année médiane de Péleg, la 120% est donc 
celle de la confusion des langues; la dispersion des Noahides et la 
fondation des villes appartiennent à l'année suivante, la 121« de 
Péleg si, avec les Jubilés, on compte sur 239, la 106° si, comme Jo- 
sèphe dans la Guerre, on compte sur 209. 

Le même apocryphe nous permet de soupçonner la raison qui a 
pu déterminer l'auteur du calcul des §§437 et441 à prendre comme 
point de départ du compte des années de Péleg la naissance de 
Re'u. Il interprète le nom de Re'u par la rac. y:fn, parce que c'est à 
sa venue que les hommes devinrent mauvais. La perversité des 
Noahides datant du jour où parut le fils de Péleg, les événements 
auxquels elle donna lieu furent calculés à partir de cette naissance. 
Le Josèphe de la Guerre est l'écho d'un agadiste qui, pour obtenir 
la date de cette confusion des langues, divisa en deux les années 
de Péleg commençant à ce terminus a quo, et fixa à l'année sui- 
vante la construction de Salem par Melkiçédeq'^ 

1. Cf. les iioti'S de Rdtiicr et de Marx au cli. i du S'èder Olam. 

2. Cf. Ronsch, Buch der Jubilàen, p. 242. 

3. Les chiffres donnés pour Hébron et Mempliis-Tauis par le livre IV de la Guerre et 
le livre VIII des An/i.giiile's sont étrangers à ce système. On peut supposer que dans 



L[-:S 70 SI-MAINES l»r: IIAMKI, liANS l\ CIlMiKNOI.noiI- JUIVK I8;{ 

La chronolor/ie universelle de Irpoque pvé-lannaïle. — Il ne 
saurail être douteux que, si la main de Josèphe se reconnaît à quel- 
ques menues l'aules, ti^lles que riuc(»rlilude du calcul des six mois 
de règne de Joahaz el de Joiakim, ei;iasui)stiUition du nom de Cyrus 
à celui de Darius, le tableau des dates de Jérusalem, construit sur 
la base du système G, est Tœuvre de calculateurs réfléchis respec- 
lueux de la ti'adition bihlique telle (jue nous l'ont conservée les 
massorètes, et qui ne se permettent de la complétei' qu'au moyen 
des éléments l'ouruis par rai>ada. En |)la(;ant la ruine du premier 
Temple en (îil, rinangui'ation par Salomon en 10()2,ravènement de 
David dans la ville en 1 10(), la londalion de Salem en ^109, Josèplie 
ne s'est pas écarté de la doctrine chronologique communément 
admise des pati'ioles, spectateurs de l'écroulement de l'an 70, sou- 
cieux de condenser en un bref tableau les grandes étapes du passé 
de la cité que « ni son antiquité, ni son immense richesse, ni son 
peuple répandu sur la face de la terre entière, ni le renom de son 
culte n'avaient pu sauver de la ruine ». 

Ce sommaire de l'histoire de Jérusalem nous fournit une chro- 
nologie continue pour la période de 2177 années qui va de la fon- 
dation des villes, postérieure d'un an à l'achèvement de la Tour de 
Bahel, à l'an II de Vespasien. 

La Bible hébraïque pourrait suffire à nous apprendre quels 
espaces de temps les docleurs du premier siècle assignaient à la 
période antérieure à la dispersion. Les indications chronologiques 
sur les origines sont presque entièrement dépourvues de ces am- 
biguïtés ou de ces contradictions qui autorisent, pour les époques 
postéi'ieures, les interprétations les plus divergentes; elles ne per- 
mettent guère le doute que sur les deux années de Sem après le 
déluge qu'on est inclinéà faire entrer en compte par Genèse, xi, 10, 
et à négliger par Genèse, v, 31. Le calcul donné par Josèphe au 
livre X des Antiquités, et qui, jusqu'à la sortie d'Egypte, est rigou- 
reusement conforme à la Bible, dissipe même cette légère cause 
d'incertitude et nous donne pour les temps qui finissent à Moïse 
une chronologie aussi strictement orthodoxe que celle du livre VI 
de la Guerre : TExode est placé en 2431 (d'après les chiffres bibli- 
ques : lOrii) jusqu'au déluge; 3()5 jusqu'à la migration d'Abraham, 
les deux ans de Sem n'étant pas comptés, contrairement à la prati- 

H. .).. IV, §, ;j:M. Josèi)lii\ a arrondi i)ar em'ur à 2,;î00 au lieu de '2,200; mais 11 
t'st encon» possible que la sonice ait placé la fondation des villes ni l'an I de Péleg, 
auquel eas le chittVe aurait toute l'exactitude qu'on peut deniaiidei; à un nombre i-ond. 
La donnée sur Menés et Mcmpliis-Tanis est irréductible à la [irccédcutt! et trop 
élcvi-e : ici nous snmmrs sans dnute en présence d'un calcul liAelé propre à Josèphe. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que du Scder Olam ; 430 jusqu'à la sortie d'Egypte). Il est dès lors 
aisé de reconstituer le canevas deTtre de la création, telle que pou- 
vaient la concevoir les devanciers de Yosé hen Halaphta : 

Déluge 1650 ah Ad. 

Dispersion des peuples 189,1 — 

Migration d'Abraham 2021 — 

Kxode 2451 — 

Inauguration du premier Temple . . . (kislew) 2939 — 

Ruine (ab) 3801 — 

Début des travaux du second Temple 3431 — 

Ruine du second Temple (ab) 4070 — 

Il a pu exister des systèmes concurrents qui, pour Tépoque qui 
suit la chute du royaume de Juda, adoptaient les chiffres impliqués 
par A, R ou D : l'écart en plus était de vingt ans au maximum. 
Pour la période antérieure à Nabuchodonosor il n'a pas dû y avoir 
dans les écoles de dissidence sérieuse : l'accord presque complet 
des chiffres donnés plus haut avec ceux du Shler Olam en est un 
assez sûr indice. 

L'ère de R. Yosé, qui, par le Seder Olam, s'est imposée à la Syna- 
gogue, ne se distingue guère de celle qui est implicitement con- 
tenue dans les textes de la Guerre, IV, et des Antiquités, X, que 
par une modification dans la conception des semaines, déterminée 
par la chute du second Temple. 



III 

Déméïrius. 

Un des trop rares fragments de Démétrius le chronogra])be con- 
servés par Clément d'Alexandrie veut qu'il se soit écoulé 573 ans 
et 9 mois depuis la déportation des dix tribus, 338 ans et 3 mois 
depuis la déportation des Hiérosolymites jusqu'au règne de Pto- 
lémée IV ^ 

L'avènement du quatrième Lagide étant de Thoth 222-221 ^ la 
prise de Jérusalem serait fixée à ab 561-o()0, la prise de Samarie en 
schebat 796-795. 

Mais il est évident que l'un de ces chiffres est affecté d'une er- 

i. Cf. sur cette date Holleaux, dans Mélanges Nicole, p. 273 et suiv. 
2. Clément d'Alexandrie, Stromal., 1, xxi, p. 403 Poit. 



LKS 70 SKMAI.NI-S DK DAMKL DANS LA CllRONOLOGIK .lUlVK IHli 

reiir de c«}nt ans : car Démétrius n'a pu connpter que i^i') ans et 
i) mois ', non '^Ali ans et 6 mois, entre la chute (VTsrarl et celle de 
Juda. 

Pour ramener entre les deux nombres l'intervalle hislori(nie, il 
faut ou réduire 578 à 473, ou élever 338 à 438. Sclitirer a l'econnu - 
que cette dernière opération est indiquée par les divers textes qui 
s'accordent à reporter la victoire de Nabucbodonosor au milieu 
du VH^ siècle, alors qu'aucune tradition antérieure à Clément d'A- 
lexandrie n'abaisse l'événement au-dessous de sa date bistorique. 

Nous pouvons faire un pas de plus. Nous avons montré plus 
liant que le livre X des Antiquités porte la trace d'une tbéorie 
qui donne pour la cbute de Jérusalem une date ])lns baute que 
celles que Scbiirer a déterminées : le système 1) nous a conduits 
jusqu'à l'année (U)l-()()0. C'est celle-là même, la 439 : avant 4-22, que 
fournit le Itt^ xû'.axoT-.a TC'.axovxa oxt(o de DémétHus, rectifié en TSTca- 
AÔfjrjL comme l'exige le voisinage de 'étt, Trsvxaxôa'.a iSooa/j/'.ovTa xsîa. 

Démétrius est donc sous la dépendance de la cbronologie issue 
du livre de Daniel. Il ne peut, par conséquent, comme Scbilrer, 
après d'autres, l'a conclu de la manière dont est introduit le nom 
du quatrième Ptolémée, avoir écrit sous ce Lagide. 

Les cbronograpbes n'ayant dû songer à tirer à eux la prophétie 
des semaines qu'à une époque déjà quelque peu éloignée des 
temps maccbabéens et quand Daniel était déjà devenu, en quelque 
sorte, canonique, il n'est que prudent de reléguer Démétrius 
jusque vers la fin du ii« siècle -^ La date ???mima est donnée par 
l'insertion des extraits de son \Uol twv h zr^ louBa^a fiarrtXscov dans 
la compilation du Polybistor (-40). Le calcul de la date biblique 
par rapport à Ptolémée IV prouve seulement que le rédacteur de 

1. Di-niétrius assiiiiic l'exil des <li.v tribus à l'an IV (l'Ezf'cliias, citiifuiincnient au lap- 
prochemont de H Rois, xvi, 2; xvir, 1 et (i. Il entre ainsi en conflit avec les asser- 
tions catégMri(iues de II Rois, xviii, 9-10, mais on ne peut le rendre responsable des 
contrarlictions du texte l)il)Ii(pie. Il va sans dire (jue les WV.'y ans et 6 mois ne sup- 
posent aucune tradition, étrangèie à la Bible, sur le mois de l'exil samaiitain : ils 
sont obtenus par l'addition des 25 dernières années de règne dEzécbias et des 110 ans 
6 mois de ses successeurs, y compris Joaliaz et Jeboiakin. 

2. Scbiirer, Gesch'iclite, III, p. 350. 

3. Nous relevons ici un détail qui n'est )»as lait pour accidître notre confian'^e en 
ranti(iuité relative de Démétrius. Il pose comme mois de l'avènemiMit de Ptolé- 
mée IV Thoth, c'est-à-dire le premier de Tannée égyptienne, au([uel la convention 
courante chez les cbronographes repoitait le commencement de l'année de règne. Le 
renseignement doit donc être empi'unté. non à des annales exactes, mais à .un docu- 
ment rlu genre du Canon des Règnes jious ignorons, il est vrai, le début réel de la 
rtjyauté de Ptolémée IV; mais ce serait grand basaid s'il avait coïncidé exactement 
avec le début fie l'année). 



1S6 REVUK DES ÉTUDES .lUIVES 

cette chronologie a voulu faire passer son écrit pour l'œuvre (\\m 
passé déjà assez lointain, de même que le nom de Démétrius per- 
met de soupçonner ffuil a eu le dessein d'en imputer la paternité 
à un non-Juif '. 

Démétrius ayant incontestablement utilisé la version des Sep- 
tante, Sclitirer a invoqué sa contemporanéité avec Ptolémée IV 
contre la thèse de Willrich qui abaisse jusqu'au milieu du ii« siècle 
la date de la traduction grecque de la Bible ; on voit ce qui reste 
do l'argument. 



IV 

YOSÉ HEN HaLAPHTA, 



Les 490 années. — C'est à Yosé ben Halaphta que le ïalmud - et 
le Sèder Olam ^ font honneur de celle, de toutes les formes de la 
théorie chronologique des semaines, qui a eu le succès le plus du- 
rable. Son système, qui retrouve dans les 490 années Tintervalle 
compris entre la prédiction de Jérémie en Fan IV de Joiaqim et la 
destruction du second Temple, a été adopté par la Synagogue et 
forme un des éléments essentiels de l'ère de la création du monde 
qu'elle a conservée jusqu'à nos jours. 

La part d'invention de Yosé, à vrai dire, n'est pas aussi grande 
qu'on a pu le penser. L'idée de demander au ciiap. ix de Daniel la 
réponse à l'énigme chronologique posée par la lacune des annales 
juives était vieille, au moment où il a écrit (première partie du 
ii« siècle), d'au moins deux cents ans. D'autre part, ce n'est pas 
Yosé qui a le premier identifié la période terminale des semaines 
avec la guerre contre les Romains et l'avènement de l'an 70, car 
cette interprétation est née au lendemain de la catastrophe, et déjà 
Josèphe la formule timidement ''. On pouvait, il est vrai, recon- 
naître dans l'arrivée de Titus et de son ai'mée l'accomplissement 
du N^n "i^:; Dr rr^nc^ ujnpm n-'rm; dans la mort du grand-prêtre 
Ananos celui du rx^'zi2 niD^; dans l'arrêt du sacrifice journalier ce- 

1. Joscphe [Contre Apion, I, xxiii) croit Démrtrius identique à Démétrius de Plia- 
lèrc. Josèphe a-t-il fait confusion, ou le climndgraplie se serait-il abrité derrière le 
nom du lettré anqucl la lettre d'Ai'isIée «levait attril)uer un si vif intérêt pour l'his- 
toire juive? 

2. AhodaZara, 9r/. 

3. Sèder Olam^ ch. xxvii-xxx. 

4. Cf. Fraindl, Die Exer/ese der lebzif/ Worheji Daniels, pp. 19 et sniv. 



LES 70 SEMAINES DE DANli;!, DANS LA CM MO.NOLoi.II': .ll'IVE 187 

lui (lu ir;n:^T n3T n-«au5'« sans ronrhiro immédiatement à un re- 
luaiiiemeut de la chi'onologit' adoptée pour IMiistoii'e des derniers 
siècles ; mais tout porte à ci'oire que le pas fut IVanclii avant Yosé. 

Il reste en pi'opre au docleiu' tannaïle d'avoir substitué à la li- 
mite initiale jusqu'alors admise un trnumus a quo nouveau, et 
d'avoir combiné liabilement, i)our les faire tenir dans le cadre 
étroit des 490 années, les éléments quim|)Osaientau cbrono^rapbe 
la Bible et les connaissances bistoriques des contemporains. 

Sur le premier point, il assigna comme terme initial aux se- 
maines l'an IV de Joiaqim, et non plus la pi'ise de .férusalem pai' Na- 
bucliodonosor ou la déportation des derniers Judéens. La raison de 
cette modification est évidemment le désir d'obtenir un accomplis- 
sement aussi littéral que possible des paroles de la prophétie défi- 
nissant le terminus a qiio : ûb;DT-i'^ m:3bn n-'iarsb nm t^ir?: 172. Elle a 
pour conséquence d'englober dans les soixante-dix années de l'exil 
le reste du règne de Joiaqim et le règne de ses successeurs ; il y a 
eu 52 années d'exil véritable, précédées de 18 ' ans pendant les- 
quels le Temple et la ville ont poursuivi une existence condamnée. 

Yosé a divisé comme suit les 490 années : 

Exil 70 ans. 

Domination des Perses 34 

Domination des Grecs en Elam (> - 

Domination universelle des Grecs. 174 

Hasmonéens i03 

Hérodiens 108 

L'addition des trois derniers chilTres donne 380 : le début de 
Textension de la suprématie grecque sur tout l'Orient est donc fixé 
à l'an 3H. C'est là la date, à une année près, du début de l'ère des 
Séleucides : une théorie historique populaire faisait donc commen- 
cer avec l'institution de cette ère la domination des Grecs sur la 
Palestine. Mais la chute de Jérusalem est de l'an 381 du minian 
scJietaral. Pourquoi l'époque des Grecs est-elle retardée d'un an? 

Loeb a répondu-^ que la réduction de 381 '• à 380 a été déterminée 

1. 19 (ot, d'iiutre part, ."il] eussent été jikis corrocts; carA'osc fait rcntror dans l'exil 
la 4* année de Joia(|ini, comme l'indifine le nombre 410 donné pai- le Sèder Olatn 
pour la durée du royaume de Juda (depuis l'an V de Salomou , nonihri' (pii dérive 
sans doute du chronouraplie tannaïte. 

2. Aboda Zara, 10 a. On doit à Riilil davoir fait ressortit- limportanee de cette 
donnée, Ber Ursprung dev judischen Wellara, dans Deutsche Zeifscfir. /'. Ge^ 
schichfswiss., Neu(! F., t. H, p. 102. 

3. Isidore Loeb, Revue, tome XIX. p. 203. 

4. Loel) dit par eri-eui- ;{S2; 



IcSS REVUE DES ETUDES JUIVES 

parle goût de la chronologie juive pour les cliiffres ronds. L'expli- 
cation est insulfisante : en effet, loin de faire ap])araître le nombre 
rond 380, en additionnant les trois derniers termes, le Shier Olam 
et R. Yosé, avant lui, groupent ensemble les (> années de la domi- 
nalion des Grecs en Elam et les 174 de leur suprématie en Pales- 
tine de manière à obtenir un chiffre 180, qui, ajouté à ceux qui cor- 
respondent aux péiiodes hasmonéenne et hérodienne, donne tout 
autre chose qu^un chiffre rond. 

En réalité, la j)etite tricherie qui a ramené de 312 à 311 le com- 
mencement de la période grecque était imposée par les chiffres 
antérieurs, imposés par la Bihle et intangibles. 

La Bible dictait, pour l'époque antérieure aux Grecs, et immé- 
diatement consécutive aux 70 ans de l'exil, les durées suivantes : 

3 ans pour Gyrus, Tan 1 étant identique à la dernière 

(70® année) de l'exil ; 
3:2 ans pour Artaxerxès ; 
() ans pour Darius. 

On ne peut guère hésiter à reconnaître dans les trente-quatre ans 
des Perses les 2 années de Gyrus ajoutés aux 32 d'Artaxerxès; et 
dans les six ans de Yavan en Elam les 6 années de Darius. G'est 
assurément une idée singulière que celle qui a fait de Darius un roi 
des Grecs de Susiane : elle est sans doute sortie de la vague notion 
que la conquête de l'empire perse par les Grecs était antérieure à 
Père des Séleucides. 

Les 110 années indiquées par la Bible pour la durée de l'exil et 
des règnes de Gyrus, Artaxerxès et Darius, ajoutées aux 381 que 
comptait l'ère des Séleucides en 69-70, donnaient un total de 41H. 
Le lit de Procuste des soixante-dix semaines exigeait le sacrifice 
d'une unité : ce fut naturellement la période profane qui en fit les 
frais. 

La répartition des 380 années en trois périodes de 174, 103 et 103 
années n'est pas exactement conforme à l'histoire, et présente des 
difficultés que les explications jusqu'ici proposées n'ont pas levées. 

Le chiffre 174 pour l'époque de la domination grecque en Pales- 
tine est trop fort II conduirait en 138-137 pour la date initiale de la 
dynastie hasmonéenne, et, si bas que l'on place le terme officiel 
de la souveraineté séleucide en Palestine, il est de plusieurs 
années antérieur. 

Le chiffre 103 pour les Hérodiens est, en revanche, trop faible. En 
plaçant l'an I d'Hérode en 37-36 (l'année précédente étant comptée 
tout entière au dernier Hasmonéen), on obtient pour la dynastie 



LKS 70 SKiMAlNKS DE liANlKL DANS LA CIIUONOLOGIL: JUIVK 18U 

tout entière, jusqu'en l'an 09-70, un (olal de 100 ans. Lecliiirre réel 
a donc été réduit. 

Kn considérant l'identité des cliinres atïectés aux Hasnionéens et 
aux Hérodiens, on se coinainc sans peine que l'un des ciiinVes 
historiques a été,, par amour de la symétrie, remanié de manière 
à devenir exactement conrorme à l'autre. Nous avons de fortes 
raisons de croire que c'est sur le patron des liYA années hasmo- 
néennes ({u'ont été ajustées les 10;j années liérodiennes. 

La dynastie fondée par Simon Macchabée s'étant éteinte en 3S-37, 
la première des 103 années correspond à 140-1 3iK C'est, en effet, 
là l'an I du pouvoir lé<,ntime de Simon, car c'est le 18 éloul de l'an 
17^ des Séleucides, le dernier mois de Tan 141-140, que fut voté par 
le peuple, les prêtres, les chefs du peuple et les anciens du pays, 
le décret qui lui conférait, à tilre héréditaire, les fonctions de grand- 
prètre, stratège et prince ^ Il importe peu que, d'après une infor- 
mation par ailleurs très suspecte du premier livre des Macchabées-, 
le peuple d'Israël ait commencé dès 170 Sél. (148-142) à employer 
dans les contrats la formule « kizl IItfj.tov&ç àp/'.£pétoç [Lz^filou xal 
(7TGaTY,yoO xai vjyouaévo'j 'lo'joaûov » : le pouvoir de fait u'cst dcvcuu 
pouvoir légal que quand la nation l'a sanctionné, et la tradition 
orthodoxe devait d'autant plus incliner à compler à la domination 
séleucide les années antérieures à l'acte d'éloul 141-140 que c'est 
seulement en 142-141 qu'avait pris On l'occupation par les Grecs 
de la citadelle de Jérusalem -^ 

L'indication relative aux 103 années des Hasmonéens étant, à la 
différence de celle qui précède et de celle qui suit, en accord avec 
une conception historiciue plausible, il est permis de la tenir pour 
l'élément consistant sur lequel les autres se sont modelés; les 

1. I Macc, XIV, il- 42. 

2. Ih,, XIII. 42. 

3. /6., XIII, 51. La théorie do Merzbachcr (Zei/schr. /". Nai/iisi/ia/ik, V, p. 2!)2 et 
suiv.) et de Madden, Coins of the Jews, pp. 65-67, reçoit, si nous ne nous tronjpons, 
une. force nouvelle de la lixation à 140 du point de départ des 103 années liasnjo- 
néennes. Miii'zbacher et Madden, après lui, soutiennent que 1' « ère de Simon » i)art 
du décret d'éloul et que Simon n'a eu comme années officielles de règne que l'inter- 
valic entre le IS éloul 140 et scliebat 135: c'est à ces cinq années que correspondent 
les années numérotées I à V des sicles d'Israël. Les objections diriiiées contre cette liy- 
[lothése par Scliiirer (Geschichte. I, p. 2ti) ne sont liuère convaincantes. Schùrer croit 
ruiner l'argument tiré par Merzbachi'r de I Macc, xiii, 38-40, en faisant remaniuer que 
l'ambassade de Simon à Kome n'était pas de retour en éloul lil-liO et n'est revenue 
qu'en 139-138 : mais l'édit invoque simi>lement l'impression favorable aux Juifs que 
fit en Syrie l'accueil honorable fait aux envoyés de Simon : (|ue cette récepiiim ait ou 
non influé sur les décisions de Déniétrius, il faut, i)0ur ex]>Iiquer la i)hrase. supposer 
fjue la concession par Demétrins de la libeité et de l'exemption est i»itsterieure à l'ar- 
rivée en Italie des ambassadi-urs |tartis en lil-liO. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

106 aimées hérodiennes ont perdu trois unités pour prendre le 
niveau de la période précédente, par une application de celte loi de 
parallélisme qui a inspiré aux clironographes des premiers siècles 
tant de combinaisons puériles' ; les trois années devenues dispo- 
nibles n'ont pu être attribuées qu'à la période séleucide, qui, après 
avoir rétrogradé de 172 ans à 171 en vertu de l'annulation de Tannée 
initiale, s'est trouvée fixée définitivement à 174. 

Le système chronologigiie de R. Yosé. — Danslère de la création 
du monde basée sur la théorie des semaines dont nous venons 
d'analyser la forme, l'an II de Titus est la 3830°. C'est dire que 
Tan IV de Joiaqim, point terminal des phases antérieures, doit être 
la 3340«. 

Avec la computation du Sèder Olam, nous n'arrivons qu'à 3338, 
l'Exode, qui est de 2448, étant séparé par 480 années de la fondation 
du Temple, et celle-ci par 410 années de la prédiction de Jérémie. 
Pour retrouver le calcul d'oii est sortie l'ère de la création, il va de 
soi que nous devons chercher un système où la somme globale ne 
soit pas difïérente du total des facteurs composants ; la computation 
primitive de R. Yosé ne devait pas être affectée de l'erreur dont 
témoigne l'écart entre 3830 et 3338 + 490. 

Ps'ous avons vu que Josèphe, quand il reproduit des chilTres con- 
formes aune stricte interprétation de la Bible, place l'Exode en 2451. 
L'intervalle entre la sortie d'Egypte et le point de départ de la pré- 
diction des semaines étant de 890 ans, nous arrivons ainsi pour 
l'an IV de Joiqim, au chiffre 3341, supérieur d'une unité seulement 
à celui qu'exige le total 3830. On peut proposer diverses explica- 
tions à cette différence d'un an : nous supposons que R. Yosé 
aura considéré l'an 24ol à la fois comme le dernier des 430 de la 
captivité d'Egypte et le premier de la série de 480 que clôture le 
début des travaux de Salomon. L'an IV de Salomon tombe ainsi 
en 2930, la fin de la période royale (non compris les 18 années in- 
corporées à l'exil) en 3340. 

Le Sèder Olam ajoute 480 + 410 à 2448 : la discordance entre ce 
dernier cbiffre et le traditionnel 2451 provient de la fixation à 425 
ans (au heu de 430) de l'intervalle entre Abraham et l'Exode, d'où 
une différence en moins de cinq ans qui n'est rachetée qu'en partie 
par l'élévation à 367 (pour 365) du nombre des années entre le Dé- 
luge et la migration d'Abraham. 

Isidore Lévy. 

1. Cf. Wailz, Chronol. Spdne. 



L'ESPillT 
DU CHRISTIANISME ET DU JUDAÏSME 



A PROPOS DE OUELOUES PUBLICATIONS IIÉCEXÏES 



Je lie sais plus qui — mais à coup sur c'était un Français — écri- 
vait, il y a quelque temps : Où donc est le pays qui se passionne 
encore pour les débats théologiques? Ce pays existe, et il est à nos 
poi'tes : c'est l'Allemagne. On se rappelle avec quelle émotion 
furent accueillies les conférences retentissantes où Tassyriologue 
F. Delitzscli se faisait fort de démontrer que les Hébreux devaient 
la plus grande partie de leurs croyances et de leurs institutions à 
la civilisation assyro-babylonienne '. Ce fut surtout un succès de 
scandale; l'empereur-théologien « se mobilisa » en personne, et 
bientôt ce problème d'histoire comparée dégénéra en une querelle 
sur rhistoricité de la révélation et la divinité du christianisme 
Querelle d'Allemands, querelle de théologiens. Les théologiens, en 
Allemagne, ce sont les savants qui font du christianisme le centre 
ou Faboutissement de leurs études, et qui ont pour pensée de der- 
rière la tète, ou pour intention avouée, la conclusion dernière de 
Renan : Finito librOy sit laus et gloria Chrlsto '-. Pour eux, il fallait 
avant tout maintenir, contre Delitzsch, Toriginalité et la supériorité 
de la religion israélite, mère de l'Évangile Mais quand Jésus pa- 
raît et que de Farbre du judaïsme se détache le rameau chrétien, 
tout leur ell'ort tend à démontrer que le tronc s'était desséché au 
point d'être infécond, qu'entre les mains des « Pliarisiens » et des 

1. a l{enie,\\.\ (iyU2i, pi». U'i-lU. 

■2. llenau. Ilisloire du peuple d'Israël, V, cliap. xviii. Wellliauscn courunne égale- 
ment son Histoire {Israelilische und judisc/ie Geachichle, o" éd., 19U4) par un clia- 
pitro sur Jésus et l'Évangile. 



102 HEVIE DES ÉTUDES JUIVES 

« scribes », la religion \ivaiiLe de la Bible s'élail. alropbiée en un 
l«'galisme étroit et écrasant. Quand on a nommé Wellbausen, 
Scbtirer, Harnack, Holtzniann, Pi'Ieiderer, on a cité les bisloriens 
les plus autorisés des origines du cljrislianisme, et Ton a énuméré 
en môme temps ceux qui, dans leur science « cause-fmalière », ont 
fait, avec plus ou moius de partialité et de sévérité, le procès du ju- 
daïsme de répoque évangélique. Contre ces juges et ces accusa- 
teurs s'est levée toute une pléiade de savants juifs qui déploient 
beaucoup de science et d'babileté à reviser, pièces en mains, ces 
sentences malveillantes et injustes. 

C'est une des pbases de ce débat que nous avons l'intention de 
résumer, en témoin impartial, sinon désintéressé, en spectateur 
plus soucieux de marquer les coups que d'en distribuer. 



L Essence du chrlslianisnie de Harnack. 



Donc, l'apologétique renaît. Un de ses plus illustres parrains est 
M. Ad. Harnack, le savant professeur d'bistoire ecclésiastique à 
l'Université de Berlin, dont les travaux sur l'Histoire des dogmes, 
sur la Mission et l'expansion du Cbristianisme sont universelle- 
ment admirés, et dont on recommande les cours à tous les étu- 
diants désireux de se soumettre aune étroite discipline scientifique. 
Les recbercbes les plus minutieuses de l'érudition la plus aride 
n'ont pas étouffé cbez lui le métaphysicien et le croyant, et, sous 
les apparences d'un aperçu historique, c'est bien un manifeste 
théologique qu'il a lancé en publiant les conférences qu'il a faites 
en 1899-1900 aux élèves de loutes les Facnltés de Berlin'. L'im- 
pression fut considérable, et l'émotion soulevée par ce petit vo- 
lume, qui a dépassé mainlenant le oO^ mille, s'est d'autant moins 
ralentie que Harnack a maintenu et soutenu ses idées dans d'autres 
écrits. 

L'autorité personnelle du théologien et la considération dont il 

1. Dds W'esen des Chrislenlums, seclizclin Vorlcsiiugen vor Stiidieienden aller Fa- 
cultaten im Wintrrscinester lSi)î)-190() an der Universitât Berlin gelialten von Adolf 
Harnack. Leii)zii:, J.-H. Hinriclis, 1900; 189 pp. irr. in-S°. — Une tradiiclion française 
a paru sous le Uire de V Essence du Christianis/ne (Fischhaclier, 1902, 320 pp. in-8°). 
C'est à cette traduction que nous nous référons en général pour plus de commodité, en 
la rorriireant au besoin d'après l'original. 



L KSl'lUT DU (illMISTIAiMSiMK KT DU JUDAlSiMK 11)3 

jouil lioiilpas peu conlrihuc au i-otenlissement de son livre, car ses 
théories ii'oiiL rien d'essenliel qui n'ait déjà été dit en Alienia^nie, 
ou même en France'. Conxme tous les protestants, il veut rikhiire 
le christianisme à un minimum de croyances, ou, comme il dit, 
rendre au christianisme sa pureté primitive, en se fondant sur l'au- 
torité des Écritures, car c'est le sort de toutes les réformes reli- 
gieuses de se réclamer du Livre, et les sectes nouvelles sont 
d'abord des écoles d'exégèse. Déjà Luther a pi'étendu revenir à 
rÉvangile, mais n'étant même pas à la hauteur de la science de son 
tem[)s, il n'a pas su séparer le noyau de Técorce (p. 1^05). Harnack 
est nn savant, et c'est a la lumière « de la science historique 
et de l'expérience acquise par l'histoire vécue » (p. 7) ([u'il va dé- 
gager l'essenliel de la pi'édication de Jésus, car l'Évangile contient, 
sous des formes historiques changeantes, quelque chose dont la 
valeur subsiste à travers tous les siècles. Ces notions éternelles et 
vraiment sans époque sontau nombre de trois, dont chacune d'ail- 
leurs est si complète qu'elle renferme les deux autres. Chacune des 
trois est tout. Tune est l'autre et les trois ne font qu'un. 

La première a pour objet le royaume de Dieu et son avènement. 
Repoussant les espérances politiques et terrestres de ses compa- 
triotes, c'est Jésus déjà qui a vu, mais lui le premier, dans le 
royaume céleste un état intérieur et actuel, non pas une révélation 
extérieure et eschatologique de Dieu, mais une force qui agit pré- 
sentement en nous^. Profondément pénétré de l'opposition entre le 
royaume de Dieu et celui du monde, il se figurait que celui-ci sei'ait 
anéanti après une lutte dramatique. Pour d'aucuns, ce drame final 
est l'essentiel, tandis que les autres éléments ne seraient que des 
variantes, i)eut-ètre même des interpolations. Cela n'est pas; Jésus 
a partagé et conservé la croyance des deux royaumes, mais ce qui 
lui appartient en propre, c'est l'idée que le royaume de Dieu se 
trouve déjà en nous (pp. 57-09). 

On pénètre encore plus avant dans sa prédication si l'on exa- 
mine sa conception de la paternité de Dieu. Dieu est le Père, 
et, du fait de ce rapport, l'âme est ennoblie au point qu'elle peut 
s'unir et s'unit à lui. C'est l'idée exprimée par le Pater, qui res- 
pire la foi intérieure, pleine de quiétude, de l'homme qui se sent 
garanti ])ar Dieu, qui sait que la Providence a une sollicitude in- 

1. V. surtout A. Saltatier, Esquisse d'une philosophie de la reliyiun d'après la 
psi/cholof/ie et l'histoire (livre H, ch. ii : « De l'essence du cliristianisine y, et cli. m ; 
« Les liraiidos formes historiques du christianisme »). 

'2. Cette conception du Royaume i»urenicnt moral et intérieur a lait ïortune dans la 
tlicoloirie protestante depuis quelle aété hrillamment dévclopiiée par Albert Kitsclil. 
T. Ll, N° 102, 13 



194 Ui'VUE L)I-6 ETUDES JUIVES 

finie et que son àme à lui est ce qu'il y a de plus élevé (pp. 69-77). 

La troisième sentence dans laquelle TÉvangile est compris est 
celle delà justice supérieure et du commandement de Tamour. En 
la proclamant, Jésus a séparé l'éthique du culte extérieur et des 
pratiques, il a fait de Tintention la mesure toujours identique de 
Faction, il a tout ramené à Tamour qui doit remplir Fàme entière ; 
enfin, il allé la morale à la religion, en ridentifiant avec l'humilité. 
C'est ainsi que ces trois idées se pénètrent : le royaume de Dieu 
n'est (jue « le trésor que possède l'àme dans le Dieu éternel et 
miséricordieux » (pp 77-85). 

Ces préceptes fondamentaux sont eux-mêmes en relation avec la 
prédication de FÉvangile touchant les différents aspects et les 
grandes questions de la vie humaine : la question de l'ascétisme, 
ou l'Évangile et le monde; la question sociale, ou l'Évangile et la 
misère; celle des conventions humaines, ou l'Évangile et la loi; 
celle de la civilisation, ou l'Évangile et le travail ; — la question 
christologique, ou l'Évangile et le Fils de Dieu; la question delà 
doctrine, ou l'Évangile et la confession '. L'Évangile ne commande 
pas le renoncement, mais de combattre l'argent, les soucis terres- 
tres et l'égoïsme; il ne prêche pas la misère, mais il n'est pas 
socialiste; il n'interdit'pas de lutter pour le droit, mais il ne tient 
pas aux conventions; il n'est pas hostile au travail, mais il a peu 
dintérét pour la culture et le progrès. Jésus n'y est pas donné 
comme le Fils de Dieu, mais il participe du divin autant qu'il est 
possible à un homme. Enfln, il ne connaît pas de dogmes, mais 
seulement la foi prouvée par les actions (pp. (S6-161). 

Après avoir expliqué, avec bien des flottements et des réticences, 
ce que le christianisme est, c'est-à-dire ce qu'il a été primitivement, 
Harnack expose ce qu'il est devenu et suit ses principales phases 
dans l'histoire, aux temps apostoliques, dans le catholicisme grec 
et romain, enfin dans le protestantisme; il prouve ainsi que l'Évan- 
gile, môme lié aux spéculations métaphysiques ou aux dogmes, 
a continué à vivre, surnageant toujours ou plutôt restant toujours 
au fond (pp. 162-317). 

1. Enloiidcz : la confession de foi, le avmhole ou dos-me. 



L'Kspurr 1)1' <:iinisTiAMSMK kt du judaismi: loii 

ÏI 

Réi'auties et contre-parties. 

Telle est, d'après Harnack, l'essence et, si Ton peut dire, la quin- 
tessence du christianisme. De semblables idées, lancées par un 
homme comme lui, n'ont pas manqué de susciter les commentaires 
et les critiques, et ont donné naissance, en quelques années, à une 
abondante littérature pour ou contre. Mais nous ne nous aventu- 
rerons pas sur le terrain proprement théologique et chrétien, et 
môme en nous confinant sur le domaine historique, nous ne retien- 
drons que les critiques de V Essence du Christianisme qui inté- 
ressent le judaïsme et la science juive '. 

Une des premières par la date et la valeur est celle que M. Léo 
Back en a présentée dans la Monatsschrift^. Par une argumenta- 
tion serrée, appuyée d'exemples topiques, il montre que Harnack, 
tout en ne prétendant faire que de Thistoire, s'est comporté en 
dogmatique et en apologiste, presque en sermonnaire.il a prêté ses 
idées à Jésus, tandis qu'il affaiblissait la prédication évangélique 
en la dépouillant de son caractère universel (?). Il n'a pas fait 
davantage œuvre d'historien en condamnant le judaïsme des envi- 
rons de l'ère chrétienne sans faire état des lumières que la science 
aprojetées sur sa vie intérieure et sur ses idées; il a méconnu le 
double caractère, halachique et aggadique, de sa littérature, sans 
quoi il y aurait retrouvé les idées qui lui sont chères. Aussi bien 
le triomphe du christianisme est-il dû surtout aux circonstances 
favorables qu'il a rencontrées. 

A peu près en même t€mps que M. Biick, M. F. Perles écrivait 

1. Il convient tlo faire une exception pour le livre juste, ferme et un peu lourd de 
l'abl)é Loisy, L'Èvangite et l'Écjlise (Paris, Picard, 2» éd., 1903), où l'auteur, suivant 
le plan d(! Harnack, s'efforce de démontrer que le théologien protestant a mal interprété 
l'Évangile et que celui-ci a vraiment été réalisé par l'Eglise. Cette apologie scientifi((ue 
et évolutionniste du catholicisme a suscité, de la part du clergé, des critiques et des 
censures aux(iuelles l'abbé Loisy a répondu en retirant son ouvrage, ]»uis en le dé- 
fendant dans Autour d'un petit livre (Paris, 1903). — L'Essence du Christia- 
nisme a été encore analysé et critiqué par le P. Lagrange, dans sa Revue /)ihlique, t. X 
(1901), pp. 110-1-23 (cf. aussi La méthode historique [Paris, LecoflVe, 1904], pp. 27 
et suiv.). 

2. Léo Bâck, Harnuck's Vorlesu7igen liber d. W. d. Chr., dans Monatsschrift, 
XLV (1901), pp. 97-120. 11 a paru aussi un tirage à part (Breslau, W. Koebner, 1901, 
24 pp. in-8°). 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une étude qui, après avoir attendu en vain riiospitalité d un jour- 
nal de Berlin, passa la mer et fut accueillie ])div\i\ Je ivls h Quarterly 
Revieiv, qui en publiait une traduction \ en môme temps que l'ori- 
ginal paraissait en Allemagne-. M. Perles se félicite que Harnack 
ait constitué un corps de doctrines tout voisin de la religion juive, et 
doù sont éliminés précisément les éléments que le judaïsme ne 
saurait accepter. Il n'en est que plus singulier, et que plus regret- 
table, qu'il ait eu la vue troublée en parlant des Juifs de Fère 
chrétienne, et qu'il ait totalement fermé les yeux sur leur histoire 
au cours des dix-huit siècles postérieurs. — M. Perles côtoie parfois 
les questions; il pique son adversaire plutôt qu'il ne le blesse; 
mais ses remarques sont toujours présentées sous une forme agré- 
able. Autant la critique de M. Bâck est haute et sereine, autant la 
sienne est vive et légère. 

La même revue anglaise a publié un autre travail sur ce 
sujet. C'est une conférence faite par M. A. Wolf, à Cambridge, 
en 1903^. L'auteur examine d'abord la méthode de Harnack, sub- 
jective et homilétique plutôt que vraiment scientifique. Il reproche 
à ce savant d'établir une solution de continuité entre l'Ancien et 
le Nouveau Testament et d'humilier le judaïsme pour l'opposer 
d'autant à la religion qui est issue de lui. Il montre que les accusa- 
tions qu'il dirige contre lui sont entachées de rhétorique et de 
sophistique. Enfin, il se demande, comparant le livre de Harnack 
à un ouvrage analogue de M. C.-G. Monteiiore, quel enseignement 
le judaïsme moderne, et particulièrement celui d'Angleterre, peut 
tirer de F Essence du Christianisme. Ce travail est un « essay », qui 
ne vise pas à l'érudition ; mais l'auteur voit bien les choses et par 
leur côté essentiel ; ses critiques sont justes et portent loin parfois. 

Bien plus étendue est l'étude que M. Eschelbacher a consacrée au 
livre de Harnack dans les colonnes de la Monatsschrift\ et qu'il 
vient de publier, après l'avoir augmentée d'un dernier chapitre, sous 
ce titre : Le Judaïsme et F Essence du Christianisme-'. Elle a son 

1. Félix Perles, What Jews maij leani front Harnack, d^n'i. Jeiv. Quart. Rev., XIV 
(1902), pp. 517-543. 

2. Id., Was lehrl wis Harnack? Franct'ort-s.-M., Kauffmaiiu, 1902, 35 pp. iii-8°. — 
Cf. Revue, XLV (1902), p. 149. 

3. A. Wolf, Professor Hurnack's « W/t«7 w Chrislianllij », Jew. Quarts Rev., 
X\l (1904), pp. 668-689. 

4. Joseph Eschelbacher, Die Vorlesunf/en Ad. Harnack's ûber das W. d. Chr., 
dans Monatsschrift , XLVI (1902), pp. 119-141, 229-239, 407-427; XLVII (1903), 
pp. 53-68, 136-149, 249-263, 434-446, 514-534. 

5. Id. Das Judentuni und das Wesen des Christentums, vergleichende Studien, 
Berlin, Poppelauer, 1905 ; 172 pp. gr. in-8°. ■— Dans ce volume, le début du cliap. vi 
a été allongé et un cliap. viii et dernier a été ajouté. 



I/ESPRIT DU CIIRISÏIANISMK.ET DU JUDAISMU 197 

origine dans une série de conférences que Tauteur avait faites dans 
une « société d'étudiants juifs », mais la malière s'e'st tellement 
grossie sous sa main qu'elle a formé un assez fort volume, divisé en 
8 chapiti'es. Les deux premiers, qui constituent une introduction 
critique, étudient les rapports du judaïsme et du christianisme en 
général (pp. 1-20), et plus particulièrement leurs relations histo- 
riques (pp. 20-33) ; Tauteur y expose les progrès de la science his- 
torique touchant les origines du christianisme, l'état présent de la 
question et la position adoi)tée par Harnack ; il montre que les his- 
toriens chrétiens méconnaissent pour la plupart la filiation étroite 
des deux religions, parce qu'ils ignorent la littérature talmudique 
et tout le développement postérieur du judaïsme. Les chapitres 
suivants examinent, l'une après l'autre, les trois idées qui sont, 
d'après Harnack, comme les pôles de la prédication de Jésus : la 
doctrine du royaume de Dieu, envisagée au double point de vue de 
son origine juive et du développement qu'elle a reçu dans le 
christianisme (pp. 33-53), la doctrine de Dieu le Père et de la valeur 
infinie de l'âme humaine (pp. 53-68), la justice supérieure et le 
commandement de l'amour (pp. 68-95). Les chapitres vi et vu 
suivent l'histoire du christianisme primitif, les progrès de la 
nouvelle religion grâce aux disciples de Jésus (pp. 95-105), grâce 
surtout aux colonies juives qui en furent le meilleur « terrain de 
culture » par leur activité littéraire et leur propagande religieuse 
(pp. 105-128). Dans le chapitre viii, enfin, nous voyons des com- 
munautés purement chrétiennes se constituer, le christianisme 
se détacher peu à peu de la religion mère, et une nouvelle dogma- 
tique s'élahorer avec Paul et son école. I^e christianisme grec 
et le catholicisme romain accentuent encore ce mouvement de 
séparation; puis la courbe évolutive redescend, et, avec la 
Réforme, s'esquisse un retour vers le judéo-christianisme. On voit 
que M. Eschelbacher suit à peu près Harnack pas à pas, rectifiant 
ses assertions ou les mettant en regard des sources juives. Sa 
critique, un peu menue, est toujours diligente, et il met à son ser- 
vice une érudition de bon aloi et tout à fait au courant; outre 
Renan et Havet, dont un Français retrouve toujours avec plaisir 
les citations, il utilise, entre autres, la dernière édition de l'ou- 
vrage classique de Hausrath , l'Histoire de l'époque du Nouveau 
Testament (Neutestamentlichc Zeitgeschichte) , et, ce qui ne 
manque pas de piquant, les travaux de Harnack lui-môme. Il ne 
s'est'pas contenté de présenter quelques observations ou de for- 
muler quekjues objections; il a repris toute la question du point de 
vue juif, et nous a ainsi donné, fidèle au sous-titre de son livre, 



198 Hl'VUIi DES ÉTUDES JUIVES 

autant qu'un commentaire critique de V Essence du Christianisme, 
une suite dV'tudes dliis Loire comparée ^ 

A ces critiques directes de 1 ouvrage de Harnack il convient 
de joindre les travaux qu'il a inspirés ou dont.il a fourni l'occa- 
sion, et qui sont autant de répliques indirectes. Ecartant ceux 
qui présentent un caractère populaire et édifiant-, nous n'en 
retiendrons que deux, qui sont aussi difTérents de tendances 
qu'inégaux de mérite, et qui s'accordent pourtant — ce qui est 
d'autant plus remarquable — sur un ou deux points essentiels. 

Quand la valeur ou le succès d'un livre fixe l'attention et solli- 
cite la réflexion dun lecteur, il peut arriver de deux choses l'une. 
Si le lecteur est réfléchi et méthodique, il prend une conscience 
plus nette de ses propres idées, et, élevant autel contre autel, il le 
fait avec netteté à la fois et sérénité. Au contraire, si c'est un 
esprit brouillon, où les idées ne brillent qu'au milieu d'une épaisse 
fumée, vite il écrit un livre confus, où il jette le chaos de toutes 
ses pensées, et finit, tout essoufflé, sans donner la solution qu'il 
promettait. 

Le second cas est assez bien illustré pai' M. J. Fromer, qui vient 
de publier une étude sur VEssence du Judaïsme '\ au point que 

1. C'est, au contraire, quel(iues i)oints seulement que M. Giidemann examine dans une 
série d'articles sur le judaïsme à l'époque du Nouveau-Testament tel qu'il est dépeint 
par les savants chrétiens [Das Judenlum 'un neuleslamenLliclien Zeitalter in chrisl- 
licher Darslellung, dans Monatsschrif/, XLVII [1903], pp. 38-53, 120-136, 231-249 
(tirage à part, Bi'eslau, 1903, 49 pp. in-8"). Son étude, d'une « écriture » un peu ser- 
rée, et où l'on voudrait plus d'air et de lumière, est jdeine de remarques et de 
citations intéressantes, dont nous avons fait notre profit ; mais elle vise plus particu- 
lièrement W. Bousset, dont l'ouvrage sur la religion du Judaïsme à l'époque du N. T. 
{Die Religion des Jiidentums im n. l. Zeitalter, Berlin, 1903) a déjà été critiqué par 
M. Perles (cf. Revue, XLVI [1903], p. 293), et a fait l'ol)jet, de la part de M. Israël 
Lévi, dans son cours de l'École des Hautes Études, d'un examen critique dont les résul- 
tats seront peut-être publiés. Pour une raison analogue, ([uoitiue inverse, le livre de 
M. Martin Schreiner sur les tout récents jugements dont le judaïsme a été l'objet {Die 
jilngslen Urfeile ûber das Judentum, Berlin, 1902) ne nous api)artient pas ; c'est une 
défense habile et érudite, mais de composition un peu lâche, du judaïsme contre les 
attaques des savants antisémites. Harnack y figure en bonne compagnie ; voir surtout 
pp. 14-34. — Signalons, enfin, une série d'ai'ticles substantiels sur VEssence du Ju- 
daïsme dans V Univers israélite de août-décembre 1902. 

2. Tel est le livre de M. Simon Mandl, Das Wesen des Judentums dargestellt in 
homiletischen Essais (Francfort-s.-M., J. Kautfmann, 1904, in-S» de 100 pp.). C'est un 
petit recueil de dix homélies intéressantes qui puuiront contribuer, suivant le vœu 
de l'auteur, à réhabiliter le judaïsme , mais dont « l'essence du Judaïsme » est 
moins le texte que le i)rctexte. Heureusement, elles sont résumées, en appendice, <lans 
une série de paragraphes (|ui, tous, contiennent les mots « essence du Judaïsme », ce 
qui justifie le titre de l'ouvrage, s'il n'en assure pas l'unité. — Je ne connais pas l'ou- 
vrage homonyme de Jelski (Berlin, Poppelauer, 1902, 43 ])i). in-8°). 

3. J. Fromer (Elias Jakob), Das Wesen des Judentums, chez Hûpeden et Merzyn, 



I/ESPRIT \)V CIIHISTJANIS.MK ET DU .lUDAISMK 199 

rautour est aussi cui'it'ux à éludier ({U(^ l'ouvrage. Si celui-ci se 
pi'ésenle de lenips en temps comme une histoire des idées de l'au- 
teur, riulioduction est une véi'ilahle autobiographie, car nous 
devons savoir comment « l'image du jnonde se réflécliit dans 
l'espi'it » de M. Fi'omer. M. Fromei' est un enfant perdu du ghetto 
polonais; élevé à la vieille mode, il d(*vint pourtant un Maskil 
(intellectuel). Il se prit de {)assion poiu' la civilisation occidenlale, 
mais le spectacle de rantisémilisme allemand fit (|u1l brûla bientôt 
son idole. Ayant commencé ses études et obhMiu le grade de doc- 
teur, il fut nommé bibliolhécaire de la connnuuaulé juive de 
Berlin, poste ([u'il perdit à la suite, d'une publication qui déplut. 
Aujourd'hui, il travaille à un répertoire gigantesque de toute la lit- 
térature talmudique et rabbin ique ' ; il médite aussi le Socrate de 
Platon (sic), Aristote, Desc'artes, Spinoza, Kant et Schopenhauer. 

Si son livre ressortit à la psychologie, il intéresse aussi le publi- 
ciste. M. Fromer s'est proposé de résoudre la « question juive » en 
se plaçant au point de vue de la « logicjue piu'e ». Prenant pour 
base la littérature biblique, talmudique et rabbinique (chap. i), il 
établit que la religion juive est indépendante des cadres nationaux 
et qu'elle ne peut vivre en paix avec les auti'es confessions 
(chap. n). Comment le judaïsme s'est-il maintenu malgré tout, et 
d'où vient la haine dont il est l'objet? Les orthodoxes affirment 
que Dieu a élu son peuple et le met à l'épreuve : c'est la réponse 
transcendante métaphysique ; d'autres invoquent les lenteurs e 
les reculs de la civilisation : c'est la réponse transcendante natu- 
relle (chap. ni). La solution de M. Fromer est immanente: elle con- 
siste... à se demander quelle est l'idée centrale, on si l'on veut, 
quelle est l'essence du judaïsme. Ce n'est pas autre chose que la 
tendance à faii-e dominer exclusivement l'éthique sur la logique et 
sur l'esthétique (chap. iv). De ce principe découlent les mesures 
prises pour protéger les Juifs conti'e des circonstances hostiles 
(chap. v), les prescriptions qui règlent la conduite du particulier 
et son attitude vis-à-vis delà collectivité (chap. vi). Il s'est dégagé 
lui-même de la collaboration des prêtres, des prophètes et des 
scribes, avec le roi pour instrument (chap. vu). C'est ainsi que le 
judaïsme s'est maintenu, ne consei'vant que son organisation cul- 
tuelle et cérémonielle (chap. vni). Là-dessus, M. Fromer s'en prend 

B<>rIin-Loipzig-Paris, 1905 ; viii -1- 183 i»}). iii-S" (dans la collection des KuUiirpro- 
bleme (1er Gegeinrart de Léo Berg). 

\. Le proirramme — seulement — en a i)aru dans la Zeilsclirift fur dit lest. Wis- 
senschafl, t. XXV (1905). pp. 349-.3o6 (/*/«?? einer Real-Konkordanz (1er laliniidlsch- 
rfibbinischen Lileralxir . L"<i>u\re est calculée pouf dix à (juinzc ans. 



•200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la fois au judaïsme moderne (lisez : occidental) et au sionisme 
(chap. IX etx). Maintenant, la question juive est résolue (conclu- 
sion). Ou il ne reste plus qu'à la résoudre. Parturuint montes... 
Non pas même : c/est un avortement. — Cette exposition vigou- 
reuse, mais heurtée, écrite dans une langue vive et nerveuse, qui 
ne manque ni de piquant, ni surtout de mordant, est parsemée de 
citations banales, de définitions pédantesques, d'assertions indé- 
montrables ou indémontrées, au milieu desquelles des aperçus in- 
téressants ou ingénieux sont tout étonnés de se rencontrer. 

On comprend qu'avec de pareilles idées et des sentiments sem- 
blables, M. Fromer professe un mépris non déguisé (il ne dissi- 
mule que le nom de son adversaire ^) pour le « rabl)in moderne » 
qu'est M. LeoBack.M. Back, qui avait critiqué avec tant de vigneur 
et de justesse les conférences de Harnaclv, s'est posé, à son point 
de vue, le môme problème que le théologien protestant. Considé- 
rant que le caractère véritable du judaïsme n'est connu ni de ceux 
qui lui sont étrangers, ni même de ses adeptes, il s'est demandé 
quel corps de doctrine ce judaïsme, prenant conscience de lui- 
même, pouvait édifier et maintenir vis -à-vis des autres confessions. 
11 a livré le fruit de ses recherches et de ses réflexions dans un 
ouvrage qui, par le titre comme par le contenu, fait pendant à celui 
de Harnack. Son Essence du judaïsme^ a été éditée, comme aussi 
le livre de M. Eschelbacher, par la jeune et active Société pour 
l'avancement de la science du judaïsme (Gesellschaft zur Fôrde- 
rung der Wissenschaft des Judentums) qui a pris sous son patro- 
nage la MonatsscJirift. L'ouvrage de M. Bâck est digne de cet 
honneur, car il est de tous points remarquable. Substantiel sans 
être confus, clair sans être superficiel, il expose, dans une langue 
précise et sous une forme agréable — comme M. Fromer, il a rejeté 
les références à la fin, suivant un procédé qui devrait se géné- 
raliser — les conceptions théologiques qui, dans leur essence et 
dans leur enchaînement, constituent ce qu'on pourrait appeler 
r« esprit » du judaïsme éclairé de nos jours. 

Voilà donc une série d'ouvrages qu'on peut considérer comme 
autant de répliques, dans les deux sens du mot, de ou à celui de 
Harnack. Après eux et d'après eux, nous allons rechercher si la 
doctrine évangélique, qu'on nous présente comme si originale, ne 
doit rien à la Bible, si les contemporains de Jésus n'y aui'aient 
pas retrouvé leur bien, et enfin quelle philosophie religieuse le 

\, Je fais allusion à la note 60 (pp. 181-182). 

2. Léo Bâck, Das Wesen des Judentums, Berlin, Louis Lanim, 190;j; gr. in-8> de 
166 pp. 



I/ESPRIT l)i; CIIUISTIANISME ET DU JUDAÏSME :20l 

judaïsme de nos jours oppose à un christianisme à la lois novateur 
et rétrograde. En d'autres termes, nous allons, sans perdre de vue 
VEsscnco du Christlrmismr, et en la prenant au contraire pour 
point de départ de nos observations, jeter un coup d'aîil sur la 
« théologie » du judaïsme avant, pendant et après la naissance de 
la religion de Jésus. 



ÏII 

Subjectivité et MvsTicrrÉ 



Mais avant tout, il importe, comme l'a vu M. Wolf, de ramener 
les idées de Harnack à leur portée réelle et à leur juste valeur, et, 
avant de les mettre en regard des idées juives, d'en isoler le 
résidu proprement scientifique. 

On a vu quel était le point de départ du théologien allemand : 
lin retour en arrière, comme si une religion, qui résume les idées 
des hommes les plus hautes et toujours plus hautes, ne devait 
pas suivre l'ascension de l'humanité vers la science et le bien'. 
Revenir au christianisme ])rimitif, c'est se condamner à l'immo- 
bilité, en prenant son point d'immobilité dans un temps dépassé 
depuis des siècles. En fait, on ne retourne pas au passé, et Har- 
nack n'a si facilement retrouvé ses idées dans l'Évangile que parce 
qu'il avait commencé par les y mettre. « Il est touchant de con- 
stater que chacun, selon son propre point de vue et ses propres 
idées, veut se retrouver en Jésus-Christ » (p. 3). Celui qui parle 
ainsi en offre un bel exemple. 

Les idées de M. Harnack, professeur à l'Université de Berlin, 
nous intéressent sans doute; mais qu'il les présente donc comme 
siennes! D'un historien nous exigeons que sa description d'une 
doctrine soit conforme à la pensée de l'auteur, et nous nous 
soucions peu que la reconstruction qu'on nous en présente soit 
cohérente, si elle n'est pas fidèle, la question étant justement de 
savoir si on ne la fausse point en lui prêtant une harmonie qu'elle 
n'a jamais eue. H y a deux points de vue, celui du savant et celui 
du philosophe. On a le droit — tel M. Brunetière refaisant le posi- 

1. C'est une coiicepUon sensiblement différente que i)résente M. Th. Reinarh dans sa 
conférence sur le Progrès en religion, publiée dans Religions et sociétés, Paris, Alcan, 
1905. Il suffit d'y renvoyer le lecteur; à lui de juger si, à force d'analyser li> religion, 
M. Rt'inacli ne l'a point volatilisée. 



■20-2 REVUE LIES ÉTUDES JUIVES 

tivisme —de dégainer d'un système « l'âme d(^ vérité, s'il en con- 
tient une, et poiii* Ten dégager, on a le droit d'en déranger la belle 
ordonnance, d'en sacrifier les parties que l'on croit caduques ou 
mineuses, et enfin de n'en retenir que ce qu'on y a trouvé de 
conforme, non pas tant à l'intention ou à Tidée de son auteur qu'à 
la vérité de tous les temps ». Mais si l'on ne veut être qu'un inter- 
prète, comment faire un choix, retenant ceci et rejetant cela, au 
risque de déformer la pensée dont on s'est constitué le représen- 
tant et le champion? Avec toutes les prétentions d'un historien, 
Harnack a toutes les intentions — et il les réalise — d'un dogma- 
tique; M. Back a fort bien découvert ce mirage. 

Puis, si l'historien a le droit de distinguer, d'isoler ce qui est 
caractéristique dans les idées d'une époque, il ne doit pas confon- 
dre ce qui était essentiel alors et ce qui est essentiel à ses yeux, 
car ce qui importe à un moment peut devenir accessoire plus tard 
et inversement. Il peut juger le passé, mais du point de vue et 
dans l'esprit du passé, et, s'il regrette la présence d'un élément, il 
ne doit point le supprimer. Harnack, au contraire, s'identifie, 
dirait-on, avec Jésus, ou, dirait-on encore, s'incarne en lui; ce qui 
lui parait essentiel devient l'essence de la prédication évangé- 
lique. Il expose en historien ce qu'il préfère comme philosophe et 
comme croyant. 

Nous insisterions moins sur cette double erreur de méthode, si 
elle n'était particulièrement sensible dans la position que prend 
Harnack vis-à-vis du judaïsme pour l'opposer à la doctrine de 
Jésus. L'ab])é Loisy, dont on ne récusera pas ici l'autorité, dit fort 
bien qu'on n'a pas le droit « de prendre pour l'essence totale de la 
religion ce qui la différencie d'avec une autre... Il est donc tout à 
fait arbitraire de décréter que le christianisme doit être essentiel- 
lement ce que l'Évangile n'a pas emprunté au judaïsme, comme 
si ce que l'Évangile a retenu de la tradition juive était nécessai- 
rement de valeur secoUdaire. M. Harnack trouve tout naturel de 
mettre l'essence du christianisme dans la foi au Dieu Père, parce 
qu'il suppose, assez gratuitement d'ailleurs, que cet élément de 
l'Évangile est étranger à l'Ancien Testament. Quand même l'hy- 
pothèse serait fondée, la conclusion qu'on en tire ne serait pas 
légitime >> ^ 

Ce qui permet à Harnack d'en prendre et d'en laisser, comme on 
dit familièrement, c'est le caractère composite des Évangiles : sur 
la plupart des questions de religion et de morale, on peut y trouver 

'1. Loisy, op. ^a2<(/., Introduction, pp. xvi-xvii. 



L ESPRIT DU CIIRISTIANISMI' KT \)V JUDAISMI-: 20:{ 

des réponses diverses, voire coniraires. Ici encore, notre Ihi'olo- 
gien se croit en droit, et en pouvoir, de distinguer l'essentiel du 
phénomène et de séparer le noyau de l'écorce, car « TÉvangile, 
dans l'Kvangile, est quelque chose de si singulier et qui nous parle 
avec tant de force que nous ne pouvons manquer d'en distinguer 
la substance » (p. 1o). Critérium bien arbitraire ! [« C'est seulement 
le sentiment et la volonté qiu dictent de telles ai)préciations qui 
sont des faits subjectifs » (p. 20). Voilà l'aveu, et voici un exemple. 
La prédication de Jésus sur le royaume de Dieu prend tout(îs les 
formes, « depuis celles qui caractérisent le judaïsme de TAncien 
Testament et la manifestation visible de la puissance de Dieu 
jusqu'à la notion d'un royaume de Dieu actuel et intérieur, da- 
tant du message de Jésus » (p. 57). Y a-t-il lieu de faire un 
choix entre ces conceptions opposées, sinon contradictoires? 
Laissons parler un juge impai'tial et modéré : « Est-ce à dire, se 
demande M. Puech à propos de Jésus, que, dans son esprit, cette 
conception du roi/aume de Dieu, si matérielle chez d'autres, se 
spiritualise, se volatilise au point d'en arriver à ne plus désigner 
que le royaume des âmes saintes et pures, en qui Dieu habite déjà 
sur cette terre? Non, et s'il est vrai que la charité, que la sim- 
plicité et la pureté sont les conditions qui ouvrent l'accès du 
royaume, s'il est vrai qu'en tant que les justes les possèdent, ils 
sont en ([uelque sorte agrégés au royaume dès cette vie, l'avè- 
nement de cette ère nouvelle n'est pas une réalité présente ; 
c'est une grande espérance qui apparaît à l'horizon et qui ne 
prendra corps que par l'eiïet de toute une révolution cosmique. 
— Le texte de Luc, sur lequel semble se fonder le plus forte- 
ment rinter])ré talion spiritualisée du Royaume des Cieux, quand 
on n'en cite que le dernier membre de phrase en l'isolant, n'a, si 
on le prend dans son ensemble, qu'un sens vraiment clair : c'est 
que le royaume se réalisera à l'improvisle sans qiu' nul ait pu 
en fixer la date '. » Harnack procède souvent ainsi, faisant un 
choix arbitraire entre différents passages, puis les abrégeant ou 



1. A. Puech, l.e Chrialianisnie pvimtlif et la f/ueslio)i. sociale, (Jans le volume cité : 
lieligions et sociétés, pp. -40-46. Los doux contoi«ences de M. Puecli, à égale distance 
des opinions extrêmes, exposent la solution (|ui a les chances dèlre la plus juste 
sur ce problème si controversé aujoui'dhui. — Lo texte de Luc ;xvii, •20-24) est 
éclairé par le rapprochement de iv Kzra. xiii, .'32 : « De même que personne ne peut 
scruter et connaître ce cpii se cache dans les profondeurs de la mer, de même aucun 
des mortels ne saurait voii- mon fils, ni (los ancres (|ui sont avec lui, avant répo([ue fixée, 
a\aiit son jour » trad. Kautzsch, II, p. .'{97. Cf. aussi la hai-aita de Sanhédriîi, 
97 a : nipyï riN'^iTT: n-^^UTD in lb"«J< nynn nonn 1''N3 ':; ; la réserve (pie fait à 
ce propos Dalman [Die Wat-le Jesa, p. 117) est assez subtile. 



L^Oi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les séparant de leur contexte, les iiitei'prélant enfin à sa guise'. 

Pour que la doctrine évangélique fût une, il faudrait ({u'elle 
émanât tout entière d'un liomme dont la pensée n'aurait jamais 
varié. Mais que savons-nous de Jésus? Pour Harnaclc, c'est un 
dogme, ou un postidat : Jésus est la grande, la puissante, la véri- 
table personnalité, et quand on pousse ce « savant » dans ses der- 
niers retrancliements, il dit de lui : « c'est son secret et aucune 
psychologie ne peut le pénétrer » (p. 138). Or, si quelque cliose n'a 
pas résisté à la critique subversive de Strauss et à l'analyse péné- 
trante de l'école de Tubingue, c'est la personnalité véritable de 
Jésus, ou plutôt la part qui lui revient dans la formation de la reli- 
gion qui porte son nom; aujourd'hui, si les théologiens protes- 
tants ne vont pas jusqu'aux dernières conséquences de leurs théo- 
ries, c'est, comme le leur disait Graetz, parce qu'ils craignent la 
désillusion, et « l'abîme entr'ouvert devant eux ». Et, quand on se 
rappelle que, Tannée dernière, Guillaume II prêchait à son fils de 
prendre pour modèle celui qu'il lui avait désigné, en une circons- 
tance précédente, comme a la plus personnelle des personnalités », 
on est tenté de se dire que Harnack suit, autant que les conclusions 
de la science, le mot d'ordre non pas précisément de la cour, mais 
de l'empereur; sans la faveur impériale, aurait-il résisté à la 
cabale que le parti orthodoxe avait formée contre lui? Belle occa- 
sion de disserter sur les rapports du fatalisme césarien et du mys- 
ticisme. 

En effet, si nous nous demandons quel est au juste l'apport de 
Harnack et son « équation personnelle », nous constatons qu'il 
s'est ai)proprié les idées de l'Évangile en les recouvrant, si l'on 
peut s'exprimer ainsi, d'un vernis de mysticisme. Ses critiques 
juifs n'y ont pas insisté, peut-être parce que la métaphysique est 
chez elle en Allemagne, et que les théologiens s'y entendent parfois 
sans se comprendre. Mais nous sommes inquiets, car nous aimons 
les pensées claires et les positions nettes. Nous ne sommes pas si 
satisfaits que M. Back de la façon dont Harnack « exécute » le tra- 
vail et la science. Quant à MM. Perles et Eschelbacher, ils parais- 
sent enchantés que le théologien protestant, ayant distillé le chris- 
tianisme, ait trouvé au fond de sou alambic les conceptions qui 
sont précisément celles du judaïsme. Oui, sans un grain de mysti- 
cisme qui nous gâte tout. Non seulement Harnack néglige certaines 
idées qui sont essentielles dans la religion juive, mais celles qui 

1, Voyez, par exemple, pp. 67-G8, rinterprétatioii alh'îg-orique des paraboles rela- 
tives au royaume céleste, ou, pp. 73-74, l'explication tout aggadique de la sentence 
sur la paternité de Dieu. C'est du véritable « derascb » (cf. Loisy, op. c//., pp. 4N-53). 



l"i:si»uit du ciikisïianismk i:t du judaismk 20b 

lui sont communes avec elle, il les transforme et les ti-ansli- 
gure. 11 y a dans l'Évangile une pointe de mysticité, mais il grossit 
cet élément, et des notions aussi simples, en somme, que le 
royaume de Dieu ou la paternité divine sont par lui teintes de 
mysticisme ou [)lutôt noyées dans le mysticisme. « La religion est 
une vie en Dieu et avec Dieu » (p. 46) ; « la vie éternelle dans le 
temps, sous les yeux de Dieu et par la puissance de Dieu » (p. 8); 
« Dieu et Tàme, Tàme et son Dieu », c'est une formule qui revient 
quatre ou cinq fois. Du mysticisme Harnack subit ou accepte toutes 
les conséquences, et d'abord le mépris et Tliorreur des pratiques ; 
il lui faut une religion « sans prêtres, sans sacrifices, sans dogmes 
et sans cérémonies » (p. 283V La même tendance apparaît dans le 
dénigrement de la culture et du progrès intellectuel, et même de 
l'art et du travail (pp. 20, 12G-133); elle se manifesttî également 
dans le dédain, plus singulier encore, de la morale. Le mot revient 
assez souvent, mais l'on ne dirait vraiment pas qu'il s'agit avant 
tout de moralité. On fait tort au christianisme en lui demandant 
ce qu'il a fait pour le progrès de l'humanité, car il « n'est pas un 
arcane éthique ou social destiné à conserver ou à améliorer » 
(p. 8). 

Voilà donc un savant qui ne se fait pas d'illusions sur la science, 
et un croyant qui ne met pas la morale avant tout. Ne tenons-nous 
pas la preuve du mysticisme de Harnack, et, plus généralement, 
du caractère subjectif de sa a construction »? Son livre est une 
profession de foi personnelle présentée comme un aperçu objec- 
tif; et, quand il prétend parler en historien, on peut lui appliquer le 
mot qu'il prête à d'autres chrétiens : « Jésus a été cela parce que 
je ne puis le comprendre que de cette manière. » L'Essence du 
Christianisme — de Harnack, c'est l'Essence — du christianisme 
de Harnack. 



IV 

L'Évangile, la Bible et le Talmud. 

C'est seulement quand on a dépouillé les idées de Harnack de leur 
enveloppe pompeuse et trompeuse, qu'on peut se proposer d'exa- 
miner la conformité de la doctrine évangélique avec la religion bi- 
blique et rabbinique. Mais reii([uête s'impose alors, puisque le 
théologien protestant ne parle que de l'originalité de l'Évangile, 
qu'il coupe de toutes ses attaches avec l'histoire. Pourtant il y a 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trois siècles déjà que les Lightfoot et les ScbœtLgeu ont commenté 
tout le Nouveau Testament au moyen de FAncien; de nos jours, 
un autre théologien protestant, A. Sabatier, a écrit : « C'est une 
excellente règle d'exégèse biblique que de ramener les premières 
idées cbrétiennes à leur j'acine hébraïque, et de tenir pour étran- 
gères ou adventices celles qui n'y ont pas d'attache. S'il n'y a rien 
d'essentiel dans "le Nouveau Testament dont le germe ne se 
trouve dans l'Ancien, il n'y a rien de vraiment fécond dans l'An- 
cien Testament qui n'ait passé dans le Nouveau. Tel est l'en- 
chaînement histoi'ique qu'il convient de respecter *. » Mécon- 
naissant cette loi d'évolution, non seulement Harnack oppose 
constamment la Bible et l'Évangile, mais il ne distingue même pas 
toujours, comme font tant d'autres, la religion des prophètes de 
celle des « Pharisiens ». En cela, du moins, il a raison, et nous 
aussi, nous pouvons comparer à la fois aux conceptions bibliques 
et aux conceptions talmudiques celles qui constituent d'après 
lui l'essence du Christianisme. Il n'y a point, au regard de la 
science moderne, de solution de continuité entre la Bible et le 
Talmud; plus rapprochés dans le temps qu'on ne croyait jadis, 
ces deux recueils sont aussi plus voisins qu'on ne se le figure 
parfois par linspiration et le fond des idées, La religion a pu 
évoluer; elle ne s'est pas tournée le dos à elle-même. La môme loi 
historique nous empêche de croire que, sans miracle, le christia- 
nisme soit sorti tout armé de la pensée de Jésus, et qu'une œuvre 
si importante ait pu s'accomplir sans avoir été, si l'on peut dire, 
couvée pendant des années dans l'esprit d'un peuple. 

Jésus n'a pas introduit les notions que Harnack nous présente 
comme originales. C'est en parlant aux Pbarisiens qu'il expose la 
conception du royaume de Dieu déjà réalisé dans l'homme, et c'est 
comme s'il leur disait : « C'est vous-mêmes qui enseignez que le 
Royaume réside dans l'homme-. » Cette croyance paraît, en effet, 
indiquée dans la Bible ^. Le Kaddisch, formulaire en langue vulgaire 
rédigé à l'usage du peuple '', parle du royaume de Dieu ^ ; dans 
la Mischna apparaît le terme de û'^toid m^b^o, associé à l'amour de 

1. Esquisse d'une philosophie de la relif/ion. . ., p. 140. 

2. Luc, XVII , 20-24 , ainsi explique déjà par Lightfoot, théologien anglais du 
XVII' siècle. ?^ous avons fait, plus haut, une réserve à ce sujet. 

3. Exode, XV, 18 ; Deut., iv, 29; xxx, 11 et suiv. ; Isaïe, lv, 6; Jér., xxix, 12 ; xxxi, 
33 ; Psaumes, xcvi, 10; xcvii, 1 ; xcviii, 6; xcix, 1 ; cm, 19; cxlv, 11-13. 

4. Zunz, (;. V., 2" édit., p. 7, 

■i. iT^mDb?^ '^■^b'îp^l- ^'^'" ^"^^ variantes, voir Dalman, Die Worle Jesu, p. 30,"i. 



I/i:si'HlT DU CliKlSTlANISMI': KT DU JUDAÏSME 207 

Dieu ' ; dans le Moussai" de Rosch-Hascliaiia, certainement ancien, 
celui de ""no nr)b7D-. Ces textes, et d'autres encore, montrent que, 
pour les rabhins non moins qm^ pour J(''sus, la notion du Royaume 
s'était dépouillée de son sens |)olilique et ttMuporel, qu\»ll(; s'était 
spirilualisée. C'est ainsi encore que pour Kliézer I). Azaiya i(in du 
premier siècle) l'homme qui s'éloigne du péché « accepte le joui; du 
royaume céleste », et la même formule est appliquée par Simon h. 
Lakisch (milieu du ni« siècle) au prosélyte -^ Seulement Jésus an- 
nonçait à ses disciples que l'avènement du Royaume était à la 
veille de se réaliser. Faut-il en conclure qu'il se considérait ou se 
donnait comme le Messie ? Meinhold ne le peuse pas : « il n'est pas 
le Messie et ne voulait pas l'être » ''. Wellhausen reprend textuel- 
lement Targumentation de Meinhold : « c'est seulement à la fin, de- 
puis le voyage de Jérusalem, que le peuple et ses disciples recon- 
nurent en lui le Messie ; il faut croire qu'à Jérusalem il prit cons- 
cience lui-même de ce titre ' ». Harnack avoue qu'il n'ose suivre 
Wellhausen dans cette voie dangereuse (p. 140); aussi n'est-ce 
pas sans embarras qu'il s'explique sur ce point. Il ne sufiit pas 
de dire que Jésus entendait autrement que les contemporains le 
rôle du Messie. Les théologiens protestants continuent à parler 
du « Messie charnel » des Juifs, et depuis longtemps c'est un lieu 
commun de dire que leur eschatologie était toute temporelle. Des 
dcsci'iptions comme celles des apocalypses juives et des prières 
du Nouvel An ^ montrent assez que l'ère messianique impliquait, 



1. BeracJiof, ii, 1, 3 appliqur à la ivcitatiuii du Schoma) ; cf. b. Beracho/, 14 b. 

2. Voir la belle prière de lioscli lia-Scbaiia ïiips *\'3 by, iiitruduite plus tard dans 
le rituel des prières quotidiennes. La formule fj pa(n),e{a twv o'ùpavtov se trouve cliez 
Mattliieu ; Marc et Luc disent t?i pacrt)>£ta toO 6eou. — Sur les sources juives de la 
conception du Royaume, voir surtout : (1. Scbnedermann, Jesu Verkilndigunq und 
Le/ire vom Reiche Golfes (2 vol., Leipzig-, 1893-1896); H. J. Bestmann , Enlwicke- 
lunf)S(/eschichfe des Reiches Go/tes luiter dem allen und neueti Runde (Berlin, 
189(5 et suiv.) ; J. Boelimer, Das Reic/i Golles in den Psalmen Neue Kirchliche 
Zeitunfj, \Sdl); Der alllestcunentUche Un/erhau des Reiches Goif.es (^Leipzig, 1902) ; 
Dalnian, Die Worte Jesu, pp. 75 et suiv.; Scbreiner, Jah)-f)uc/i fiir judisc/œ Ge- 
scliiclife und Lifferufur, t. II, p. 62. Je ne connais que par le bulletin bibliogra- 
pbique de la Revue : E. Bischoff, Jésus und die Rabfjinen. Jesu Rer(jpredigf und 
« Hinimelreich » in ilirer Unabhànr/igkeif coni Rabbinistmis dargesfellt (Leipzig, 
1905) ; le titre est significatif. 

3. Sifra, 93 (/ Weiss; Tanhouina, "Td ^b., 6 : v. aussi Sifra, 112 b ; j. Ki(fdouschln, 
."»9 t/ (Yolianan b. Zaccai) ; Genèse r., 9 (Simon b. Lakisch) ; cf. plus bas. 

4. Meinliold, Jésus und (fus Alfe Testament (1896), i)p. 9 et suiv. 

5. Israelifische luid judiscfie Geschic/ife, 5* éd., pp. 387 et suiv. 

6. V. Aj)ocaly()se de Barucb, xxxix, 1 i (trad. Kautzscli, II, p. 425) ; les eulogies de 
la Amidd de Kosch ba-Scbana CliriD in IDDI) et l'iiynme d'Alénou qui introduit les 
nVDbTû (cf. .M. I. Lévi, Reçue, t. LI, p. 19). Sur l'âge de ces morceaux, voir Zunz, 



:^08 HKVUl': DES ETUDES JUIVES 

autant que la restauralion politique ou le rétablissement des 
rites, une réforme morale, ainsi que l'a montré Dalman '. Pour ce 
dernier, « il n'est pas douteux que Jésus ne se soit appliqué les 
images prophéti([ues du Messie, attendu qu'il a pris le titre de 
« Fils de riiomme », qu'il a approuvé Pierre de le lui avoir 
donné ^ et qu'il s'est reconnu cette qualité en présence de Caïphe 
et de Pilate » ^. Dalman fait d'ailleurs remarquer'* que le San- 
hédrin n'a pas condamné Jésus parce qu'il se donnait pour le 
Messie'*, mais parce qu'il s'arrogeait un pouvoir qu'on ne recon- 
naissait même pas à celui-ci, et qu'il se rendait ainsi coupable 
de blasphème. Il s'attribuait, en effet, les prérogatives divines de 
juger le monde, de promulguer des lois en son propre nom, de 
l'aire des miracles de son chef. En se croyant un personnage 
extraordinaire, doué d'une puissance merveilleuse, il heurtait les 
sentiments des rabbins, qui, s'inspirant de la Bible, croyaient que 
Dieu seul pouvait pardonner et sauvei*, et que l'avènement de l'ère 
messianique n'exigeait pas l'intervention d'un personnage surhu- 
main. Jésus s'est-il, ici, inspiré surtout des conceptions populaires, 
de même qu'il a partagé les superstitions de la foule sur les dé- 
mons et l'exorcisme ^? Harnack convient que les Évangiles nous 
présentent leur héros comme un faiseur de miracles, et tel aussi 
il apparaît dans Josèphe, qui n'y entendait pas malice ^ : 

Il avait délivré la femme possédée, 

Rendu l'ouïe aux sourds et guéri les lépreux. 

Thaumatui'ge et Messie : c'est en cette double qualité qu'il est 
accueilli à Jérusalem, et c'est sous ce double chef qu'il est mis en 
accusation ; et, comme aux yeux du peuple et de Pilate, le Messie 

Gottesdiensil. Vorlrcige, 2« éd., p. 386.— Dalman a réuni, à la fin de son ouvrage 
Die Worte Jesu, une série de textes messianiques juifs (publiée aussi à part). 

1. Die Worie Jesu, pp. 241 et s. 

2. Du moins d'après Matthieu (xvi, 16 et s.). 

3. Die Wor/e Jesu, \)p. 250 et s. 

4. IbicL, p. 257. 

5. Cf. la lég-endc sur le procès de Bar Koeliba, 1). Sanhédrin, 93 b. 

6. Schreiner, Die jilngsten Urteile, p. 26, relève qu'au contraire, les démons et les 
esprits ne jouent, pour ainsi dire, pas de rôle dans la littérature même aggadique des 
Tannaïtes, et que ceux-ci combattent même les exorcismes et les cures merveilleuses. 
Ces basses superstitions circulaient dans certaines couches du peuple et se sont infil- 
trées dans la littérature « à côté » des i)seudépigiaphes, M. Th. Reinach soupçonne que 
plus d'un miracle qu'on racontait des exorcistes juifs a été mis ensuite sur le compte 
de Jésus {Revue, t. XLVII [1903], p. 178, n. 2). 

7. Antiquités, XYIII, m, 3, d'après la restitution de .M. Th. Reinach, Revue, 
t. XXXV 11897), pp. 7 et 10. — J. Soury, Jésus et la religion d'Israël (Paris, Char- 
pentier, 1898), a fait ressortir avec beaucoup de force, sinon de mesure, cet aspect de 
Jésus. « Jésus fut thaumaturge ou il ne fut rien » (p. 92). 



l'esprit 1)L IIIIUISTIAMSMK l'T DU JUDAÏSME 209 

élaille cliel" national des Juifs, son procès' fut surtout politique, 
comme celui d'autres agitateurs contemporains*-^. 

C'est encore du judaïsme de son temps (jue Jésus est tributaire 
de la conception de Dieu le Père, et déjà Grotius avait montré que 
le P^^^^r était un résumé de prières juives. L'opinion contraire est 
un [)réjugé très répandu, et il n'y a j)as bien longtemps ([ue nous 
entendions un pasteur déclarer en chaire que la Samaritaine, et 
les Juifs en général, ont dû être bien étonnés d'entendre Jésus 
donnera « son » Dieu le titre sublime^ de Père. Comme si la Bible 
ne proclamait pas la paternité divine^, et comme si l'invocation 
û"^73U5a^ ir^wS n'était pas fréquente dans la littérature post- 
biblique '■ 1 Quant à la valeur de l'àme humaine, elle est sous- 
entendue dans le récit de la création de l'homme •, formulée par 
les Psaumes *• et parle Talmud: « Cha(iue àme individuelle contre- 
balance le monde entier. — Le monde n'a été créé qu'en faveur 

1. Sur le procès de Jésus, voir entre autres : GInvolson, Dus lelzte Passamal 
Chrisli (Saint-Pétersbourg, 1892 ; 'u\.. Die Blulanklage (Fraucl'ort-sur-Meln, 1901), 
l^l». 34 et suiv. ; Th. Picinach , loc. cil., pp. 15, 17, et J. Lehmann , Revue, 
t. XXXVII (1898), pp. lo et s. — Ce que Jésus voulait dire eu annonçaut à ses 
juges (|u'il api)araitrait à la droite de Dieu, il l'avait précédemment déclaré aux 
Pli.irisiens (Mattli., xxii, 45; Marc, xii, 37; Luc, xx, 44) en s'a|)pli(iuant le verset des 
Psaumes, ex, 1, au moyen d'un raisonnement d'école bien subtil. Après cela Well- 
hausen Israelit. ii. jïul. Gesch., p. 389) et Hai'nack [L'essence du c/iristicui., 
p. 35) s'en viendront nous dire qu'il n'enseignait pas en docteur, mais en inspiré. 

2. Josèphe, Anliquiiés, XX, v, 1 ; viir, 6 : Bellum, II, xiii, 4-5 ; Actes, v, 36-37 :'xxi, 38. 

3. Deut., xxxii, 6 ; Is., LXiir, 16 ; lxiv, 7; Jér., m, 4 (cf. ii, 27) et 19 : xxxi, 8 : 
Mal., I, G; Ps., cm, 13; I Chr.,xxix, 10. 11 convient d'ajouter à ces passages ceux (|ui 
parlent de « fils de Dieu » : Ex., iv, 22; Deut., viii, 5 ; xiv, 1; xxxii, 5; Is., i. 4 : 
XXX, 9: XLiii, 6: xlv, il ; Os., ii, 1 ; Mal., ir, 10 ; Ps., lxxxix, 27. — Sur les .Apo- 
cryphes et les Targoums, voir Dalman, Die Worle Jesu, pp. 151-152 et 156-157 ; cf. 
aussi Schreiner, Jahrbuch filr jûd. Gesch. u. Litt., II, pp. 61 et s. 

4. Sifra, 93 d Weiss : « les choses que son Père céleste lui a défendues » (Eléazar 
1). Ararya, v. 100; cf. j. Maûsserof, 50 c) ; Sifré Deut., 84 6 Friedmann : « Père cé- 
leste » (Simon b. Yohaï, v. 125) ; Mechilla, 68 b Friedmann [Lévit. r., 32 ; Midr. Ps., , 
XII, 5) : « Pourquoi es-tu décapité ? — Parce que j'ai circoncis mon fils. — Pourquoi 
es-tu lié au bûcher? — Parce (pie j'ai étudié la loi. — Pourquoi es-tu mis en 
croix? — Pai-ce que j'ai mangé des pains azymes. — Pourcpioi es-tu llagellc? — 
Pane (juc j'ai fait la volonté de mon Père qui est au ciel..., et c'est pourquoi aussi 
je serai aimé par mon Père (lui est au ciel (Natan, v. 160) ; Abof. v, 20 : « fais la vo- 
lonté de ton Père céleste » (Juda b. Téma, v. 200); Kil.^ ix, 8 (Sifra, Sd b Weiss) : 

€ Père céleste » (Simon b. Eléazar, v. 200). Dans le Kaddisch la formule finale '^apnn 
contient les mots N'^731D3"T "{imaN ; le début de cette prière, certainement ancienne, 
rappelle beaucoup le 7^a/e/' — Cf. Bousset,. op. cit., pp. 355-357; à compléter par 
Perles, Bousset's Religion des Judenlums (Berlin, 1903). L'appellation de « Miséri- 
cordieux », d'un usage courant dans la littérature et dans la liturgie juives, est étran- 
gère à l'Évangile. 

5. Gen. i, 26-27 ; ii, 7. Cf.. les commentaires d'Akiba, Aboi, m, 14, et de son disciple 
Ben Azzai, Sifra, sur xix, 18 (89 6 Weiss) ; j. \edarim, ix, 4 (41 c , et Gen. r., 24 i. f. 

6. Ps., VIII, 6. 

T. Lï, N- 102. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'un seul homme. — Partout où tu aperçois la trace d'un liomme, 
c'est Dieu qui est devant toi '. » La sentence de Matlliieu (x, ^9) sur 
laquelle Harnack s'extasie : « Ne vend on pas deux passereaux pour 
une pite? Et pourtant, pas un d'eux ne tombe sur la terre sans la 
volonté de votre Père », cette sentence a son pendant dans la litté- 
rature rabbinique : « Pas un oiseau ne périt sans la volonté du 
Ciel-. » Pour retrouver ailleurs dans l'Évangile la même idée 
aussi nettement exprimée, il faut recourir, comme fait Harnack, à 
des prodiges et à des subtilités d'interprétation. Il semble que 
Jésus, dénaturant cette notion, se soit lui-même distingué de tous 
les hommes en prenant le titre de Fils de l'Homme, c'est-à-dire de 
Messie, de même qu'il appelait Dieu « son » père pour se différen- 
cier de ses disciples-^; plus tard, les pagano-chrétiens — et c'est 
déjà le cas des Synoptiques — qui ne comprenaient pas ce terme, 
firent de lui un Dieu '. 

Entin, le troisième élément essentiel et original que Harnack 
relève dans la prédication de Jésus est le commandement de 
l'amour et de la meilleure justice. A propos de ce « message 
éthique », notre théologien, ([ui n'a pas beaucoup d'estime pour 
l'élément rituel de la religion, loue Jésus d'avoir le premier rompu 
le lien qui rattachait la morale aux pratiques extérieures. Mais déjà 
dans la Bible, le culte a un fondement éthique et une fin éthique ; 
primitivement confondu avec la morale, il a été moralisé par les 
écrivains bibliques, et, à côté du culte, s'étendait le domaine infini 
des préceptes et des pratiques de la morale proprement dite. 
Quant au Talmud, il fallait bien que les lois civiles et criminelles, 
gardiennes de la morale, fussent réglées dans le détail pour être 
appliquées ; mais il est injuste de parler d'une éthique casuistique 
en tant qu'éthique ^. 

1. Berachot, 6 h en bas ; Sanh., iv, 5; Yo}na, 38 b ; Mechil/a, sur xvii, (i (p. 61 
Weiss). 

2. 13"! Nb i<V2'0 ^lyb^JZ "nDi!:,j. SckeblU, 38(/; cf. Gen. r., 79 (Dalmau, D/e 
Worle Jesu, p. 172). 

3. MaUli., VI, 0. Cf. Dalman, Die Worle Jesu, p. loi). 

• 4. Le litre de ô ulô; tq j àvftpcoTtou (iue les Évangiles mettent dans la houclie de Jésus, 
sans que jamais celui-ci l'emploie pour son propre compte, révèle des préoccupations 
tliéologiques ; il provient de Daniel, vu, 13, et fait allusion à la théoplianie ; d'après 
Dalman [Die Wot^le Jesu, pp. 191 et s. ; 210 et s.), il correspond à i'araméen : tn"i3 
Nlà2NT, et non au banal N;::3N 13. Notons, à ce propos, ([uc Graetz a montré dans 

T T v:-.- 

cette Revue, t. XX (1890), pp. 11-lîj, que le dogme de la filiation divine de Jésus pro- 
vient d'une interprétation biblique ; il essaie égab.'inent de le rattacher aux spécula- 
tions mystiques des Esséniens, lidèle en cela à sa théorie favorite, mais abandonnée 
aujourd'hui (Harnack, p. 35j. 

.S. Voir M. Bloch, Z>te Ethik in dev Halacha, Budapest, 1886; L. Lazarus, Die 
Ethik des Taimuds, Breslau, 1877. 



L'ESPRIT DU CHRISTIANISME ET DU JUDAÏSME 211 

Pour Hariiack, au surplus, la morale biblique est relativement 
étroite, car elle tient tout entière dans le commandement de la jus- 
tice, auquel TÉvangile a substitué la pitié et la fraternité. On con- 
naît le refrain : la Bible ne connaît que la justice, l'Evangile prèclie 
la i'iiarité. C/est déjà le travestissement du Discours sur la Mon- 
tagne : « On vous a dit : aimez (jui vous aime, et baissez qui vous 
liait; et moi, je vous dis, etc. » '. On a xho fait d'opposer le verset 
duLévitique : ^i^^D ^y^T» nan^^T-. Seulement, ici, deux observations 
s'imposent. La première est une réserve sérieuse. D'après la re- 
marque de M. Mayer Lambert, ces mots ne peuvent avoir, si l'on 
s'en rapporte aux lois de la grammaire et à l'esprit de la langue, 
qu'un sens : «Tu aimeras pour ton procliain comme pour toi-même 
(ce que tu aimes pour toi-même) », ce qui est sensiblement diffé- 
rent au point de vue pbilosopliique. Il se peut toutefois que Texpli- 
cation traditionnelle fût déjà usuelle à Fépoque de Jésus, encore 
que le mot bien connu de HilleP, qui n'est que le commentaire né- 
gatif de ce verset '* et qui est devenu lui-même la « loi royale » de 
l'Epitre de Jacques (ii, 8), favorise plutôt la première interpréta- 
tion, la seule grammaticale et la seule rationnelle. Les savants 
protestants, qui s'en tiennent à la traduction ordinaire, restrei- 
gnent la portée de cette maxime en soutenant que l'auteur ne vise 
que les Israélites. Ils ont raison, comme dirait Harnack, mais 
ils ont tort. Dans la pensée de l'écrivain, — c'est encore à M. Lam- 
bert que nous devons cette observation — y-i s'applique, en effet, 
aux Hébreux, tout en ayant incontestablement le sens large de 
« procbain ». Car c'est pour des Israélites qu'il légifère et non pour 
des étrangers ; aussi faut-il une addition pour l'étranger immigrr, 
le giier. Tandis que le Deutéronomiste distingue à l'occasion le 
païen de l'Hébreu, le législateur sacerdotal ne vise que les Israé- 
lites, Toarcé» qu'il ne ^onr/e qun eux, n'ayant qu'eux sous les yeux. 
Mais il est clair que, si on lui avait demandé, ou s'il s'était de- 
mandé, quelle était la conduite à tenir envers les autres hommes, 

1. Matthieu, v, 43 et s. 

2. Léviti({., XIX, 18 ; v. Matthieu, xxii, .']!) (cf. vu, 12); Marc, xii, ?,\ : Luc, vi, 31 ; 
X, 27; Galates, v, 14; Romains, xiii, 8-9; et cf. Chwolson, iJie liluktnklage.. . 
pp. 22 et suiv. ; Giidemaiin, Jiid. u. chrisll. Nàchstenllebe, Mona/sschr., XXXVII, 
pp. 133 et suiv., 249 et suiv. ; M. Luwy, Monatsschrifl, XLVIII (1904), p. 406 1 Loisy, 
Le (jvand commandement, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, X 
(1903), pp. 423 et s. 

3. Sabbat, 31 a ; cf. Tobit, iv, 13. V. encore Abat, u, 10. 12 : « Que lo bien de ton 
prochain te soit aussi cher que le tien; —que son honneur te soit aussi précieux que 
le tien propre ». 

4. V. Bâcher, Die Agada der Tannaiten, I, p. 4. 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

il aurait, en effet, répondu : on ne doit pas les traiter différem- 
ment. Il s'était enfermé dans son horizon, mais ce n'est pas à dire 
qu'il ait nourri des sentiments particularistes. Encore une fois, la 
question n'existait pas pour lui '. 

Les clioses ainsi mises au point, sans que la sentence biblique y 
perde quoi que ce soit, nous sommes plus à l'aise pour rappeler 
à Harnack les passages si nombreux de la littérature biblique et 
talmudique où la notion d'amour. a trouvé une expression digne 
d'elle. La douceur, la mansuétude et l'humilité de Jésus (à 
condition qu'on mette sur le compte de narrateurs trop enthou- 
siastes le naïf orgueil de celui qui se met toujours en scène 
et ne croit qu'en Lui et en son Père) apparaissent dans des 
maximes visiblement imitées des Prophètes et des Psaumes 2, et 
l'on a pu commenter par des citations bibliques les plus belles 
pages de l'Évangile "'^. L'idée de pardon a-t-elle été mieux rendue 
que par Ezéchiel '*? Les rabbins recommandent de «juger au- 
trui favorablement », de « poursuivre la paix et d'aimer les 
hommes"' ». C'est dans leurs écoles que s'est formée la notion 
de ûi^ion mb^Ta:», dont on trouve la première mention dans la 
bouche de Siméon le Justes Si Job rappelle avec fierté et avec 
amertume qu'avant tout il a exercé la charité, si l'amour est une 
des vertus de la « femme forte »", les docteurs, disciples des Pro- 

1. C'est plus tard que la tradition, opposant y"^ à ni*, appiiciue le premier terme 
à celui qui n'appartient pas à là même famille ou ù la même confession, mais les de- 
voirs sitnt les mêmes pour l'un comme pour l'autre : ^"^riNT '^"^nJO Nin "^"ir» ^y\ 
^yi'D Nin "^"in {Sëder EUahu rabba, p. 75 Eriedmann, d'après Lévit., xix, 13j. Par 
contre, il est faux que, comme on l'a soutenu récemment, le mot N"13n, dans la sen- 
tence de Hillel, parkoit à un païen, ait le sens étroit de « confrère » ; v. en dernier 
lieu Jew. Encyclop., m, 22, où la littérature de la question est indiquée. Il est bon 
de noter, à ce propos, que le caractère uuiversaliste de la morale est sensible surtout 
dans les plus anciens Midrascbim, qui sont précisément ceux qui nous intéressent. 
C'est pour mettre en évidence la portée du précepte de la fraternité (pie Ben Azzai 
{Sif'ra, sur xix, 18; préférait au verset du Léviticpie celui de la (icnèse, v. 1, avec 
d'autant plus d'à propos que le récit de la création jtroclamo, en effet, l'unité du 
genre bumain. V. le beau commentaire d'Aron TJjn Hayyim dans son Korban Aliaron 
[i" 199 a dans l'éd. de Dessau). 

2. Isaie, xl, 11 ; li, 7 ; lu, 7; liv, 10, 13 ; lvii, 15 ; lxi, 1-2 ; i,xvi, 2 : Psaumes, xxii, 
27 : XXXVII, 11. 

3. V. H. Kodrigues, Les orir/ines du Sen/ion de la Mon/agne, Paris, 1868; 
A. Wùnscbe, Neue Beitràge ziir Erldulerung der Evangelien aus Talmud iind 
Midrasch (Goettingue , 1878); Delitzscb, lloraè hebraicae et taimudicae^ dans 
ZeilHchrifl /". luther. TheoL, t. XXXVII, etc. 

4. XXXIII, 7 et s. 

5. Abat, I, 6, 12. Cf. Ben Sira, m, 29 et xxxvn, 11. 

6. Abot, I, 2. 

7. Job, XXIX. 12 et s.; xxxi, 31 et s. ; Prov.j xixi, 20 ; cf. xiv, 31. On y joindrait 



L'tSPRIT nu CHRISTIANISME ET HU JUDAÏSME 213 

pilotes ', mettaient les devoirs de charité à côté des prescriptions 
les plus importantes de la Loi. Pour eux « la bienfaisance et la pbi- 
lanthroplii(î contrebalancent tous les commandements do la Loi. — 
L'amour des hommes est l'alpha et Toméga de laTora.— Quiconque 
refuse la miséricorde à son frère est semblable à un idolâtre, à celui 
qui délaisse le royaume de Dieu. — La Tora nous demande de rece- 
voir le joug du royaume de Dieu, de rivaliser de piété et d'exercer 
la charité les uns envers les autres. — Ce qui caractérise l'Israélite, 
c'est qu'il est charitable, timide et plein d'amour pour les hommes. 
— Huit choses détruisent le monde : la violation delà justice, l'ido- 
lâtrie, la luxui'e, le meurtre, la profanation de Dieu, les paroles 
vulgaires, l'orgueil et la médisance ; quatre le maintiennent : la 
bienfaisance, la justice (notez l'ordre), la vérité et la paix'-. » 

La Bible ordonne non pas d'aimer, mais de secourir l'ennemi^, 
et pour les rabbins « ceux-là aiment vraiment Dieu, qui souffrent 
sans faire soufTrir, reçoivent des outrages sans y répondre, qui 
agissent par amour pour Dieu et restent sereins et joyeux au 
milieu des douleurs. — Le véritable héros est celui qui fait de son 
ennemi son ami. — Veuille, Seigneur, qu'aucun cœur ne nourrisse 
de haine contre nous, et que le nôtre n'en conçoive jamais contre 
personne ' ! » 

Par contre, les rabbins restent étrangers aux raffinements d'une 
certaine morale qui prend plaisir à se tourmenter, et accepte l'in- 
justice de gaieté de cœur; mais Harnack lui-même reconnaît que 
Jésus paraît dépasser la mesure quand il recommande de tendre 
la joue aux soufflets. Dans une certaine mesure, la tbéologie rab- 
binique connaît aussi la justice surérogaloire , qu'elle exprime 
par faire « plus que le droit strict ». D'après R. Yohanan (début du 
iii« siècle\ « Jérusalem a été détruite parce que les habitants s'en 
tenaient à ce qui est prescrit par la loi, sans aller au-delà ' », parole 

volontiers Piov., xxv, 21, n'était le singulier hcnùstiche (\m suit: il est vrai (|uo saint' 
Paul n'était pas embarrassé pour si peu (Rom., xii, 20 . 

1. Isaie, I, 17; Osée, vi, 6: Micli., vi, 8. 

2. Sabbat, 127 « (U. Yohanan), j. l'éa/i, i, 1 ; Tos. Péah, iv, 19, etc.; So/a, Ma 
(Simlaï) ; Sifré, sur xv, 9 (98 6 Frie Jmannj ; ibicL, sur xxxii, 29 (138 b] : Yebamol, 
79 r/ en haut (Rèsrh Lakiscli) ; Séder Elia/iu rabba. chap. xvi (p. 74Fricdmann\ 

3. Gen., xxiii, 4-:j : Prov., xx, 22; cf. xxiv, 28. 

4. Sabbat, 886 en haut (baraita, reproduite encore dans Yonia, 23rt ; GuilLin, 
36 6, et Séder Eliuliu rabba, xvi, p. 7S Fiiedinaun ; cf. sur l'établissement du texte 
rintroduct. hébraïque, p. 49, note) : Abot de H. Nafan, 23 (38 a Schechter). 

5. Baba Mecia, 30 6 (l'^-in n"n'»D72 a"<:Db). Voyez encore le beau trait de justice de 
Rab (contemporain de R. Yohanan), qui ordonne à Rabba bar Hana de restituer à des 
porteurs, qui lui avaient brisé un tonneau de vin, le manteau qu'il leur avait confiscpié 
pour se dédommaf^er, et même de leur payer leur salaire ;/6<V/., 83 rt . 



:2U ItEVlE DES ETUDES JUIVES 

OÙ il ne faut pas voir Teipression d'un jugement historique, mais 
celle de rimportance de la « meilleure justice », comme dit Harnack. 
La recommandation de « prier pous ceux qui vous affligent et vous 
persécutent » (Matthieu, v, 44) a son parallèle dans cette prescrip- 
tion : « Si quelqu'un a blessé son prochain, celui-ci est tenu, même 
s'il n'en a pas été prié, d'invoquer pour son frère la miséricorde 
de Dieu, d'après Gen., xx, 17, et Job, xlii, 8, 10 ' ». 

Ainsi, la prédication évangélique est inséparable de ses sources 
bibliques, mais aussi de ses parallèles talmudiques. 11 faut en finir 
avec la légende, accréditée en France par Renan-, que Jésus est, 
par-dessus sept siècles, l'héritier des Prophètes , et que le ju- 
daïsme du second temple marque un recul par rapport à l'ancien 
Israël. La vérité est que les rabbins ont développé les idées de 
l'Ancien Testament, tandis que certaines périodes troublées don- 
naient naissance à des conceptions moins pures qui sont restées 
conlinées pour la plupart dans les Apocryphes. C'est à ces courants 
souterrains que s'est alimentée, en partie, la prédication évangé- 
lique, produit d'une époque d'anarchie politique et de confusion 
intellectuelle, et, parmi les précurseurs de Jésus, il faut nommer 
les livres de Daniel et d'Hénoch au même titre qu'Isaïe ou Ezé- 
chiel ^. 

Pour Harnack, Jésus est « sans époque » ; il est vraiment tombé du 
ciel; il s'est adressé à « l'homme de tous les temps » pour lui révé- 
ler des vérités jusqu'alors inconnues (p. 159). En réalité, le prophète 
de Nazareth n'a jamais cru qu'il fondait une rehgion nouvelle en 
face et en dehors du judaïsme. Tous ses enseignements, toutes ses 
actions s'expliquent par l'imitation de la doctrine des Prophètes ; il 
a voulu remplir leurs promesses et réaliser l'idéal qu'ils avaient fait 
entrevoir. D'autres fois, ce sont les premiers chrétiens qui, convain- 
cus qu'il était venu réaliser les prophéties, ont calqué sa biographie 
sur les textes messianiques de la Bible. C'est ce que Strauss, dans 
sa Vie de Jésus, a établi avec tant d'éclat, et un peu d'outrance. 
Allant plus loin encore, Isidore Loeb a montré que , si certains 
épisodes du Nouveau Testament n'étaient que la projection et la 
mise en action des Prophètes, les images mêmes et les métaphores 
d'Isaïe ou des Psaumes ont été « réalisées » et ont donné naissance, 
grâce à de véritables contre-sens, à plus d'un trait de la vie de Jésus 

1. Tos., B. K., IX, 29 (p. 366 Zuckermandel). 

2. Histoire du peuple cVhraël, V, 415 et passim (surtout à propos d'Isaïe). 

3. Sur riuflueiuuî d'Ezccluel, v. Havet, Le Judaïsme, l)p. 224 et s. ; pour Daniel, dont 
le succès fut si grand dans le christianisme antique, v., entre autres, i.Boehmer,Reich 
Gottes und Menschensohn iin Huche Daniel (Leipzig, 1899). 



I/ESPHIT nu CliniSTlANlSME KT DU JU'DAISME 215 

et de sa mort '. Tout récemment, M. Salomoii Reinach a tiré les 
derni(''res conséquences de cette tliéorie : « Toutes les fois, dit-il, 
que le récit évangélique contient des détails (|ui, aux yeux des 
évanii^élistes ou de l'ancienne exégèse, semblaient nccomplir des 
paroles ou rrp/iqifrr ôos laits précis rc^lalés dans l'Ancien Testa- 
ment, la crilique a le devoir absolu de nier l'historicité de ces 
détails el de les rapporter à leur source avont'e ou cacbée, qui est 
le passage bibli([iie corrcîspondant. » Ap[)li(piant cette formule, 
M. Reinach nie l'historicité mcMue de la I*assion, qui ne serait 
qu'une [)rojeclion du Psaume xxn, ou plutôt du verset 17 de ce 
Psauiuc, entendu à la manière des Septante (« "iipuçav /^Toàç |xou 
xa-. r.6oy.ç ») -. « Les pi'euiiers narrateurs évangéliques y ont puisé 
non seulement des détails du récit de la Passion , mais l'dée 
même du supplice auquel aboulit toute l'histoire de la Passion. 
Cette histoire est celle de Jésus mis en croix; si la croix est my- 
thique, l'histoire s'eflbndre tout entière. » Reste à savoir si un lec- 
teur même prévenu du verset en question — en admettant que les 
premiers chrétiens connussent la Septante — en aurait tiré le récit 
de la Passion, sans aucun point d'appui dans la réalité historique. 
C'est ce qu'a objecté, entre autres choses, M. Réville ^. Par contre, 
il n'est pas rare qu'on ti'ouve après coup, dans les textes, la conhr- 
mation d'événements accomplis. En ce sens, on a pu dire, sans révo- 
quer en don le la crucifixion de Jésus, que la tradition évangélique 
était tout entière dans le chapitre lui d'Isaïe''. Harnack déclare, à ce 
propos, que les Juifs ne connaissaient pas le Messie souffrant (p. 145). 
Quand il serait vrai, nous ne les en plaindrions pas. Mais c'est lui- 

1. I. Loel), La vie des Métaphores dans la Bible (Paris, 1891), i-éinipriiné avec Aa 
Littérature des Pauvres (Paris, L. Cerf, 1892 ; pp. 174-175). 

2. Revue de l'Histoire des religions, XVI (1905), pp. 260 et s. ; cf. L'Ant/iropo- 
lor/ie, 1901, p. 278 ; Revue archéologique, 1901, I, p. 17i). Le texte hébreu est altéré, 
quoi(|ue le grec no vaille guère niieuv; on ne connaît pas assez la correction d'I. Loeb 
(Reruc. t. XXI ilSOO^. ]>. 198=: La littérature des Pauvres, p. 128), qui lit : i-iND 
"TiTT^i^y bD "13'*2J"' , d'après Isaïe, xxxviii, 13. On sait quel rôle le Psaume xxii joue 
dans le récit évangélique de la Passion. M. Simcinscn (Revue, XXII [1891], pp. 283 
et s.) a supposé que c'était le psaume du jour, le psaume du jeûne d'Esther : mais 
il n'a pas ]m prouver qu'on jeûnait primitivement le 1 i Nissan. 

.'}. Revue de l'Histoire des religions, ibid. — Déjà précédemment, M. Reinach, à la 
suite de Frazer, avait soutenu que le récit drs plaisanteries et des outrages dont 
Jésus est l'objet de la part de la soldatesque romaine est un résidu de la tradition 
populaire du « roi supplicié » [L'Anthropologie, 1902, pp. 620 et s. : réimprimé dans 
Cultes, Mgfhes et Religions [L(}na\\, 1905], pp. 332 et s.). D'autres savants ont cherché 
dans cet épisode un mime populaire (Keich), ou une fête babylonienne (VoUmer). 

4. C'est le lieu de rappeler le mot de M. Zadoo Kahn : « C'est la prédiction de la 
Passion qui a fait la Passion », cité par J. Daimesteler dans l'introduction des Re- 
liques scientifiques de son frère Arsène (jt. xi). 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

môme qui rappelle le fameux passage du second Isaïe ; peut-être 
Tauteur songeait-il an peuple d'Israël et non pas à un individu ' ; 
mais, en tout cas, rinlcrprétalion messianique individualiste de- 
vait déjà être consacrée à l'époque de Jésus, où on lisait parfois la 
Bible, apparemment. 

C'est la Bible — et je ne parle pas seulement du second Isaie — 
qui a légué à la littérature talmudique l'idée que les souffrances puri- 
fient et ennoblissent^. Aussi Dalman, qui s'est beaucoup occupé de 
la question '\ croit-il décidément, contrairement à Wûnscbe '*, que, 
quoique l'expression de n*"::?: ^bnn soit étrangère à l'ancienne litté- 
rature, la conception du Messie souffrant a été inspirée par la Bible, 
directement et à la fois, à la Synagogue et à l'Église. Il est vrai- 
semblable quelle a disparu du sein du judaïsme par réaction contre 
le cbristianisme'*. 

On voit que Harnack n'est pas heureux quand il oppose le 
Nouveau Testament à la Bible et au Talmud. Mais, si môme il re- 
connaissait la grandeur et l'élévation de leurs notions religieuses, 
ne pourrait-il pas soutenir que les contemporains de Jésus avaient 
oublié leurs propres livres, qu'ils n'en répétaient les enseigne- 
ments que par théorie et par rouline? Il ne s'en est pas fait faute, 
et il nous faut maintenant le suivre sur ce nouveau terrain de 
discussion. 

M. L. 

{A sulvrr.) 

1. Les exégètes (Buddf, Marti) reviennent maintenant à la pi'enuère interprétation, 
qui est celle des commentateurs juifs. Une thèse intermédiaire est détendue par I. Loeb, 
Revue, XXIIl (1891). pp. 13-23 {La LUtérature des pauvres, pp. 190-200). — E. Havet 
[Le Judaïsme, pp. 273 et s.) a bien montré comment les Juifs ont été amenés à ap- 
pliquer le texte d'Isaïe au Messie de leurs rêves. 

2. V. S'ifré sur Deut., vi, 5 (73 A Friedmann) ; j. lierac/io/, ix, 13: 1). Berachof, 
5 a, 60 6. 

3. V. Der Leidende und Sterbende Messias der Synar/or/e im 1 /en naclichrist- 
lichen Jalirhundert (Berlin, 1888) ; Jesaja 5^ (publication de l'institutum Judaicum, 
n» 25, Leipzig, 1890) ; cf. Die Worte Jesu, pp. 191 et s., 210. 

■i. Die Leiden des Messias (Leipzig, 1870). 

.'). On ne peut don'; i)as invoquei-, ni pour ni conti-e la thèse, le témoignage du Tar- 
goum Jonathan, qui n'applique, d'ailleurs, au Messie personnifié qu'un seul verset 
(lui, 10). — Dans le dialogue de Justin, le Juif Tryphon reconnaît sans difficulté qu'au 
témoignaire des Ecritures, le Messie doit subir des souffrances et être condamné à mort. 



IKS CIIANI.IÎURS KT LA MONNAIK EN PALESTINE 

1)1 r" Al iir sitcLK ih: \:m: mu.aiiii: 

I) APHKS LES TEXTES TALMEDÏQUES 



1. — Los indicalions puisées dans les écrits lalmiidiques 
donnent assez exactement la physionomie de cette classe de finan- 
ciers qui se livraient, en Palestine, dans les premiers siècles de 
l'ère chrétienne, au commerce de Targent. Ils paraissent avoir 
joué dans la société juive un rôle considérable. Les banquiers- 
changeurs deviennent, en effet, les intermédiaires nécessaires de 
la nation, non seulement dans l'accomplissement de certains rites 
de son culte public et privé, mais aussi dans le maniement de ses 
capitaux pour l'exercice et le développement de son commerce et 
la satisfaction des besoins de sa vie quotidienne. 

Le change des monnaies, le contrôle et la vérification du numé- 
raire de toute espèce qui circulait en Judée constituaient, sans 
aucun doute, les attributions essentielles des changeurs. Mais il ré- 
sulte des quelques documents qui nous ont été conservés dans les 
écrits talmudiques que, comme dépositaires des fonds des particu- 
liers, dont ils faisaient emploi, le plus souvent sous la forme de 
société en participation, ils ont été les promoteurs et les agents ac- 
tifs d'un mouvement commercial qui semble s'être surtout des- 
siné, dans la seconde moitié du n" siècle, quand l'industrie agri- 
cole, pressurée ])ar l'impôt et sans cesse exposée aux usurpations 
des colons étrangers, n'a plus suffi à nourrir les anciens déten- 
teurs du sol. Le Sikarlkon, comme l'appelle le Talnuid, c'est-à- 
dire l'expropriation violente des terres par les conquérants, après 
les dernières et sanglantes défaites de l'armée de Bar-Kokhba, 
sous Adrien, avait achevé la ruine des propriétaires fonciers. C'est 
à partir de cette triste époque, d'api'ès des allusions fort transpa- 
rentes et au témoignage des documents talmudiques, que le Ira- 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vail de la terre cessa d'être en lionneur et que le peuple juif se ré- 
signa à chercher dans le trafic intérieur et extérieur un remède à 
]'e\tr(?hie misère dont il souffrait. D'agriculteur il devint com- 
merçant avec le concours et Tassistance de ses ciiangeurs. 
. Les passages du Talmud qui se rapportent à Findustrie de ces 
financiers et dont l'origine peut être précisée par l'indication du 
nom des docteurs de la loi qui les ont rédigés ou ti'ansmis, se 
placent entre le i" et le ni^ siècle de Tère chrétienne. Mais il est 
certain que ces textes eux-mêmes supposent l'existence et l'éta- 
blissement en Palestine de la corporation des changeurs à une 
époque antérieure, qui reste indéterminée, de même qu'on ne sau- 
rait douter que ces ciiangeurs n'aient encore survécu à la clôture 
du Talmud palestinien. 

Les fonctions et attributions des changeurs, telles que les docu- 
ments talmudiques nous les font connaître, peuvent se ramener à 
quatre genres d'opérations, qui sont les suivantes : 

1" Le change des monnaies, 
2^ Le contrôle et la vérification du numéraire, 
3^ Les opérations de banque proprement dites, 
4" Les entreprises commerciales individuelles ou en parti- 
cipation. 

Nous allons examiner successivement ce que les textes de l'an- 
cienne tradition juive nous apprennent sur ces différents actes de 
la profession du changeur. 

Mais il convient d'abord de faire connaître, en quelques mots, 
ce qu'étaient leur organisation intérieure et leur installation ma- 
térielle. 

A. — Dmonnnations sotts lesquelles les ciiangeurs étaient dési- 
gnés. — Leur installation matérielle. — Leur comptabilité 
et leurs auxiliaires. — Noms de cjuelques changeurs, 

II. — Les changeurs sont généralement désignés sous le nom 
de Schoulhani (■•inbiu:), expression dérivée du mot ^nbiu:, table, 
comptoir, et qui correspond exactement, pour le sens, aux déno- 
minations grecque et latine, ^cy.mX,[x'r^(;,, mensarius. Le Talmud 
et le Midrasch les désignent même plusieurs fois sous le vocable 
grec, TçaTCc^iTY,? '. Une seule fois, le Talmud emploie l'expression 

1. .Icr. Baba Mecia, iv, 1, '^:2"iT1D1lÛ. — Berèschil Uabba, lxiv, "jTDnûû- — ^e- 
mhlbar Ruhba, iv, D'^tD'^DD'nûS- 



Li:s CHANGEURS KT LA MONNAIK EN PALESTINE 219 

riNniD!:, qui n'est que la tradnctioii ai'aiTK'enno du mot "^^nbiuî ^ 

La hoiitiquo du changeur est appelée schoidhanoul, msnbiuî'-. Le 
mobilier de cet établissement consiste simplement en une lal)le ou 
comploir, inbiuî •', et un siège, î^od '•. Le comptoir est muni de plu- 
sieurs rayons supei'posés ■'. 

D'anciens textes de la Miscbna, datant de la fin du i""" siècle^ l'ont 
mention du clou ou crochet du changeui-, ■'Dnbiujri "iTddto '''. On a 
expliqué diversement l'emploi de ce crochet. Mais, d après les com- 
mentateurs les plus autorisés, il servait à suspendre la balance, 
dont l'usage était indispensable au changeur pour déterminer le 
poids, et, par conséquent, la valeur des monnaies suspectes, sou- 
nrises à son contrôle. Le Midrascli rappelle ces pesées habituelles 
aux changeurs '. A Rome, chez les changeurs, la pesée était une 
opération courante, à laquelle assistait le client^. 

Les changeurs ont un ou plusieurs commis, autorisés à s'abou- 
cher directement avec le client pour le change des monnaies, mais 
qui ne peuvent seuls, sans le concours de leur patron, traiter 
des achats de matières ou d'objets précieux, tels que les perles •*. 

La recette et la dépense et la tenue de la comptabilité sont con- 
fiées à un caissier'**, qui note sur des tablettes désignées sous le 
nom de op3D, Tï-^aç, toutes les opérations du jour. Ces tablettes se 



1. Iloîdlin, ")'t b : ^iJ^mPD XlU- — Bemu/har Rabba, xx, en comparant l'af- 
fluencc des princes qui allaient consulter le prophète Balaam à la foule des clients (jui 
assiègent le comptoir du changeur, joue sur le mot niTPD, qui est le lieu d'origine 
de Balaam et en même tenqis signifie, en araniéen, cJian(/eui'. 

2. Baba Mecia, 26 b. 

3. Mischna Schekalit/i, i, 3; luddouschin, m, 2; Tosef/a Kiddouschin, m, 3; 
Baba Mecia, 26 b. 

i. Mischna Baba Mecia, m, 4. 

rj. La Tosefla sur Kêlim, 2° partie, vi, 4, l'ait mention de la tahlette supérieure de 
ce conq)toir, garnie d'un rehord. 

6 Mischna Edouijot, m, 8; Kélini, xji, .5, dont Inn <ies auteiirs est II. Çadok. con- 
temporain d.e la guerre jud;iïque, sous Vesjtasien. 

1. Beniidbar Rabba, xx. — Cf. j. Baba Mecia, iv, 1 (9 c) qui nous apprend que 11. 
Hivya, le changeur, créancier de son neveu Rab, recommandait à sa fille de ne rece- 
voir de son débiteur que des deniers de bon alui et de bon poids, 'J'^nU 'J'^"|jT 
l'^^'^pm. — Parmi les diverses sortes de balances employées dans le commerce, et 
dont les din)ensions, le point d'attache et la hauteur au dessus du sol sont rigoureuse- 
ment déterminésdans Baba Balra,^'-J a^ la balance spéciale aux changeurs devait être 
celle dite des oifèvres, dont il est fait mention dans Mischna Kelini, xxix, 4 : D"^:tM?3 

8. Antonin Delonme, Les manieurs d'aiyen/ à Rome, 2" édil., Paris 181)2, p. 154. 

9. Beniidbar Rabba, xxi. 

10. Baba Kamma, 99 /> : Pi. Hiyya fait inscrire par Rab, son neveu et son caissier, 
une opération de change, qui s'est traduite par une perte; il y fait ajouter une mention 
équivalente à la rubricjue connue sous le nom de Compte profils et pertes. 



•220 REVl'E DES ÉTUDES JUIVES 

composent do plusieui's planchettes de bois mince, enduites de 
cire, qui se ivplient les unes sur les auti'es '. Rarement le nombre 
de ces feuillets de bois alteignait la douzaine^. Mais rêver de ta- 
blettes composées de vingt-quatre l'euilU^ts passait pour un fait 
extraordinaire •^ 

On se servait pour écrire sur ces tablettes couvertes de cire d'un 
style de métal (nnDTo, ypacpîç), pointu à Tune de ses extrémités et 
aplati à Taulre bout. Avec la partie plate on effaçait l'écriture tra- 
cée sur la cire '*. 

Quand le changeur sort de sa boutique, il porte suspendu à To- 
reille un denier d'argent qui est la marque de sa profession et 
comme une sorte d'enseigne qui le fait i-econnaître de sa clientèle. 
Telle est, d'ailleurs, la coutume générale : le menuisier porte à l'o- 
reille un copeau de bois; le teinturier, un échantillon de couleur; 
le tisserand, une touffe de laine ; le cordier a autour du cou un 
écheveau de filasse ; le lailleur enfonce une aiguille dans son ha- 
bit; le tabellion porte une plume derrière l'oreille"*. 

Comme il arrive en tout genre de commerce, on remarque que 
les changeurs n'avaient tous ni la même activité, ni la même in- 
telligence. Les plus diligents allaient au devant de la clientèle ; 
d'autres l'attendaient tranquillement chez eux, l'accueillant quand 
elle venait, mais sans tenter aucune démarche pour l'attirer^. 

Ils n'habitaient que les grandes villes, et il ne s'en trouvait pas 
dans les bourgs ou villages '^. Quand les gens de la campagne 
avaient besoin du secours de leur art pour la vérification des mo- 
naies, ils allaient les trouver la veille du Sabbat, qui était jour de 
marché^. 

1. Mise/ma Schahbal, xii, i, 5 ; Kéliin, xxiv, 7; Tosefta Schahbat, xi, H; Sota, 
XV, 1 ; Kelhyi, 2" partie, vu, 10 ; Bereschit Hahha, lxix. 

2. Jér. Maasser Schêni, iv, 9(rj5/)). 

3. Ek/m lîabbati suv i. 1 : Un individu, qui avait rêvé de tablettes (cp2D) à vini;t- 
quatre feuillets, s'en va consulter un Samaritain faisant métier d'expliquer les songes : 
celui-ci lui déclare qu'un pareil phénomène lui présage une grande fortune et d'im- 
portantes affaires. 

4. Tosefta Kélhn, 2« partie, m, 4. D'après Ekha rabball (sur, ii, 2), les enfants 
des écoles, enfermés dans la ville de Bétliar, qu'assiégeait une armée romaine, au 
cours de la révolte de Bar-Kokliba, se disaient les uns aux autres : si les ennemis 
entrent dans la ville, nous les pei'cerons avec ces styles {"{"^aP^TO) que nous avons à 
la main. 

5. Tosefta Schabbat, i, 8; j. Schabfmf^ i, G: fvi, 2); b. Schabbat, 11 b. 

6. Sifré, sur Dont., i. 13. 

7. Sif7Yi, sect. Behay\ chap. m. 

8. Mischna Baba Mecia, iv, 1 ; Tosefta Baba Mecia, m, 20. 



Li:s CllANGl-URS KT LA MONNAIK KN PALESTINE 221 

m. — J^e Talnmd nous a transmis le nom de quelques uns de 
ces changeurs. Ainsi, quand il veut désigner des changeuis duiic 
science et d'une compétence inlaillibles en matière de monnaies, 
il ci le Daiiécô cl Issour ("ns^i<T iD^nj '. Pour être réputé hahilc en 
numismalique et s'exonérei* des responsabilités que peut entraîner 
une erreur dans l'appréciation des monnaies, il faut justifier d'une 
habileté professionnelle égale à celle de Danécô et Issour. Nous 
ne possédons, (Tailleurs, aucun autre renseignement sur ces deux 
personnages, et ne savons ni où, ni quand ils ont vécu. 

Nous connaissons, mieux d'autres changeurs, qui sont d'émi- 
nenls docteurs de la loi. On sait (jue, le haut enseignement i-eli- 
gieux étant essentiellement gratuit, ceux-ci exerçaient générale- 
ment une profession manuelle ou autre, qui leur permettait de 
pourvoii' à leur subsistance et à celle de leur famille. L'un des 
plus ré[)utés, que le Talmud et le Midrasch désignent sous le nom 
de R. Hiyya le Grand (nnn rr^^n 'n, b^r^rr «■^'^n 'n), disciple et collègue 
du patriarche R. Juda (lin du ii^ siècle), pratiquait le change et se 
prononçait avec une compétence exceptionnelle sur la valeur des 
monnaies qu'on soumettait à son examen. Un jour pourtant, une 
femme lui présente un denier, et il le trouve hon. Elle revient le 
lendemain, alléguant qu'on le lui a refusé. R. Hiyya dit alors à 
Rab, son neveu : change-lui sa pièce et inscris sur mes tablettes 
que j'ai fait là une mauvaise opération (•p^y )^^ ""Op^Di^ 3"ip::i 
c-ia). Un talmudiste fait néanmoins observer que, R. Hiyya étant 
passé maître dans la science des monnaies, juridiquement l'erreur 
qu'il aurait pu commetti'e n'engageait passa responsabilité; à 
([uoi il est l'épondu que ce docteur n'entendait pas se renfermer 
dans les limites étroites du droit et obéissait à un sentiment 
d'équité -. 

Nous avons vu plus haut'^ que ce même docteur faisait à son ne- 
veu Rab certaines avances de fonds, dont il entendait être rem- 
boui'sé en beaux deniers de bon poids. 

Parmi les changeurs connus figure un autre docteur, R. Eléazar 
ben Pedat 1'^° moitié du ni« siècle i, indiqué par le Talmud pales- 
tinien comme disciple de R. Hiyya ', mais qui avait surtout suivi 
les leçons de R. Yohanan ben Nai)aha. A côté de sa profession de 
changeur, il exerçait les fonctions déjuge"', qui étaient purement 

\. Baba h'amma, 9d f). 

2. Ihid. 

;L p. 219, note '. 

1. .1er. Kelouhol. ix. .'> 33 6 ; hiddousc/iin, i, i ,00 6). 

;j. JtT. Sa)ihédrin, m, 13(:21 J). 



2:22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lioiioritiqucs et excluaient tout salaire, à peine de nullité des sen- 
tences rendues par le magistrat appointé K II essuya même aven- 
ture que son maîlre Hiyya. Un client lui présenta un statère {yho), 
qu'il estima de bon aloi; mais on reconnut qu'il s'était trom])é. Le 
cas fut soumis au jugement de R. Siméon ben Lakisch, qui con- 
damna le cbangeur comme responsable de son erreur, étant assi- 
milé à un mandataire salarié ^. Un texte du Talmud de Babylone 
nous apprend, d'un autre côté, que R. Siméon ben Lakiscb lui- 
même avait présenté un denier à R. Eléazar pour avoir son avis 
sur la valeur de la pièce, et que celui-ci l'avait jugée bonne ; et R. 
Siméon de répliquer : prends garde ; sacbe que je m'en rapporte à 
toi. Qu'est-ce à dire, observe le changeur? Entends-tu m'obligera 
la remplacer, si elle était déclarée fausse? Alors s'engage entre les 
deux docteurs une controverse, qui, d'après le texte talmudique, 
serait restée sans solution •^ Ce que nous avons dit ci-dessus de 
R. Hiyya montre que cette responsabilité des changeurs était fort 
contestée . 

R. Eléazar est plusieurs fois mêlé aux discussions que soule- 
vaient, entre ses collègues, les questions monétaires ''. C'est un 
lettré : il nous a conservé plusieurs apophtegmes de Ben Sira"'. 

Hanan le changeur (nt^mnD *|:n) est un contemporain de R. Yo- 
hanan ben Napaha, l'un des maîtres de R. Eléazar. R. Yohanan lui 
emprunte un denier de Gordyène (N3"'-''7"np î<"ir"i\ dont les dimen- 
sions sont indiquées comme constituant l'exacte mesure d'une 
lésion qui rend impropre à l'alimentation Tanimal qui en est 
atteint ; et comme le changeur se levait pour rendre hommage au 
maître , celui-ci lui fait cette observation : « Il est de règle que les 
travailleurs, dans l'exercice de leur profession, ne se lèvent pas 
pour saluer les Docteurs de la loi^'. » 

B. La matière du change : monnaie officielle et monnaies 

étrangères. 

IV. — Quel était le système monétaire des Juifs de Palestine, à 
répoque que nous étudions, c'est-à-dii"e du i*"" au ni« siècle de l'ère 
vulgaire? La question se pose tout naturellement, au moment où 

1. Mischna Bekhorol, iv, G; Tosefta Bskliorol,n, 8. 

2. Jér. Kilaiin, vu, 4 (31 a\ 

3. Baba Kamma, 100 a. 

4. IbicL, 99 6; Baba Mecia, 26 b; Baba Batra, 16o 6; j. Schekalim, vi, 6 (50 b). 

5. Jér. Harjuiga, ii, 1 (77 a) ; BerescliU Rabba, viii; Tanhouma, sect. Mikèç. 

6. Iloulliiu "34 b. Voirre ((ni est dit ci-après sur ce denier de Gordyène. 



LI-S CIl.WGKliHS I:t LA MOiNNAlK KN PALKSTINK 223 

nous avons à reclierciier les diverses aLLribulioiis des cliaii<;eurs 
dans leur pratiqiu; journalière. 

Si Ton en croil divers le.vles talmudiques, « toutes les monnaies 
avaient cours à Jérusalem' ». Cette asserlion paraît exacte en un 
certain sens, si on ne Tentend que de la période antéiieuic à la 
cluile du Temple. Il est, en effet, certain que tant que le Temple 
était debout, que le {)èlerinage de Jérusalem s'accomplissait trois 
fois [)ar an, que le l'ite des sacrifices, que la contribution du sicle 
attiraient de toutes parts des envois de fonds, il se produisait 
dans Jérusalem une circulation abondante de monnaies éti'angères 
de toute provenance. Les nombreuses et importantes colonies juives 
qui s'étaient formées bors de Palestine, en Afrique et en Asie, 
avaient à ciriu* de maintenir les liens qui les rattacbaient à leur 
méti-opole reb'gieuse, et elles le témoignaient [)ar d'incessantes li- 
béralités au profit des œuvres du culte national. 

La taxe du demi-sicle était particulièrement productive. Tous les 
Israélites devaient l'acquitter cbaque année d'une manière uni- 
forme, en monnaie de Tyr, au moyen du versement d'un demi- 
statère ou didracbme pbénicien^. Le statère tenait lieu du sicle 
biblique, qui, certainement à cette époque, ne constituait plus 
qu'une monnaie de compte, si tant est que le sicle ait jamais existé 
comme pièce monnayée, eu debors des deux périodes révolution- 
naires dont nous aurons occasion de reparler. Les documents 
sont formels sur l'emploi exclusif de la monnaie pbénicienne pour 
le paiement de la taxe d'Adar. « Partout où il est question dans la 
Tora de pièces d'argent, dit la Tosefta ^, il faut l'entendre de l'ar- 
gent de Tyr. Qu'est-ce que l'argent de Tyr? C'est celui de Jérusa- 
lem. » Le Talmud palestinien dit de même '' : « Tous les sicles 
énoncés dans la Tora sont des statèi'es (séla). » 

D'un autre côté, l'obligation de consommer dans l'enceinte 
môme de Jérusalem les produits agricoles provenant de la seconde 
dîme, ""D^ i^3fi2, créait au profit de la métropole une autre source 
non moins abondante de numéraire. Ces produits, récoltés sur 
toute la surface du pays, s'ils n'étaient pas transportés en nature 
dans la cité sainte, devaient, en effet, être rachetés en monnaie 

1. rosef/a Sc/ie/,aUin, ii, 13 : ûbCn^lS mN^iT^ ^^r, Diyn'^izr^ b'D. Cf. fkiba 
Kamma, ^1 h \ \. Maasser Sc/iêni, i, 2 (52 d], 

2. Mischna Bekhorof, viii, 7; Onkelos, sur Exode, xm, 30. Cf. Matliieu. xvii, 27. 

3. Tosefta KetoubuL mh, 3 : qoD MTI IT SipTa "^^n HTin m "nn^";':: 5)03 

^72':>'::i-i^ HT ?"^-nL: qoD ihtw .-^-ni:. 

t. Jcr. Kiddouschin, 1, 3 [j9 r/; : D'^j^'^D nmnn D"^3in3n □"'bp'»:; '5D ; cf. He- 
kkorot. 1)0 b ; Beresckil Rabba, lviii. 



■22i RKVUt: DES ETUDES JUIVES 

couranle, et rargent do ce rachat se dépensait à Jérusalem, pour 
être de nouveau converti en produits similaires à consommer sur 
place. 

La ruine du Temple et la suppression des sacrifices et des di- 
vers rites qui s'accomplissaient à l'ombre du sanctuaire, tarirent 
tous ces revenus, tout cet afflux d'espèces monnayées importées 
tant de la province que de l'étranger : Jéi'usalem se vit ainsi dé- 
pouillée de cette circulation monétaire qui Tavait longtemps en- 
richie, et réduite aux seules ressources de sa pi-opre monnaie. 

V. — Quelle était cette monnaie? La conquête de la Palestine 
par Pompée, en l'an 63 avant l'ère chrétienne, eut pour efTet 
d'introduire en Judée, à côté de la monnaie phénicienne, l'usage 
de la monnaie romaine, qui prit rapidement une place prépondé- 
rante et presque exclusive, si l'on s'en rapporte aux documents 
talmudiques, comme instrument d'échange, dans le mouvement 
linaucier et commercial du pays. C'est ainsi que, d'après le 
Talmud, et à une date assez rapprochée de la conquête de Pompée, 
le célèbre Hillel, quand il n'était encore que le disciple de Sche- 
maya et Abtalion, remettait chaque jour au gardien de la salle 
où ces maîtres donnaient leur enseignement, pour être admis 
à y pénétrer, la moitié de son salaire quotidien, et ce salaire était 
d'un tropaik, p^j'ci::, xpoTraixô;, nom grec de la monnaie romaine, 
appelée victo?if/tf(s , ou demi-denier'. Cette pièce n'était pas 
destinée, d'ailleui's, à une circulation de longue durée, car Jules 
César la supprima pour la remplacer par son équivalent, le 
quinaire-. 

Cependant nous retrouvons encore le demi-denier sous sa déno- 
mination grecque de tropaik dans des textes émanant d'Akiba ^ 
et de son disciple Juda ben Haï '' (première moitié du ii« siècle). 

VL — Le denier d or [dendrius aureu.s, nra nmi, que César in- 
troduisit le pi-emier dans le système monétaire de Rome •', circu- 
lait couramment en Palestine dès le i"^' siècle de l'ère vulgaire. 
Lorsque Phinéas d'Aphta, le tailleur de pierres, est élevé à la di- 
gnité de grand-prêtre, les trésoriers du Temple, en venant le saluer 

1. Henri Estienno, T/iesaunis (jrxcx lliif/uœ, v*» T(>07raïxo;. — Le (Jeuier romain 
valait environ 0,85 centimes de notre monnaie. 

2. Lenormant, dans le Dic/ioiuiaire des antiquUés (jrecques et romaines, v°. 
Aureus. 

'.]. Sifré. 

\. Mischna h'eloubo/, v, 7. 

"i. Lenormant, op. et loc. cil. 



LES CHANGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 225 

dans son chantier, déposent devant Ini un monceau de denÛMS 
d'or, pour lui pei'inelti'e de faii'e honneur à sa nouvelle charge '. 

Le denier d"oi- élait si hien re('onnu en Palestine même ^comnie 
runi(|ue étalon de la monnaie dor, (|ue celui qui avait fait vœu 
(rolïrir pour les hesoins du sanctuaire une pièce d'or devait s'ac- 
quitter avec un denier d'or-. 

De même, recoiuiaîtriî que l'on doit de l'or à son créancier 
oblige le débiteur à lui payer tout au moins un denier d'or-^ 

Le patriarche Yohanan ben Zaccaï, parlant de la fille de jNico- 
dème ben Gorion, que la guerre avait réduite à la plus extrême 
misère, racontait à ses disciples qu'il avait signé au contrat de ma- 
riage de cette femme, et que sa dot s'élevait à un million de de- 
niers d'or (avant Fan 70) '. 

Une controverse qui divisait les écoles de Schammai et de 
Hillel roulait sur le point de savoir si l'on pouvait faire emploi de 
deniers d'or pour le rachat de la seconde dîme •'. 

D'après un docteur du nom de R. Romanus, le prix de location 
d'un navire s'élevait jusqu'à 4000 deniers dor^\ Un établissement 
de bains à Sepphoris se louait au prix de 12 deniers d'or par an, à 
laison d'un denier d'or par mois, et ce contrat donnait lieu à une 
difficulté sur la quotité du loyer dû pour une année embolis- 
mique ". La Tosefta discute la légalité de certains contrats à chep- 
tel simple ou à cheptel de fer (bnn l^i:), portant sur un troupeau 
d'une valeur de 100 deniers d'or ^. 

Un denier d'or^ était le prix d'un cor de froment (8 hectolitres 
88 litres, d'après Munk '*'). 

Le patriarche Gamliel, de Yabné (fin du r' siècle), se trouvant 
pendant la fête de Souccot, avec quelques-uns de ses collègues, sur 
un vaisseau, dut payer au prix d'un denier d'or une palme desti- 
née à l'accomplissement du rite spécial du jour ^'. 

Peu de temps avant le siège de Jérusalem, le prix des pigeons 
destinés aux sacrifices avait renchéri au point qu'une paire de 



1. Sifra, sect. Ei/ior ; Tosefla Yom-liakippouvim, i, 6. 

2. Misclina Sckekalim, vi, 6 ; Meuahol, xiii, 4. Cf. Tosefla Haba Balra, vi, 2. 

3. Tosefta Baba Balra, xi, 2. 

4. Sifvê. Cf. Tosefla Ketoubol, v, 9. 

5. Mischna Muasser Schéni, n, 7. 

6. Nedarim, 38 «. 

7. Mise/ma Baba Mecia, viii, 8. 

8. Tosefla Baba Mecia, v, 1,2, 14 ; vi, 6. 

9. Misch7ia Baba Mecia, v, 1. 

10. Palesiine, pp. 398 et 399. 

11. Tosefla Soucca^ ii, 11. 

T. LI, N» 102. 15 



226 HEYUE DES ÉTUDES JUIVES 

ces oiseaux se payail un denier .(Vor. Le patriarche Siméon ben 
Gamliel ï, père du précédent, prit des mesures pour obliger les 
marchands a les vendre à un taux beaucoup plus modéré, et on 
les obtint, en efl'et, pour un sesterce ^ 

De môme qu'à Rome, le denier d'or valait en Palestine ^5 de- 
niers d'argent-. Cependant une baraïta, citée par le Talmud pa- 
lestinien ^, fait du denier d'argent la vingt-quatrième partie du de- 
nier d"or. Mais ce passage du Talmud est défiguré dans tout son 
contexte par des transpositions et de graves altérations qui ne 
permettent pas de lui accorder créance. On pourrait être tenté de 
tirer la même conclusion d'un texte de la Mischna, au traité 
Méïla '• ; mais il faut n'y voir qu'une approximation, et l'on ne sau- 
rait opposer une énonciation vague et isolée aux textes nombreux 
et précis que nous avons rapportés d'autre part. C'est donc à tort 
que l'auteur du Kaflor-VafcraJi^^ estime à *24 deniers d'argent la 
valeur du denier d'or. 

Vil. — Le denier d'argent (denarius, vpD n:*^^, ou simplement 
nD^"i), qui a pour équivalent le mot zouz (tit) est de beaucoup la 
monnaie le plus souvent citée, sous ces deux expressions, dans 
les divers textes du Talmud et de ses annexes*^. Aussi est-il de 
règle que renonciation dans un texte talmudi({U6 ou dans un acte 
quelconque de l'expression « monnaie d'argent », sans plus ample 
indication, doit s'entendre exclusivement du denier \ Cette sorte de 
présomption légale prouve la prépondérance acquise à cette pièce 
d'argent dans la circulation monétaire. 

1. Mischna Keriloid, i, 7. 

2. MiscJina Keloubol^ x, 4 ; Baba Ranima, iv, 1 ; Tosefla Maasser Schéiii, v, 5 ; 
Baba Mecia, m, 13 ; Baba Datra, ix, 4; jér. Schebouot, vi, 3 {37«); Baba Mecia, 
44 a ; Bekhorot, 49 b. 

3. Jér. Kiddouschin, i, 1 (58 b). 

4. Mischna Meïla, vi, 4 : N^nm '■(•:>ri ,plbn ^b uXin ib ITOtî nm ^j'^1 ib pD 
ib^TD Ûn'^aUJ ïT^bL: ÏTùjblLJm plbn nu:b;i:3 ib « Si un individu remet à son 
mandataire un denier d'or (provenant du trésor sacré), en lui disant : achète-moi ])Our 
cette somme une chemise, et que ce mandataire lui rapporte une chemise du prix de 
trois statères (séla) et un manteau du même prix, tous deux ont forfait à la loi. » On 
sait ([ue le statère é(iuivaut à 4 deniers d'argent. 

D. Édit. Berlin, 1852, p. 62 b. 

6. L'é(iuivalence du denier, ^311, et du zouz, T^T, est telle que ces deux mots se ren- 
contreut souvent dans la même phrase pour désigner la môme monnaie. En voici un 
exemple dans Tosefta Baba Mecia, 11, 20 : ib 3>"lDn 1:2^3 "IS'^T C]bN 1373T: "nW 

bx: "lu'iJ ib 3n-iD-i iiuî^nn 'r\'û'Q nb j^npTo rtT tiT m^^?3 r;3i73\D p?: 

D'^nN?3 « Si un individu, ayant emprunté 1000 deniers sur obligation, i)aie à son 
créancier 800 zouz, celui-ci déchirera la pi-emière obligation, et lui en fera souscrire 
une autre de 200. » 

7. Mischna Menahot, xiii, 4; Tosefta Baba Batra, xi, 2; b. Baba Batra, 165 6. 



LES CHANGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 227 

L'emploi siinullaiir du dcniei' d'or (d du deniei' (rai\^oiit a doiiiHi 
lien à une dinicullé, (jui divise oiicoro aujourd'hui les éeononiisles 
modernes. On s'est demandé, dans le Talmud, lequel, de l'or ou de 
l'argent, doit être considéré comme étalon monétaire; et la ques- 
tion n'est pas de simple curiosité (^t purement théorique; elle a un 
intérêt juridique dans l'application des règles proi)res au droit tal- 
mudiquo sur. la transmission de la propriété mohilière; et c'est 
précisément en matière de change que la difficulté peut être sou- 
levée. 

Pour rintelligence de cette controverse, il convient de rappeler à 
quelles conditions est soumise, notamment dans la vente des 
choses mohilières, la perfection du contrat. Le consentement 
simultané des parties peut hien créer entre elles une ohligalion 
morale et un devoir de conscience, et c'est dans ce sens que les 
docteurs de la loi disent de l'homme ((ui viole ses engagements : 
« Celui qui a puni les générations contemporaines du déluge et de 
la dispersion ^ punira l'homme qui manque à sa parole ^. » Mais 
le consentement nu est sans elTet juridique, tant que la prise de 
possession de la chose vendue n'a pas été accomplie par un acte 
effectif ou symbolique. L'acte nécessaire, c'est l'appréhension par 
l'acheteur de la chose qui a fait l'objet de la vente; c'est à ce mo- 
ment que la vente est consommée, et, dès ce moment le prix 
d'achat est acquis au vendeur, partout où il se trouve, sans que ce 
dernier ait à remphr aucune formalité. 

La nécessité d'un acte de prise de possession pour donner au 
contrat sa perfection est, d'ailleurs, d'après l'opinion d'un docteur, 
d'institution rabbinique. Selon la pure doctrine de la loi, le verse- 
ment des espèces suffit pour transmettre la propriété -^ Mais les 
docteurs ont exigé une formalité matérielle pour faire passer les 
risques de la chose vendue de la tête du vendeur sur celle de 
l'acheteur. Autrement, disent-ils, le vendeur, après échange de 
consentement, n'ayant plus d'intérêt à veiller à la conservation de 
la chose, dirait à son acheteur: « Ton blé a brûlé dans mes maga- 
sins'' », sans se préoccuper du soin de parer à tout accident. 

Supposons maintenant une convention de change dans laquelle 

1. Il s'ag-it de l'événement décrit dans Genèse, xi, 8, à la suite de la construction de 
la tour de Babel. 

2. Mischna liaba Mecia, iv, 2 : nr^bon 11^1 '5l3?jn mn "^^SSi^Tû ^'"IDUJ ^72 

im^nn i'j2'\y i:"^n^ ^J212 ynDnb ttj' tîin. 

:]. liaba Mecia, 4G h : m3ip D^yl2 nmn im. 

4. ibid. : ^-»^rj nD-i03 ^b n?:^'' ^^73u: n^i]) n^^ujTo inTSN nj2 ■'3D731 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le cliangeur remet à son client de la monnaie crorpour recevoir de 
ce dernier de la monnaie d'argent, on, inversement, de la monnaie 
d'argent contre de la monnaie d'or. Selon le droit talmadique, ce 
contrat constitue entre les parties une véritable vente. Elle ne sera 
donc parfaite que si elle s'est accomplie avec les formes prescrites 
en matière de vente. Mais entre ces deux métaux, quel est celui 
qui joue le rôle de marchandise, ou, comme le dit le Talmud, de 
fruit î<TD, et celui qui constitue le prix d'achat? Selon l'une ou 
l'autre hypothèse, c'est la monnaie d'or ou la monnaie d'argent, 
considérée comme marchandise, qui devra être matériellement 
appréhendée par celui qui la reçoit pour donner au contrat toute 
sa valeur. 

La Mischna tranche la question en déclarant qu'entre l'or et l'ar- 
gent, l'or est marchandise et l'argent constitue le prix. C'est ce 
qu'elle exprime dans le langage elliptique, propre aux talmudistes 
en disant : « L'or acquiert largent, mais l'argent n'acquiert pas 
l'or '. » Cette formule serait inintelligible, sans le commentaire 
qui l'expHque; elle signifie que, dans les opérations de change, 
celui qui a appréhendé l'or transmet sans autre formalité à l'autre 
partie la propriété de la monnaie d'argent qui en constitue le prix, 
mais que, s'il a versé à cette dernière l'argent, sans avoir fait acte 
de prise de possession sur l'or, il n'y a pas de marché, et chacune 
des parties peut retirer son consentement. 

La solution donnée par la Mischna à cette difficulté a rencontré 
d'assez vives résistances, et le propre fils du patriarche Juda, ré- 
dacteur de la Mischna, lui opposait l'opinion contraire que celui-ci 
avait émise au temps de sa jeunesse ^. 

Quelle est donc la cause de cette variation et quels sont les motifs 
donnés à l'appui de l'une et de l'autre opinion ? Le Talmud se le 
demande, et voici comment il y est répondu : « Dans sa jeunesse, 
le rédacteur de la Mischna estimait que For, étant un métal pré- 
cieux, devait être adopté comme monnaie, et l'argent, ayant une 
moindre valeur, comme fruit (marchandise). Mais dans sa vieillesse 
il a jugé, au contraire, que l'argent, étant d'une circulation cou- 
rante, était la vraie monnaie, et que l'or, avec sa circulation res- 
treinte, devait être considéré comme marchandise^. 

\. MiscJma liaba Mecia, iv, 1 : nN r;3ip I^N qO^n .qOlDr; PwS rijl'p DHTH 
anin. On retrouve un texte identique dans Tosefla Baba Mecia, m, 13. 

2. Baba Mecia, iia. 

3. Baba Mecia. U a : r;\n"nb^3 ,n3D •^N72 rr^mSpTm 130 ^N72 r"pmib^3 

î^ya^ab N'T'D n^b "^apn. 



LES CHANGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 220 

Son disciple, R. Hiyya, le changeur, s'en tenait à la première 
opinion K 

Cette préférence se justifie par une autre raison, énoncée dans 
le môme passage du ïalmud, et qui s'accorde avec l'avis formulé 
par les économistes modernes : « L'or a une valeur fixe et l'argent 
est sujet à la hausse et à la haisse -. » 

Cette même question avait déjà divisé les écoles de Schammaï et 
de Hillel (i^"" siècle de l'ère chrétienne). Colle-ci faisait de Tor l'éta- 
lon monétaire, et celle-là tenait pour l'argenté 

Dans tous les cas, il était admis qu'entre l'argent et le bi'onze, 
c'est l'argent qui joue le rôle de monnaie. Aussi la Mischna et la 
baraïta déclarent-elles que « le cuivre acquiert l'argent, mais que 
l'argent n'acquiert pas le cuivre'' ». Il faut pourtant noter, au 
iii^ siècle, une controverse de même nature entre deux docteurs 
palestiniens, R. Hanina et R. Mana, sur les rapports de l'argent et 
du cuivre. D'après R. Hanina, la valeur de la monnaie de billon 
demeure invariable, et c'est l'argentqui subit la hausse et la baisse. 
R. Mana soutient, au contraire, que Targenta une valeur fixe et que 
les fluctuations de hausse et de baisse n'affectent que le cuivre •'. 

VIII. — Les divisions du denier d'argent correspondent à peu 
près à celles qu'admettait le système romain. La Tosefta en donne 
le tableau suivant ^ : 

La perouta (rranD) est le 1/8 de Fas. 

1. Baba Mecia, Ma. 

l^^i^b •?n:''73 r<pD3 ""^"nb .d^t Se n:^nn r:\:;7am d^TvUj^td ini< qoD 
■^nn c>i3'3-j nr73 yn^^ n:?n ...bm n^pnwS-i ^i-^ion N3n n:-'C73 ^in t^n^D 

3. Ib.,U/j. 

4. MiscJina Baba Mecia, iv, 1 ; Tosefta Baba Mecia, m, 13 : PiS rîjlp ri'vUirijr! 
nw"in:n nN rijl^) r|ODr; '}"»N1 C^ODH. La Tosefta ajoute : « Voioi comme il faut 
rciitcndic : si l'un a livré .'iO as contic un denier d'argent, ce denier est acquis à l'autre 
partie, partout où il se ti'ouve. Mais si l'un a livré un denier d'argent contre 30 as, 
l'autre n'ac(|uiert les 30 as (lu'après les avoir matériellement appréhendés. » T2£ HT'^D 

riSD IP^ -^ ^2N .Nin-:: aip?: bD rrjp ht nn i:-^i2 nD\s n^-cro ^na 
^•!':;73">D ly nap n'^ ht •^in -id\s iD^'ob'oz. 

5. io.v. Kiddouschin, i, 1 {:)H d) : b^bï NDCD S^-'p rT'-',rîî3 Î<\rn3 "173N N3"»jn '"1 

b'^bi t<cr: -i"'p-« N'on: a-^^p r:"»-inN3 ndcd n?:i< a^'n 'n ,"i^p^ n-:od. 

(i. Tosefta Baba Bâfra, v. 11, 12 : mzjl-iD "SlTC'wT^ "IHJ^ 1"^73N\D nr^l^iD 

C]OD r^yjo ,^rT rjDD n:*?: "c^o ,nr-b nj^nn^îi n^'i'zyiD nn^ no'^ws ^no^wNb 
■^:o D7:d^72 ,]^zi2ZiV2 -^r»:: "-^o\n .r^^^^"* ^-'»^ "jririD .r^^^^^^^ ^y^ 

m::T^iD "^Z'O y^l'lZj'ip ,V''^"1^-^P- ^'- t^dldousckln, 12 «. Nous avons déjà fait 
ol)servL'r cpie le [)assage parallèle de j. Kiddouschin, i, 1 (58 r/), a subi de telles alté- 
rations qu'il en est deveim inintelligible. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'as (ictî, àcaxp.ov), souvent nommé dans le Talmud Vas ita- 
lique ("^"pb'û^iXn lO^iK) \ est le 1/24 du denier. 
G maah d'argent (qoD ny^i, obole) l'ont un denier. 
1 maah d'argent égale ^pondiom (Iv^did, dupoiidiiis). 
\ pondion [diipondius) — 2 as. 
1 as = 2 semis ou semissis (DTaDTo). 
\ semis = 2 quadrans [^Tn-ûTi^]. 
1 quadrans .= 2 perouta (se?nuncia^ ?)• 

Ce tableau donne lieu à quelques observations. 

On peut remarquer tout d'abord que, si la perouta y est évaluée, 
comme dans la Miscbna •^ à 18 de l'as, quelques docteurs font de 
cette monnaie le l/G de l'as \ ce qui correspondrait au sextans ro- 
main. Telle est aussi restimation du patriarche Simon ben Gam- 
liel 11 •• (milieu du ii" siècle). 

L'as, à Rome, est la 1(3" partie du denier d'argent ; en Judée, il 
en est la 24® partie. Cette différence tient sans doute à cette cir- 
constance que la valeur proportionnelle de ces deux métaux, en 
général, n'est pas la même dans les deux pays. Le denier d'argent, 
en Palestine, conserve invariablement sa valeur, alors que celle 
des as est sujette à des écarts très sensibles. Ainsi, il est des mo- 
ments où le denier vaut 24 as et la monnaie de cuivre est alors en 
hausse; il en est d'autres où le denier vaut 32 as, parce que cette 
dernière monnaie est en baisse ^. 

L'as est le prix d'un pain d'orge ('{■•pDib:;, xoXXi^)^ d'une orange^, 
de trois, quatre ou cinq figues, d'une grappe de raisin, d'une gre- 
nade ou d'un melon de choix ^. On allouait au vétérinaire chargé 

1. Mischna Kiddouschin, i, 1 ; Miqvaôt, ix, 5 ; Eoullin, m, 2, etc. 

2. On voit que le lepLon^ dont fait mention l'Évangile selon Marc, x[i, 42, n'est 
autr.e que la peroula^ la plus petite des monnaies de cuivre, puisqu'il y est dit (jue 
deux lepton font un quadrans, eëalev XsTrxà oûo, o Icttiv xoopàvTTiç. — Cf. Luc, xii, 
59; XXI, 2; Mathieu, v, 26. Il faut en tirer de plus cette conclusion que l'évaniréliste 
admet, comme le docteur anonyme de la Mischna et de la Tosefta, que la peroula 
égale 1/8 de l'as, contrairement à l'opinion de R. Siméon beu Gamliel et de quelques 
autres docteurs, énoncés ci-après, et selon laquelle la perouta en serait le 1/6. 

3. Mischna Kiddouschin, i, 1 ; Edouyot, iv, 7. 

4. Kiddouschin, 12 tt; c'est ce (jue déclarent les talmudistcs Saniaï, Dosithée, Jannée 
et Hoschaya (de la première moitié du m" siècle). 

y. Tosefta Baba Butra, v, 12. 

6. Kiddouschin, 12 « : nip^N'T NH .^mo-^N bin Nn mD\s mp'^î*'^ N!l 
NnT3 "{^n^m i^n'::n Dp bvi Nn ,ntit3 n"D 2p "^mow. 

7. Tosefta Detnaï, v, 11. 

8. Schir haschirim Hahba, sur ii, 3. 

9. Mise/ma Maasserot, ii, 5, 6 ; Tosefta Maasser Rischon, ii, lli 



LES CIIANGKUHS I-T LA MONNAIE I-N l>ALLSTINE i\{l 

do liiispoclion dos animaux i as pour uu mouton (d (> pour un 
bœuf. 

La maaii, (jui esl la plus pelile dos piocos d'ai'^<'nl - ol f|ui est 
ovaluôe au (>« du doiiiiM', no i)ai'aît con'ospondro à aucuno moiinaio 
romaino. Kilo uo soi'ail donc autro «pie Toholo ^l'occiuo, (pii est 
1 6 de la drachme, et la drachmo ollo-momo, comme nous l'avons 
vu, a été ramonée, depuis le pi'incii)at do Pompée, à la valcui' du 
denier. 

Il semblerait pourtant éti'ange do voir figurer dans ce tableau, à 
côté do monnaies divisionnain-s appartenant exclusivement au 
système lomain, une pièce d'origine étrangère. Il n'y aurait rien 
d'invraisemblable à admettie (pie la maah n'est pas autre chose 
que le sesterce, monnaie d'aigent, comme la maah, mais qui, à 
Rome, est égale à 14 du denier. Cette différence, entre la Judée et 
Rome, dans Tévalualion du sesterce, pourrait être la conséquence 
d'une diiïéj'once analogue dans l'évaluation de Tas. A. Rome, le 
denier valant Kî as, le sesterce, qui en est le 1/4, vaut 4 as ; en 
Judée, le denier valant (> sesterces ou '24 as, le sesterce vaudrait 
également, comme à Rome, 4 as. S'il en était autrement, on ne 
s'expliquerait pas l'absence totale, dans les textes talmudiques, de 
toute mention relative au sesterce, qui était chez les Romains d'un 
usage courant. 

Une maab ou, selon une opinion divergente, une demi-maah, re- 
présentait le col/fyôifs O'i^b'p, xôXXuêov), que chaque contrihuahle de- 
vait ajouter à la taxe annuelle du demi-sicle ^. 

Notons ici, pour rintelligence des textes, que le mot maah (rs^^To) 
a, dans le Talmud, trois acceptions différentes : 1° il désigne la pe- 
tite pièce d'argent, égale à 10 du denier '' ; :2« au pluriel, l'expres- 
sion r\iyi2 signifie « petite monnaie de billon », par opposition à la 
monnaie d'argent"' ; 3° le pluriel mr72 s'applique encore au numé- 
raire en général, or, argent ou bronze ^ 

Le pondion (1r'^J^D, diipondius), nommé aussi pondion ilalique, 
•^pbai^n it"i3id", était exigé, comme ('ollyl)us (linbp), autant de lois 
que l'ancien propriétaire d'un champ voué au sanctuaii'o devait de 
statères (ybD) pour le rachat de son hien. Le pi'ix do ce rachat était 

1. Mischna Bekhorol, iv, 5. 

2. Jér. Kiddouschin, i, 1 liSc : TiZ'JQ t\0'D y2'ûJ2 C]nD- 

3. Mise/ma Schekalu», i, 7, 

4. I/nd. ; Menahot, xiii, 4; Haguiga, 6«;.j. Kiddousehiii, i, 1 "iS c\ 

5. Mischna Maasser Schêni, ii, 6, 8, 9 ; Edouyot, i, 9, etc. 

fi. Mischna Maasser Scheni, m, 3, 4, ;> ; Keiouhol, vi, 2, 3 ; xiii, 3 ; Baba Mecia, 
IV, 1,2; Tosefla Maasser Sc/iêni, m, 18 ; iv, 4, 9; Baba Mecia, iij, 9, etc. 
1. Mischna Keliin, xvii, 12. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

proportionna au nombre d'années restant à courir jusqu'au jubilé, 
à raison d'un statère par année \ 

Le pondion était le prix courant d'une miche de pain débitée 
chez le boulanger, et que l'on remettait comme provision aUmen- 
taire à chaque pauvre nomade, circulant de ville en ville ^. 

Au tableau des monnaies ci-dessus reproduit, il convient d'ajou- 
ter le tropaik [victoriatus ou quinaire), qui ne paraît avoir eu quune 
circulation restreinte et de courte durée, et une pièce de cuivre, 
nommée tressis (= 8 as), n-'D^-i::, dont il est plusieurs fois fait men- 
tion dans le Talmud. Un passage de la Misclina place cette mon- 
naie entre le denier, dune part, et le pondion et la perouta, 
d'autre part, en ajoutant que ces diverses pièces appai'tiennent au 
même système monétaire^. On cite \e t?'essis comme servant au 
radiât de la 2^^ dîme, en obligeant celui qui aurait fait usage d'un 
tressis de mauvais aloi à le remplacer '*. La Tosefta fait menlion de 
tressis de Seppboris et de Tibériade •'. 

IX. — A la suite de notre tableau monétaire figure un autre ta- 
bleau fort court, dressé par le patriarche Siméon ben Gamliel (mi- 
lieu du II'' siècle). Il s'énonce de la manière suivante ^ : 

La perouta est le 1/6 de l'as. 

1 maah égale 2 hadrassin (l-^D^in, hordeum, siliquej. 

1 hadrass (hordeum) = 2 hinçin (l^i^i^n pour l^^^n, bes). 

\ hinç [bes) — 2 schamanîn (l-^aTaTi)). 

1 schaman = 2 perouta. 

L'identification de ces dernières pièces n'est pas sans difficulté. 

M. Zuckermann'^ fait de hadrass, hordeum, et cette interpréta- 
tion est assez plausible. 

Mais il rend hininç par ews-iç, qui serait le 1-9 du sesterce, ce 
qui semble bien douteux. Le ïalmud palestinien ^, dans un passage 
parallèle, porte, au lieu de l^irrrt, le mot V^''^? leçon plus satis- 
faisante. Cette expression n'est autre que le mot latin bes. Or la 

1. Sifrâ, sect. Belioulwlai, cliap. x, §5; Mischna Ara/Jiin, vu, 1 ; Tosef/a Ara- 
kliin, IV, 10 ; Bekhorot, 50 r;. 

2. Mischna Péa, vin, 7 ; Schehiif, viii, 4; Evoiihin, viii, 2 ; Kélim, xvii, 11. 

:î. Mischna Schehouo/, vi, 3 : '{l^'lîlDT n''Dn::i t]OD n^T t<"TN ^"■'D "^b "{^i^ 

4. T ose fia Maasser Schéni, iv, 2. 

:i. IbicL, 13. 

6. Tosefta Baba Balra, v, 12. 

7. Ueber talmudische Mûnzen und Geivichle, Breslau, 1862, p. 26. 

8. Jér. Kiddouschin, i, 1 (58 c?). 



LES CHANGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 233 

petite monnaie appelée bcs a précisément la valeur de 2/8 d'as ', 
qui est celle que lui assijj^nc le petit tableau de Simé'on heu Gam- 
liel. En elTet, le hiuç, suivant le texte de la Tosel'ta, valant 4 sclia- 
manîn, et le schaman, 2 perouta, il en résulle ((ue le liinç vaut 
4 perouta; or la perouta, dans ce système, étant égale à 16 de l'as, 
le hinç ou bes vaut 4/6, soit 23 de Tas. 

La leçon du ïalmud palestinien, qui substitue ainsi le mot l"»i:"^3 
à 1"'i:3'^rî, est confirmée par un autre texte du même ïalmud^ et 
par deux passages du Midrascb, où on nous apprend « qu'Adrien 
avait pour poids un bes et Dioclétien un denier de Gordyène ». 

Quant au moi schaman, que M. Zuckermann rend \)d,v semiina, 
il déi'iverait de n^iToo, huit, parce que la pièce ainsi dénommée 
serait égale à 18 de 1/1), soit 1/72 du denier. Cette interprétation, 
peut-être ingénieuse, est bien compliquée pour être exacte. 

X. — On a pu remarquer que le ïalmud n'a pas fait entrer dans 
l'un ou l'autre de ces tableaux monétaires le séla (3>bD, statère ou 
tétradrachme), qui se rencontre pourtant très fréquemment dans 
les textes et qui circulait, en Judée, concurremment avec la mon- 
naie romaine, comme tenant lieu du sicle biblique pour l'acquitte- 
ment des taxes légales imposées par le rite. 

Cette circulation a dû nécessairement se ralentir après la des- 
truction du Temple de Jérusalem, bien que le séla apparaisse en- 
core dans le ïalmud, comme une monnaie elFective, à une époque 



1. Lenormaut, op. cit., v» Bes. 

2. Jér. Yoma, iv, 4 (44 d). 

3. Bemidbar Hahba, xii, eiSchir haschirim Rabba, sur m, 10. — Je serais très porté 
à croire que le mot r^'^D a le même sens de bes dans un texte de la Tosefla Arakhin, 

IV, 20, où ou lit : nPN mD Tb i^izii ,nnrn ^;d7û ir.TO u-«-ip-D nn^ii rroyio 
t-<bN HT -173^ t^b -ib^Dt^ ^D""' 'n "i7:wS ,no\ND •^b-o "^-in -iTjwN .'îTiDwN-i 

r!^"^3D « Un jour, un individu consacra au profit du trésor du temple son champ, à 
cause de sa mauvaise qualité. On lui dit : il t'appnrtient de le racheter avant tout 
autre. Eh bien ! répii(iua-t-il, je le reprends pour un as; et R. Yôssé de dire : il aurait 
pu ne le racheter <pie pour un bes (2/3 d'as) ni^^SD ». Traduire ici n^''2 par œuf ne 
donnei'ait i»as un sens satisfaisant. Il est vrai (jue le uième texte, comme la Mise/ma 
Arakhin correspondante (viii, 1), ajoute : ï]03 HT^m V\Z'D'2 mD3 Cip"'»::, 
« parce que les choses sacrées se rachètent, soit à prix d'argent, soit par é(iuival('nt », 
ce qui semble exclure i)Our rî^t^D l'idée d'une niomiaie ; mais j'admettrai volontiers 
que ces derniers mots ont été ajoutés après coup, comme une glose tardive, à un mo- 
ment où Ton ne connaissait plus le bes, cette petite monnaie ne figurant ijue dans le ta- 
bleau de R. Siméon l)en Gamliel, coutenq)orain et collègue de K. Vossé ; aussi le Talmud 
sur Arakhin (27 a) parait-il l'ejeter cette incise. 



J34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

OÙ, selon l'opinion généralement reçue, la frappe des statères 
phéniciens avait depuis longtemps cessé. 

C'est ainsi, que, d'api'ès M. Lenopmant\ c'est en l'an ()3 avant 
l'ère chrétienne que Pompée aurait fait fermer les ateliers moné- 
taires de Tyr, de Sidon et d'Aradus. M. Théodore Reinach^ fixe à 
l'an 56 après J.-G. la suppression du monnayage en Phénicie. Le 
ïalmud^ cite pourtant plusieurs fois le statère de Néron, ybo 
rr^Dnni, ce qui ne serait pas en contradiction avec l'opinion émise par 
M. Reinach, puisque Néron a commencé à régner en l'an 54. Mais 
ce savant cite lui-môme, d'après Madden, un statère tyrien de 
Fan 65. Un docteur palestinien dn commencement du m® siècle, 
R. Yohanan ben Napaha paraît faire allusion à des statères de 
Sévère '•, nrr-i^nD d^ybo. D'un autre côté, si, le plus souvent, dans 
le Talmud, le séla ne seml)le plus représenter qu'une monnaie de 
compte, il est des passages où l'on se trouve nécessairement en pré- 
sence d'une monnaie courante, en pleine circulation. Ainsi des 
docteui's du n« siècle, disciples d'./Vkiba, discutent sur le point de 
savoir combien le séla doit avoir perdu de son poids pour donner 
lieu à l'action en j-escision pour cause de lésion ''. La ïosefta, 
recueil de la fin du n« siècle, rapporte une contestation qui s'agite 
entre deux plaideurs, au sujet d'un statère 7ienf trouvé par l'un 
d'eux ^. 

XL — Nous avons vu que te statère phénicien était toujours pré- 
senté dans le Talmud comme l'équivalent de 4 deniers d'argent. 

Cependant plusieurs textes font menlion d'un autre statère, qui 
serait le i H du séla ou slatère phénicien, et par conséquent d'une 
valeur égale à un demi-zouz ou demi-denier". On le nomme tantôt 
simplement statère (^-l^^:3wS^, dénomination qui, dans le Talmud, 
ne s'applique jamais au statère phénicien, uniquement désigné 
sous le nom de séla), tantôt statère vulgaire ("^rû^os n"'nDi<)*^ et tan- 
tôt encore séla provincial (na'^TO ybo) '". 

1. Op. cit., v Drachma tijria. 

2. Les monnaies juives, dans la Revue, t. XV, p. ccvi. 

3. Mischna Kélim, xvii, 12; Tosefla Baba Mecia, ii, 10. 

4. Jér. KelouboL, i, 2 ,28 h). 

i>. Mischna liaba Mecia^iw 5 ; Tosefla Baba Mecia, m, 17, 

6. Tosefla Baba Mecia, ii, 10. 

7. Kiddouschin, 11 b : N-pnDN NTITn NribDb ll'pi ^"iJ^N ^^2Zn. 

8. Soucca, 22 b; KelouboL, 64 « ; Guittin, 45 i; Baba Mecia, 102 Z» ; Baba Balra, 
i05 b;Bekho)'ol,liOb. 

9. Houllin, 44 6. 

10. Baba Kamma, 36 6. 



LES CHANGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 2X0 

Mais il convient de faire observer que ce statôre vulgaire n'est 
cité que par des docteurs babyloniens, que le Talmud palestinien 
n'en l'ait jamais mention, et qu'il y a lieu de penser que la Judée 
n'a pas connu cette monnaie particulière, réduite à la valeur d'un 
demi-denier. Il y a plus : un docteur de Palestine, R. Hanina 
(ni« siècle) cite un statère dit de Perse, n'^d'id î^^^nOwS, qui aurait la 
valeur de 1/8 de denier \ ce qui indique bien (jue cette espèce de 
monnaie était d'origine étrangère. 

Le Talmud babylonien fait également mention d'un zouz vul- 
gaire, î<"J"'ï:2 î^nT, égal à 1/8 du denier '^ C'est encore là une mon- 
naie qui paraît étrangère à la Palestine. 

XII. — Les lignes qui précèdent étaient écrites, quand j'en ai 
trouvé l'entière confirmation dans des documents émanant des 
Gueonim de Babylone, et rapportés [)ar le savant M. Biicbler dans 
une intéressante notice sur la Kelouba chez les Juifs du Nord de 
r Afrique [Revue, t. L, p. 161 et s.) Ces documents constatent tous, 
en effet, que le douaire légal, inscrit dans le contrat de mariage 
d'une jeune fille, et fixé par le ïalmud à 200 zouz ou deniers ^, a 
été réduit par la coutume de Babylone à 'âo zouz. 

La raison de cette disposition n'est autre que celle qui vient 
d'être indiquée ci-dessus : c'est que les Babyloniens substituent le 
zouz vulgaire, qui est le buitième du zouz palestinien, là où les 
docteui's de Palestine imposent le zouz-denier. Mais cette substi- 
tution, les Babyloniens ne l'opèrent que pour les obligations d'ori- 
gine rabbinique, et qui ne résultent pas du texte de la loi elle- 
même. 

Au cas particulier étudié par M. Biicbler, rappelons que le taux 
de 200 zouz ou deniers, indiqué comme minimum du douaire 
assuré à la jeune fille vierge au moment de son mariage, a été em- 
prunté à deux textes combinés du Pentateuque. D'après Exode, 
xxn, lo-IG, quand une jeune fille a été séduite et (|ue le père 
refuse de la donner en mariage au séducteur, celui-ci lui doit un 
dédommagement égal au douaire des filles vierges (mbinnr: nriTOD). 
D'un autre côté, il est dit au Deutéronome, xxii, 28-29, qu'une 
jeune fille ayant été victime d'un viol, le coupable, ([ui est tenu de 
l'épouser, sans pouvoir jamais la répudier, paiei'a au père 50 sicles 
d'argent. Le sicle biblique, comme nous l'avons vu, est partout 
remplacé par le statère ('m^: 3>bo) ou l(Uradracbme pbénicien , et 

1. Bekhorot, 4!JZ*. 

2. Ketoubot, 65 6, Balxi Mecia, 69 6. 

3. Mise/ma KelouboL i, 2. 



2;!G HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le statère est égal à 4 zouz ou deniers, ces deux expressions étant 
équivalentes. 

Du rapprochement de ces deux textes,/ Rasclii ' conclut que le 
douaire normal auquel toute vierge a droit, même en dehors du 
cas de séduction ou de viol, et d'une manière générale, est de 
50 statères tyriens, soit 200 zouz ou deniers romains. L'opinion de 
Raschi a, d'ailleurs, pour fondement un texte formel du Talmud 
palestinien '\ 

Or les docteurs babyloniens estiment que des deux textes pré- 
cités du Pentateuque on peut tirer une indication, mais non une 
obligation, et que le taux du douaire fixé à 200 zouz est sim- 
plement d'origine rabbinique. En pareil cas, ils admettent comme 
règle que le numéraire indiqué dans le Talmud s'acquitte avec la 
monnaie spéciale à chaque pays (n3^*i?2 5]02 ou î«^t yn-ûJ2) ^; et c'est 
ainsi qu'au lieu du zouz denier, ils adoptent le zouz vulgaire, qui 
n'en est que la huitième partie, de sorte qu'au lieu de 200 zouz, ils 
inscrivent dans les contrats de mariage 25 zouz, qui sont alors des 
deniers, représentatifs de 200 zouz vulgaires '*. 

Cette différence entre les deux espèces de zouz est, d'ailleurs, 
nettement établie dans la consultation du Gaôn Moïse de Sora 
{Revue, loc. cit., p. 152) et dans les observations d'Aschéri (p. 153, 
note 3,1. 

On ne saurait tirer argument, contre la coutume babylonienne, 
d'un usage suivi à Kairouan et aux termes duquel certains 
contrats portent un douaire de 400 zouz, composé d'une partie 
principale de 23 zouz. et d'une partie accessoire de 375 zouz. Cette 
dernière somme représente un augment de dot, toujours facul- 
tatif d'après la Mischna ■'. 

1. Exode, XXII, 16. 

2. Jér. Ketoukol, i, 2 23 . 

3. Nous en trouvons un exemple dans le Talmud babylonien [Keloubol, 63 b]. 
D'api es la Mischna de Ketouhot^ v, 8, le mari est tenu de fournir tous les ans à sa 
femme des vêtements pour une valeur de 30 zouz (deniers); et cela est prescrit au plus 
pauvre en Israël. Quant au riche, il y i)Ourvoira dans la proportion de sa fortune. 
Et Abayé, docteur babylonien, de s'écrier : où donc un pauvre homme i)rendra-t-il ces 
30 zouz ? Et il ajoute : il ne peut être évidemment question que de zouz vulgaires ("^TIT 

4. Je crois devoir signaler au savant auteur de la notice sur la Ketouba un double 
la])sus (Revue, loc. cit., pp. 130 et 136), résultat i)resfpie inévitable de la perpétuelle 
confusion à laquelle se prêtent trop aisément les consultations des Gueonim, entre 
le séla tyrien et le séla provincial, entre le zouz palestinien (denier) et le zouz 
vulgaire. 

3. Mischna Ketoubof, v, 1 : << Bien qu'il ait été déclaré (lu'unc vierge reçoit 
200 zouz, et une veuve une mine (100 zouz), le futur époux a la faculté d'y ajouter un 
augment, qui peut s'élever jusqu'à 100 mines (10,000 zouz), si bon lui semble. » 



LES CIlAiNGEURS ET LA MONNAIE EN PALESTINE 237 

Eli forme de conclusion, et pour en revenir à noti-e matière, 
nous voyons que la tradition du zouz vul^aii'e s'est perpétuée en 
Bahyluiiio, et que ni le séla provincial, ni le zouz vulgaii'c, repré- 
sentant le huitième de la valeur des monnaies de même nom, ne 
sont jamais entrés dans le système monétaire suivi en Palestine. 

XIII. — Les indications tirées des livres talmudiques ne nous 
ont guère fait connaître que deux sortes de monnaies circulant 
concurremment en Palestine, la monnaie romaine et la monnaie 
phénicienne, celle-ci admise à titre de simple tolérance. 

Ne parle- t-on pas habituellement d'une monnaie nationale pro- 
prement dite, de sicles, de demi-sicles, frappés en Palestine même, 
à une époque où ce pays jouissait encore de son indépendance, et 
dont on retrouve des exemplaires ? 

La question a paru longtemps obscure, et aujourd'hui encore les 
numismates sont divisés sur l'époque et l'origine des monnaies 
hébraïques, que des découvertes ont fait apparaître sur le sol de 
l'ancienne Palestine. 

Il paraît tout d'abord constant que les sicles bibliques, qui pou- 
vaient affecter la forme de disques d'argent, ne constituaient pas 
des monnaies proprement dites, munies d'effigies ou d'inscriptions 
qui en révélaient la valeur courante. Les sicles, objet d'échange, 
sont livrés au poids. Le mot bp'^ signifie ;j^6er. On en trouve la 
preuve dans un des passages les plus récents du canon biblique, 
dans un texte du prophète Jérémie, qui a assisté, comme on sait, à 
la destruction du royaume de Juda et à la captivité de Babylone. Il 
décrit lui-même une opération de vente conclue entre lui et son 
cousin Hanamel, dans les termes suivants : « J'achetai à mon 
cousin Hanamel son champ, et je lui pe^ai l'argent, savoir 
17 sicles cV argent', j'en fis un acte écrit que je signai; je pris des 
témoins, ety^ pesai V argent dans une balance '. » 

Pendant le temps que dura la captivité de Babylone, les Juifs ne 
purent évidemment songer à une frappe de monnaie. 

Leur affranchissement, sous Gyrus, les laissa dans la dépendance 
et sous la suzeraineté des rois de Perse, et ils n'y échappèrent 
que pour tomber entre les mains d'Alexandre et de ses successeurs. 
Leur situation politique était donc, pendant cette longue période 
de temps, incompatible avec l'exercice d'un droit régalien, comme 
l'est celui de battre monnaie. 

L'avènement des Macchabées leur assura une sorte d'autonomie, 

1. Jér., ixxii, 10 : Û'^3TN7:3 E]OSr^ bpUJNI. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

assez limitée (railleurs. Ils la tenaient de la libéralité des rois de 
Syrie, et par TefTet des concessions gracieuses de ces princes. C'est 
à ce titre que Démétrius II, en Tan 142 avant J.-C. et Antiochus VII 
Sidétès, son successeur, en 138, autorisèrent Simon Macchabée à 
battre monnaie en son propre nom. Mais des savants autorisés 
estiment que ce privilège n'avait pour objet que la frappe de mon- 
naie de cuivre et ne s'étendait pas à .la monnaie d'argent. Qu'est- 
ce donc que les monnaies d'argent, à inscriptions hébraïques, que 
des fouilles successives ont mises au jour en Judée ? Il y a tout lieu 
de penser que les sicles et demi-sicles ainsi découverts à Jérusa- 
lem et dans ses environs appartiennent à deux périodes insurrec- 
tionnelles, l'une, de l'an QQ à l'an 70, sous le règne de Vespasien 
et pendant le siège de Jérusalem, l'autre, de l'an 132 à l'an 135, 
sous Adrien, pendant le siège de Béthar. 

Le Talmud paraît confirmer cette attribution, en déclarant qu'il 
ne peut être fait usage des monnaies de Jérusalem pour le rachat 
de la seconde dîme. Voici, en effet, sur ce ])oint intéressant un 
curieux texte de la Tosefta ^ : « On ne rachètera la seconde dîme, 
ni avec la monnaie de la révolte, ni avec celle qui n'a pas cours, 
ou que l'on n'a pas à sa disposition. Exemple : si Ton avait en sa 
possession des pièces de monnaie de Ben-Koziba, ou des pièces de 
Jérusalem, on ne pourrait s'en servir pour ce rachat, et celui qui 
l'aurait fait n'aurait pas acquis la propriété de la seconde dîme. » 
Rapprochons ce texte, qui assimile la monnaie de Jérusalem à 
celle qui n'a pas cours légal, de cet autre, que nous avons cité plus 
haut -, et qui est ainsi conçu : « Qu'est-ce que la monnaie de Tyr? 
c'est la monnaie de Jérusalem. » Il y aurait une véritable antinomie 
entre ces deux passages, si l'on ne distinguait deux sortes de mon 
naies dites de Jérusalem : l'une, la seule qui fut tolérée par le 
gouvernement romain celle, qui tenait lieu du sicle biblique, qui 
servait à l'acquittement des taxes religieuses, et que, pour cette 
raison, on appelait la monnaie de Jérusalem, c'est la monnaie de 
Tyr; l'autre, la vraie monnaie de Jérusalem, celle qui a été frappée, 
dans cette ville, pendant l'état de révolte et d'insurrection, dont la 
légende porte : Jérusalem la Sainte, la seule qui paraît avoir eu 
en Palestine une existence réelle, mais courte et éphémère, celle-là 
était expressément bannie et interdite par l'autorité romaine; elle 

1. Tosef'la Maasser Schëni, i, 5, 6 : 11173 3>nL273ïl b:? î^b imN "j^bbnTû V^ 

? ni: nv'D ,im^-i3 irN^j my73rt by xbi Niri"» id-^nu) vn-^'nii by t^bi 
f<:b bb^n tDNi l-^bbiiTi "j^t^ r-)i^73b\UT-T^ D^y12'\ m"«3Ti:D r\'\yi2 ib rr'n 

2. P. 223. 



LES CMA.NGKUHS KT LA MONNAIE EN IWLESTLNE 2:5'J 

n'avait pas le di'oit de circuler dans le |)ays, cl c'est runiqiu; motif 
[)oui' lequel les docteurs de la loi condainnaiiMit, à coiitre'-coMir 
sans doute, leur propre monnaie, leur monnaie nationale. 

Le Talmud palestinien, comme la Tosella, l'cpousse la monnaie 
de Koziha : « J.a monnaie de la révolte, y est-il dit ', comme celle 
de Ben Koziha, n'a pas cours. » 

Ces dillerents texles donnent bien l'impression que les Juils n'ont 
jamais été autorisés à iabiicjuer en leui' nom que la monnaie de 
billon, et encore semble-t-il qu'elle ne circulait plus en Judée à 
répo(|ue que nous étudions, puisque leur système; monétaire, môme 
pour le cuivre, ne comporte que des dénominations romaines, à 
moins que la pcrouta ne puisse être considérée comme le l'ésidu 
des pièces de ce métal frappées par des princes juifs. 

S'il avait existé une nionnaie d'argent de Jérusalem, frappée à 
une époque quelconque dans des conditions légales, pourquoi 
n'eùt-elle pu servir, comme la monnaie de Tyr, au rachat de la 
seconde dîme? Et comment aurait-on, sans distinction aucune, 
mis en interdit toute pièce portant Tétiquelte de Jérusalem, s'il ne 
fallait pas en tirer cette conclusion nécessaire que cette espèce de 
monnaie n'a eu ([u'une origine ii'régulière et que les docteurs de la 
loi, soumis à l'autorité de Rome, n'ont pas osé la légitimer? 

Ajoutons, pour achever notre démonstration, un dernier argu- 
ment tiré d'un passage de la Mischna, commenté parle Talmud pa- 
lestinien. 

Si, en effet, à une époque quelconque, et avant la domination 
romaine, les Israélites de Palestine avaient eu à leur disposition 
des sicles ou des demi-sicles d'argent, frappés dans leurs propres 
ateliers monétaires, nul doute que, scrupuleux observateurs des 
prescriptions bibliques, ils ne les eussent employés pour le paie- 
ment de la taxe du demi-sicle. Or, le Talmud, si haut que remontent 
ses traditions et les souvenirs de ses compilateurs, n'hésite pas à 
déclarer que, depuis la captivité de Babylone, les Juifs se sont tou- 
jours acquittés avec une monnaie étrangère. La Mischna s'exprime 
ainsi - : « Quand les Israélites revinrent de l'exil, ils payèrent la 
taxe du demi-sicle au moyen de drachmes ; puis ils s'acquittèrent 

1. i(t\\ Maasser Sckêni, i, 2 Vrl d : ^ZT^n n3\N t^Q-'TlD p y\^'D ^"^2^ 3^3^73. 

2. Misvhna Sc/iekalan, ii, i : nn^Tp 1^5 ';"»N D-^'-Tû^ob ^N ^12M< ÏTim"» '"1 

'î"'"i:"'T bipcb TCJpn ^Z'^VnU. Le mot msi^m i»'' saurait se tia<!uiie ici par da- 
ii<jue, (jui est une pièce d'or, car jamais on n'adjuitta la taxe du siclc avec de l'or. 
Du reste, la glose du Talmud palestinien démotitre l)ien qu'il n'est question (jue de 
drachmes. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au moyen de stalères ; plus tai'd, avec des tebaïm ; ils essayèrent 
encore de se servir pour cet usage de deniers. « Et le Talmud pales- 
tinien de commenter ce passage de la Misclina de la manière sui- 
vante ' : « Quand les Israélites revinrent de Texil, ils acquittèrent 
la taxe du demi-sicle au moyen de drachmes (c'est-à-dire) de 
deniers- ; puis ils pensèrent à s'acquitter avec des statères, suivant 
le sens usuel du mot; plus tard, ils résolurent de payer au moyen 
de tebaïm (c'est-à-dire) de demi-statères ; ils essayèrent enfin de 
s'acquitter avec des deniers (c'est à dire) des quarts (de stalère), 
mais on ne les accepta pas. » 

Il résulte de ces textes que la taxe du sicle avait varié, suivant 
les temps, dans sa quotité, mais qu'à toute époque, la taxe était 
égale pour tous les redevables, et que cette taxe ne s'est jamais ac- 
quittée en monnaie nationale proprement dite, c'est-à-dire avec 
des sicles ou des demi-sicles d'argent. 

XIV. Mais si le gouvernement romain avaitproscrit de la manière 
la plus rigoureuse l'usage de la monnaie frappée en Judée pendant 
les deux péiiodes insurrectionnelles et en avait défendu la circu- 
lation, il semble que les Juifs aient essayé de prendre leur revanche 
et mis eux-mêmes en interdit les pièces à l'effigie d'Adrien. C'est 
ainsi qu'un docteur du iii'^ siècle, R. Ammi, interrogé sur le point 
de savoir si l'on pouvait faire usage d'une monnaie frappée pendant 
la période de la persécution, n::DD b'^ yi'^rii (le Talmud désigne cons- 
tamment sous ce vocable rijDO, le règne d'Adrien à partir de l'an 
132, date du soulèvement de Bar Kokbba) décida que cette mon- 
naie ou son équivalent devait être portée et jetée dans la mer Morte -^ 
Le jet dans la mer Morte était un des modes de destruction pres- 
crits à l'égard des choses, dont on ne devait pas faire usage, ni 
tirer profit. 

La raison de cette proscription de la monnaie d'Adrien serait 
fondée, d'après quelques commentateurs, sur ce que cet empereur 

1. Jér. Schekalim, ii, 4 :46(/; : dTj^O-M 'J^'rpv^ vn nbl^n 172 b^nO"» '{'•^y^'D 

iDpD ,)^y'':o ■«:i'":D V-^^ '^ii-p'^Db in^n ,pV2X-j a^j^bo bipujb 1:1^:1 .)^iz^i 
)r^^by ibnp «bi V^"ip ^nri bnpujb. 

2. Los souvenirs historiques des auteurs de la Misclina ne paraissent pas remonter 
au delà des successeurs d'Alexandre; ils ne font pas mention des monnaies persanes, 
dont Tusage avait été imposé aux Juifs par les rois Achéménides, et ils supposent que, 
dès le retour de la ca[>tivité de Babylone, les drachmes grecques circulaient en Pa- 
lestine. Les souvenirs des docteurs du Talmu<l palestinien sont plus récents encore, et 
ils ne paraissent connaître les drachmes grecques qu'avec la valeur que Pompée leur a 
assignée en les assimilant aux deniers romains. 

3. Jér. Maasser Sc/iêni, i, 2 {'62 cl) : -^T^lp Nian^» îîrN n3D0 bc my?^ lb ^^^n 



Li;s i-iiA.N(iia'us i:t la mon.naiI': en i'alkstim.: 



■2tl 



aiirail employ»' au monnayage de S(;s piùcc^s, les vases d'oi' el d'ar- 
gent [)iovei)anl du Irésor du Teiii[)le de Jrrusaleni. Mais un i)ai'eil 
niolif semble bien peu juslilié, quand l'on songe que le Temple de 
Jérusalem avait été bi'ùlé et ses ti'ésoi's livrés au pillage soixante- 
cinq ans aui)aravant. Cette pi'obibilion de la moniuiie d'Adiien 
serait un [)eu tardive; elle eût dû s'appliquei* au numéraii'e de tous 
les empereui's qui se sont suecédé depuis Vespasien. 

Il ne serait pas téméraire de su|)poser une autre cause, el toute 
spéciale, de celte interdjclion. On sait, en elïet. que l'empereur 
Adrien, après avoir brisé les dernières résistances des Juifs, leur 
lil défense, sous peine de morl, de rentrer dans leui' ancienne capi- 
tale, supprima le nom même de Jérusalem, et voulut que cette ville 
fût désormais appelée Aelia Capitolhin, en associant son nom à 
celui de Jupiter CapUoHn. C'était, pour les Juifs, un sanglant ou- 
trage à leurs sentiments religieux: et un scandale iriitant, qui 
rappelait, avec plus de force encore, Vaboni'matlon de la déso- 
lation, de rEcrilure sainte au temps où Antiocbus Ej)ipliane faisait 
dresser sur Tau tel saci'é la statue de Jupiter 01ymi)ien. 

Celle profanation de la cité sainte, Adrien la consaci'a t)ar des 
médailles frappées à Jérusalem même, et dont un exemplaire pu- 
blié par de Saulcy ', et que nous reproduisons ci-dessous, d'après 
ce savant, porte au droit cette inscription : 

IMP, CAESAR TRAI HADRIAN ; tète laurée d'Adrien, à droite, 
avec le paladamentum; el au revers : COL AEL, CAP ; cette mé- 
daille porte l'image de Jupiter Capitolin assis dans un temple 
distyle ; devant et derrière lui deux figures debout et sappuyant 
sur une liaste. 




A l'appui de noire bypotbèse, nous pouvons citer le passage sui- 
vant du Talmud-, qui a [)our auteur [{. Hoscbaya commencement 
du 11!^ siècle , et tei ([u'il a élé reclifu» par Abaye : i^^r* ti::ô yz^-^i 



1. Recherches sur la mimlsmalique judaï-^ue, Paris, JS.j'i. p. 171 et iilanrho XV, 

■2. A/joda Zara/.Vlb: Hekliorol^ 50 (^ 

T. LI, no 102. l(i 



•242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nm^ i^-irr:: rsivin « On résolut denfouir les deniers d'Adrien-ïrajan, 
dont les empreintes sont effacées, à cause de la monnaie de Jérusa- 
lem, jusqu'au moment où l'on découvrit un texte de rÉcriture 
Sainte qui en permettait Tusage. » Ce passage du Taimnd présente 
des obscurités qu'il n'est pas impossible de dissiper. Tout d'abord 
les deux noms de N3i<''mn et de i<^s^-«-irj ne l'eprésentent ])as les 
deux eiupereurs Adrien et ïrajan, comme le disent les commenta- 
teurs, mais bien le seul emi)ereur Adiieu, qui, suivant la coutume 
roiuaine, joignait à son nom celui de son père adoptif, Trajan. 
Presque toutes les monnaies d'Adrien portent, accolés l'un à 
l'autre, ou Hadrianus Tr^janus, comme dans notre texte taluui- 
dique, ou Traj anus Hadrianus, comme sur la médaille coloniale 
ci-dessus reproduite. Le mot î^d^-'u:, d'après Kasclii ', s'entend de 
très vieilles pièces usées par le Irai et dont l'eftigie a disparu. 
Cette expression est spécialement employée à l'égard des mon- 
naies dans un texte talmudique-, qui condamne à la réparation 
du dommage causé celui qui a usé à la lime une pièce de mon- 
naie et lui a ainsi fait perdre une partie de son poids. Enfin, 
Raschi^ donne des mots ûbu:nT bia ii:}^'-^ -"Dst^ l'explication sui- 
vante : ^< Ces pièces faisaient partie des monnaies de Jérusalem ; 
la plupart (ou beaucou})) d'entie elles provenaient de Jérusalem 
[sic ï) » 

Rapprochons ce texte et ce commentaire de la décision ci-dessus 
énoncée sur les monnaies de la période de persécution, et l'on 
peut en tirer cette très plausible conclusion : La monnaie frappée 
à Jérusalem par Adrien, avec l'elTigie de Jupiter et la légende Ae- 
Ha Capitolina, a déterminé les Juifs à prononcer une sorte d'ana- 
tbèiue sur toutes les pièces de l'empereur Adrien, ou tout, au 
moins, sur les monnaies coloniales frappées a Jérusalem avec cette 
légende et cette image outrageante pour la conscience de la na- 
tion juive. 

On devait les détruire, d'après R. Ami, et n'en pas faire usage. 

1. Commentaire sur Aboda Zara, 52 b. Kuliui, dans smi Ai'ouch, v» ND'^'^'Tirî, fiiit 
remar(iuer (lue rexplicatioii donnée par Kaschi au mot Î'ÎD'"'^^ se rencontre déjà dans 
le commentaire, sur Bekhorol, de R. Gerson, de Metz. Ajoutons quellaschi, dans 
Bekhorof, 496, par une erreur évidente, et en se contredisant lui-même, fait du mot 
5^r,'^1'^î5 le nom d'un roi. 

2. Jiaba A'«mma, "JSa : nnOn73 illDn ND-'Dl^iJn &<D^''^ ...yn'ûl^ T^^H. 

3. Commentaire sur Bekkorot, 30 «: ^"|^7 l'i^N , ^D^i'^D C<3"'"'"n:J rO"^"'"nn 
ab'^1T«?D nND l'^^wS b'C: pnm cb'j:TT' b':; m^^DLD^JT^. n est évident qu'on ne 
saurait prendre a la lettre l'assertion de Kaschi, (juand il déclare ([ue La plupart des 
monnaies d'Adrien venaient de Jérusalem. Mais il y a lieu de retenir de son commen- 
taire cette allusion aux monnaies frappées par cet empereur à Jérusalem. 



LES CHANGEURS ET lA MONNAIE EN PALESTINE 243 

Mais ail iif siècle, (lualre-viii^ts ans après la ruine de Bétliar, le 
frai avait usé et fait disparaître les cnipi'eintes de ces monnaies. On 
autorisa dès lors remploi de pièces de monnaie dont l'effij^ie et 
l'inscription n'avaient plus laissé (h; traces visibles. 

On se tromperait, d'ailleurs, si Ton inférait de ces textes (juc les 
scrupules religieux des Juifs de Palestine ne leur permettaient pas 
de Taire usage des monnaies impéi'iales qui présentaient sur une 
de leurs faces l'image d'une divinité païenne. Depuis Augusli; jus- 
(ju'à l'avènement des empereurs chrétiens, prescpu^ tous les dieux 
et (l<''esses de l'Olympe avaient eu leur figuration sur l(>s monnaies 
romaines : c'était Jupiter, Ne|)tune, Mai's, Hercuh^ Vidcain, Apol- 
lon, Junon, Pallas, Vénus, Diane, etc.. sans oublier Mercure, et 
même Sérapis, divinité égy()tienne iigurant sur une; monnaie colo- 
niale frappée à Alexandrie, au nom d'Adrien, ces deux dernières 
divinités spécialement dénommées dans le Talmud '. Si les rab- 
bins- avaient interdit l'usage de vases ornés des images d'Apol- 
lon, de Diane, du dragon, il était admis que de pareilles défenses 
ne s'appliquaient pas aux images idolatriques empreintes sur les 
pièces de monnaie ^. 11 est, au contraire, à remarquer que, selon 
l'opinion d'Akiba, qui a prévalu'', et contrairement à l'avis de R. 
Ismaël, son collègue, les pièces romaines servant au rachat de la 
seconde dîme, [)our être dépensées à Jérusalem en produits co- 
mestibles similaires , devaient eti'e. d'une circulation courante, 
c'est-à-dire avoir conservé intacte leur effigie. Un seul personnage, 
d'une dévotion exceptionnelle, est signalé dans le ïalmud comme 
s'étant lait une règle de ne jamais jeter les yeux sur l'effigie d'une 
monnaie \ 

XV. — En debors de la monnaie lomaine, imposée aux Juifs par 
Pompée comme monnaie officielle, et des statères phéniciens, dont 
la IVappe avait été autorisée par le gouvernement romain dans les 

1. Mischim Aboda Zara, iv, 1 : D''b"lp"l73 ; Tosefla Aboda Zara,\, 1; Aboda 
Zara, 43 a : DD"IO, 0"'-:N "ID- 

2. Mischna Aboda Zara, m, 3 ; Tosefla Aboda Zara, v, 1, d'aiirès le cominen- 
taire de Maimunide. Le texte porte : lipm nnii: /HSnb n-lliT ,n73n nmiT- 

3. Tosefla Aboda Zara, v, 1 : Vdî< ">nn ^^nUttrîT ...m^T>n p:*^ 'j-'lTnn b^l 

4. 67/re, sur Deut., xiv, 25: 13 '::v^ «i^-j ^i2-\^ Nn"«p3> 'n ^T^n C^DDH n-liTT 

V). Jrr. iMef/uilla,i, 13 12 b] : a->nr! Nr^ Di^ipr^ Uiip 'v::^w^ DIHj N"ip3 T:l2b^ 
T'73-73 yn'ÛIJ n-n::. C'est évidemineut !.• mùriic fait que rjippmtr k> Talmud halnlo- 
nivii [Pesahiiii, lOi^; Aboda Zara, ')0 a] avec (|uelques v.iriautes : pa Trîj'^3 "^^72 
•? D^Olip b^ pD rs^b Tip -^wNtDNT ,^N73-'0 'i in Ûn372 "'ni ? D-'UJnp b^ 

bDno72 Nb NTin NnmL: ib-^ct^i. 



244 REVUt; DES ETUDES JUIVES 

ateliers de Tyr, de Sidon et d'Ai'adus, la circulation monétaire en 
Palestine comprenait encore, au témoignage du Talmud, par l'ef- 
fet d'une tolérance plus ou moins déclarée, un certain nombre de 
pièces étrangères. Ainsi les textes font mention de la monnaie 
babylonienne', de celle de Cappadoce-, des dariques d'or de 
Perse •^ des drachmes grecques', du denier arabe'', et, dans un 
certain nombre de passages, du denier de Goi'dyène, •^r^TTi^ nD-^i, 
ou Kurde rTN^-^^^Tip *■•. 

Plusieurs auteurs ont voulu voir dans cette dernière pièce une 
monnaie de l'empereur Gordien ; mais ils n'ont pas pris garde que 
le "^r-^n-ii:; nD-'T est déjà cité par R. Yossé ben Juda, contemporain 
du patriarche Juda, le premier de ce nom (deuxième moitié du 
II® siècle)", alors que le plus ancien des Gordien na commencé à 
régner qu'en ^38. 

L'expression ■'3^">^"n:i désigne un territoire d'Arménie dénommé 
Gordyène, et dont les habitants étaient connus sous le nom de 
Gordiani. L'équivalent nNa-ii-np s'applique lui-même à l'Arménie. 
C'est ainsi qu'Onkelos traduit les mots -jnnK ■«nn^, montagnes de 
rArniénie, par iinp "^m-j, et que le Targoum, dit de Jonathan ^, rend 
les mots rûmwS y"iî«, le pays d'Arménie, par m-ip N^ni^b. Raschi, 
avec son sens exact des choses du Talmud, ne s'y est pas trompé ; 
sur l'expression rii^r^^ip Nn^^n, il dit dans son commentaire '^ : 
« ce denier provenait des montagnes d'Arménie », :û"ini< ^^1V2 
&^"in. L'auteur du commentaire du Midrasch Rabba dit, de même, 
sur les mots 'jT'in:^ n:"»! : « c'est un nom géographique » ''. 

Éliézeh Lambert. 
[A suivre.) 



1. Tosefta Maasser Schêtii, i, 6. 

2. Mischna Keloubof., xiii, 10. 

3. Mischna Sc/iekaliin, ii, 1 ; Tosefta Baba Balra, xi, 2, 

4. Midrasch Ekha sur m, 15. 

5. Bekhorot, 49 h. 

('). Menahol, 29 « ; Uoullin, ."JW;;]. Har/in(ja, lu. H 79 (/ ; Keiouhol, vu, 9, 31 Z» ; 
Kiddouschin, ii, 5 62^/ ; Vaijikva Babba, vu; Beinidbar Rabba, xii ; S.chir hasc/ii- 
rim Rabba, sur m, 10. 

7. Menahol, 29 a (ce te\ti' porte "^Dip-iimp l>'>ur ■'2"^i"n'ip, ce ([ui ne peut être 
qu'une erreur de copiste *m une faute irinipressiou), Bemidbar Rabba, xii. 

8. Genèse, viii, \. 

9. II Rois. XIX. 37. 

10. Houllin, 5 16. 

11. r!:inD rnsn^O, sur Vayikra Rabba, cliap. vu précité. 



TA COMMUNAUTÉ JUIVE DE LYON 
AU i)i:uxïK\ii: siKcij: dk notre èrk 



L'histoire des Juifs de Lyon ne commence qu'au ix° siècle, avec 
la campagne haineuse enlieprise contre eux par Agohard. Toute- 
fois, une légende sans autorité, mais non peut-être sans fondement, 
veut que des Juifs, fuyant Jérusalem prise par Titus, se soient éta- 
blis, vers la fin du i^' siècle, à Bordeaux, à Arles et à Lyon '. 

Je crois qu'on peut établir qu1l y avait des Juifs à Lyon dès le 
ii« siècle. Le fait seul que cette ville possédait alors une commu- 
nauté chrétienne implique l'existence d'une synagogue, car la dif- 
fusion du christianisme, au cours des deux premiers siècles de 
l'Église, a parloul suivi de près celle du judaïsme. 

Comme le dit M. Harnack, « les synagogues de la Diaspora ne 
furent pas seulement, suivant le mot de Tertullien, les fontes per- 
secutiomim pour le christianisme à ses débuts... Le réseau des 
synagogues déterminait à l'avance les foyers et les lignes de péné- 
tration de la propagande chrétienne. La mission de la religion nou- 
velle, entreprise au nom du Dieu d'Abraham et de Moïse, trouva de 
la sorte un terrain tout labouré 2. » 

Raisonnant d'après ces prémisses, M. Harnack devait nécessai- 
rement admettre l'existence de Juifs à Lyon au ii^ siècle. « A Lyon, 
dit- il, du temps d'Irénée, il ne paraît pas y avoir eu beaucoup de 
Juifs; c'est pourquoi Irénée ne semble pas connaître directement 
de Judéo-chrétiens ''^. » Le motif allégué est faible, d'autant plus 
qu'Irénée est trè? sobre de détails sur l'état des choses lyonnaises 

1. Gross, Gallia Judaica, p. 306. — M. A. Lévy (;irt. Lyons dans la Jewish Ency- 
ciopedia] écrit que le pape Victor, au v« siècle, délendit à larchevèque de Vienne de 
laisser célébrer la Pà(|nc avec les Juifs. Jignore d'où provient cette information ; mais 
il n'y eut pas de pape Victor au v* siècle et Victor I", qui s'occupa, en effet, de la date 
pascale vers 180, ne parait pas avoir mentionné les Juifs de Vienne. 

2. Harnack, Mission und AusbreHuny des Christentums, p. 1. 

3. Ibid., p. 2. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à son époque; mais on voit que la réserve de M. Harnack porte 
seulement sur rimi)orlauce de la communauté juive de Lyon, dont 
il considère Fexistence comme assurée. 

Je pense que Ton peut apporter quelque précision à cette ma- 
nière de voir par l'analyse de la fameuse lettre des Églises de 
Vienne et de Lyon aux chrétiens d'Asie et de Phrygie, lettre dont 
des fragments considérables nous ont été conservés par FAisèbe \ 
qui l'avait insérée en entier dans son ouvrage i)erdu sur les martyrs. 

Cette lettre raconte les pei'sécutions violentes dont les chrétiens 
de Lyon furent l'objet en i77. Ces chré liens étaient, pour la plu- 
part, d'origine asiatique; mais il y avait aussi parmi eux des Gallo- 
Romains, entre autres un jeune homme de famille noble, Vettius 
Epagathus. Ils n'étaient pas pauvres, puisqu'ils avaient des esclaves 
païens qui les accusèrent et qu'ils offrirent en vain de l'argent 
pour racheter les corps de leurs martyrs ; ils ne vivaient pas retirés 
et isolés, puisque, au début de la persécution, on les exclut des 
bains publics et du forum, que jusque-là ils fréquentaient libre- 
ment; tous n'exerçaient pas de petits métiers; l'un d'eux, depuis 
longtemps établi en Gaule, était un médecin [)hrygien, quelque peu 
visionnaire, nommé Alexandre; un aulre, Attale de Pergame, qui 
passait pour la « colonne » de la petite Église, était citoyen romain 
et parlait le latin avec aisance. Leur évoque, en HT, était un vieil- 
lard nonagénaire, prédécesseur de saint Irénée, Pothin. Rien n'au- 
torise à croire que cette communauté fût de formation toute ré- 
cente, qu'elle fût le produit d'une émigration collective partie de la 
côte d'Asie ^. Au contraire, le rang assigné, dans l'intitulé de la 
lettre, à l'Église de Vienne, qui est mentionnée avant celle de Lyon, 
donne à penser que le. christianisme s'était répandu de proche en 
proche, en remontant la vallée du Rhône depuis Marseille et en fon- 
dant de petites communautés là où l'existence de synagogues plus 
anciennes ouvrait un champ et fournissait un public aux prédica- 
teurs. Un des martyrs de Lyon, le diacre Sanctus, était de Vienne; 
il est probable (ju'il gouvci'uait cette Eglise, plus ancienne, mais 
moins considérable que celle de Lyon, au nom de l'évèque Pothin. 
La langue des chrétiens lyonnais était le grec; mais ils devaient 
aussi parler, comme L'énée, le latin et le celtique •'. On a même cru 



1. Eusôbe, I]isl. écoles., V, 1-3; je cito d'après le texte puJjlié i>ar 0. von Gebhaidt, 
Acta marlijrum selecla, Berlin, 1902, p. 28-43. 

2. Hypothèse gratuite de. Renan (L'Eglise chvéiienne, p. 467), (|ui fait partir cette 
colonie de Sniyrne vers 1;J7, sous la conduite de Pothin, âgé de 70 ans. 

3. Irénée, C. Jtaeres., jiréface, dit qu'il a été souvent obligé de prêcher en langue 
celtique. 



LA COMMUNAUTE .lUlVK DK LYOïN AU \V SIKr,l-K lU-: Nol'KK KKI-; 2 H 

trouver la trace (le latinismes dans la «;iéeil('' des IVagnKMils de la 
Lettre transmis par Ensèi)e '. 

Les chrétiens de Lyon n'('dai(Uil pas nombreux ; c(da ressort de 
diirérents passag;es de la Lettre, combinés avec des textes (b' Gré- 
<>oire de Tours et des vi(MLx mart\ roloi'es, (pii ont été soijijneuse- 
ment étudiés par M. llirsciileld -. fîien (pu; la persécution ait été 
ti'és violenh^ el très «^éiK'i'ab;, b' nombre d(; ceux qui en souffrirent 
lui restreini, (piarante-buit au itKf.rinnan \ encore M. Hirscbfeld 
lail-il obseiver que ce ciiitrre (;st pi*oi)al)lement trop l'oi't, cai" cer- 
tains noms {(/rnt'dicia et co(/noi)iina) paraissent laiie double em- 
ploi dans la liste des vii^times qu'il lui a été possible de reconstituer. 

Une communauté aussi restreinte, comprenant peut-être une 
quai'antaine de familles, pouvait posséder un chef spii'ituel, un 
lieu de réunion, une caisse de cliarité, un cimetière, mais non pas 
un abattoir et une boucherie. Or, on ne conçoit pas qu'un petit 
groupe de chiétiens ait acheté de la viande aux boucheries 
païennes; c'eût été risquer de mander de la chair qui avait été 
consacrée aux idoles, de la viande non saii>née, ou encore de la 
viande d'animaux ujorts de maladie. Vingt ans après le drame de 
Lyon, Tertullien déclare que les chrétiens, dans leurs repas, s'in- 
terdisent le sang des animaux et, |)ai' ce motif, s'abstiennent des 
bétes élouiiees '^ ou morles naturellement, de peur de se souiller 
de quelques parties de sang restées dans la viande ''. Ces scrupules 
sont conformes à la décision attribuée au premier concile de Jé- 
rusalem : s'abstenir de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang et 
des viandes étouffées ^. Le texte occidental du passage des Actes 
qui nous a conservé cette décision omet la mention des viandes 
étouffées'"'. On sait, d'ailleurs, que la défense de manger du sang 
tomba promptement en désuétude chez les Latins, mais qu'elle se 
maintint longtemps chez les Grecs '' . . 

1. Robiiison, 7>a7,s and s/udies, I, 2, 97; oontrodit par 0. Hirschfeld, Silzungs- 
berichfe de Berlin, l89o, p. 390. 

2. Ibid., p. 385 et siiiv.; cf. Haniack, Missluii, p. ij()7. 

3. Ilviy.-côv, sufjfocatum. CVst ranimai étranglé (|ui n'a pas été tué par une incision 
nette, propice à l'écoulement complel du sanji-. Cf. Encijclopaedia Biblica^ art. Food, 
col. 1546. 

4. Tertullien, Apnhtfj. IX : Ei-ubescat errov cesler chrisfidnis, (/ui ne anlnutliuin 
quideni sanf/uineni in e/nills esculenlis habeinus; qui proplerea quoque suff'ocalis 
et morticiniis absfineinus, ne quo sanr/uine c on lamine mur vel inti a viscera se- 
piiUo. 

5. Cf. Renan, Sain/ Paul, p. 398, ii. 3, et Encycl. liibl., s. v. Council of Jérusalem, 
col. 925-6. 

6. Holtzmann, Apostelf/eschic/tle, p. 98. 

7. Renan, Saint Paul, p. 90. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans les villes antiques, où les sacrifices d'animaux dans les 
sanctuaires ctaieni très fréquents, la viande des victimes ne pou- 
vait être entièrement consommée sur place ; le reste était cédé par 
les prêtres aux bouchers de la ville et débité par ceux-ci sans 
étiquette spéciale '. Il en résulta de bonne heure, pour les chré- 
tiens, un cas de conscience qui fut soumis à saint Paul et tranché 
par l'apôtre dans le sens le plus libéral-. « Mangez, dit-il, de tout 
ce qui se vend sur le marché, sans vous informer de la provenance 
des viandes; acceptez même sans scrupule une invitation chez un 
étranger non chrétien; mais si quelqu'un vous avertit que tel plat 
vient de l'autel, n'en mangez pas pour éviter le scandale. » Tel est 
du moins le sens général d'un passage singulièrement embarrassé 
et dont les difficultés de détail ne sont pas toutes l'ésolues^. Ainsi, 
suivant saint Paul, le chrétien peut manger des viandes sacrifiées, 
à la condition d'en ignorer l'origine; quant à lingestion du sang 
et à celle de la chair d'animaux crevés, il est singulier que l'apôtre 
n'en ait fait aucune mention, ni dans ce passage de l'Épitre aux 
Corinthiens, ni ailleurs. Quoi qu'il en soit, la doctrine de Paul ne 
fut pas tout de suite admise par les chrétiens. Dans VApocaUjpse, 
écrite en 93, condamnation formelle est portée contre ceux qui 
mangent (sciemment ou non) des viandes immolées aux idoles \ 
La défense de manger de la viande de l'autel était si sévère que 
les fonctionnaires romains, en 2o0 encore, mettaient à l'épreuve, 
en leur commandant d'en manger, ceux qui étaient suspects de 
christianisme"'. L'interdiction persista jusque dans le christianisme 
médiéval, partout où païens et chrétiens se trouvaient en contact*'; 
il est vrai qu'il s'agit toujours du cas prévu par saint Paul, celui 
de l'homme qui mange de la viande de l'autel auprès de l'autel 
lui-même îsooOutov, cIowXôOutov.) 

Parmi les chrétiens de la petite communauté lyonnaise, il y en 
avait un, nommé Alcibiade'qui ne vivait que de pain et d'eau ^ ; 
comme il observait la même abstinence dans sa prison, un chrétien 
influent, Attale de Pergame, lui conseilla de ne pas refuser de 
manger les aliments créés par Dieu; dès lors, il consentit à manger 

1. Renan, Saint Paul, p. 71 et la note. 

2. Paul, 1 Cor., x, 25. 

3. Cf. Reuss, EpUres de saint Paul, t. 1. p. 217 et Renan, uhi suprà. 

4. Apocalypse, II, 14, 20. 

••;. Voir l'article cité plus iiaut d'O. Hirschfeld, p. .397. 

H. Par exemple en Thuringe, à l'époque de la prédication de saint Roniface: cf. 
S. Reinach, Revue celtique, 1906. 

7. C'était un végétarien encrafile; cf. E, von Dol)schiitz, Die urchrisllichen Ge- 
meinden, p. 276. 



LA COMMUXAUTR JUIVE OR LYON AU 11^ SIÈCLE DE NOTRE ÈRE 2i9 

de la viande. Co fait implique que le cas d'Alcil)iade étail excep- 
tionnel et que les chrétiens lyonnais niangeaienl généralement de 
la viande. Mais où Tauraient-ils achetée, s'ils voulaient rester 
puis, sinon dans la houclierie juive de Lyon? 

On répondra peut-être que ces chrétiens mangeaient île la viande 
sans se préoccuper de son origine ou du mode d'abattage, qu'ils 
avaient complètement renoncé aux scrupules judaïques relatifs à 
l'ingestion même accidentelle du sang. L'assei'tion citée plus haut 
de Tei'tuUien, malgré son caractère général, pourrait, à la rigueur, 
n'être admise que pour les chrétientés d'Afrique. Mais la lettre 
même des Églises de Vienne et de Lyon fournit, à cet égard, un ai'gu- 
ment décisif. La persécution de 177 ressemble étrangement à celles 
que l'accusation de meurtre ritiuîl, portée contre les Juifs, a sou- 
vent déchaînées de notre temps. Les chrétiens étaient accusés, sur 
le témoignage de leurs esclaves païens mis à la torture, de sacri- 
fier des enfants pour les manger; aussi les faibles, qui renièrent 
leur foi, ne furent pas mieux partagés que les confesseurs; on 
retint contre eux l'accusation d'homicide. Une esclave syrienne, 
Byblis, qui avait renié la foi, fut soumise derechef à la torture; 
on voulait qu'elle portât témoignage sur les repas abominables des 
chrétiens. Mais elle recula devant la calomnie et, au milieu des 
supplices, jeta cette parole à ses bourreaux : « Comment les chré- 
tiens mangeraient-ils des enfants eux à qui il n' est pas permis de 
manger du sang des bêtes? » C'est l'argument a fortiori, que l'on 
retrouve dans \ Apologétique de Tertullien, où Ton voit aussi que 
les chrétiens rétorquent conti'e les païens l'accusation de canni- 
balisme ^ ; un des martyrs de Lyon, Attale, fit de même, lorsque, 
brûlé sur la chaise de fer, il dit en latin au juge, en montrant la 
fumée qui se dégageait de son corps : « C'est vous qui êtes des 
anthropophages ! - » 

Si Byblis peut affirmer que les chrétiens ne mangent pas le sang 
des animaux, c'est que la règle énoncée par Tertullien valait pour 

1. Cf. saint Justin, /ipoZ., II, 12 et les passages cités par Renan, l'Église chrétienne, 
p. 182. Je ne sais si l'on a encore fait la remarque que voici. Alors que l'accusation 
portée par les païens a certainement pour origine ce qu'ils entendaient dire de la com- 
munion chiétienne, aucun apologiste ne parle, à ce piopos, de la communion pour en 
établir le caractère non sanglant. C'est là un eftet frappant de cette discipline de l'cv- 
cane qui, jusque vers le début du iV siècle, empêcha les docteurs chrétiens de parlei- 
ouvertement de la communion à des païens. 

2. La lettre de Pline à Trajan implique déjà l'accusation et la léponse. Les apologies 
littéraires (}u«^ nous possédons sont simplement la mise en œuvre des arguments dé- 
fensifs et otlensifs que le souci de leur conservation et l'ardeur de leur proi)agande 
avaient, dès le début de la lutte, dictés aux chrétiens. 



2b0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la communauté clirélionne de Lyon. Il y avait donc impossibilité 
absolue pour les chivLiens d'acbeler leur viande dans des bou- 
clieries païennes, car, poni- en éliminer tout le sang, de quelque 
manière que les animaux eussent péri, il aurait fallu des opéra- 
tions longues et compliquées dans cbaque cuisine; d'ailleurs, 
comme ces opérations n'eussent pas été connues des païens, l'as- 
sertion de Byblis n'aurait pas trouvé créance auprès deux. Elle 
afiiime la cbose comme un fait avéré; les païens devaient savoir 
que les chrétiens, poui* éviter de manger du sang, achetaient leurs 
viandes dans une boucherie spéciale. Une communauté aussi peu 
nomhreuse ne pouvait avoir la sienne; force est donc d'admettre 
qu'il y avait une boucherie juive où s'approvisionnaient également 
les chrétiens. 

Même dans les grands centres comme Rome, Alexandrie, Épbèse, 
aucun texte, à ma connaissance, ne mentionne de boucheries 
chrétiennes. Il est donc permis de ci'oire que dans ces villes comme 
à Lyon, comme partout où il y avait des Juifs, c'était aux bou- 
cberies juives que les ménagères chrétiennes avaient recours. 

Je conclus que, en 177 et probablement dès le début du n^ siècle, 
il existait à Lyon une communauté juive assez importante et que 
cette communauté n'a pas été seulement la mère spirituelle, mais 
la vivandière de la chrétienté de Lyon. 

Salomon Reinach. 



DOCUMENTS 



SUR LES 



MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

sous PHILIPPE IV 



[suite et fin ^] 



En el segundo punlo se dice que sin embargo pareciô en aquella 
junta que esta expulsion no fuesse lan universai, sino solamente de 
aquella parle en que se verificau mas las dichas violentas presump- 
ciones y de solos aquellos de quieu no ay probable speranza de la 
enmienda. 

En este segundo punto, parece que la misma Junta de Prelados 
reconocio lo que auemos fundado cerca del punto pasado, porque 
limita la generalidad de la expulsion a solamente aquellos enque se 
verifican mas las dichas violentas presumpciones y a solos aquellos de 
qiiien no ay probable esperanza de enmienda. Pero las razones y 
fundamentos, que prueuan conlra el primer punto, prueuan lambien 
contra este, por quanlo tambien contra las personas de quien en esto 
se babla en la forma que se propone, no ay mas que vagas y géné- 
rales presumpciones, que si bien seran mas véhémentes y apretadas, 
pero no salen de limites de vagas y générales, y si salieren dellos 
y fueren conlra alguna persona 6 personas particulares, considere- 
mos de buena gana que los taies deben de sercastigados en la forma 
que estubieren prouadas sus culpas conlra ellos, ora sea pribanza de 
bienes, ora abjuracioiies eu forma, ora desiierros. Y quanto de loque 
se dice de aquellos de quien no ay probable speranza de la enmienda, 
torno a repetir lo que arriba queda dicho, que siempre queda esta 
esperanza, fundada en la virtud de la divina gracia y en la libertad 
del libre aluedrio. Por lo quai solo restara el castigo conlra aquellos 
en quien se probaren culpas y en la conformidad de como se pro- 
baren. 

1. Voir Revue, t. XLVIII, p. i ; t. XLiX, {>. oi ; t. L, p. 53, et i.lus haut, p. 97. 



2n2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Que a Vueslra Majestad, por ser Supremo Senor, a quien toca la 
administracioa de la justicia, no solo directiva y légal, sino tambîen 
vendicaliva y puoitiva incumbe y esta obligado en consciencia 
mandar echar de aquellos Reynos y sus conquistas a todos los cris- 
tianos nutvos enteros, que lo son de quatro costados, mandandoles 
confiscar los bienes, exceptando solos aquellos eu cuya ascendencia 
constare no auer auido culpa grande de Judaismo, y que esla no 
solo sera action de justicia, sino lambien médicinal y curativa. 

Contra la primera parle desle punto militan todas las razones que 
atras quedan dichas, cou que queda efficazmente probado que nin- 
guna expulsion se a de hacer, ni es licito que se haga por presump- 
ciones générales y vagas, quales son las que puede auer contra los 
ciiristianos nueuos enteros, aunque lo sean de quatro costados, porque 
por esta precissa razon, no deben ser juzgados en particular por cul- 
pados, aunque en su ascendencia uulese auido algunos que lo 
uuiesen sido, y si es ansi como lo ^s, que no pueden ser expelidos 
licitamente, mucho menos tondra Vueslra Majestad obligacion en 
consciencia, ni por razon de juslicia, ni por razon de buen gouierno a 
expelirlos de sus Reynos. 

Pero, por quanlo en dicho tercer punto se dice, que podra Vuestra 
Majeslad expeliendo los referidos, confiscar sus bienes, seimpugnara 
esto con efficaces razones, confirmando juntamente lo que queda 
dicho. Lo primero porque en esta parte tiene la misma deformidad 
la expulsion y la confiscacion de bienes, la primera se tiene por illicita 
por ser por deliclo ya castigado 6 no sufficientemente prouado ; 
luego tambien sera illicita la confiscacion, esta consequenca se 
prueua, porque si en el descendiente no se considéra mas culpa que 
la de sus auiepasados y a castigada 6 no probada, por la quai an 
satisfecho, tan innocente se considéra este descendiente respecto de la 
confiscacion conio respecto de la expulsion, luogo si respecto de esla es 
illîcila, como queda sufficientemente probado, lambien los era respeclo 
de la confiscacion. En conclusion, este castigo vernia a ser por cul- 
pa agena, castigada y salisfecha en el ascendiente, que satisfizd a 
su sentencia y por tanto no puede pasar a nuevo castigo, siu prueua 
de nueva culpa. bien se puede hacer ley que manie que el descen- 
diente de Judio 6 hereje por el mismo caso no pueda obtener taies 
officios, beneficios 6 dignidades, pero no se podra hacer ley justa que 
sin mas culpa que la de los pasados pueda el descendienie ser privado 
de su libertad y ser desterrado, ô que le sea quitada su hacienda que 
ya poshee,y este es el caso en que estamos ; 2^* porque esla resolucion 
pugna totalmente con la disposicion del derecho canônico, porque 
fundandose en la sospecha gênerai, la extiende uniformemente a 
todos los grados asta el quario,y la extiende a la privacion de bienes 
y quiere que esta pena sea por qualquiera nota, lo que el derecho no 
permite, sino es quaudo procède de relaxacion por impenitencia, y 
applicarun mismo castigo a todos los descendieutes de los noiados y 
delinqueutes.quando loscanones lesdexanaùn los olficiosy beneficios 
adquiridos, es en contravencion de lo que el derecho dispone.y ansi 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 253 

se dexa bien eoteuder quanto sea contra razon, mayormente no 
esperandose mucha utilidad de la tal exeqacion. porque la lai expul- 
sion y piivacion de bienes no remediaria ni limpiaria el Reyno, por- 
que quedarian lantos de la misma qualidad, que las expulsos, que 
eslàu mezelados por casamlenlos y lienen parte de crisliauos viejos, 
que exeluir a los uuos y dexar a los otros, 6 quitarles los haciendas, 
séria reducir el Reyno a peor eslado. Verdaderamente es contra toda 
razon que sea igual el casiigo a donde no ^s igual la culpa, y aun a 
donde no aura aui lo nioguna, como séria si alguno de las expulsos 
no la uuiese tenido. Los que ansi viesen expeler a unos de sus pa- 
rienies y a otros privar los de sus bienes, quando careciesen de su co- 
muQicacion, se comunicarian y se instreverian par cartas, como otras 
veces lo an hecho, y ofi'endidos de sus injurias, se inclinarian a 
padccer con sus ausenles y parlicipar de sus culpas. Todo lo dicho 
hace la dicha expulsion en la forma que se propone, y pribacion de 
bienes, no solomuy dudossa, sino muy digna de gran consideracion, 
aunque aya precedido la de tantosy tan doctos Prelados como los de 
Portugal. Y auiendo de ser la resolucion en caso tan dudosso y tan 
peligrosso, no se debe lentar el peligro, por no caer en mayores in- 
convenientes, que de ordiuario no se previenen porno ser antevistos. 
Que respeto de los otros que pueden quedar en el Reyno, por no ser 
enteros, sino medios ô que tengan un quarto ootra parte de la nacion 
y por poder probablemente esperarse que mediante el [favor divino, 
ayudados de la buena saugre conque esiàn mezelados y libres de los 
enteros, que son los mas perjudiciales maestros, se podran reducir 
à la sauta fée y perseverar en ella. Puede y debe Su Majestad hacer ley 
que los que de aqui adelante abjuraron en forma el Judaismo, 6 lo 
uuieren abjurado asta aqui, por constar ya de su perfidia y apos- 
tasia y ser dudosa su coûversiony muy probable el dano y perjuicio 
que de su compania y comunication puede resultar, sean otrosi des- 
terrados de estos reynos y conquistas, y que los maridos y mujeres 
de los que asi abjuraron 6 ayan abjurado, sean tambien desierrados, 
si tubieren asta un quarto de la nacion, y que los liijos é hijas que 
eu su poder fueren criados mayores de siete aùos de hedad y los nie- 
tos y nietas de taies confîtentes, teniendo otrosi un quarto de la na- 
cion, seau desterrados. 

Este quarto punto tiene 1res partes; la primera que sean expelidos 
lodos los que abjuraren en forma la heregia y fueren reconciliados ; 
2° lo mismo los que uuieren abjurado, siendo reconciliados, antes de 
ahora ; 3° que los maridos y mujeres de los que ansi uuieren abjurado 
y los hijos y hijas destos mayores de siete aùos, si tubieren asta 
un quarto de la sangre hebrea y tambien sus nietos sean expulsos. 

La principal razon y fundamenio que los Prelados de Portugal 
pudieron teuer para persuadirse a lo que en la primera parte deste 
punto secontiene, debiô de ser la couveniencia que pudieron consi- 
derar en separar los buenos de los malos para evitar el coutagio. La 
quai razon y las demas que a este proposito se pueden ofTrecer consi- 
deradas no en la superficie, sino en lo interior, se deshacen y desva- 



254 REVUp; DES ÉTUDES JUIVES 

necen, por quanto la reconciliacion y el fm à que se ordena, si bien 
se considéra, se )iallara con evidencia que lioue repugaancia con el 
destierro perpeluo. No es la reconciliacion oLia cosa que una réduc- 
tion, incorporacion y union de aquel que por la lieregia se aparté del 
greinio de la Iglesia à esse mismo gremio. El deslierro es uua sepa- 
raciou y aparlamiento del desterrado de aquellos, de cuya comuni- 
cacion y. gremio se deslierra ; pues como podra ser medio justo y pro- 
porcionadoque al mismo que se prétende reconciliar y atraher, sepa- 
rarle y aparté. Y si se dixere que esta separacion es solamente local 
y corporal y por esso no oppuesta à la union spiritual y que ansi 
podra el desterrado con el cuerpo que dar unido con el aima. Conlra 
esto es que el destierro que se propone no es para tierra de cathôli- 
cos y fieles, porque fuera conlra charidad echar la eufermedad à los 
sauos é inficionarlos con ellos, y proponiendose el destierro para 
entre infieles 6 herejes que se vayan a donde quisieren, como dicen 
los Portugueses, como podra ser que se tome para remedio del recon- 
ciliado, al quai por la reconciliacion se prétende que vuelva al gremio 
de la Iglesia, por lo quai se ve que este destierro no es solamente 
corporal, sino lambien del aima. 

Declarase esto mas considerando lo que la Iglesia platica con los re- 
conciliados que es hacerles buen tralamiento, del quai necessitan como 
plantas nuevas para conservarse en el conocimiento de la verdadera 
religion à que se consenlieron y para esto los aparla de los que pue- 
den perverlirlos y hacelos que conversen con personas religiossas y 
sablas, encaminàndolos à la virtud, llevàndolos à las Iglesias y à los 
divinos officios y catequizàndolos en todo geuero de buena enseîianza, 
no perdiéndolos un punio devisla, para lo quai son las cosas de la 
penitencia para su custodia y guarda, dou'ie apreudan como en escue- 
losde virtud; à loqual todo se oppone el destierro quese propone, pues 
les quita los medios y el fin que por la reconciliacion se prétende, 
como de lo dicho consto. Si la conversion de los taies no es verdadera 
6 no se tiene por tal, no los admitan à reconciliacion, que no es para 
ficlos confileutes, sino para verdaderos pénitentes, y si es verdadera 
6 se juzga por tal, no es justo negarles los medios y remedios que con 
la reconciliacion se les ofïrecen. Abre la Iglesia las puertas de su mi- 
sericordia à los que reconcilia à su gremio, y, qnando lo hace, pré- 
sume prudentemente que son merecedores de la tal misericordia ; 
como, pues, sera juslo y razonable, que quando esta formando este 
piadosso juicio y prometiendo charitativo consuelo à los que comunica 
la reconciliacion, los esta condenando al destierro perpeluo de si 
misma debiendo mas assigurarlosy admilirlos a su union y amistad. 
Fundase la reconciliacion en una sentencia justa del juez, que con 
lejjîtimos fundamentos juzga prudentemente que aquel encuyo favor 
da la sentencia, le tiene por digno de ser reconciliado a su amistad y 
le déclara por merecedor de los favores de la misma reconciliacion, 
que entre otros es relenerle debaxo del abrigo y amparo de alas las de 
su protection y misericordia. Pues quieu aura que con estas mues- 
tras de charidad, amor y piedad puedacomponer el deslierro y que le 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PIIILIIM»!- IV 2bî> 

aparta de la comunicacioii de aquellos c m quien a de gozar los 
ftivores que la sancta Iglesia les promete. 

Declarase mas esto mismo consideraiido las eslrechas obligacioues 
de justicia en malerias criminales, esla la justicia tan altenla â la 
causa de los Reos, que no lieue por justas las penas quando no son 
ajustadas y proporcionadas à las cuipas, quiere que aya, para cas- 
tigar cuipas comprobadas para que correspondan a las [)enas con 
que se casligan, esta proporcion no la pudra auer quando sea la 
pena cierla y la culpa dudosa, con lo quai no podra ser castigado con 
pena de hereje el de quien se duda si lo es, quai séria si el diesterro 
se exequtase como aqui se propoue, sinoconstase juridicamenle de la 
culpa. Quando el juez Uega à juzgar del deliuqueule que esUi redu- 
cido como de liecho lo juzga, quando le adniite el reo a la recoucilia- 
cion,no le puede negar los favores que ella se trahé consigo y consi- 
guientemente no le podra applicar el deslierro que es separacion de 
los fieles Quando Uega el Juez â declarar que lia lugar la reconci- 
liacion, debe tener por cierta su conversion, como lo da à entcnder 
el estilo universal que la Iglesia plalica en todos los Reynos y Pro- 
vincias, particularmente en las de Gastilla, con tanto fruclo como se 
conoce, y de lo contrario, nada bueno se puede esperar. No puede 
hacer buen fruclo el arbol nialo ni se pueden sperar buenos effeclos 
de voluntades violentas, ni réduction verdadera de medios injuslos 
y rigurosos. Gommunmenle se li ne por injuslicia, quando alguno 
exequta la ley segun su summo rigor, que séria quando se pre- 
tendiesse augmentar y subir de aquel punto ? Usense en Portugal los 
medios comunes que la Iglesia liene ordenados que la miséricordia 
de Dios no faltara, pues uunca falla a los que hacen lo que es en si. 
Sirvase Vuestra Majestad de mandar en todas las Inquisiciones de 
Portugal se hagan carceles de peuitencia (que soy iuformado que 
no las ay), tengase mucbo cuidado, nacido de caridad chrisliana, con 
los recouci liados, prediquenlos y confiesenlos pei'sonas doctas y 
pias, lleveulos a las Iglesias a oir missas y sermones, no desislan 
por ningun caso de estos exercicios y esperese que cou estos medios 
hara Dios cierta la conversion dudossa, como muchas veces lo a 
hecho : particularmente se use de esla piedad cou las mujeres y 
hombres de poca hedad, en quien la pena del deslierro fuera de total 
desesperacion y la del recogimienlo dicho tendra probablemente muy 
buenos effeclos. 

Las razones que tan apparentemente concluyenno ser juslificada la 
pena de deslierro en los que se fueren reconciliando de aqui adelaute 
son muy mas efficaces, respeclo de aquellos que antes de ahora fueron 
reconciliados, porque estos y a satisficieron par sus cuipas, y si 
ahora las desterrasen, séria castigorlos dos veces por el mismo deliclo 
y séria lo mismo si la tal pena se exequtase en sus mujeres, en sus 
hijos y nietos, como se aflirma en la segunda y tercera parte de este 
punto, como queda suffîcientemenle prouado, quando se pondéré la 
deformidad que trahe consigo querer que la ley compreanda culpus, 
no solo preteritas y sentenciadas y casligadas cou las penas ordi- 



256 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

narias del derecho, porque castigar en diferentes tiempos diférenles 
persouas, no por delictos proprios, sino agenos, como sucederia si 
Vuestra Majeslad resoluiesse la exequcion de este punto, como lo 
dicen los Prelados de Porlugal, no ternia appariencia de justicias, no 
lo séria que la mujer del que fué, muchos anos a, reconciliado y 
cum{)iia con su péniteucia y sus hijos y nielos uuiesen de ser ex- 
pelidos del Re^'no, sin que sepan ni digan culpas suyas, ni las de 
sus ascendientes son vastantes, pues los purgaron y quedarou libres 
con el cumplimieuto de su seutencia ; y se puedo con verdad decir 
que y a no ay culpa quando la absorbiô la pena, y de lo contrario se 
siguiera que como por la culpa de los ascendientes sin embargo de 
auer sido juzgada y castigada, todvla se podrian castigar los des- 
cendientes, se podrian tambien quemar los huesos de aquellos que 
los cometieron, pues son mas parte de ellos mismos que sus hijos y 
descendientes. 

0° Que siendo maridos 6 mujeres christianos viejos de toJos cos- 
tados, sea desterrado solo el que abjurare 6 uuiere abjurado y no el 
cristiano 6 christiana vieja que no abjurô, ni los hijos ni hijas del tal 
chtistiauo viejo eniero, aunque su madré abjurasse y fuesse dester- 
rada. 

Este punto por la parte que dice que de los maridos 6 mujeres chris- 
tianos viejos par todos lados, solo sea desterrado el que abjurare y 
no el olro ni sus hijos ni hijas, aunque la madré abjurasse y fuesse 
desterrdda,esta incluido en el précédente y no era necessario, porque 
en el précédente queda dicho que el que aya de ser desterrado, a de 
teuer aigun quarto delà sangre hebrea, y ansi el que no tubiere nin- 
guna parte no podra se rdesterrado y cousiguientemente no era neces- 
sario anadir este punto. Pero pur la parte que admile que el recon- 
ciHado que abjurare 6 uuiere abjurado, pueda ser desterrado, se 
impugna con lo ya dicho, que no se compadece reconciliar y junla- 
raente desterrar por la repugnaucia que tiene el destierro con la 
reconciliacion. 

60 Qaedando en arbitrio de los Inquisidores no dar esta pena a 
algunos confilenles, cuyas confessiones juzgasen por tau satisfac- 
torias y su conversion y arrepentimienlo por tan creible que les 
pareciesse que no se debe exequtar en ellos. Este arbitrio parece que 
no a lugar si el juicio de los Inquisidores fué justificado, porque 
por el mismo caso no puede quedar a su arbitrio el destierro, por 
quanlo se holgaran rectamente deuieron repular al Reo o par verda- 
deramente reducido, o par mal confitente, 6 quedaron con duda de la 
verdad de su conversion ; si lo primero y en conformidad dello le 
reconciliaron, no a lugar el destierro, par lo que tantas veces queda 
dicho; Si lo seguudo, no le deben admitir a la reconciliacion, pues 
no les hallan merecedor délia; y si lo tercero, tampoco le pueden 
desterrar, porque en duda el possehe y a de ser mejar su condicion y 
reslan otros medios mas suaves que el destierro con que procurar 
converlirle, mejores medios seran los ordinarios y usados de reco- 
gerlos en las carceles de la penitencia y enséuarlos y ponerlos en el 



LtS MAHRAiNES D ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 2!i7 

camino de la virtud, que par este modo se puede espcrar se perfec- 
cioiiara su conversion, aunque uuiesse sido flaca y debil. Yerda- 
deramenle dexar el deslierro en arbitrio de los Inquisidores, demas 
de que es medio occassionado y peligroso parque daria lugar a ruegos 
y inlercessiooes y olros medios de negociaclon. séria de poco pro- 
veclio, parque de ordinario lo es remilir la disposicion de la ley al 
arbilrio del que la a de exeqular. 

7' Que la raisma se applique y exequlc en la personas que en el 
Saucio OllicJo abjurarcn 6 ayan abjurado de veheirienli y eu los ma- 
ridos y mujeres que lubiereu asta un quarto de la nacion. 

Este punie liene dos parles, una que mira a las que uuieren abju- 
rado asla ay, y la otra a los que abjuraren de aqui adelanle (que 
se ade entender despues de auer promulgada la resolucion de 
Vueslra Majeslad) contra la primera parle militau todas las doctri- 
nas que arriba se apuutaron jiara probar que los que y a fueron 
recouciliados y an acabado y feuecido sus causas y cumplido sus 
penitencias, do pueden ser casligados con nuevas penas, si no 
uuieren sobre venido nuevas culpas, las quales mililan con mas 
fuerza en el caso présente por no ser la culpa que corresponda a la 
abjuracion de vehementi tan grave, como la que corresponde a la 
reconciliacion, porque la de este no se puede dudar que aya sido 
heregia y auer desamparado la fée, lo que no se puede decir del 
primero, que no fué mas de ser presumido y sospechoso eu ella, la 
quai presumpcion y sospecba purgô mediante la abjuracion y peni- 
teucia pi'iblica que dandosubjeto a ser relaxado si se le probare des- 
pues la aposiasia, castigo vastante para deliclo no prouado, sino solo 
presumido, que vasta quedar en lérminos de lai para no augmenlar 
la pena tan desigualmente como se prétende, queriendo que pierda 
todos sus bienes y sea expelido del Reyno, y loque parece que carece 
de toda juslificacion es condenar a los bijos y a los nietos en tan 
dura pena, y la mujer o marido por la presumpcion de un deliclo casli- 
gado en quien se presumio, que fuera cosa no vista jamas condenar 
los descendientes de quien positibamente no se pueda decir que 
delinquiô y ansi parece que no es plalicabie esta extension, y con lo 
mismo no se impugna loque se dice en la segunda parle de seplimo 
punlo. 

8° Ollrosi en las mujeres, hijos y hijas, nietos y nietas y las mujeres 
de estos de los que fueren 6 an sido relaxados. 

Este punlo se debe entender con los bijos y mujeres de los 
relaxados y no, como sueua, pues la relaxacion iuduce pena capital, 
con la quai no se compadece la expulsion, y auiéndose de entender 
como es fuerza, en los bijos y nietos, digo : que si fueron relaxados 
por relapsia y murieron pénitentes y reducidos en la Sauta Ké calho- 
lica, no quiere el derecho que sus descendientes iucurren en pena 
alguna, solamente las statuye contra los descendienles de aquellos 
que murieron apartados de nuestra religion y entonées con la limi- 
tacion que queda diclia y no parece conveniente medio para la 
reduccion augmenlar lanlo la pena, ni la calidad de la expulsion es 
T. LI, N° lOci. i: 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

proparcionada y acomodada a disponerlos para que se reduzcau, si 
no lo estÙQ quando mueren sus asceudieutes, ni .para assigurarlos, 
si son bueuos catholicos, antes en eulrambos casos, es expouerlosa 
gran peligro de perderse, parlicularmeiile si sou miuores de hedad, 
como largamente queda diciio arriba. 

9" Sin que â ninguna persona de las referidas escuse de esta peua 
qualquiera otra que le sea dada, 6 penilencia, 6 satisfacciou, auuque 
esté cumplida en parte 6 eu todo. 

Este puuto contieue lo mesmo que el quarto y otros que tratan de 
que seau expelidos los que autes de aliora deliuquiron y sus 
mujeres, hijos y nietos, sin que les escuse auer cumplido sus 
sentencias. Sobre lo quai quedau pouderados muchos iuconvenientes 
que de lo dicho se seguirian, y se pudiera discurrir mas largo raos- 
trando quan fuera de razon es esta resolucion, pues prétende por un 
delicto castigar dos veces, y casligar personas que no delinquieron, 
sino solo son descendien'es 6 conjunctos do los Reos, de lo quai no 
trato par no hacer el voto mas largo. 

IQo Y que para mas aliviar el Reyno de esta gente, Su Magestad se 
sirba de dar licencia gênerai, para que por tiempo de un afio 6 de 
otro lermino conviniente puedan salir del Reyno los sobredichos 
vendiendo sus haciendas y Uevando lo proeedido dellos en haciendo 
que no sean joyas oro, ni plata, teniendo cerca desto las cau- 
telas neçessarias, porque no se perjudique al tisco Real y corona 
de Su Majestad y que el que con esta licencia se salière, no pueda 
volver y sea casligado con pena de galeras. 

Este puato tomado con la generalidad que suena, se arguye de poca 
consequencia con los demas que quedan resueltos y contiene mani- 
fiesta implicacion, porque si la expulsion se exequta en la forma que 
la Junta le propone à Vueslra Majestad para que se a de dar por 
un ano iacultad de salir del Reyno y vender sus haciendas a los 
mismos que quiere expeler con confiscacion de todos ellas, y assi 
parece se debe enteuder habla de aquellos que en el primer punto 
libra de la expulsion, que son los que 6 tienen parte de christianos 
viejos, 6 siendo lotalmenle de la nacion no an padecido nota de 
heregia en ningun ascendiente, a estos quiere que se les dé un ano 
para que salgan y saliendo no puedan volver, y si en aquel ano no 
salieren, se les quite la facultad de poder salir, con lo quai pone dos 
gravamenes a los que dexa en el Reyno, juzgandolos por buenos, uno 
que pasado el ano no pueden salir, otro que si salieren no puedan 
volver, y otro que si volvieren se les den galeras. Todo esto parece 
poco justificado, porque siendo tan grande el numéro de la gente de la 
nacîon en aquel Reyno, que constituye no pequena parte dél, no 
puede desmembrarse délia sin alro pellar con muchas dificultades y 
inconvenientes, ni tanpoco ser opprimida con la prohibicion de salir 
del Reyno quando se les offreciese sin detrimento de la libertad natu- 
ral en que nacieron, de que deben gozar, mientras no viniere causas 
particulares para privarlos délia, pues naide los negara ser vasallos 
de Vueslra Majestad, expuestos a las contribuciones de aquella Re- 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 259 

publica y obligados a suseucargos y defensa corno la otra génie y cod- 
siguientemeote auerles de ser comunes los favores, libertades y 
privilégies del pueblo, y siéndole lîcita a esle laeutrada y salila del 
Reyno, y la venta de sus bieues y haciendas prohibirsela a eslotros, 
es grao rigor, mayormente si la salida no fuesse a otros Reynos 
extranos, sino a los Reynos (3 Provincias de la monarchia de Vuestra 
Majestad, lo quai se debe reputar por un cuerpo, y cada vasallo por 
un raiembro del. Augmenlase la severidad de esla resolucion consi- 
derando el estado en que se halla en Portugal la gente de la nacion, 
a la quai al paso que se les estrechan los lérminos de su libertad y 
se les reslringe a la habitacion precissa de un Reyno pequeno, se les 
debiau augmenlar las houras, para que enlretubieran la réclusion 
COQ los premios y enganaran la severidad con las esperauzas de los 
augmentos, pero a un mîsmo liempo, no permilirle salir de un Reyno, 
ni vender sus bienes é inhabililarles para todos los officios y bene- 
ficios del sin dexarles libertad, ni aùn para buscar a Dios en las 
religiones, de que tambien son incapaces, es ageno de todo gouierno 
christiano, y ocasionado a tumultuos y alteraciones, par donde rom- 
pen siempre los animos opprimidos. 

Opponese a este discurso la poca seguridad que se lieue de esla 
gente y la experiencia do que quando pudieron salir, se fueron a los 
enemigos de Vuestra Majestad y los ayudaron con dineros y noticias 
para enlrar en la India oriental. Pero, no dando a esta opposicion mas 
ciédito del que résulta de los papeles, que no pasa de ser uua rela- 
cion simple y sin aulhoridad, se responde quo no es posible poner 
puertas a un Reyno y la prohibicion de salir del sirne solo de des- 
consuelo y infamia, vastante a sacar de aquel Reyno a muchos 
buenos que permanecieran en él, y viendo la infamia que viun, 
quieren adquirir la libertad que les diô naluraleza, y no ay razon 
que pueda persuadir que sean utiles las leyes que por una parte son 
inexequiblesy por otra parle de tan perniciossos exemples. En materia 
de religion, no son mas utiles, porque si los que se van son hereges, 
mènes dano haran ausentes, y si la sospecha que se tiene de que todos 
lo son, es tan probable que justiiica su expulsion universal en el 
dictamen de aquellos Prelados, como reparan eu dexarlos ir sin fuerza 
ni violencia, y no dan lugar a que si el cuerpo de esla gente esla tan 
Ueno de malos humores, se vayan del purgando y aliviando, siendo 
tan facil a Vuestra Mageslad ordeuar a sus ministres estén a la mira, 
y en siendo los que salgan tanlos que puedan hacer falta al Reyno 
de donde salen, 6 dane desde donde los acojen, suspenderles la per- 
mission como convenga. 

1P Que para alajarse à la perjudicial propagacion del Judaismo par 
casamieulos cou christianos viejos, inficionando la sangre buena con 
la herejia y apostasia y delustrandose la nobltza del Reyno. que 
puede y debe Vuesira Majeslad hacer ley en que prohiba que nin- 
guna persona de la nacion casando cou otra chrisliana viejas, no se 
pueda dar mas dote, que asla dos mil cruzdos y sean nullas las 
dotaciones de mayor quantia y se applique el excessoalfisco y a quai- 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quiera del pueblo que lo denunciare y que los christianos viejos que 
par casamienlos con cristianos nuevos no teogan faero en la Casa 
Real, ni privilégies, ni honores, ni officios pùblicos. 

No ay en el derecho natural ni en el de lodas los génies cosa mas 
favorecida quelalibertaddel malrimonio porser un individuo ayunta- 
miento por toda la vida y por tanto convenir se elija con entrera liber- 
tad y assi, auuque la palria podestad es tan grande que alcanza poder 
sobre la vida y la muerle de los sùbdilos, no llega a poderles impe- 
dir el matrimonio, por lo quai liene gran inconviniente prohibirlos 
con tanta generalidad entre los delà naciony loschrislianos viejos; el 
primero, el impedimento que se pone al fin del malrimonio, que mira 
la propagacion del género humano, que debeser autes favorecida que 
dificultada ; el 2° es el eslorho que se hace a la conservacion y arraigo 
delà fée eu los que son recien convertidos, porque siendo el dictamen 
de los concilios y sagrados canones que se mezeleu por casamienlos 
de proposito se impugua este medio tan acomodado y tan efficaz con 
dicha resolucioD. El 3*^ que par este medio se induce un impedimento 
matrimonial que no loca a ia jurisdicion secular, par estar reser- 
vado a la de Su Santidad. como nota Sanchez lib. 7 de malrimonio 
disp^ 5, ?tO 4, y lo que no debe mover menos es la infamia y moles- 
lia que por este medio se seguira, no solo a los de la nacion, sino a 
los que cou ellos se casaren, con las acusaciones y pleitos que far- 
zossamente les auran de mover para averiguar si las dotes fueron 
mas 6 menos de lo que par la ley se les tasare y fioalmente que par 
este medio se viene a contravenir indirectameute la celebracion de 
los matrimonios, porque, siendo tan litigiosos, no los querran con- 
Iraher, auiendo de ser favorecidos para que se muUiplicaàe la génie, 
de que ay tanta falta, ni obstan las leyes y costumbres que ay, de 
que los nobles no se casen siu licencia de Su Magestad, el quai suele' 
negar su consenimiento, quando reconoce algun gran inconviniente en 
el matrimonio. Respondese que esto no es lo gênerai y comun, sino 
en casos y entre personas particulares, entre los quales se considéra 
el bien pùblico para que no se contrahian los matrimonios, sin con- 
currir lodas las circunstancias que, si faltasen, podian perjudicar al 
bien pùblico, lo que no es en lo que se va tratando, porque se dice se 
haga ley gênerai que nos se puedan contraher matrimonios entre 
chrislianos nuevos y viejos, sino es con la limitacion que alli se dice. 

12oQueainslanciadeVuestra Majestad se suppliqueaSu Santidadde 
su molu proprio y ciertas ciencia y de p'enitudine potes talis con claù- 
sula sublata y olras exubérantes que hagan el negocio indispen- 
sable que las personas de esta nacion asia el decimo grado no puedan 
ser provehidas no solamenle de dignidades y canouicatos en las 
Iglesias metropolilanas, cathédrales y colegiadas, ni bénéficies, cu- 
rados, como oy esta prohibido, por motus proprios de los Summos 
Pontifices Pio V, Clémente VIII y Paulo V, sino tambien de oîros 
qualesquiere beneficios, y que no puedan ser ordenados de sacros 
érdenes, ni de menores,ni corona para evitar los gravissimos sacrile- 
gios que ellos mismos conûessan en el Sancto Officio de nunea auer 



LES MARRANES D'ESPAGNE SOUS PHILIPPE IV 261 

tenido iuleocioii de coosagrar, baptizar, absolver, uugir, nidar û recibir 
otro qualquiere sacrameuto, conque se atajora la grande perlurbacion 
y escandalo que résulta a los fieles y gran riesgo de su salvacion no 
auiendo recibido los sacramentos 6 dudando de ello. 

Este punto consla de dos parles : la primera, que los de la nacion asta 
el decimo grado no tengan dignidades y canonicatos en Iglesias cathé- 
drales ni colegiales, ni beneficios curados. La S"^, que no se puedan or- 
denar, no alcanzo a enlender para que la Junta de Prelados multiplica 
inhabilidades a esta gente sin provecho y cou uotaria falta de couse- 
quencia eu lo que proponeu, parque no era necessario pidir que no 
pudiessen lener los de la uacion dignidades, canonicatos ni curatos y 
luego que no pudiessen ordenarse, supues!o que sin ordenes no 
pueden tenerios. Y si el animo de los Prelados es que no ocupen las 
prebendas y beneficios por la experiencia que tienen por lo mal que 
los adminislrau, vastaba iuhabilitarlos para ellos y no para las 
ordenes con que fuera menor el. senlimiento de esta génie y cono- 
cieran que la intencion de los Prelados no era quitarselo lodo, pues 
les dexaban abieria la puerta con las ordenes y obteucion de los 
préslamos y beneficios simples para mejorarse y dar salisfaccion de 
si. Pero debese mucho reparar en que, seguii parece por los papeles 
presentados, los de la nacion en Portugal estan iobabilitados de 
oblener dignidades y canongias en las cathédrales asta el septimo 
grado por brebe de Clémente VIII, y la pretension présente aug- 
meniar la inhabililacion asla el décimo grado y que se comprehen- 
dan las Iglesias colegiales y beneficios préslamos y aun la descep- 
lion de este sacramento, que es rigurossisima resolucion y en todo 
agena y aun contraria del dcrecho, augmentondo impedimentos é 
irregularidades y aparlaudose tanlo del camino que la Iglesia a 
plalicado con sus hijos, por muy malos que sean y mas en materia 
semejante donde los Prelados tienen mano para inquirir de moribus 
et pareunijus, OTâiuanàos, y escojcr los que merecieren en queVuestra 
Majestad les podra encargar mucho el cuidado y no hacer novedad 
par ahora, augmenlando inhabilidades, quando se dessea encaminar 
esta gente par mas suaves medios que asta aqui y reducir su trata- 
miento al que en estos Reynos de Gastilla sea tenido con ella, donde 
se procedjo con esta geôle como con los demas del pueblo acerca 
de las ordenes, prebendas 3^ beneficios, y solo en algunas Iglesias se 
introduxeron stalutos de limpieza excluyendo a los infeslos gene- 
ralmente y en las informaciones que hacian los Prelados a los que 
trataban de ordenarse, apuraban las qualidades de sangre con mas 
atencion que ahora y esto vasto, segun la experiencia ha mostrado, y 
vasiara en Portugal, si se plalica con la charidad y cuidado que pide 
la maleria. 

13° Que Su Majestad mande guardary ratifiquede nuevo,si necessa- 
rio fuere, las justas y loables leyes bêchas en aquel Reyno y pedidas 
siempre en Corles générales par los très estados del, ecclesiastico, 
Nobleza y Pueblo, que los de la nacion, como geule infesta de apos- 
tasie y heregïa y que no puede ser fiel al Rey, ni a los hombres, 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

siendo infieles a Dios, do puedea tener dignidades seglares ni officios 
de la Repûblica. 

A estas leyes y prohibiciooesno solo résiste el derechocomuD, sino 
tambien la pràciica de todas las Repûblicas bien gouernadas las 
quales no an hallado mas efficaces medios para assegurar las na- 
ciones recien conquistadas y reducidas que las de la union, y esta 
por ningun camino se cousigue mas que par la parlicipacion de los 
officios y honras. Los Romanos, cuyo gouieruo es alobado de todos, 
no se contentaban con conquistar los Reynos, sino que procuraban 
lambien conquislar las voluntades, y para este fin Uevaban à su 
corte il muchos de las uaciones conquistadas y los bacian capaces de 
sus officios y privilegios, y esto aùn en estos tiempos lo observanlos 
Pontifices par poco mas que respectes temporales, porque los conser- 
van en la misma ciudad, permitiéndoles publicamente la profession 
de la ley de Moises con poca esperanza de su conversion. Lo mismo 
se hace eu Venecia y Ferrara y en otras partes de Italia y mucho 
mas en Francia, à donde con gran franqueza reciben à los que se 
van de Portugal y lo tienen por bueu arbitrio, solos los Portugueses 
son en esta parte melindrossos, peiisando que la misma sangre natural 
y phisica lleva consigo la contagion y heregia, no siendo esso par lo 
meoos la causa principal, siuu el mal tratamiento que los hacen. No 
ay gouierno mas contrario à la conservaciou de los Roynos que él 
que occasioua divisiones en los sùbditos, los grados de las honras y 
officios sean muchos, pero la capacidaden los vasallos para poder 
ascender à elles no se limite, porque par el mismo caso causa division, 
por quanto el ingenio de los hombres es inconstante y apetece la va- 
riedad, conviene proponcrles diversidad de premios à que puedan 
aspirar y que lenga la virtud campo e-paci^^so en que extenderse y 
exercitarse y no recluirla à tau estrechos termines como tienen los de 
la nacion eu Portugal, donde nada se les da, ni aÙQ la esperanza de 
premios, auuque ellos den experiencias de virtud. 

Si se uuiera hecho estudio para procurar conservar el Judaismo 
en esta gente, no se pudiera auer hallado camino para conseguirlo 
como él que se ha platicado con ella en Portugal. Permiteles el dere- 
cho à los que se convierten ascender à todos los officios, y en Por- 
tugal, no solo se lo quitau à ellos, mas tambien à toda su posteridad, 
Dicen los Goncilios que se procure la mezclade estos cou los christia- 
nes viejos, y dificultan en aquel Reyno, como se a visto, maudando 
que el que tubiere parte de la nacion, no pueda ser promovido à officie 
ni bénéficie, con lo quai no se casan uuos con êtres, porque el limpie 
que se casa con mujer de la nacion, sepulla su desceudencia en una 
infamia y incapacidad perpétua. Y si estos incouvenientes que se 
descubren en lo speculatibo del gouierno de Portugal uuiera des- 
mentido la pràctica, prudeucia fuera correr por ella y que Vuestra 
Maieslad se persuadiera a que la complexion de aquella gente pedia 
tal tratamiento, pero les effectos an sucedido al contrario par auer 
side danesissimos, parque con la separaeion de los christianos viejos 
se an unido entre si, y, viéndose incapaces de los officies y honores, 



LKS MARliANES IVESPAGNr: SOUS IMIILIPPE IV 20:{ 

an procurado las risquczas y, casaadose uaos coii olros, au coq- 
servado el Judaismo, a que su iiacion los inclina y liacen un cuerpo 
tan grande en aquel R'-3aio, que le consultan que es necessario que 
Vuestra Majeslad con tola {)resteza los divida, desterraudo a unos y 
dexaudoa otros,y la verdad y la que importaria parece séria abrirles 
las puerlas de las lionras y de los officios a los que las mereciessen, 
para que puedan entrer luego, y a los deinas, para que con el tiempo 
puedan aspirar a ellasy les serban de escalon para que se cotiviertan 
como en olras partes y Reynos se ha expérimeutado. Todos los que 
caminaren par caminos andados y sendereados, iran mas seguros. 
Eu Portugal, se a Uevado esta gente par sandas incognitas no pla- 
tJcadas de ningunas Reynos y Provincias y an recibido Judios y 
herejes expulsos, porque los an reducido habilitandolos para los 
officios y mezelannolos consigo. Prudencia sera caminar par las 
huellas de olros Reynos y no par la aspereza que asta ay se a 
caminado y tan caro a costado. Dicen que aunque ay leyes que 
prohibeu a los de la nacion tener officios, no se practican. antes ocupan 
muchos y sin embargo no se reducen, que la naturaleza de los Judios 
es tan mala que conviene uo Uevarlos par bien, que en tierapo de 
tautos herejes, séria desconsuelo para los buenos christianos verlos 
premiar, y que habilitandolos, se mezclaran con los nobles y los 
inficionaran y destruîran la nobleza del Reyno. A esto se responde 
que si los que defîenden estas leyes, alegan en su favor que no se 
guardan,dana entender que do sou juslas, porque los que lo sou deben 
guardar^e, que séria gran vituperio de una Répûblica decir de si 
misma que, teniendo leyes justas, no las guarda, y ansi no solo 
deben admiiir a los officios los de la nacion que lo merecen, como 
dicen que se liace ay, sino que esta admission sea sin nota ni afï'renta. 
La ley que los in habilita, losesta siempre affrentando, aunquando re- 
ciben las honras,y si estas se dan sin embargo de la ley, de que sirbe 
conservarla, ni ratificarla de nuevo, sino de que no les entren en pro- 
vecho las lionras a los que las recibeny produzcan los eflectos que se 
dessean y que produxeran si se administraran como deben. 

Decir que no se an de llevar par bien los de la nacion, ni esperar su 
conversion, es limitar la mano de Dios y cerrar los ajos à los sucessos 
que se an experimentado en tantos Reynos, como se an conver- 
tido con los medios propuestos, la tristeza que causera a los nobles 
la revocaciou de las leyes en este tiempo no debe impedirla, porque 
revocando las leyes, no se dan luego los oficios a los Judios y Vues- 
tra Majestad es quien a de premiar a losque lo merecen y siempre 
preferira la virtud y merilos que se acompanaren con mas antigua 
christiandady nobleza y esto mcsmo los obligera a que con mas fer- 
vorydeterminacion abracen nuestra sanla fece.De présente noselesda 
nada a los de la nacion, sino que tan solamente se les quita un impedi- 
meuto que asta ahora les a estaorbado el progresso de su conver- 
sion y se tiene por cierto que desde el dia que Vuestra Majestad exe- 
qulase esta resolucion, comenzara a tener eslos vasallos por suyos, 
porque asta ahora mas parece, erano tenerlos, pues no podian servir 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aVuestra Majestad, como tienen la obligacion. Si les esta mal a los 
nobles mezclarse con ellos par casamientos, su libertad se les queda 
para no casarse y la misma tenian anles para hacerlo, que el matri- 
monio no se irrita par la diferencia de la sangre, y quantas convi- 
niencias traigan consigo eslos casamientos para el intento principal 
de la religion, queda pooderado en el Diimero once. 

14° Y por las mismas razones, debia ser excluido de todo Irato y 
comercio, pero quaudo atlento al eslado présente no pueda ser gene- 
ralmeule excluida dei, a lo menos la sea de lo que loca a las renias 
reaies, respeclo de los quales es mayor el perjuicio, assi de la Gorona 
como de los pueblos 3^ vasallos de Vuestra Majestad y que podrian 
estas rentas reaies encabezarse en los pueblos como las sisas y con 
esto se mejoraria todo y cesarian los sobredichos danos. 

Todo lo que conliene este punto loca al gouieruo polîtico y minis- 
tros que Iralan de la administracion de la Real Hacienda de Vuestra 
Majestad, a quien se podra corne ser el cuidado de sus couviniencias 
como maleria propria de los Prelados que las propouen y ansi no es 
necessario disputar sobre ella para el intento principal de que se 
trata, si bien se offrecen en ella muchas de las consideraciones que 
quedan ponderadas, ansi porquetodas vienen a redundar enmayores 
disfaveros y desereditos de esta pobre gente, como porque la materia 
tocante al comercio debe ser comun a todos conforme al derecho 
nalural y de las gentes. Y en esto pudieran no embarazarse los Pre- 
lados por no ser cosa de su profesiou, sino de los ministros que 
Vuestra Majestad liene deputados para esto. 

En Madrid a primero de heuero de 1633. 



LES JUIFS DE PERSE 

AU WIV ET AU XVIir SIÈCLE 

D'APRÈS LES CHRONIQUES POÉTIQUES 
DE BABAÏ B. LOUTF ET DE BABAl' B. FARHAD 

(suite/) 



I 

LIVRE DE LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE 

DE BABAÏ B. LOUTF KACHANI 



I. Le chapitre introdiictif contient, en vingt-trois distiques, Téloge de 
Dieu. Il manque totalement dans P ; L n'en a conservé que les six der- 
niers distiques. Les vers iO et M sont les suivants : « Dieu de l'Univers, 
des hommes et des animaux, Dieu des fourmis et des serpents, des Djinns 
et des démons, même les mécréants, les chrétiens et les Indous le re- 
cherchent d'un zèle ininterrompu * ». 

IL A la gloire cl à la louange du prince des prophètes, du trésor de la 
relif/ion, du rossignol dans le jardin de la piété, du père des sages et 
du chef des prophètes^, de notre maître Moise, paix sur lui! '* 

A 1 6, L 4 a (dans Pie chap. manque). 43 distiques dans L; le v. 37 
manque dans A. 

1. Voir plus haut, p. 121. 

2. 'ï^T'ii pT nNTOT m?2 "«N^iD i^i^m mNi ûb^y ■'N'in^ 
-iDïiDT ^n TN N-i-iN nriri. 'j"'73r: ^3m ndip np nst* idnid nsN 

Le dernier mot n'est pas clair. Peut-être faut-il lire : *73"^TD. 

3. Ces deux épithètes en hébreu : Û'^N"*3:b U5N"!") D''72Dnb 3N. 

4. Dans A l'abréviation rîJnT: [= DlbOH T^b:' nD"'2n HUJTO) est encore suivie de 
cette autre : 72"ID' 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le chapitre est consacré surtout aux prodiges deMoïse. « Où y a-t-il 
un prophète comme Moïse, s'il est vrai que le (îuèbre et Tincrédule, l'In- 
dou et le Chrétien sont les témoins de sa gloire? » (v. 2-3) <( Nul pro- 
phète comme Moïse n'est jamais venu au monde, et jamais il n'y en 
aura un autre comme lui » (v. 29 '). 

III. Abi'dhdm notrr prie {paix à lui!) reconnaît le Créalear à Vâge de trois 
ans^; il brise les idoles de Nemrod ; on le jette dans le feu, et le feu 
se transforme sur lui en roses et en fleurs. 

A 3a, L 2rt, P ia. 155 distiques dans L; les distiques 84-115 manquent 
dans A, qui a, par contre, entre 20 et 21, un vers qui ne se trouve pas 
dans L. 

Le chapitre contient les célèbres légendes dont Aliraham est le héros, 
en partie sous la forme qu'elles ont revêtue chez les Mahométans. L'au- 
teur raconte surtout avec détail (gomment Abraham mit en pièces les 
idoles, comment il fut ensuite précipité par Nemrod dans un four construit 
artiticiellement sur la proposition de Satan, et comment il fut sauvé par 
l'intervention de l'ange Gabriel. A la fin du récit rappelant qu'à la suite du 
miracle survenu à Abraham beaucoup de mécréants devinrent croyants 
est rattachée une exhortation à la foi : « Tu as vu des milliers de mi- 
racles du fils d'imran, et pourtant tu n'as professé aucune foi » ^ fv. 152 ; 
121 dans A). 

IV. De la cause pour laquelle ce livre fut composé''. De la cause des 

épreuves du temps et du niallieur de la reli(/io7i d'Israël. 

A 6a, L 5qt. 35 distiques. 

En l'an 5416 de la création fut prononcé un édit suprême de persécu- 
tion'. Ainsi commence ce chapitre, qui forme la véritable introduction de 
l'ouvrage. La persécution des Juifs de Perse qu'il rappelle dans ce vers 
engagea Babaï à faire des souffrances de ses coreligionnaires persans le 
sujet d'un récit suivi. C'est d'abord à Fauteur de cet édit, Schah Abbas II, 
qu'il consacre quelques vers, où il dépeint sa grande puissance. Puis il 
expose que les Juifs, disséminés dans tous les pays, ont, à chaque généra- 
tion, toujours éprouvé un nouveau << (ialout* ». C'est ainsi qu'au temps 
de Schah Abbas II parut l'édit qui ordonnait à tous les Juifs de son em- 
pire d'accepter l'Islam. Ils y furent contraints par la force ; mais l'or 
servit aussi de moyen de conversion. La ïora et la prière furent abo- 

.1. nrT "713 iriNDi o'd ii2i<-^^ i^tû^-'d ^^noi?2 r^^'DH ûb^ya.^ 

2. Manque dans A. 

4. 2J<PD ']''{< g6d D30 "n- Cette première partie du titre maii([ue dans A. 

o. n-i^u ^btiv ■^^■' i?j uS T^nn n-i^ir- ma:' i^nn b^on. 

(NINT = aram. Nin = liéljr. mn » • 

T T 



LES JUIFS DE PEKSE AU XVIl^ ET AU XVlir SIÈCLE 267 

lies'. Le poète dépeint ensuite sa propre douleur et le désespoir provo- 
qué par le mallieur qui atteignit la Loi de Moïse. La pensée de ses en- 
fants le détourna du suicide. In moment il songea à s'enfuir à Bagdad % 
mais il n'eut pas le courage de ([uiltei' ivachan, sa |)atrie. Comme il se 
tourmentait chaque nuit sur sa situation, son c(eur lui inspira une fois la 
pensée soudaine de mettre en vei's les événements de cette époque ', 
<( a(in que (juiconque lir-a ce rouleau soit consterné à cause de la tin et 
du commencement* ». « Quand j'entendis cette invitation de mon cœur, 
je devins joyeux, et en un clin d'œil je fus délivré des liens du chagrin. 
Mais d'ahord je composai le récit de ce qui s'est passé sous Schah Ahbas I""", 
me [)rocurant ainsi de la satisfaction à moi-même. » Cette introduction se 
termine par un apjicl à l'assistance divine. 

V, Jircit (les Jours passés, dti temps de Schah Abbas /•'', et comment les 
Juifs d'fspahan furent convertis au mafiomélisme ^ . 

A la, L56; le v. 24 manque dans A. 

L'époque de Schah Abbas P'', (ju'on appelait le Juste (« 'àdil »), fut une 
époque de paix, où »( les loups altérés de sang étaient comme des amis avec 
les moutons ». Au pied de son trône vivaient en bonne intelligence « le 
(iuèbre et le mécréant, le Chrétien et le Juif, le Franc et l'Arménien, le 
Géorgien et les autres étrangers^ ». Il bâtit des villes, « afin que son bon- 
heur et son trône fussent élevés ». La communauté juive put également 
jouir de sa protection. Les Juifs d'ispahan étaient particulièrement pros- 
pères; mais la discorde et la haine régnaient parmi eux. Ce fut ce qui causa 
leur malheur, quand ils choisirent pour chef un homme scélérat, nommé 
Siman-Tob b. David. Il faut dire tout d'abord que le Schah avait fait don 
des impôts des Juifs d'ispahan à sa sœur, princesse très bienveillante et 
juste; mais ce n'étaient pas seulement les Juifs d'ispahnn, c'étaient aussi 
ceux de tout l'empire, des provinces de llràk et du Fàrs, de (iuilan et de 
Demawend, ([ui étaient sous ses ordres « formant ensemble comme un 
berceau d'or*». Les membres notables de la communauté juive d'ispahan 

1. V. 16 : nbcm rr.Mn "^10:73 nr^a. 

2. V. 24 : )3oi2 1^-1:^3 ^rrcio, ûTw\o HD "îPDn -i2d -n3î< n:i ^-^ ûna. 

3. V. 28- : Tuii'oz "lujcsn ^{^. -d mw\ dlddd r;:N7jT in n'orrA toi iS"^3. 

4. V. 29 : nbnm C]nD I-'tn "jwN-i^^n tit^j nb'^:^?^ I^n HjwXdd ODin Nn ro. 

Le terme de « Meguilla » a été choisi par allusion au Livre d'Estliei-, (\m raconte éga- 
lement une persécution des Juifs en Perse. 

0. Le titre est iirécédé des mots : W^bl "1TT3> bi< Ow^. 

6. 1wS-w\DD INbwN-ia^ yV2j l^m-^^ D^^i:iT A\ p-iD tZ^^V^ (liltéralement 
« faire des non-juifs ») s'emi»loie dans, tout l'ouvriiL-^e poui- désigner la conversion à 
rislam. 

7. V. 6, dont les rimes sont formées par les mots hébreux "^na^t et "^nDi. 

8. V. 2o-27 : 5<:i ^-^ DONT n ûbp TwX DN73n fi^nSD 113 iN^wXDO 3^73:» 1^* "3 

n:nN72m ^^b-^:;! onstcT pN-ij^ i:?:inD ^n n-i li^'-^'T'»^^ "'^n 
2n M3N "p-iT "•.TiNin:; pin zhyu ]i< 172N t^t n- ûNi^n* 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui altirèrcnl le niallieur sur elle étaient : Siman-Tob, (lliay^àl ', Zakars a, 
Monsa, Schem-Tob, Yehouda. Tous les six étaient des hommes injustes; 
seul, iMousa était insti'uit^ Zakarya était criblé de dettes, Ghayyàth mal- 
faisant comme un Satan ; Siman-Tob avait trois fils, qui étaient tous bou- 
chers, méchants, «un comme un serpent, deux comme un dragon^ ». 

VI. (ihayydth se prend de ifuerelle potir la première fois avec les /ils de 
Siman-7\ib au sujet de l'abalage de la viande. 

A 86, L 6 6, P 66. 34 distiques ; le v. 7 manque dans A. 

Les fils de Siman-Tob se conduisaient très injustement dans le débit de 
la viande. Une fois, (Ihnyyàt trouva le poids de la viande achetée chez 
eux moindre qu'il ne devait être. Il rebroussa chemin aussitôt et fit au 
boucher des reproches on termes grossiers. L'autre répondit par un coup 
de poing, qui blessa grièvement Ghayyàt et le jeta à terre. Celui-ci jura 
de se venger de Siman-Tob et s'en revint chez lui. Il se plaignit de l'in- 
jure qui lui avait été faite à son fils Schem-Tob et le somma d'adresser 
une plainte écrite contre Siman-Tob à la « Sublime Porte ^ ». Schem-Tob 
croyait qu'un aide lui était nécessaire pour exécuter le projet. L'autre 
proposa Zakarya, qui était pauvre et serait prêt à obéir moyennant fi- 
nance. Zakarya accepta la proposition. 

VII. Schem-7\)h et Zakarya se rendent à la Sublime-Porte et écrivent 
une plainte contre Siman-Tob . 

A 9 6, L 7fl, P 7 6. — 78 distiques. 

Dans la plainte que Schem-Tob et Zakarya adressèrent à la Sublime- 
Porte, ils accusèrent Siman-Tob de leur avoir pris de l'argent, soi-disant 
pour entourer le cimetière d'une clôture*, alors qu'on ne voyait rien du 
tout en fait de clôture. Une autre plainte se rapportait à la tombe de 
Sérah bat Ascher ^ La narration est interrompue ici par l'épisode sui- 
vant de la vie de Schah Abbas V^\ 

Ce prince alla un jour à la chasse avec ses émirs et ses Khans, et ils 
prirent beaucoup de gibier. Arrivés à la tombe de Sérah bat Ascher, ils 
virent une gazelle d'une taille inaccoutumée, qui tantôt était visible, et 
tantôt se dissimulait. Le schah ordonna de la prendre vivante ; mais elle 
disparut, rapide comme le vent. Le schah se rendit alors à pied jusqu'au 
mausolée de la sainte '^. 11 y vit un vieillard, .luif pauvre de Chiraz, qui 

1. L. nacy, A DN-i;;. 

2. A ûbj'^a. A la place de ce mot L donne pour la rime l'hébi-eu obli, 

3. V. 34 : -l'TTN \^^ ^n^ mn -iw\73 "iii ^:d"« m^nn no^n "în 3Mi:p pT3. 

4. ^DNp "^hy ^L 'p "I5N3').— ""D^p est le turc IDNp (.kapou). 

o. V. 7 : inNon iNnon^p ninn nTXO riD. 

6. V. Revue, t. XLIV, p. 252, n. 3. 

7. Comp. Revue des Écoles de V Alliance israélite universelle, p. 341. 

8. V. 19 et plus loin : '^a'^S, littéralement « matrone », ou quelque chose comme 
« madone ». La Vierge s'appelle D'HITS "'S'^D (Joljnson, 264 c). 



LES JllFS UE FEKSK Al XVIF ET AU XVlll^ SIECLE 209 

avait été autrefois orfèvre et a qui on avait conlié la surveillance du saint 
lieu. Invité à livrer la gazelle qui s'y était réfugiée, le vieillard déclare 
quil n'a pas vu de gazelle. Puis, sur la demande du scliali, il le l'enseigne 
sur ce tombeau connu comme lieu de pèlerinage *. Le schali se fait recon- 
naître du vieillard et se fait conduire par lui à Tintérieur du tombeau. 
Mais à peine Ta-t-il aperçu que la crainte le saisit ; il s'empresse de re- 
monter à cheval et retourne en toute hàle à la ville. Il ordonne aux chefs 
des Juifs de se réunir le lendemain matin. C'étaient : Siman-Tob, Nacir, 
Salomon, Xican, Molla Abou Mardocliée ', Khoudàdàd, Mousaï 'Attar, Sou- 
leïman. Us se placèrent sur une place publique ^ où le schah devait passer. 
Quand ils laperçurent, ils le saluèrent de leurs souhaits de bonheur. Il 
leur dit quils pouvaient être sans peur, qu'il voulait éloigner d'eux toute 
oppression et qu'il déchirerait le bonnet d'Aboul-Hassan \ Il leur permit 
d'envoyer partout des messagei's et de quêter de l'argent pour le tombeau 
de Sérah bat Ascher comme lieu de pèlerinage; mais il les invita à obser- 
ver le lundi suivant un jeune général, à se rendre au tombeau delà sainte 
et à prier pour lui. La communauté juive réalisa le désir du schah. Le 
lundi suivant, ils jeûnèrent tous, grands et ])etits, se portèrent sur le 
tombeau de Sérah bat Ascher et prièrent pour le schah. Celui-ci témoigna 
alors à la communauté sa fa\eur et lui olîVit un repas. Il supprima le 
bonnet d'Aboul-Hassan et autorisa la libre pratique de la i-eligion de 
Mo'ise \ Il suivit le chemin de la loi et combla les vœux des Juifs*. Ici se 
termine l'épisode, et c'est maintenant (v. 70) le til de la narration qui 
reprend. 

Dans la plainte de Schem-ïob et de Zakarya, Siman-Tob était accusé de 
s'être approprié une grande pai'tie des dons offerts dans toutes les pro- 
vinces pour le tombeau de Sérah bat Ascher. Ils lui faisaient grief aussi 
de se laisser corrompre par ceux qui imploraient son secours et de les 
traiter cruellement. 

VIII. Le vizir Xuivirab'' se rend avec les notables des Juifs à la Sublime - 
Porte, en fait partir Sclieni-Tob,et Zakarya et fait la paix entre eux et 
Siinan-l'ob. 

A [ïb,LSb,V9b. —2'ô distiques . 
Le schah avait un vizir nommé Emir Mouhammed Kàsim. Celui-ci 

1. V. 27 : Dbiy73 n^TOfi p-^\Nb5 -in i-^n ina 011:^73 ^\f i^n -mn rrj n-i.s^T- 

2. V. U : "13 "^DTlTa Nb^72^• 13 suit le nom à cause de la rime. 

o. V. i.j : -iNSbi:» 07J'»:; n^Dn m A: -i^^Dbi). C'est s-ins doute le nom d'un fau- 
bourg d'Ispalian. 

4. V. oi ; 173 Dm ""Tj Ni pn bn n^bD. Allusion à Tédit , (lui sera mentionné 
plus tard (chap. xlv-li/, ordonnant déporter un bonnet détermina, 

'6. V. 63. Le schah prête le serment (juc voici : 

-!rîî<T3 ND^:: Dnn73 g->^n?d3 nrN ûn^; "in iJ^np-iâ tî< n^biD. 
6. V. 67 : biï^n nb?:^ ^-iiy l^^z•p•^2 "n^n bi ne HwND ';n po"^ n^n rî-13. 

A la place <lc pO"^ turc : « yaçak ») A donne priil^. qui n'a aucun sens. 
~. SNI- TTI- V. ^ilus bas la note du ch. x, v. 41. 



270 HKVUE DES ETUDES JUIVES 

manda les notables des Juifs et leur représenta forlement le péril qui 
menaçait tous les Juifs, si les deux accusateurs faisaient parvenir leur 
plainte à la Sublime-Porte. On devait les empècber d'exécuter leur plan. 
11 tit venir ensuite un ancien Juif, nommé Yahya, qui était des plus 
intelligents. Accompagné par lui, le vizir se rendit à la Sublime-Porte, et 
ils dirent aux deux accusateuis de renoncer à leur projet. 

IX. Scliem-Tob et Zakarya sont emmenés loin de la Sublime-Porte, et les 
notables font la paix entre eux et Siman-Tob . 

A 12a, L 9rt. — 50 distiques; le v. 15 manque dans A. 

A peine l'émir et son compagnon étaient-ils parvenus à décider les 
deux accusateurs à quitter la Sublime-Porte, que Siman-Tob s'y rendit en 
personne et déposa une plainte où il accusait les Juifs de désobéissance 
vis-à-vis de lui, leur chef suprême. L'émir et Yahya regagnèrent alors la 
Sublime-Porte, et ils réussirent à détourner Siman-Tob de son funeste 
dessein. Il tit mieux encore, et, sur leur conseil, offrit un repas auquel 
tous les notables de la communauté, amis et ennemis, furent invités. 
Même Ghayyàt ^ était au nombre des convives, mais il se tint à l'écart. 
Malheureusement, Mousa Attàr, homme satanique, s'approcha de Ghayyàt, 
et lui adressa ces dures paroles : « Si tu convoites encore une fois la 
dignité de chef suprême, tu signes toi-même ton arrêt de mort '. v) C'est 
ainsi que la haine éclata de nouveau entre Siman-Tob et Ghayyàt. 

X. Siman-Tob entre en lutte pour la troisième fois '' avec la communauté. 
Celle-ci se rend au Jardin au lait ^ et se présente devant le schah. 

A 13 6, L 10 6, P 116. —45 distiques. 

Siman-Tob, avec sa nouvelle accusation contre Ghayyàt, alla d'abord 
trouver l'émir. Puis il tit venir le samedi suivant Ghayyàt et Mousa à la 
synagogue, et une violente querelle éclata entre eux. Alors quarante 
membres de la communauté se réunirent, se liguèrent contre Siman-Tob 
et résolurent de porter, en ce même sabbat, leur plainte devant le schah. 
Ils prirent un rouleau de la Loi* avec eux, et se rendirent au Jardin 



1. V. 10 : '^nN?3T::7Û- 

2. xVinsi qu'il ressort de la suite, celui-ci, qui était d'ailleurs le yendre de Siman- 
Tob, était le rival de ce dernier pour la dignité de chef suprême de la communauté 
juive. 

3. V. 36 : ^0-^13 ^^,^12 "'■JD IID PD^n '^D-'i^n ^TND 0"nrî ^y^l -i:JN. 

4. La premièie fois à propos de ce (jui est raconté aux cliai). vi-vii ; la seconde fois 
à l'occasion de la plainte écrite dont il est question dans le ch. ix. 

y. flTOND :*ND. — in70t<ll) est une boisson rafraîchissante des gens d'ispahan, pré- 
parée avec du lait doux et aigre (Vullers, II, 7836); ^73î(S :iN3 est donc un jardin 
public d'ispahan dénommé d'après cette boisson, et situé, d'après la suite, dans le 
voisinage du i>alais royal. Voir une autre explication dans la Revue, t. XLIV, 
p. 94, 11.5. 

6. V. 12 : -IDO ^^^ (A : -iBlS). 



LES JUIFS DE PERSE AU XVIP ET AU \V111« SIÈCLE 271 

au lait, dans le voisinage du palais 103 al. Au nionienl où le cortège s'ai)- 
pruchait, le schali regardait justement au dehors ; il envoya Isl'eiuliar- 
lU'g, poui" s'informer de ce (|iu' voulaient ces gens, lis lui firent cofinailre 
lem- dessein, et ([uand le schali l'eut appris, il les lit venii- devant lui. Il les 
accueillit en leur deniandant avec étonneuient p<)ur(iuoi eux, (les.Iuil's, 
avaient nuirché le sal)])at en pleine campagne '. ils commencèrent alors 
tous à crier et à exposeï* leurs |)lainles. Mais le schah les invita a confier 
ce soin à l'un d'entre eux. Schem-ïob et Zakarya s'avancèrent alois et 
accusèrent Siman-Tob de tyranniser la communauté par cupidité, et 
notamment de lever des droits injustes sur les tombeaux et sur les cime- 
tières. La réponse du schah l'ut qu'ils eussent à se présenter de nouveau 
le jour suivant à la porte du palais. (Juand ils revinrent le lendemain, ils 
reçurent Tordre d'adresser d'abord leiu' plainte au trésorier^; au cas où 
celui-ci ne voudrait pas les assister, le schah se chargerait lui-même de 
leur affaire. 

XI. Los (/iKiraiili'-^ se rctiilrnl an diirtni il 11 Xturauih '* ])our porh'r plainle ; 
h' Xaivicdb ordonne d'e.iaminer les comptes de Siman-Toh. 
A loa, L Ii«, P Kia. — 41 distiques. 

Le Nawwab écouta les plaintes élevées contre Siman-Tob, mais se 
refusa à le reconnaître coupable, il envoya même ses gens dans le quar- 
tier juif*, pour protéger Siman-Tob contre la fureur de ses ennemis. Les 
accusateurs se rendirent alors devant le palais royal. Justement le schah 
se trouvait au bain et était de bonne humeur, quand le tumulte vint à 
ses oreilles. Quand il en eut entendu la cause, il ordonna d'amener 
devant lui Siman-Tob enchaîné. L'émir (Nawwab) Mouhammed Kàsim, 
qui devait exécuter cet ordre, fit venir Siman-Tob et lui reprocha de les 
avoir précipités tous deux à la ruine. Siman-Tob répondit : J'ai un livi-c 
dans lequel un magicien écrit chaque compte®. L'émir ordonna à Siman- 
Tob d'apporter le livre magique et ils se rendirent tous deux avec ce 
livre auprès du schah. 

1. V. 25 : Ninirn i^ii'd -ido rfnrwN ni m^r,-^ dit: -«-i^D ïin'ô) Nnëin. 
•2. V. 41 : ';wNn^i-i mi -iNT b"^inn ^12 ';î<-n--' zfizi ^^n. 

Dans 1<^ Taliwil-cl;\r (d'après Johoson : cast-keeper, treasurer) il faut voir, d'après la 
suite, lèmir Moulianimed Kàsiin désigné plus Iiaut comme NawwAb (cliap. vni), ({u\ 
avait la gestion des impôts versés par les Juifs. 

3. L : 103 bni- Au lieu de bniC, A donne, par une inadvertance du copiste, les 
mots riDIsb p'^'TlS. solution de l'abréviation Si, qu'il aura lue, au lieu de b'^i 
(=bni,v. 40). Au lieu de ne:, A lit iNsn- 

4. V. note 2. 

o. V. 11 : -jN^-iNDl?: ^niiD- 

6. V. ;i;] : ^nNon nn nD"»!: n:i i^iN^^ hd ^nwxnD '^■' dij^t 2ro 172^0 nô'jin 

Comme il ressort de ce (jui suit, Siman-Tob veut dire par la (|u'il préviendrait, au 
moyen d'un livre magique qui se trouvait en sa possession, tout examen de ses 
comptes, car il accuserait les Juifs de magie grâce à ce livre, et se convertirait lui- 
même à l'Islam. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XII. Sinian-Tob arr'we devant le scliah et fait entre ses mains profession 
d'islamisme. La colère du schak se retourne contre ta communauté '. 

A 166, L lia, P 14 «. — 49 distiques. 

Le livre magique dans la main, Siman-Tob prononça devant le schah 
les paroles suivantes : Ayant vu qu'ils usaient tous de magie contre le 
schah, je leur ai enlevé ce livre; ce l'ut comnie si je leur avais enlevé 
l'àme ^ Il reprit : Si j'ai été jusqu'à présent un mécréant, je veux devenir 
maintenant Musulman de ta main. J'ai aussi trois fils excellents; fais-en 
des croyants en même temps que moi. Le schah entendit cette déclaration 
avec plaisii'. 11 donna à Siman-Tob le nom de Moùmin, et reçut sa pro- 
fession de foi et celle de ses fils. Ensuite il fit venir les Juifs, et ordonna 
d'amener des chiens sanguinaires ^ Ce fut d'abord le pieux Molla Abba 
qu'on traîna devant le schah et qu'on somma de se convertir à l'Islam. 
Le Molla lépondit : Même si vous nous tuez par Fépée, nous ne serons 
pas infidèles à notre foi ^. Le schah, courrouce'', le fit enchaîner et jeter 
devant l'un des chiens. Mais le chien, l'ayant flairé, se tint éloigné de lui. 
Siman-Tob remarqua alors que le Molla était enveloppé dans le manteau 
de cicii ^, et il conseilla au schah de le jeter au chien tout nu. C'est ce qui 
fut fait, et le Molla, mis en pièces par le chien, i-endit Fàme. — Ensuite 
le schah mit en demeure Mousaï 'Attàr de renoncer à sa foi. Celui-ci, sy 
étant refusé, fut également jeté aux chiens, et, sur l'ordre du schah, 
mis au tombeau encore vivant. Le troisième qui reçut la même som- 
mation était Molla Salomon. Celui-ci demanda un délai, et se déclara 
prêt à livrerions les livres qui se trouveraient dans sa famille. 11 jura, 
en outre, qu'il était innocent du crime de magie, dont Siman-Tob avait 
accusé les Juifs. On envoya alors des portefaix qui appoi'tèrent tous les 
livres des Juifs d'Ispahan sur la place publique (Me'ïdàn), et les jetèrent 
en un tas : Bibles, livres de prières, Mischna, Guemara, Psaumes, Schoul- 
han Aroukh ^ 

1. L. ajoute : « et deux (de ses memljres) sont jetés aux cliiens ». 

■1. V. 6-7 : "i-iN^ i3inD "^70 rîN^ ''NU 13NT3 i3iST 'jt^c nb7:n^ an^na 

3. V, 15 : -iND "'^^"IN 1(^:^0, littéralement : « cliiens mangeurs d'iiommes »; plus 
bas (v. 28) : *iNb "{"ib "^Nn^D, « des chiens maniieurs de san;.;- ». 

4. V. 19-20 : -nÏD "j-^IT tD^l"l^ ^?^: -l^'w72'C 21T TN T^'IÎID f^nt^TO ISN 

:\. V. 24 : non'Ti^DnD n"'ir-«i: nî< r^:D. 
0. V. 4:i-4b : û^N^nsi min in-niN^D. 

!S"iNn .^Nn) "jnb-iu: -nroiT û^b-»-n NnT^rn r!:\D?3T -m^D n?^-. 

Telle est la leçon de A (sans qu'il porte N:^''7J au lieu de r;-'^73;- &<nî<l est l'équi- 
valent araméen de l'hébreu "-m (voir ci-dessus, p. 266, n. 6). Dans A le dernier hémis- 
tiche est ainsi conçu: N^T5>"1 mo 'n^">n a^mn. 



LUS JUIFS DE l'EKSE AU XVII* ET AU XYIIT SIECLE 2i:\ 

XIII. Srh'ih Abbas fait de (furlqucs Juifs (V Ispahan des Musulmans. 
A 17^, L I3^<, P r.')/>. — 71 (lisli(|uos. 

Si'liali Ajtbas fil venir tous les Juifs (rispalian ot leur tinl un disconis 
dans lc(inel il Umii- dit ({uc dans la Toi'a Dieu a écrit ([u'après l'appa- 
lition de Mahoinel les Juifs se livrent à sa religion '. « Vous devez 
donc devenir tous Musulmans. Si vous en laites |)i'ofession, vous trou- 
verez la félicité déjà sur cette terre; sinon, je vais vous envoyer dans 
Tenfer rejoindre votre Molla. » Aussitôt quelques Juifs, pris de déses- 
poir, déposèrent leur confession de foi dans la main du schah. Celui-ci 
confia ensuite le soin d'accueillir ceux qui se convertiraient à l'Islam 
au vizir et à l'ancien chef Siman-Tob , ([ui portait, maintenant qu'il 
était devenu niusuhnan, le nom de Moûmin'. Tous deux inscrivirent 
les noms de soJxante-ciuinze membres de la communauté juive comme 
embrassant l'Islam. Le lendemain, le schah ordonna de jeter la « Tora » 
à Feau. Les livres enlevés aux Juifs furent apportés à la tête du pont et 
lancés dans le Zindah-Hoùd. Les Juifs reçurent ensuite Tautorisation 
d'enterrer le pieux Molla. Après que ces faits furent arrivés, les nouveaux 
Musulmans durent témoigner de la renonciation à leur ancienne 
croyance en mangeant de la viande avec du lait aigre '. 

A cette époque vivait à Ispahan un scheikh, nommé Héhà-eddîn, qui 
était aimé de tous et jouissait d'une grande considération auprès des 
autorités. Les Juifs allèrent le trouver et lui dirent : scheikh, tu as vu 
ce que le schah a fait; il a mis à mort injustement notre Molla et jeté la 
Tora à l'eau. Le scheikh exprima son horreur pour ces faits et promit 
aux Juifs d'intercédei' pour eux auprès du schah, ([ui devait être son hôte 
le lendemain. Us se i-endirent ensuite chez lémir Mouhanimed Kasim 
et le prièrent d'exposer à la princesse ^ leur situation désespérée et d'im- 
plorer pour eux son secours. — Quand le schah vint chez le scheikh 
Béha-eddin et voulut entendre son conseil sur le projet de faire de tous 
les Juifs des Musulmans, le scheikh lui dit : « (iarde-toi de tourmenter 
les Juifs, car le Prophète a parlé plus d'une fois en leur faveur*. Efforce- 
loi de les amener à l'Islam avec persévérance et avec douceur. D'ailleurs, 
Mo'ise était aussi un envoyé de Dieu, plus grand ([ue tous les prophètes '. 

1. V. :i-4 : Ti3:??3 DOD^isn nN-n-in m siD niTûism mD nba n"i ^?DN7:n 

2. V. 15 : iN»bo?3 nnri ma i?:^d -"n:!: y\ ';n'2\s rn^^ 'Ct^ti ^-irz -i:^^. 

W. V. 22 : pmz) nON73 N3 N"l n;Dl^ "^TSN/ûn- Cet acfr, qui marquait la rupture 
avec k's lois aliuieutaiies des Juifs, est eucoie souvent mentionné ex|iressénienl a pro- 
pos des eonversions qui seront racontées plus lard. 

4. V. 41 : mi^Ii^ "13X2 « maitressc du pays >0- H s.igit de la sœui' du snltdu deià 
mentionnée plus haut (chap. v; . 

li. V. 56 : nn2NbD "^Tia î<-''>3;n :'72^ T -1273^^2 ^">fi<oi7: ma un n:i^n. 

Naturellement le scheikh entend : plus i:rand ((ue tous les Prophètes avant Mahom.it. 
T. Ll, N° 102. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tu ne dois recourir à la violence, pour les convertir a l'Islam, que contre 
les Guèbres, qui n'ont ni religion ni croyances. « Quand le scliah enten- 
dit ces paroles, il renonça à son dessein de convertir les Juifs de force. 
Du scheikli, le schali se rendit chez Téinir, chez lequel il aperçut de 
loin les Juifs. Il dit en plaisantant : « Cette porte est devenue sans doute 
une maison des Juifs '. » Le scluih s'entretint avec l'émir de choses di- 
verses, et la oonversation finit par tomber sur les Juifs. Haussa bien- 
veillance, le schah fit don à l'émir (Nawwab) des redevances des Juifs, et 
l'exempta de l'obligation d'en rendre compte. 

XIV. — Schah Abbas fait présent des Juifs d'fspahan au Naicfrdb. 
Zakarya devient \asi {président). Le Naiowdb teur fait du bien. 

A 19 /^, L 14 6, L 17 6. — 55 distiques. 

Le Nawwàb témoigna aux Juifs sa bienveillance en faisant venir de sa 
terre de grasses brebis qu'il envoya aux Juifs, pour qu'ils préparassent 
un joyeux festin. 11 tit don à Zakarya d'un vêtement d'honneur, orné d'or, 
et le nomma président. Siman-Tob, devenu Musulman, reçut du schah la 
mission de chercher les livres magiques- dans tout l'empire ; à Kachan*, 
Koum, Yezd, Nehawend, Ghiraz, Abarkuh, Demavvend, Ghilan, Kazwin, 
Farah-àbàd, partout il se mit à la recherche àvx Livre des secrets'*, et pro- 
fita de sa mission pour s'enrichir et pour nuire à ses anciens coreligion- 
naires. Mais bientôt le schah se lassa de lui et lui retira sa faveur. Le 
nouveau Nasi, Zakarya, n'eut pas non plus à se réjouir de sa dignité. 11 
fut jeté en prison avec Schem-Tob, parce qu'ils ne remettaient pas suffi- 
samment d'impôts. Zakarya se délivra du cachot de la façon suivante. Une 
nuit, il réveilla les gardiens de la prison en appelant à haute voix. 11 ve- 
nait d'avoir, dit-il, une vision sublime; Mahomet lui était apparu en rêve, 
et avait fait de lui, sur l'ordre de Dieu, un Musulman^. Le lendemain 
matin, il fut amené devant le Nawwàb, qui accueillit avec une grande 
joie celui qui venait de se convertir ainsi à l'islamisme et le traita avec 
distinction. Schem-Tob, qui avait déjà précédeiument essayé en vain de 
recouvrer sa liberté au moyen d'une ruse, suivit l'exemple de Zakarya. 

1. V. 63 : nn *;■»« tn3 «mïT» bN -int *n"03. 

2. V. 9 et 10 : -|no inNnD ; a : no 2Nn:D. Il s'agit des ouvrages cabalistiques 
qiii se trouvaient chez les Juifs et que Siman-Tob avait dénoncés (v. plus haut, 
chap. XI et suiv.). 

:i. Nommé en premier parce que c'est la patrie du poète. 

4. V. 12 : Q-^Tn "150 (A : Q^TÎ^"! 'O). C'est un ouvrage de cabale pratique, con- 
tenant aussi des secrets. V. Benjacob, p. 545 ; Neubauer, Catal. I^odl., n° 1345, .3. 

5. V. 45: ';Nnrn73N TN N-1» i"iD iNT^bo): inpt:» -"N D3NDn -ittiN ^Jznh. 

Au lieu de *l72n)3, qui ne convient pas au mètre, A donne "^by, ce ([ui est sans doute 
le texte primitif, Ali étant plutôt à sa place à propos d'une conversion à la croyance 
cliiite. 



LES JUIFS DE PERSE AU XMI« ET AU XVIIl'^ SIÈCLE 27Î) 

XV. — ffddji Hizd Nlmah, Vaposlat, fait son appavilion ; il acquiert les 
impôts des Juifs de Yezd, d'ispahau et de. K<u:han. Les Juifs d' Ispahan 
discutent avec Jiizd Nlmah- 
A 21 a, L VS b. — 61 distiques. 

Cinq ans après les événcinenls racontés jusqu'ici ' parut un descendant 
d'apostats-, nommé Hàdji Uizà, homme savant et plein de science, et il 
ac(|uit de l'émir les impôts des Juifs d'Ispahan. Ceux-ci furent obligés de 
verser désormais soixante tomans au lieu de la redevance annuelle de 
quarante tomans qu'ils payaient jus([ue là. l'ne époque de lourde oppres- 
sion commença pour les Juifs d'Ispahan, auxquels IlizA faisait payer des 
amendes sous les prétextes les plus divers. A la fin, ils portèrent leurs 
plaintes contre lui devant le Nawwàb (Emir Mouhammed Kàsim), juste au 
moment où Hizà se trouvait chez lui. Sans aucun ménagement, ils acca- 
blèrent, devant l'émir, leur tyran de leurs accusations et lui représen- 
tèrent toutes ses injustices. Rizà dut se retirer tout confus et quitta la 
cour de l'émir rempli de haine contre les Juifs ; « il retourna chez lui, 
semblable à Aman* ». Il trouva bientôt le moyen de causer le malheur 
des Juifs. A Ispahan vivait un homme pieux, MoUa Kohen, « seniblable à 
un prophète pour la conduite et les mœurs ^ ». 11 avait trois femmes, 
mais une seule lui avait donné un fils, appelé Aron, dont la garde incom- 
bait à toutes les trois femmes. Aron devint un jeune homme pieux et 
modeste, que les étrangers estimaient aussi bien que ses proches. C'est 
ce jeune homme que Hàdji Uizà fit venir chez lui en secret, et il lui per- 
suada d'écrire sur une bande de papier une phrase du Livre des Secrets ^. 
Muni de cette preuve, il se rendit chez le schah, qui tenait justement 
sa cour, et était entouré des envoyés des pays étrangers^, et accusa les 
Juifs d'Ispahan de magie publique et secrète, en rappelant (jue le schah 
avait, de son côté, jeté les livres de la Tora à l'eau et converti les Juifs à 
l'islamisme. 

1. Eu 1022, V. cliap. xviii, in init. Les faits racontés ,jus(iu'ici se sont donc passés 
en 1617. 

2. V. 4 : ININ^OI^TD bOD- A lit nT7 au lieu de ":?D2. 

3. V. 39 : iNttNrr nDiNîD \arr:ND m nbnn (A orthoi-Taphic pn). 
i. V. 42 : ^730"n nNi TN ^1^■2 N^nî •;^Dii- 

5. V. 47 : D'iTN"! T "'TID "'D"' (ainsi ponctué dans L; A écrit ÛDî<n3 au lieu de 
D"^TN1, ce qui détruit la rime). C'est le Û'^TH "1^0 mentionné plus haut (chap. xiv, 
V. 12). La bande de papier couverte de mots cabalistiques est appelée au v. 50 : ^"^ 
UND 1";d, au V. 5d : y]i^^ nnb (l)illet niagique, amulette^ au chap. xvu. v. 28 : 

6. V. o3 : ■>:i37T ^1':7^ ujnm ''73inT ^^jIdt iNn^n ^^ib^ r.izr^- 

Les noms des peuples étrangers ainsi énuniéres ne sont pas empruntes tous a la réa- 
lité historique (comme c'est le ras, par exemple, pour les Francs, les ambassadeurs eu- 
ropéens à la cour de Schah Abhas I), mais en partie aux traditions de l'épopée 
persane. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XVI. — Hàdji Rizd Nhnah se rend auprès du sckah Abbas I et calomnie 
les Juifs d'Ispahan. Le schah fait venir les Mollas, et quatre Mollas 
sont mis à mort par le schah. Les Juifs d'Tspahan deviennent Mahomé- 
tans pour la seconde fois. 

A 23 a, L 17 a, P 21 b. — 59 distiques ; le v. 39 manque dans A. 

Irrité au plus haut point par l'accusation de Hàdji Rizà et les autres 
discours des ennemis des Juifs alors présents, le schah fit venir les 
iMollas de la communauté d'Ispahan, afin de les interroger sur la magie 
pour laquelle on les incriminait. 11 y avait alors quatre Mollas à Ispahan, 
qui exerçaient leurs fonctions dans les mariages et les circoncisions*: 
MoUa Yeschoua, MoUa Josué, MoUa Salomon et MoUa Juda. Tout trem- 
blants, ils parurent devant le schah, qui leur présenta l'amulette que lui 
avait remise Hàdji Rizà, et leur dit : « Lisez-moi vite ce billet ; dites-moi 
ce que c'est et d'où il vient. J'ai fait jeter vos livres tous à la fois à l'eau ; 
d'où ce billet est-il donc venu^? » Molla Salomon lut le billet, et dit en 
souriant : « Dieu sait qu'aucun savant n'a écrit ceci. » Le schah reprit : 
« Je vous ai fait Musulmans, j'ai ouvert votre bouche à la confession de 
foi; comment se fait-il que vous soyez revenus sans mon ordre à la loi de 
Moïse? » Le Molla répondit qu'ils avaient reçu du Nàwwàb l'autorisation de 
professer leur ancienne croyance. Le schah l'ayant invité là-dessus à se 
convertir maintenant à l'Islam, le Molla dit : e schah, celui qui est noir 
et hideux ne devient pas blanc même en se lavant beaucoup ^ « Le 
schah, plein de courroux, sursauta ; aussitôt, des cris éclatèrent de tous 
les côtés : <-- schah, quel est ce Nawwàb qui change les Musulmans en 
mécréants ? » Le schah ordonna l'exécution des quatre Mollas. Ils furent 
traînés sur le Meïdàn (place publique), et périrent d'une mort cruelle, le 
Schéma sur les lèvres*. Quant aux Juifs dispahan, ils furent jetés en pri- 
son, et chaque jour, on en amenait quelques-uns sur le Meïdàn, où ils 
étaient torturés et tourmentés. Au bout de six mois, ils finirent par obte- 
nir du capitaine de la ville (hàkim) la faveur que leur affaire fût portée 
devant le schah pour être décidée par lui. 

1. V. 9 : r!b^72 î^D rimnrD mn "jn^^tn Nbi72 n^i iNnNDi: b^ ^mn 

2. V. 17 ets.: nnn N^i TT nori ii± ^Nn-^-^i^n tit p -inn tn pm y^i^ .n^3N53 

3. V. 30 : i^r:JT noi TN "i^dd "iN mn53 "i^"!"! t'^ît riN-'o NrtM^ nsii 
\. V. 41 : nxi r?3n p3!s5 nb -i^t m 3>?:^ nt^T •^■'-int ';-i^n^ nn -jî^u; do*:; 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII*-' ET AU XVIII« SIÈCLE 277 

XVII. — Les Juifs cVIspahan deviennent Mahométam. Aron , le fils de 
Molla Kohen de Yezd *, est mis à mort dans In prison fhi Xciwicàb. 

A 25 a, L 18 h, P 23 a. — 74 distiques. 

Le capitaine de la ville présenta l'affaire an schah et reçut de lui 
l'arrêt suivant. Les Juifs devaient être mis en demeure, tous sans excep- 
tion, d'accepter Tlslam ; ([uiconiiue ne donnerait pas suite à cette som- 
mation serait décapité. Quand la volonté du schah fut communiquée aux 
Juifs, ils furent mortellement affligés; ils se soumirent cependant, et 
chacun d'eux répéta la profession de foi, professant le schiitisme des 
lèvres, le for intérieur plein de doute'. Comme l'un deux, Baliaï Attar, 
s'était refusé à obéir, il reçut des sergents un coup si violent sur le cnlne 
que ses yeux jaillirent au dehors, et il dut finalement, privé de la lu- 
mière du jour, se soumettre à la volonté du schah. En tout, soixante- 
quinze Juifs devinrent Musulmans en ce jour, et leurs noms furent ins- 
crits au Diwan '. 

Le jeune homme qui avait été la cause innocente du mallieur en écri- 
vant l'amulette pour Hàdji Rizà subit le sort suivant. 11 s'était tenu 
caché pendant une semaine dans une solitude. Mais un vendredi, étant 
sorti imprudemment de sa cachette, il fut aperçu par quelqu'un qui le 
connaissait et qui l'accabla de reproches. Aron présenta sa défense et 
juste à ce moment Bahman, serviteur du Nawwàb, passa et fut invité 
par l'autre à emmener Aron \ Il fut conduit en prison, oii le lendemain 
matin on le trouva mort. Les uns disent que Zakarya l'avait fait martyr 
(l'avait tué); d'après d'autres, Bahman aurait été son complice; d'autres 
enfin affirmèrent qu'Aron s'était empoisonné lui-môme. Quand la mort 
d'Aron fut connue, grands et petits le plaignirent. Et lorsque la nou- 
velle en parvint au Navvwâb, il s'écria : « Puisse son sang être vengé au 
jour de la résurrection, et que celui qui l'a fait venir en prison expie 
son crime ! » 

Quant aux Juifs d'Ispahan convertis à l'Islam, ils furent confiés à un 
croyant fidèle, qui devait les conduire chaque jour à la mosquée et leur 
enseigner les devoirs de leur nouvelle religion *. Celui qui n'allait pas à 
la mosquée était puni de la bastonnade. Ils vécurent ainsi dans la con- 
trainte ; ils n'observaient ni les sabbats, ni les fêtes, ni les néoménies, et 



1. L : -^nr^ p: ^-nz ?3"n p pnî<; a : ^nr ps '73 Dm-i?3r: p inrifs. 

2. V. 17 : ^c; TN ne p5<n-i nr^c m "[Ndt i;^ *y n:nD:i "«Torr N", n"iNn;i:. 

De TIV^'O, A fait nm'û. 

3. V. 26 : 1^735073 D"iN ^DDi ^Nnbrî piD 'j.Nrn nî: pD-'iD IN':: ■^TSNDN. 

Le même nombre de conveitis se trouve aussi au cliap xni. 

4. II dénonça Aron comme maji^icien. V. 41 : 

-in'O TN nn^n pTin nnc^ ifi^ins nn'û ■^.snws:;! "nwss norTin 

5. V. 63-64 : n3N73t< ND x^i2^ mTo ^^3 nTQ&^rîi wsn nyî<?3? IN nanniDD 

nTTTi 'J^n^ tn?3D n3NTi7:N"'3 nrin -ir: n:o7j n n &<"i i&<DnN ïiD 



:l'^ REVUE DES ETUDES JUIVES 

du droit chemin, ils étaient tombés dans celui de l'erreur*. Ils passèrent 
sept années au milieu de ces épreuves ; il leur sembla qu'elles duraient 
deux cents ans. Us élevèrent leurs prières vers Dieu en disant : « Dieu, 
tu le sais ; tu nous accorderas la délivrance, car tu le peux. » 

XVIII. — ScJiah Abbas I meurt ^. La reine Zaineb lient caché le mort 
pendant un mois, puis elle révèle la mort aux troupes de la garde du 
sc/iali ^ Le deuil en l'honneur du schah. 

A 27 fl, L 20rt, P 25a. —,82 distiques; dans A les vers 6 et 7 se retrouvent, 
par erreur, deux fois l'un après Fautre. 

Ce chapitre ne contient rien qui se rappoi'te à l'histoire des Juifs. Il 
commence par raconter qu'à la même époque où il fit des Juifs d'Ispahan 
des Mahométans, Abbas I se leva, le cœur joyeux, pour conquérir les pro- 
vinces de Bagdad'. Il espérait poursuivre ses conquêtes jusqu'à Basra, 
quand la mort^ mit im terme à ses plans. Pendant qu'il était couché, 
malade, dans son harem, son état fut caché à l'armée par la première de 
ses épouses, Zaïneb Begoum; quand il fut mort, Zaineb parvint, grâce 
à toutes sortes de ruses et de messages simulés, à tenir secret l'événement 
jusqu'à ce qu'elle eut pris des mesures pour qu'on rendît hommage, dans 
la capitale Ispahan, au petit-fils d'Abbas I, Schah Séfi. 

XIX. Fin du deuil de schah Abbas I. — Les grands metlenl à sa place 

schah Séfl sur le trône. 

. A 296, L 21^, P 27. — 73 distiques. 

Au début du règne de schah Séfi, un Juif d'Abarkouh*, nommé David, 
qui avait été précédemment en relations avec lui, vint à Ispahan saluer 
le souverain récemment intronisé. Les Juifs d'Ispahan l'apprirent et ils 
lui demandèrent de leur obtenir, par ses prières, l'autorisation de pro- 
fesser de nouveau leur ancienne croyance. Ils dirent: Par le fait du pré- 
cédent schah, nous sommes devenus deux fois des Anousim'' ; il y a sept 
ans* maintenant que nous sommes musulmans contre notre gré. Pour la 
dignité de la Tora de Moïse, obtiens que nous puissions revenir à la reli- 



2. "^^^72 ONDi' ^1NU3 "jniUî^TIi n73Nji. Littéralement : « l'aire passer la coupe de- 
vant » ; au cliap. xix, v. 13, l'expression pour « mourir » est •iKn^H r;7ûN^ (« il 
laissa la coupe »), de même au chap, xx, v. 27. 

3. U3N:i bîp, en turc : bonnets rouges. 

4. Abbas I conquit Bagdad en 1G23, dans la seconde année de sa dernière guerre 
contre les Turcs. 

5. Abbas I mourut le 27 janvier 1629, à KazNvin. 

6. V. 8 : "ipnnN, plus exactement mp^l^N, ville de la Perse septentrionale, men- 
tionnée aussi plus baut (cbap. xiv). 

7. V. 14: n"lD"17: N73 ^"^^12 ÎIND nOHn ^DwSHD IN?^^^;^:^ D13N HT^n. 

8. 1622-1629. 



LES JUIFS UE FEKSE AU XVir ET AU XVIU" SIÈCLE 279 

gioii de Moïse. Fais ceci et prends ta récompense de la Schekhina (la. 
gloire divine) ; procure nous la délivrance du danger'. Le lendemain, 
David se rendit avec eux chez son homonyme cl ami, le médecin 
(hakîm) Dawoud '^ et lui lit premlre à cœur la prière des Juifs. IJawoud 
leur conseilla de se rendre le lendemain, en procession solennelle', à la 
«our du schah. Quand les Juifs, suivant ce conseil, se furent appro- 
chés, en cliantant des j)saumes, du palais, et (jue le schah eut demandé 
quels étaient ces gens, David et Dawoud s'avancèrent et dépeignirent la 
situation lamental)le iFes Juifs devenus mahométans de force. Fùix-mèmes 
élevèrent aussi la voix et dirent: schah glorieux, de tout notre cœur 
et de toute notre âme, nous prions en ta faveur, pour que Mousa, le fils 
d'Imràn soit ton gai'dien! Profondément humiliés, nous sommes sans 
religion; pour cette raison on nous maudira, et Ton dira : à Tépoque d'un 
tel schah, ils ont accepté la ruine de leur religion et Terreur. schah de 
l'univers, pour l'amour de Dieu, sois pour nous le prophète Khizr, et 
montre-nous leciiemin ' ». Le sctiah exauça leur requête, leur permit de 
revenir à leur ancienne foi et publia une ordonnance défendant à qui que 
ce fût de leur cherchei- noise. Les Juifs d'ispahan solennisèrent le jour 
pendant lequel ils furent soustraits à l'oppression religieuse comme une 
fête annuelle, qu'ils nommèrent: « Fête de la joyeuse nouvelle^ ». 

XX. Schah Sé/i meurt à Kachan. Les habilanls de Kachan observent 

le deuil pour lui. 

A :Ub, L23r/, P29rt. — 54 distiques. 

Le chapitre commence par un rapide aperçu du règne de schah Séfi, qui 
dura treize ans v. 28^ et raconte ensuite sa mort survenue subitement 
(un mardi, v. 26) à Kachan, ainsi ([ue les manifestations de deuil qui s'y 
produisirent et son enterrement aux environs de Koum. Le quatrième 
jour (un vendredi, v. 40) son fils fut élevé sur le trône. 

\V. Bâcher. 
(A suivre.) 

\. V. 18 : n::DO tn n-in7û nn n^i ^^r^bD nrso tn ntn?: -."^lin n-i *|""t< 1"i:j3. 

2. Prol)abl('meiit iiitdeciii oïdinain^ de S(;liali St'li. 

.'}. V. 3S : •^•^•12 ND J?:;"»23, boui^nes avec du vin (coupes de vin), et de plus (v. 39 : "^^^^ 
Pi^lT^n i,uu roideau de la Loi,. Le \. i2 est : 

n-nm ytz^o-] nai^o nm^ ^u nn7:m m^-sD wN3 T:bm ninêna. 

4. V. o" et ss. : 

nws-i wN7:3 N73:n ^nz ii5 i"iu:3 n^b^ nnn Tw\ V""? "^'^ î*^^^- 

— niD = nii "liez les Musuhnaus, nom du propliéte Elie). 

• i. V. 71 : n"lN'â^3 T^J'. Le jour où tombe la fête d'après le calendrier n'est pas 
Indiqué. 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISRAELITES DE METZ 

SITUÉS PRÈS L\ PORTE CHAMRIKRE 



Deux pierres, placées sur deux parcelles de terrain hors de la 
Porte Chambière, des deux côtés de la route allant à lîle Cham- 
bière, rappelaient, naguère encore, par leur inscription « Respect 
aux morts », que ces prés, bordés d'un modeste grillage, étaient 
un ancien cimetière. Aucune autre trace n'était visible, aucune 
pierre tombale n'indiquait le caractère sacré de Tendroit. Et cepen- 
dant, tout le monde savait que c'était le champ de repos dans 
lequel étaient ensevelis les ancêtres de la communauté Israélite de 
Metz. Les gens âgés croient même connaître le lieu de sépulture 
d'une des plus grandes illustrations de lancien Metz, Rabbi Lion 
Asser (mort en 1785, selon le Mémorial' de Metz), personnage bien 
connu sous le nom même de son ouvrage u Schaagass Arié ». 

1. Le nom de ce savant, nommé grand -rabbin à Metz en 1766, est entouré d'une 
certaine auréole; c'est pourquoi nous tenons à reproduire in e.rfenso la notice du 
Mémorial qui le concerne : 

3-in p 'i-iN "i"mr;7a n^^un n-^by ^3372 nn .N'y'-« t^o^np Nbnp ï-id 
T-Dy-i T^on- 'Tî rrn'b'iT'T "iuîwN m3t:r: v^^ri^" mb^ûb-^a n^cn- ^-nsn 
"""nu -;^Di '^"iN n:iN':: ".anT^rr byn .£3"''ijnp d^ bnpn nmn y^nnn 
1P3173N nn-nn .tzi^ib:; Dr; ib -inDDi nb53 .rr-nn mn bD3 ^p^ .pN 
r<SD br ru:i"« n^o ts^nujj» ^nrb '-rn .>*:7jip N-n a^Nsn?: nns 
r-iDbn n2Uî73i t^npTo n^:n t<b ,s^nrr -ipiri -^ro .ï-in^rrr r,z i:^Db7:?3 
an nb nmin m:ipm -imm -iso Dnpn ■'i-ro .t^nsoim nDOi j^hïdo 
mN-inb nsrn j^bi .in^bn "ji^^:: '^n nbapn tnjz^r^ m^x .D"^m^i t2"^ib:j 
irNnu: t^"D ly û^^unpr: sm?3':: ^"r ^rbiyc sio bircb i73i:y nx 
HT!^ nn&< r-T::Nb inm^To ^■cjipi rn-iiron -^"y jnn : r''73p n^ru: î-id 
qD"^m nmî^ m^Dib ndti t=i;:îb nbiD^n '^n r<bT .riDiann rn.x pN 
,r!73D i-rrr^n p ^nnj< &at nsuab yin pN imwX boD y7:prT nnbnu:D 
ibib-^n mnD ^cobi ainsb b::!"^ ^^b oi72bip tzs^Toa^ bs toNi ..ta"^D^ 



LKS ANCIENS CIMKTIÈRKS ISRAKMTKS l)K MKTZ 281 

Suivaiil une tradition locale, la tombe de cet homme saint et 
illustre doit se trouver tout près de l'arbre qu'on voit actuellement 
à l'endroit où lut l'entrée du cimetière. 

C'est sans doute du 7 février 1619 que date l'établissement de 
la plus grande partie de ces cimetières attenant à la Porte Cham- 
bière, suivant un document qui se trouve reproduit déjà dans 

nb^Dnm tziiiin .td t-\i-^y iujn"i \^y i-^b-^rm m"^b:j3 r)-ji^'73 nts^bn 
inspT n3?bT i-^b^Dnm ^^b::^ n::iy72 '^n r-rn:?:) n^b G:» .i72n "«piujnm 
^n»J22 rT>n t>::î<d ^npr: imT- -^idot o"'::r^ bD z"y^ iTob mns ^:io '"«n 
nnirmn in73'iJ2 m^-iDi n^^}:-» tanp nnN inb^bi .c>in\-iD Nr^^ i-'r:' 
iNi: p'vDbn r-TTn -i731n '"^n ^di .rr'n'b'::': -«-iwNn ^nnDn idi:\ !-i{< nn^o 
ï^i:-» in-in?D tiai^b rT>y^n-ir: !n3>':;n cmpn qi:i3 •i:'>n Hdnt tisw?:^ 
c::i bNnuî^ rn^2 sz^' bD b:^ ';"^:\"« imDT ,r<nbn?3 >in"^;3 bn'j:?:^ in?:"ûD 
ar r-i"32::n r-iT "nD'jn .^wSnMJ"' ^3 an^nN iinDb npii: isn: V33 

■i"a 'n ûT^D .tzibiy n: nnDji !="^p"i:i?3n nnw>5 ts^bwSiwX a"^pbN -jinN 
nan nt^dotis iddd '^m .pcb r;"?3pn '^bTo '""bT^ t^n'vD \sm titsp •i:inb 

Que Dieu se souvienne de l'àme de notre niaîti'e, le pieux et illustre rabbin, chef 
d'académie, véritable Gaon, (lui séjournait pai'nii les saints troupeaux ici, dans noti-e 
sainte communauté, de l'être supérieur, le défunt labbin Arié, lils du grand et pieux 
ral)bin Asser, de généalogie illustre. 11 était pieux et humble et répandit l'instruction 
au milieu d'une sainte communauté. Il est l'auteur du Schaagaf Arié et de l'ouvrage 
Toiu'è Ehen. Il fut érudit dans toutes les parties de la Tora ; il n'y avait point de 
mystères pour lui. La Tora fut sa profession, tel un des Tannaïm de la première gé- 
nération. Pendant vingt ans il occupa le trône de la Tora, ici dans notre ville. C'était 
un second Sinai : sa dialectique renversait dos montagnes. Il ne négligea ni la Bible 
ni la Mischna, ni la Halacha, ni le Sifra, ni le Sifré, ni la Tosefta. Les livres saints, 
comme le Zohar et ses annexes, lui étaient pleinement connus. La lumière de la 
science cabalistique était renfermée dans son cœur, et il ne voulut jamais qu'on le 
vît opérer la moindre chose à l'aide de lettres sacrées, à part une fois, où nous l'avons 
vu occupé à confectionner une amulette, ayant cédé aux pressantes instances d'un 
ami, pour une femme qui avait une pierre dans le ventre et ([u'aucun médecin ne 
pouvait guérir : à peine eut-elle mis l'amulotte que la pierre partit. Elle vécut encore 
de longues années après. 

Si tous les joncs étaient des plumes, ils ne suffiraient pas pour raconter la gran- 
deur de sa gloire et la sainteté de ses œuvres. Tous les jours de sa vie, il les a pas- 
sés dans la pureté et la sainteté, et tous les jours de la semaine il priait et étudiait, 
enveloppé dans son talit, avec ses tephilin sur la tète, comme une couronne d'or ; il trou- 
vait goût au jeûne, à la prière et aux délices de la piété; même à l'heure de Minha 
il était couvert encore du talit et des tephilin. Au soir de son existence il fut atteint 
de cécité ; c'est par cœur alors qu'il étudiait tout le Talmud et les livres du Zohar, 
comme du temps où il possédait une vue parfaite. 

Une nuit avant que son àme si pure s'envolât, il fit mettre autour de son corps 
les ouvrages du .\ri (R. Isaac Louria) et s'écria : « Que ceux qui sont impurs veuillent 
bien sortir et ne pas toucher à ce corps saint. » Le lendemain, à la quatrième heure, 
son âme partit, comme un cheveu qu'on retire du lait. Puissent ses mérites valoir la 
protection divine à toutes les maisons d'Israël. Ses fils distribuèrent des aumônes en 



282 ftEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rexcellonte étude de M. Abraham Calien sur le rabbinat de Metz \ 
mais que nous croyons devoir transcrire encore une fois ici, car 
nous y apprenons de quelle nature étaient les droits primitifs de la 
communauté sur ces terrains, question connexe à celle du procès 
dont nous aurons à parler })lus loin. Il résulte, en effet, de cette 
pièce, contenant un bail passé entre le rabbin Joseph ha-Lévi et 
Salomon /é, d'une part, et Abraham Fabert, échevin de Metz, de 
l'autre, qu'au commencement la communauté n'avait été que loca- 
taire du cimetière. En voici le texte : 

Par bail, passé par Jérémie Grand Jambre Amant de Saint-Marcel le 
7 février 1619, le sienr Abraham Fabert, Escuyer conseiller du Roy, nnaître 
Eschevin de Metz eticonsorts Eschevins treize, en conséquence du résultat 
de MM. du (Jrand Conseil du 21 janvier 1019, à Rabbi Joseph et à Salomon 
Zé, juifs résidents en la ditte cité, tant pour eux que pour toute la com- 
munauté des Juifs de Metz, une pièce de terre, comme elle se contient 
gissante derrière Gbambière proche les grilles de Rumporl (lihinport) sur 
le bord de la rivière, que les héritiers de feu Hemy Jambin le batelier 
ont eu tenu de la cité, joindant le pâturai commun et la cimetière desdits 
Juifs d'une part et la rivière de Mozelle et le fossé de la ville d'autre, de 
laquelle ditte pièce lesdits Juifs jouiront et posséderont à l'effect d'une 
cimetière pour y enterrer leurs morts et non autrement, pour joindre à 
celle qu'ils ont desjà au long et de ragrandissement d'icelle. Ce bail fait 
à cbarge de dix livres messeins de loyer que lesdits Joseph et Salomon 
preneurs et leurs successeurs seront tenus chacun an, durant le temps 
qu'ils tiendront ladite pièce, payer et porter au cler et receveurs lesdits 
trésoriers de ladite cité au jour St-Remy chef d'octobre, et ne pourront 
ladite pièce vendre, engager ni mettre hors de leurs mains en vertu du 
présent bail pour le temps que les Juifs habitants de cette ville y rési- 
deront et habiteront. 

tl est vrai que déjà avant 1011), à en juger d'après le même docu- 
ment, les quelques familles juives admises de nouveau à Metz, 
depuis 1507, enterraient leurs morts sur un terrain voisin de 
celui-ci. 

Mais, en tout cas, le droit de propriété ne pouvait pas encore 

souvciiii' (le leur père, <iui fut uue lumière en Israi'l ! Eu raison de cela puisse son àme 
être liée au faisceau des vivants avec celles d'Abraliani, «risaac et de Jacol) et des autres 
houinies jtieux qui séjournent dans l'Eden céleste! Amen! 

Et au nioment où fut enlevé celui qui était coninie l'arciie sainte, les anges du ciel 
hioniplrèreid des puissants de la terre et la lumière du monde s'est éteinte. Ce fut le 
jeudi 15 Tammouz de Tannée embolismique 5545 (1785). De grandes cérémonies fu- 
nèbres furent célébrées selon son [mérite dans la vieille synagogue pendant tous les 
sept et tous les trente jours du deuil. 

1. Revue, t. VU, p. 108. 



LKS ANCIENS lilMKTIKHKS ISKAELITKS llK MKTZ 283 

Otre ac([uis par les Juifs à celle époqiMi ', où les lois (l'exiMiplioii 
étaient encoi'e en pleine vi<i:iieur (;t lautorisatioii d'établir un 
cimetière une marque de haute laveur, il n'y avait que quchpuis 
années que Henri IV, par ses lettres patentes du 20 mars 1003, 
avait permis aux: Juifs le libi'e exercice de leur cul le. 

Le choix de ce cimelière ne fut pas heureux : son histoii'e est 
bien mouvemenlée pour un chanq) iW r(q)0s. Ca l'ut la pi'ox imité 
des lortilications de la ville (|ui donna lieu à des diriicultés sans 
cesse renaissantes. 

Déjà en KîDO-, la communanlé se voit obligée de diunander 
rautorisalion de faire Tacquisition d'un nouveau cimetière par 
suile de trop fréquentes inondalions, occasionnées par le débor- 
dement des eaux du fossé des fortifications, nouvellement faites 
près la Porte Chambière. Peu auparavant, on avait dû dépenser 
la somme de 3o,000 francs •\ ou, d'après une autre version ', de 
50,000 francs, poui* la construction dun quai sur la Moselle et 
pour empêchei' que le cimetièi'e enti'àt dans la nouvelle fortiO- 
calion. Satisfaction fut donnée à la demande de la communauté, 
et nn troisième terrain, situé un peu plus loin, à côté du chemin 
qui conduisait à la coui' aux gelines, fut acquis pour servir 
dorénavant de cimelière. Pour s'assurer tous les droits sur les 
terrains dans lesquels elle avait enterré jusqualois ses morts, la 
communauté avait payé au gouvei-nement, ouli'e le prix du 
terrain, la somme de 20,000 Ijvres'', ([ui furent employées aux dé- 
penses des fortiOcations. 

En 1760, un rehaussement *' du cimetière de la communauté fut 
jugé nécessaire ; il est probable que, la place commençant à faire 
défaut, on lit plusieurs couches de tombes l'une au-dessus de 
Pautre. Le syndic, David Halpben, après avoir obtenu la per- 
mission du roi Louis XV, fit exéculer les travaux. 

La communauté de Metz depuis fut deux fois mise en émoi, 



1. 11 est vrai que suivant l'orditiiiiauce <lu duc (rEpciiioii, (lui ne manquait pas de 
bons sentiments à regard des Juifs, la permission leur fut accoidre de devenir pioitrié- 
taires de tout un ((uartier, où ils devaient être eanfonnés poui' èfie si-parés des chré- 
tiens. Voir Clément, La condi/ion des Juifs de Metz, \k :U. 

"2. Le 9 mai 1690. Voir la retpiète au loi, (|ui se trouve dans les Aidiivesdu Con- 
sistoire de la Lorraine (dncumenl n° 11.). 

3. >'" in des Arcli. consist. 

4. N" 123 des Arcli. cunsist. 

5. iS'"» in et l!23 des Arch. consist. 

6. N» 143 des Aicli. consist. 11 a été constaté, en effet, jiar suit»- des fouilles faites 
récemment par l'administration militaire, (juc les terrains retderment plusieurs 
couches de tombes. 



-^t REVUE ItES ETUDES JUIVES 

toujours à cause du même cimetière. La première fois, elle avait 
appris que le gouvernement avait l'intention d'établir un nouveau 
parc pour l'école d'artillerie dans l'île de Chambière. Nous possé- 
dons la copie d'une requête, adressée au ministre, le duc de 
Choiseul, dans laquelle elle demande « qu'on la laisse jouir paisi- 
blement de son cimetière qui lui appartient dans celte Isle ». 
Ce document montre combien était puissant chez les Israélites le 
culte du souvenir. Il nous semble intéressant de reproduire ici 
ce texte : 

Monseif/neiir le Duc de Choiseul, M'uiisire et Secrétaire (l'Elut. 

La communauté des Juifs de Metz représente très humblement à Votre 
Grandeur qu'elle a appris le projet de former un nouveau parc pour 
FEcole d'artillerie dans Tlsle de Chambière. 

Les suplians seraient dans la plus grande consternation s'ils n'étaient 
rassurés par vos sentiments de bonté et de justice que vous voudrez bien, 
iVlonseigneui", les laisser jouir paisiblement du cimetière qui leur appar- 
tient dans cette Isle. 

La communauté de Metz doit son établissement en cette ville aux 
bontés de Henry IV, qui par ses lettres patentes du mois de mars 1603, 
lui permit entr'autres choses le libre et entier exercice de tous les actes 
de la Religion des .Juifs. 

L'un des principaux est le soin de la Sépulture que l'Écriture appelle 
l'œuvre de charité et de miséricorde; pour mettre la sinagogue de Metz 
en estât de pratiquer un acte aussi recommandable à la foy de ses pères, 
il lui fut accordé un terrain près de la porte de Chambière, appelé depuis 
le cimetière des Juifs. 

Si les suplians pouvaient éprouver à cet égard quelque changement, 
ce serait le plus fâcheux événement qui put arriver à ceux de leur nation, 
le deuil et la désolation seraient communs non seulement à tous les Juifs 
du royaume, mais encore à ceux des pays étrangers. 

La loy de Moyse, leur premier législateur après Dieu, leur inspire 
sur la sépulture des sentiments qu'ils ne pe ivenl abandonner, et si elle a 
toujours esté en grande vénération chez toutes les nations anciennes, la 
loy la porte à son suprême degré parmi les Juifs. 

Abraham leur père ne voulut enterrer Sarra dans la double caverne 
d'Ephron qu'après s'en être assuré la propriété, craignant que son sépulcre 
ne fut violé dans la suite par ceux à qui cette terre appartenait. Ce 
patriarche recomn)anda sur toutes choses à ses enfants de ly joindre à 
son Épouse après sa mort et de les y suivre après leur décès, ce que fit 
Isaac. 

Jacob son fils donna les mêmes ordres à Joseph qui y fit transporter 
son corps du fond de l'Egypte .et Moyse y fit aussi transférer celui de 
Joseph à la sortie de cette terre étrangère. 

C'est ainsi que le droit de sépulture s'est passé de génération en gêné- 



LKS ANCIENS C1MKTIÉK1«S ISRAÉLITES DE METZ 285 

ration et qu'une des plus grandes punitions de cet ancien peuple de Dieu 
a été la privation du tombeau de ses pères : 

Comme il arriva au prophète qui après avoir opéré de grands miracles 
il Béthel tut étranglé dun Lion et exclu par Tordre du Seigneur de la 
sépulture des siens, pour ne s'estre pas conformé h ses ordres, Jérémie 
mit au nombre des plus grands malheurs ([u'il annonça à Jérusalem et à 
tout Israël la destruction des Sépultures de ses Hois, de ses Prophètes et 
de son Peuple. 

Telles sont, Monseigneur, les justes allarmes des Suplians. Elles sont 
d'autant plus légitimes, quelles sont fondées sur ce qu'il y a de plus sacré 
dans leui' Keligion, ils réclament auprès de Votre Grandeur l'Exécution 
des ditt'erens privilèges accordés par Henry IV et par tous ses Successeurs 
et singulièrement par Sa Majesté glorieusement régnant. 

Si les Suplians se voyaient enlever leur cimetière, ils seraient tenus de 
déterrer leui's morts et d'en recueillir eux-mêmes tous les ossements avec 
toutes les cérémonies que leur loy leur prescrit. 

Dans les funérailles, la seule idée de ces extractions et transports les 
jette dans la plus grande consternation. Ces cérémonies obligeraient tous 
les Juifs au même deuil et à la même inaction que si leurs pai'ens qu'ils 
déterreraient venaient de mourir et dans la certitude d'avoir quelques pa- 
rens dans ce cimetière, toute la Judée serait tenue à un deuil universel. 

Heprésentés vous, Monseigneur, une nation entière dans le deuil et 
linaction absolue, pendant tout le tems (jue durerait l'exhumation et 
l'inhumation de tous les corps et ossements contenus depuis si longtems 
dans ce cimetière et qui sont au moins au nombre de mille! Quel employ 
de tems! Quels frais immenses pour toutes les cérémonies à observer! 
et encore plus quelle douleui* de toucher à la sépulture de leurs parents, 
pour laquelle la loy leur imprime et leur commande le plus grand 
respect ! 

L'acquisition que fit Abraham de la double caverne d'Ephron pour pré- 
venir que son sépulcre fût violé, a prescrit aux Suplians la nécessité de 
devenir propriétaire d'un terrain pour les sépultures de leur sinagogue, 
cette propriété est un des eff'ets du libre exercice de leur Religion que Sa 
Majesté et ses augustes prédécesseurs ont bien voulu leur permettre. Ce 
terrain est écarté et la place d'armes que l'on projette, serait suffisamment 
grande sans s'emparer d'un aussi petit terrain que ce cimetière. 11 n'y a 
pas encore un an que les suplians ont été obligés d'y faire une dépense 
considérable pour le relever de deux pieds de terre, suivant la permission 
qu'ils en ont obtenue de Sa Majesté dont copie est cy jointe ; ce qu'ils ont 
exécuté en se conformant exactement aux bornes et aux précautions qui 
leur ont été prescrites. 

Us espèrent donc, Monseigneur, que sous un ministère aussi équitable 
que le votre, ils seront conservés dans cette propriété que la foy de leurs 
pères leur l'end aussi chère que respectable et Us continueront leurs 
vœux pour la prospérité de Votre Grandeur et de toute son illustre 
famille. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous ne savons pas au juste la suite qui l'ut donnée à cette 
demande, mais, eu tout cas, si le projet du ministère fut exécut«S. 
le cimetière resta intact. 

De nouvelles complications se présentent sous le même règne en 
1770. Les travaux que le génie militaire avait projetés sur le poly- 
gone, le nivellement des terrains, la construction de nouvelles 
routes, etc., alarment les Juifs de Metz, qui redoutent la destruc- 
tion de leurs cimetières. Dans une requête ', adressée au maré- 
chal Darmentières, la communauté, faisant valoir ses anciennes 
traditions de piété filiale à l'égard des morts, qu'elle a toujours 
conservées au prix des sacrilices les plus [)énibles, chercbe à 
implorer la pitié du maréchal, afin d'obtenir la conservation in- 
tacte de son cimetière. On lui avait promis, il est vrai, disait-elle, 
pour dissiper ses craintes, qu'on userait de toutes les précautions 
pour empêcher une profanation, ce qu'elle considère déjà comme 
une preuve de la haute bienveillance du maréchal à son égard. 
Mais tout cela ne pourrait suffire pour calmer ses appréhensions, 
attendu que « le cimetière une fois livré à la merci des travail- 
leurs... qui doivent enlever des terres, tant pour mettre le terrain 
à niveau que pour donner au pavé ou à la route qu'on se propose 
d'y faire quelque solidité, il sera inévitable de ne pas toucher 
à des cadavres, dont la plupart sont inhumés à trois pieds au plus 
de profondeur, précaution qui, d'ailleurs, n'a pas môme été prise 
pour les enfants morts avant l'âge d'un an et que la terre ne 
couvre, que d'un pied ou d'un pied et demi. En outre, on a fait 
surcharger ce cimetière de trois pieds de hauteur de terre mou- 
vante, dans laquelle les morts les plus récents sont ensevelis. 
Ce sont ces trois pieds qu'il serait indispensable de fouiller et 
même d'enlever. . . Ensuite, la communauté est écrasée sous le 
poids des charges qui lui sont imposées, payant bien cher l'air 
qu'elle respire. Elle avait acheté au poids de l'or le droit d'as- 
surer à ses ancêtres et à elle-même une sépulture inviolable, et, 
de nouveau, elle serait dans le cas de s'épuiser pour le même 
motif. M 

Cette pétition eut un heureux résultat : il lui fut répondu le 
28 févriei- 1770, par une lettre datée de Paris et signée de Ca- 
lonne, que les alarmes de la communauté étaient sans fondement, 
parce que son cimetière n'était pas compris dans le terrain où de- 
vaient être exécutés les nouveaux travaux (Voir n° 109 des Arch. 
co?isist.). 

i, Lci copie (le cette requête §e trquve également clansi les Archives du Consistoire; 
nous ne relevons que les arguments principaux (voir le n* 116). 



Li:s ANCIENS CIMETIEKKS ISRAÉLITES DE METZ 287 

Va\ I7i^2, sur\ieiinont de nouvelles alarmes pour la communauté, 
(jui lurent |)leineinent juslifi('es celte fois. Les ennemis coa- 
lisés se trouvant déjà devant Thionvilh^ et menaçant la vilh; de 
Metz, mise pour cette raison en ('tat (U\ siège, le cimetièi'e pivs la 
Poite Cluunbière l'ut converti en place d'armes. Au moment du 
danger national, la communauté s'était inclinée sans hésiter et 
n'avait pas tai'dé à arracher les pierr(;s lomhaleset les palissades et 
à démolir les maisons, dans l'espoir d'être indemnisée de ses 
pertes. Elle s'adressa au district, au déparlement et enlin au mi- 
nislère de la guerre, ((ui, par letli'e du M) décembre \liH, dt'si- 
gna un terrain dans l'île de Chamhière en remplacement de celui 
qu'on avait réuni aux l'ortilications. Mais, après avoir fait faire des 
sondages, on reconnut (pie le terrain |)roposé pai* le gouvernement, 
renfermant des ossements, avait déjà servi de cimetière, ce qui 
donnait lieu à des observations que le ministère dut reconnaître 
fondées '..Un autre terrain fut désigné à l'extrémilé de l'île Cham- 
hière , qui fut acquis par la commimauté , re|)résentée par les 
citoyens Goudchaux-Mayer Cahen, Joseph Gougenheim, Louis- 
Isaac Cahen, Salomon Israël, Abraham Ettelin et Moïse- Jacob 
Birier au prix de 4.000 francs, mais le dédommagement en espèces 
sur le(|uel comptait la communauté ne l'ut pas obtenu -. Au mois 
d'août 179;-^, on commença à enterrer quelques moits sur le dit 
terrain. Le 5 pluviôse an II, le Conseil général de Metz lendit 
un arrêté, provisoire, il est vrai, que les décédés de la ville de- 
vaient être inhumés, ceux des 1"^° 618" sections entre les Ponts- 
de-Lisle et de Thionville, ceux des ^° et 5" sections dans l'emplace- 
ment entre la route sous Belle-Croix et les glacis des deux lunettes ; 
de cette façon les cimetières des paroisses devaient être abolis. 
Malgré tout, les Juifs jouirent sans interruption de leur propriété 
jusqu'en germinal (de la . . .^)^ année, où deux veuves furent citées 
à comparaître à Taudience de la police municipale et condamnées 
chacune à 90 francs d'amende pour avoir enterré leurs maiis dans 
le cimetière Israélite et pour avoir cnfi-eint de la sorte les lois 
de l'égalité. De nouveau, des pétitions de la part des Juifs, 
dont nous connaissons l'argumentation ', mais dont aucun docu- 
ment ne nous permet d'établir le résultat. Il es! probable que 

1. Voir 11° 130 «les Anii. coiisisl. 

2. Voir l'acte «le vente <lu 14 juin 1793 (n* 7i et n» 130 des Arcli. consist.). 

3. Le <li)eument que nous avons consulte (n» 130) porte comme date le mois de ger- 
minal dernier et, n'étant ([u'une copie, n'indique ni le jour, ni Tannée de sa rt'darfion. 
Les recherrhes aux archives de la ville sont restées sans résultat. 

4. N° 130 des Archives cunsist. 



•288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lïiilerdit de leur ciiiielière i'ul levé avec rabolition du culte de la 
Raison. 

Entre temps, la communauté de Melz n'oubliait pas ses obligations 
à l'égard des anciens cimetières situés à la sortie de la Porte 
Cbambière. Dès que le calme fut revenu dans les esprits et (fue la 
l)aix à rintérieuret au dehors fut suftisamment assurée, elle entre- 
])rit les démarches nécessaires pour sousti'aire le champ de repos 
de ses ancêtres à toute profanation. Ce fut le 13 vendémiaire 
an X de la République que les citoyens Joseph-Moyse Bing et 
Nathan-Lazard Cahen, résidant à Melz, rue de TArsenal, sollici- 
tèrent, dans une pétition adressée au maire et aux adjoints, au nom 
de la communauté, l'autorisation de pouvoir reclore ces tei'rains 
en palissades ou en planches, pour assurer à leur cimetière le 
respect d'autrefois, prenant l'engagement formel d'enlever les clô- 
tures aux frais des Juifs toutes les fois qu'ils en seraient légale- 
meut requis par l'autoi-iié militaire. Les pétitionnaires, tout en 
rappelant leurs droits sur ces tei'i'ains dûment et chèrement 
acquis, font surtout appel aux sentiments « aussi religieux que 
philosophiques » que les citoyens maire et adjoints, dans leur arrêté 
du 12 thermidor dernier ' concernant les cimetières des habitants 
du Fort et du Ban Saint-Martin, avaient exprimés. La réponse du 
maire fut favorable, en ce sens que l'autorisation fut accordée de 
reclore les emplacements en palissades et en planches avec la 
restriction, acceptée déjà au préalable par les pétitionnaires, d'a- 
voir à enlever ces clôtures si le besoin devait l'exiger. Mais il fut ex- 
pressément déclaré que ces terrains, repris en 1792 pour le service 
militaire, ne pourraient plus être cédés pour servir de champs fu- 

1. 12 Tliennidor an IX. Cet arrêté du maire (voir l'extrait des délibérations de la 
mairie de la comniuiie de Metz du 12 Thermidor au IX) est ainsi conçu : 

« Depuis riieureuse éi)0([ue où la France a remis ses grandes destinées entre les 
mains d'un iiouviMiîement juste, ferme et bienfaisant, tous les liens de la société, 
rompus et Diisés un moment pai" rv funeste esprit de paiti «[ui nous a divisés trop 
loiifrtemps, se sont réunis et resserrés. Un de ees liens Jes plus forts pour maintenir 
Tordre social, est le respect pour les cendres des moi'ts, c'est ce sentiment religieux 
et sacré (jui réunit les générations l'une à l'autre et (jui rend la patrie immortelle : en 
vain, ces hommes qui ont accablé la France sous la tyi-annic la plus cruelle, ont voulu 
le détruire. La nature plus foiie que les tyrans l'a gravé dans nos cœurs en caractères 
ineffaçables. Est-il un homme assez insensible pour ne pas aller verser quebiuefois 
des })Ieurs sur la tond>e «l'un père ou d'un ami ? Le mair<' de la commune a vu avec 
plaisir la pétition des habitants du Fort et des communes du ban Saint-Martin et de 
Devant-les-1'onts, penetre= de ces ventés, s'occuper des derniers honneurs que Ion 
doit rendre aux morts. Considérant que le cimetière destiné aux habitants de la ville 
est trop éloigné, il leur permet «linhumer dans le teriain qu'ils viennent d'acquérii' et 
qu'ils consacrent à cet usage. 

Sif/ne : CoLSTALD, maire. 



LES ANCIEiNS CIMETIERES ISRAELITES DE METZ 289 

nèbres, « inalgré que lancienne communauté des Juifs en 171^7 ait 
payé chèi'emont la conservation du droit d'y enteri'er ses morts », 
puisqu'ils élaieiil devenus indispensables à la défense de la place 
en cas de siège et étaient destinés en temps de paix au dépôt de 
ra[)provisionnement du bois de cliauiïage des fours de la boulan- 
gerie militaire. Dans la réponse du maire, un liommage éclatant 
fut reiulu au culte que les Israélites professent pour leurs morts. 
C'est dans ces termes que le maire s'exprime : 

Le maire de la commune de Metz aime à rendre justice au respect 
que les Juifs ont toujours marqué pour leui's morts. Les Chinois et les 
Juifs sont les seuls peuples de la terre, où cet hommage rendu aux 
restes inanimés de leurs ancêtres ait presque été un culte religieux, ce 
sentiment qui tient au respect filial, à Pamour conjugal et paternel et à 
toutes les atlections les plus douces de la nature, dérive chez ces deux 
nations antiques du pouvoir des pères sur les enfants, pouvoir som- 
maire (?) pour leur code civil et religieux; c'est aussi ce principe qui leur 
a conservé à l'un et à Tautre un caractère ineffaçable pendant que 
l'univers entier a changé autour de lui, la Révolution française, en ren- 
dant aux hommes tous les droits de la nature abolit pour toujours ces 
lois injustes et avilissantes portées contre le peuple infortuné et digne 
d'un meilleur sort, élevés au titre de citoyens. Plusieurs ont déjà montré 
leur reconnaissance de ce grand bienfait par leur amour pour leur nou- 
velle patrie, le maire de la commune en applaudissant aux principes 
contenus dans leur pétition, leur accorde, pour la partie de la police, 
l'autorisation demandée, s'en référant pour la propriété au corps du 
génie leur ordonnant de se conformer en tout aux sages dispositions de 
l'arrêté du directeur annexé à la pétition et d'en conférer avec lui. 
Metz, ce sept fi-uctidor an neuf. Signé, Coustaud. 

Le préfet du département de la Moselle confiime, de son coté, 
l'autorisation accordée par le maire et le Ministre de la Guerre, 
qui donnait pleine satisfaction à la communauté messine. 

Aussi, à partir de cette époque la sécurité des Israélites de Metz 
au sujet de leur cimetière ne fut plus troublée pendant de longues 
années. Les autorités militaires et civiles, reconnaissant leurs 
droits sur ces terrains et respectant leurs sentiments de piété, 
évitaient tout ce qui aurait pu les froisser. Le chef de FÉtat-Major, 
le lieutenant général Krnulf ', ayant en vue l'intérêt de la ville, 
vint demander au Consistoire Fautorisation pour les frères Richard 
de Metz, qui eux-mêmes la sollicitaient encore une fois à part, dans 
les termes les plus courtois, de pouvoir transférer sur l'ancien 
cimetière leur chantier de bois à brûler, qu'ils avaient eu jusqu'a- 

1. N" "y des Archives coiisist. 

T. M. N° 101 i9 



290 HEVUt: DES ÉTUDES JUIVES 

lors sur TEsplanade, donnant toutes les garanties que le sol ne 
serait jamais fouillé. Mais devant les explications du Consistoire, 
qui avec toute la communauté serait navré de voir changer la 
destination du champ de repos de ses ancêtres, le lieutenant 
général se rend à Févidence. Outre sa réponse, le Consistoire lui 
avait remis une copie de la pétition que la communauté avait 
présentée en 1801 au maire, suivie de Tavis de ce magistrat ainsi 
que de celui du Prél'et d'où était résulté un arrêté favorable du 
Ministre de la Guerre. Ceci se passait en 1817. 

En 18^24 ', le grand rabbin de Metz obtient du maire, en raison 
des inondations qui rendaient Faccès du nouveau cimetière im- 
possible, la permission d'enterrer les morts sur les anciens cime- 
tières près la Porte. 

Pour détourner Faqueduc - que la ville faisait construire en 1856 
et qui devait passer par Fun des cimetières, le Consistoire s'engage 
à verser la somme nécessaire pour couvrir le supplément de dé- 
penses qu'occasionnerait le détournement de Faqueduc. 

Cette combinaison fut acceptée par la ville. 

Mais ce fut la dernière fois que ce cimetière, qui, par suite de sa 
proximité des fortifications, donnait toujours lieu à de nouvelles 
contestations, échappa, grâce à l'intervention du Consistoire, à la 
profanation dont il avait été si souvent menacé. 

Des difficultés plus grandes se présentent après 1870. C'est que 
la situation de ces cimetières, dans les rayons des fortifications, 
donne lieu au gouvernement miUtaire allemand de faire des inves- 
tigations sur les droits de propriété que la communauté Israélite 
faisait valoir sur ces terrains. En 1891, le directeur des fortifi- 
cations entame ses premiers pourparlers avec le Consistoire au 
sujet de ces cimetières, demandant à connaître les documents et 
traités dont la communauté déduisait sa propriété. Dans sa 
lettre du 20 novembre 1893 il fait savoir que les recherches 
pénibles et longues, faites dans l'intervalle aux archives, n'ont 
rien produit qui puisse prouver quelque droit de propriété de 
la communauté, et que dans le cas où le Consistoire ne serait pas 
prochainement en mesure de signaler un fait nouveau duquel 
pourrait résulter pour lui un droit de possession sur les terrains en 
litige, la direction des fortifications serait obligée, conformément 
aux ordres reçus, de faire son rapport au gouvernement militaire, 
qui ordonnerait ensuite l'ouverture du cimetière pour y établir une 

1. N» 82 et 83 des Archives cuiisist. 

2. N» 9o et 96 des Archives consist. 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISUAÉLITES DE METZ 201 

pépiiiiôre. Le Coiisisloire répond (pi'il no cédera, le cas échéant, 
que devant l'arrêt de la justice, puisqu'il a sous les yeux un plan 
de risle Chambière, dressé en 1770 par la ville de Metz, de concert 
avec Fautorilé militaire, sur lequel plan les parties de Tîle apparte- 
nant à l'Ktat sont indiquées parles mots « au roi » et les cime- 
tières parla léi^ende « cimetière Israélite », et se base sur des actes 
autlienli(]ues, conservés dans ses archives, qui établissent selon 
lui, dune façon incontestable, ses droits de pi'opi'iété. 

En 1894, le directeur des fortifications fait intervenir le maire 
de Metz pour obtenir du Consistoire qu'il cède de ces terrains 
quelques mètres carrés des deux côtés de la route pour élargir la 
Porte Chambière. Le Consistoire, pour être conciliant, se déclare 
disposé à céder la partie nécessaire à Télargissement, mais seule- 
ment sur expropriation, et à la condition expresse que Tadministra- 
tion reconnaisse définitivement le droit de propriété de la commu- 
nauté sur le reste des terrains. L'administration militaire, rejetant 
cette proposition, intente au Consistoire un procès au tril)unal 
régional de Metz, qui, vu le décret du 8 juin 1791, d'après lequel 
toutes les places d'armes font partie des fortifications, se prononce 
en faveur du gouvernement militaire. La cour de Colmar confirme 
ce jugement, et la revision que le Consistoire demandait au tribunal 
de l'empire à Leipzig est rejetée. 

C'est ainsi que la communauté de Metz, après avoir pu le con- 
server de 1619 jusqu'à 1898, fut dépossédée de son cimetière à la 
Porte Chambière. 

Peu après, l'administration militaire prend possession de ces 
terrains, dont l'un a été employé depuis pour un étabhssement fri- 
gorifique et l'autre doit recevoir sa destination prochainement. 

Les travaux exécutés nécessitèrent l'exhumation des ossements, 
que la communauté fit pieusement recueillir et transférer au nou- 
veau cimetière, où une place d'honneur leur a été accordée. Une 
cérémonie de circonstance fut célébrée au milieu d'une grande 
assistance au mois de novembre 1903. La tombe collective dans 
laquelle furent recueillis les ossements sera entourée d'un gril- 
lage, et une plaque commémorative apposée à ce grillage rappel- 
lera en quelques mots l'hisloire de cette tombe. 

En fouillant la terre sur l'ancien cimetière un grand nombre de 
pierres funéraires ont été mises à jour. Ces vieux monuments ont 
été également transférés au cimetière actuel, où ils ont été [)lacés 
le long d'un mur. Un certain nombre des inscriptions, peut-être 
les plus intéressantes, sont détériorées ou ue présentent que des 
tronçons informes de mots ou de phrases. 



)92 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Cela ne surprendra plus celui qui connaît liiisloire de ce cime- 
tière et qui se rappelle suitout les années 1789,4791 et 1848, où 
la fureur de la populace ne s'est pas an'èlée devant les lieux de 
sépulture. 

*** 

Présumant que plus d'un des anciens Messins, domiciliés en 
France ou ailleurs, lirait avec intérêt les inscriptions de ces pierres 
tombales qui lui rappelleraient peut-être le nom d'un aïeul vénéré, 
j'ai jugé à propos de les reproduire ici : 

♦pDb r:"ai::n 

Ici a été enterrée la distinguée et pieuse Séphora, fille de R. Salomon, 
que bénie soit sa mémoire, le lundi 10 Adar 5385 (1625). Que son àme soit 
liée au faisceau des vivants ! 

r-iUJN b"T t:ïi-i3N 'n nn b'^^^yp !i5i:irf nuJN n^n?:^ r:D n° (il. 
pcb V'd^ -i"^\x n"D '£^ ûT« riDiN:; -iD3>n ^-nrj (*;"»Dn) ^-'niN C]bNi"i 

... - Kendel, tille de R. Abraham et femme de Wolf Obich (?) Cahen (?), 
décédée le dimanche 28 lyar 5386 (1626). 

.t"d;d nN 'r^ 'n^ dt> 

... Schindelan, tille du rabbin Elle, décédée le mercredi, premier jour 
d'Ab 5387 (1627). 

'n ^n "^b-iir nDON 'nw nip-^rs t-n^cm nsian* j-t^dn l3"d n» h. 

1. Lt'S iiumiTos sont ceux qui ont été donnés aux pierres funéraires; nous suivons 
ici Tordre chronologique. 

2. Nous ne jugeons pas utile, à partir d'ici, de traduire les formules stéréotypées ; 
nous relevons seulement les noms et les dates. 

3. Le mémorial de Metz a consacré à eette femme la notice suivante : 

Ss "ion nb^i5 ï-in^niD "nnr r-i^b-i bnn n'p'21 nnuj nTou;: t=:^ b"T 
"1DUJ3 r!"n33> uî^pnb ï-ip^:t ins nbj^n û:\t D'^nTDm tD^'^nn dj' r-r^-^n ^73"^ 
r-iTDpni:T ts-^p-^ni: -i5<^ u^ t=i"'"^nn nt-iira ï-im-ii: nn^^^as i>irîn j-tt 

Que Dieu se souvienne de Tàme de la femme distinguée et pieuse Zerlan, fille de 
K. Elie Jérémie Lévi, de mémoire bénie... parce ([u'ellc a fait le bien tous les jours 
de sa vie envers les vivants et les morts ; son mari a versé des aumônes à la caisse de 
bienfaisance en son souvenir 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISRAÉLITES DE METZ 293 

ïn"D p"uiy '"I tDT'a '2p3i 'n tDv^ mues S"i:t ^ibrr rr'b'r:; '■'îîn"' 

... Asnath Zerlé, fille de R. Jérémie Giiodalia Lévi, décédée le jeudi et 
enterrée le vendredi 25 Schebat 5395 (1635). 

^rpo^T 173UÏ mart i?3\U3 v^^^i n^z;-» ^-"N v^^^i "i^P^ ^^ ^" -^'• 

...Ziskind Senior, fils de U. Samuel, décédé et enterré le vendredi 
16 lyar 5395 (1635). 

.psb Y'^^ 'jriJN-i n^N 

... Nentsclien, fille de défunt Eliéser, décédée le vendredi 16 Adar I 
5396 (1636). 

in-'W nrr\:fn •^■>nb i^abp -i'Tir!73 i^^ v^nî 5':3D "i^o^s rie N" 82 >. 

♦psb ViTu: £2n37:b t"d 'n dt^ idds v^^ttû 
... Le rabbin Kalman, décédé le jeudi 27 Ab 5396 (1636). 

r-inriTaD rtn-^n tza^pnm m^To:: nnp^r: n\i:N rriDpD riD û:i no 81\ 

.pcb i"i:u: bibN 1"^ 'i< ûr "^bnEi n"nn nn b^i^yp nn^ 

Dans la même tombe a été enterrée. .. la dame Kendel, fille du savant 
Nephtali, le 14 Eloul 5396 (1636). 

1. Mémorial de Metz : 

riT -iD^n "imnya np-r:: risnD in-JN ûr^i n":ii npi:^ r-rnnm i'CJT' 

• DT^n in inp"^:! psb n"i:^ n^^N i":: 't m^ n::î;D 

Pi. Senior, fils de Samuel, répandit le bien et la charité. Décédé le vendredi 15 lyar 
5393 (1635), il a été enterré le même jour. 

T'Tin r-in-^n nn^m nvnnr: t=y non ?nb73n:; nn^n;:) -nnj? ...n-ir: 
';7:i ?n3->n3 mibnb n^-^TO Szi^^,nD rm^TD 'n n^Pî SiZiT D^^:^:) nmnD 
ï-iT ^D'>Dn Dbts'b rn73"'^p inpm û'^ny^n m72^b mn^D'::b inD"» rnn^nn 

...in7a':;3 Nnn 

Nentsclien, fille de R, Eliézer, fit du bien à ses semblables et sa maison était tou- 
jours ouverte aux pauvres ; elle avait i»Iaoé deux cents couronnes de Metz dont les in- 
térêts devaient servir à instruire la jeunesse, tandis que le capital resterait inaliénable. 
En récompense 

3 et 4. r\V2V2rn *]bnu: •'D^-it^ 'n nnn ir-"n73 p Di73^3ibp 'n ni^nn :n^ 
rn-173 -m'^TN i-i7r>:j:T tsiNn ^:3 b:: nr irn b7::;i i^t:^ b^ n-nnn pDy^ 
npni: nrn:;:: ^iny V'nnD 1"^^' ny::': ^y "^bn-:: n"nn nn b^is^'p 

riT -iDUjn 'Cjnpnb 

psb ■i"i:'»:j £n:73b t"d 'n dt" -i::d: t^iin 
pDb '\"-:z'o bib5< n"-' 'n dt n-i::D3 t^-^m 

R. Kalonymos, fils du rabbin Mordecliaï, qui marchait dans la voie de la piété et 
qui s'occupait de la Tora tous les jours de sa vie ; il pratiquait la charité à Téerard de 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-i3nn in "^bnîi yn^n 'n nnnn iton^i nu:*^ U5^i< i?2t:3 J-td i\o24\ 
.pDb T"2:u3 T^bDiD y"D ^'iip nau3 tZiT^a ujpnnsT b"T ^in oiTOD-ibp 'n 

... Hirtz Nephtali, fils du savantR. Kalonymos David, décédé le samedi 
23 Kislcv 5397(1030). 

^Ni73u: '12 r;)2bo p-^i-^i D^nn û^^^n '^n p iitoù ïbn p-^ira n» tg. 

.psb n"ir^ iiu;n 't napii ':; ûv mes dip-^bi^ 

... Le jeune et savant Salomon, fils de R. Samuel Eliakoum, décédé le 
3 et enterré le 4 Ileschvan 5398 (1037). 

'iM^i2 bbenn ,i-i:>'\y biaa imna n^n ,M5in l'ûi"' u5"«î< ns N" 75 ». 

.n"2£\D u:au5 'a b^b ^aD3 

... Le pieux R. Nathan, fils du rabbin Jc/selin, décédé dans la nuit du 
lundi [3] Schebat5398 (1038). 

S"T n\N72 'na r57:buj ^''nn ><np2n v^^^^i "i^"" '^''N ^'^ ^° ^o"- 

.n"3i£in psb Lû"i:\D t""» na:: 'i Dr a :"i3 l^nsb-^^n 

... R. Salomon, fils de R. Méir Heilprin, décédé et enterré le mercredi (?) 
17 Tébet 5399 (1039). 



tout le monde, et son épouse Kendel, fille du savant R. INaphtali... Il est décéflé le jeudi 
27 Ab 5396 1636), et elle le dimanche 14 Eloul 3396 (1636). 

1. i"\s n7au:3 ^y b"T Di?::ibp im 'n nann la "^bnDî 'n nann iws^ 
^V2yr^^ ibiDbsa mm b^n:;r:i "l'vuv ^^ma "|bn 1^72"^ bDUJ ^lay V'nnu: 

in7jUJj Nnn j-it i^^'2 imaj^a ripnii inu:^ h^dd û:i nain û">T^73bn 

.rimSûj rib-^Nâ n^boD T'd 'i< on^ napsi 'vUnp nauî ûr -i"jd3 

... R. Nephtali, fils du savant R. Davi<l Kalonymos, répandit Tinstruction par ses 
discussions savantes et forma beaucoup d'élèves. Décédé le samedi, il fut enterré le 
dimanche 24 Kislev 5397 (1636). 

2. Mémorial : 

IPST î^ujD-i ï-ibsnb a-^nj^m D^a\i;m tD72ir b^b nmna po^^^ iia^^a 

t^nn riT nDu:a \unpnb ima^ -pi^ r.Dns inu:^ ta:\T riDiT^î^a 

.n":tu5 r^a^ ': 'a b-^b -iudï 

. . . R. Nathan, (ils du rabbin Joselin. , ., s'occupait de la Tora jour et nuit et séjour- 
nait dans la maison de prièi'e matin el soir; il faisait son commerce avec loyauté... 
Décédé dans la nuit du lundi 3 Schevat 5398 (1638). 

3. ^bn V73^ bD\D ma3> n72UJD ûi* b"T n^N72 na r!7jbu: 'n narinb^^ 

ibicb^a min bn:;m ^72ir b-^b ïr-nna poruj marai ^"^v ^^n^ia 
tariT n2i72wsa "jn:! n'ôjst ï-ibcnb a^nj^m a-^ai'^m nann £D^T^7jt)n 'T^73rm 

ï-iT nauja u:npnb imar tip^i: r-iini inu:^ 

. . . R. Salimion, fils de R. Meïr..., étudia la Tora jour et nuit, il la répandit par 
ses savantes discussions et forma de nombreux élèves ; il se rendait à la prière matin 
et soir et faisait son commerce avec loyauté.. . Décédé le 17 Tébet 5399 (1639). 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISRAÉLITES DE METZ 295 

. . . Aschcr, (ils do M. Lsaac, (Irci'dr le vondrcdi (> lyar ÎJiOT (iG47). 

[n] 'n biba Tn-û^: b"T Dns;: nn i'b-^-'n n-i7:3 M3i:;rî î-;'::n :^"d N" 110. 

. . . Darne Hoila, fille de Monahcm, décédée dans la nuit du S et enlcr- 
rée (le lundi?! 8 Tischri 5410 (1G40). 

!-ib72:iT mu:^ ^mn ri^brr T~f>'n^ br) ,r;5i:irt ïTsTn ^1:173:: riD n» ii:i2. 
rn*,73 n3i;rn riCNn r-i-^n-irai npnnn D"n3b n^bm tD"T^^ b^ t^y non 
.M"?)'"'ri rboiD n"D 'n ûi^n :"i3 b"2:T pms iTobr 'nr:^ nn J-rbiD-tT^ 

. . . Dame Michalah, fille de H. Salotnon Nordon, décédce et enterrée le 
jeudi 28 Kislev :i410 (?) (1649) (?^. 

'1 tnv 3"i3 pHi:^ -i"3 Nir -i?3:d n'î^'^n v^^^t Tv::i 'sIî^n St) n» 120 \ 

.psb '^-^ n^u: '2:^1 'p2\253^ 

■J. n^nu: ^33^3 i"nnu; T'^m n73U55 t^y b"T priii"^ nn nuîN '-!7::d 'n-a^-^n fà-^* 
ï-rnnb tD-^nj? rmp '^n cr^i tzi^-^72 nmp n^m tz^^non mb'^TD:*^ pois' 

'\r\i2'Q': r<rîn 

.pDb T"n -!•«■«&< 'T ûrn nnnn72b -inpsi n-i^N '^ (nT::n) ùi^d n::D3 

... R. Asclier, fils (risaac..., s'ocrupa d'œuvrcs do bionfaisanco ; il était fossoyeur; 
il avait sos lioiiros fixes pour étudier la Tora et se rendait à la maison de prière ma- 
tin et soir. Déci'dé le samedi (?) 6 lyar et eiiten-é le dimanche 7 lyar 5407 (lOn). 

2. ï-i73bo -nriD i-i"r, nn nb^-^To tn^^2 nc^^n rrmonr; ï-i^wsrt 5î^-> 
rtn^m tz5"^'T:;^i '^^tû '•^^nin t-f^'D'^ bD ï-iDbn;:: mnrn b"T pnij v^bT 
nbm:» nsiDn nr br)D ^^7:n nri^n nnbEni rî"3b a^DT^riNTûT û^3T^Nnn7a 
]J2 r!n-»m t2^7jn piv::b '^:i:nP73 ms^^nna tz^To^n bi tD-^brin nn72n::iT 
D^n?:m '^*nrt or ion bn7j:;b n m:^703 '^poirn m^:pi^ û^u;^ b^ zrnnnr: 
r-i3>3 '^pinnbi 'imnpb npi^a nm^^^yi nDi725<3 7Q"i»n (ri/poi:^ n^r; C3:»t 

n3UJ3 u:-;pnb np-i^: ï-ni33> i^pd s-:^'::-tt' û^ tLpmi 

.i"::pn "i^bo:: n"D 'n m^ n-i3p3i ?nnu3DD 

... Dame Micliala, fille de K. Salomon Salman Nordon, de mémoire bénie, parce 
que tous les jours de sa vie elle marcha dans la voii; de l'honneur et de la loyauté, 
et (|u'elle était des premiers et des derniers dans la maison de Dieu; sa i)rière fut 
toujunrs faite avec une grande fervcnu', ell(; ne man(|uait pas un seul jour deréciterles 
Psaumes, ainsi que les autres supplications (pfclle adressait à Celui (fui trône dans 
les hauteurs; elle faisait partie d(>s sociétés des dames pieuses qui s'occupent de 
bi»nnes œuvres en faisant le bien à l'égard des vivants et des morts ; son commerce, 
elle le faisait avec loyauté et exerçait la charité à l'égard des proches et des étran- 
gers s'ils se trouvaient dans la peine... Décédée et enterrée le lundi 28 Kislev 5515 
(1754) (?). 

3. Le Mémorial porte une date toute dillënMite. Il est i»robable que le graveur s'est 
trompé. 

4. 3? Dtp Ti^n-c 1-nu: V'^n n?:uJ3 ^y b"^ pn^r^ nn i^it^ iiz-d nui-^n snt 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

... Juda, fils de H. Isaac, décédô et enterré le vendredi veille de Pàque 
■UIO (1630). 

ri^bo l'nn it3iT7j iPwS n^^-m Tii^^n I^nsi -t^-» 0"^n :û"d N^rH». 

.::'rn ii^N-i n^t< '^ 'n ûv 5"i3 b"T b^iTO':: -l'nn p tunn^N 

. . . Salomon Abraham, fils de R. Samuel, décédé et enterré le lundi 
10 Adar I 5429(1669). 

... Joseph, fils de R. Eliézer Abraham, décédé le jeudi 8 Tischri 5433 

(1672). 

^"3 nib\i5 M"- tD'^73n i'^n to-'^^n ^n "iTON:!"! nu:*^ u5-'î< r:"D no.97. 
n^-^N î^'-^ 'r< Di^ lû'iDn d"id in^ri ï-ir:72 n'nn !-i73b^ n"nn tz^nuj^n 

.pcb b'nn 

...Jeune homme, consciencieux mandataire du Beth-Din, Salomon, 
fils de R. Moïse Gahen, décédé et enterré le dimanche 11 lyar 5438 
(1678^. 

'1 t:T^ 2"n5 mbu: psn ri-py^ n"nrî p in^ "^'^^ ^'^^^ ^"^ ^'° ^^"^^• 

psb a'jH 'îT:;n 'û'^ 

... I/enfant Nathan, fils de R. Jacob Gahen, messager du tribunal, dé- 
cédé et enterré vendredi 19 Heschvan 5459 (1698). 

.pDb D'n "T^^N "^'n 

riT nrD'vDn n-nn^'n npiirb m3>7û n:PD 

.tisi^n 13 nnp^T psb An noD nnr 'i ^i^n -i-jdd 

...R. Juda, fils d'Isaac . . Il avait ses heures fixes pour étudier la Tora et séjour- 
nait matin et soir dans la maison de prières en faisant ses dévotions avec une grande 
ferveur. . . Décédé le vendredi veille de Pàque 5410 (IGoO) et enterré le même Jour. 

1. 'poy'O m35>3 — b"7 b.s-i7ûO n"nrî p ûnnnN riTob'û n"nnD -p^r.in Sk"^ 
û'^D^n d:^ n"D^n nniD^nnn mDj'b ^<^bD^ nDiii b^b -iz:'^ ■^-i7ûi<n ï-t3i-t 

iPUJN c::iT nbi"i:i nji^n nn^n mbom ri"2b nn3>m 

... Le pieux R. Salomon Abraham, fils de R. Samuel, qui méditait les paroles de la 
Tora jour et nuit et qui étonnait tout le monde parla subtilité de son jugement sur le 
Talmud, sur les Poskim et les Tosaphoth. . . 

2. i-!^^3 Dy b"T tsmnN nrr^bwN 1N7:î:^: nn qsi^ '^tdd ny^jr, ik^ 
rîT nD^2 imn^'n ^-ipnb np^i: iDni i^-^m-^o mai-n inn^^ i"\s 

.pcb ybn ^-iu;n 'n 'n nnpîi n::-:: 

... Le jeune Joseph, fils de Lii>mann Eliézer Abraham. . . Décédé et enterré le jeudi 
8 Tischri 5433 (1672). 

3. i"-!"i^ i"\x n73Uî2 Dr :û::u;b^i '^y^^ nn p^'^N pni:"« -i73D np^n jN-» 
ï-in-^n inb-«iDm n3n73î<3 ';n3T t^uîsi m73''73nm i^v ^i^im "^rnuj mnyn 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISRAÉLITES DE METZ 297 

... Isaac, fils de H. Isaïe (I.ambert , décrdr et enterré le vendi'edi 
18 lyarSiGO (1700). 

'itiTo V-'rn 'r: v^'-" ^'^^^'^ '-i"nn p ï-iTobu: ^'r^^rr ito-js îid n» io7. 

...I/enfant Saloinon,fils du savant Mardoeliée Halphen, décédé dans la 
nuit du sainedi et enteri'é le diniaïK^he 11 AI) ij4Gi (170i). 

2"nD b"T inDn \r\^ n"nr;3 npr*^ n"nn 'l73^n73^ n\:;-« ^■'n u"d n» ig». 

... R. Jacob, fils de R. Nathan Gahen, décédé et enterré le mardi, veille 
de Rosch Hodesch Tébet r;483 11722). 

.psb ^"cn nanû 'n 'n or rnnnp:! nn:jD5 b"T 

ir^m '^511:; t:r;b v^'^^ rmbD- rrrobi G^n^^D m7û-'b nj^vob ""pmp 
— !S'::3 i^3wX ^"j* i^inr rîpn:^ nsn: !n73in^r5 nnm n^j^-^p ppm ^-1^73 

ip7jt::d r^nn riT 

•pDb D"n n"'"^N ^"n p"u::5> 'i ût» "^apii -iudî 

... Isaacltzii^, iils d'Isaio Wilstatt (Lanibort),.. marcha dans la voie de la droiture et 
de la piété. 11 trafiquait avec loyauté et faisait sa prière avec ferveur, II a donné une 
fois quatre-vingt-dix pièces d'or i)our les pauvres de la Terre sainte et une autre 
fois quatre-vingt-dix pièces d'or pour favoriser l'enseignement de la jeunesse et pou>- 
venir en aide aux fiancées sans dot, on n'employant que les intéi'èts... Décédé et en- 
terré le vendredi 18 lyar 5460 (1700). 

1. ^"y b"T Xn'Dn ]n2 *,"nn p bp:-^ n-py^ -i"nr;D ^Dmnrt -i^onn f^"^ 
nPDrt "^nn?: 'Ci2'n bb^rnbi ni73bb n^nj'm tz^D'^Driu: mnj^n l'^-nr: i"\\ 
173:^^ ni< wH^pi tsiN- bD uy nsn b?::;-! r-ib^bT ût« in n'^:im cs^^pi 
I^Din^jin £=i^-^^:ym i^D^ii-^OD it:^;* PiS C]:i^o'J wyo n7:Di ib ipiTjD 
'n2n?3 b^n bx b^n^j "jbm tnwXi D^pbwN tzii» PDb y:!cn3 b^m tD^bn:i 
mpb"î "^ipicTo '^m D'^bin mp-^a PDm i:7:t3 'c"p "^s^-npb npin:^ D^n7:ic 
— HT n^'iJn r:p"7?:b T-nn^^ i:p2 Vj3 d:j rrbi-i:; r;:iD3 hpt: ipt-^opt ^''n^ 

.:i"DP p3:û n"ny nnpsT L2"u;n -iudd 

II. Jacol) JoKel, fils de R. Matlian (kdien... se conforma aux paroles de l'Écri- 
ture : » Tu méditrras (la Loi) jour et nuit. » 11 pratiquait la bienfaisance env(M-s tout 
le mon<le et sanctifiait sa vie entière en ne s'accordant strictement que ce qui lui était 
permis Pendant plusieurs années il s'imposa des mortifications et des jeûnes pn'scjue 
consécutifs, ce (|u'il faisait d'ailleurs avec une grande modestie devant Dieu et de- 
vant les hommes ; il allait de ceux qui attendent l'aurore (pour commencer à prier) à 
ceux ([ui récitent le Schéma à l'heure juste. Il était de la société des visiteurs <les 
malades, ainsi que de ceux qui fréquentent assidûment la synagogue. Il faisait sa 
prière avec grande ferveur... Décédé et enferré la veille de Uosch Hodesch Téhet 
5483 (1722). 

2. ïvi-nr:^ ^^--n -i"nn tnn ^r-j::*: ïnn?: m-^on- rrç-^r. n-cur. f.s^ 
"^;:;^^D•l t=:iP3 -^bn i-i^fz^ ^zo -^.inrn i"n-':; i"'i< :":• b"T inniin 
riTûirr PwS r-rD;cT n^-j r-n-î7:D 'n3iC7: np^m d^wN br t=:v -en mb?::n 
D'''n3b nany-i ï-i72^DUJm p"pb '-^33 pbi:i73i 2^21-1^^:2 t-!^:yp r^izzn 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

... Dame Nensché, fille de R. Banich Jiida Hazron, décédée et enterrée 
le jeudi 8 Tébet 5483 (1722). 

':^ ûT n^DS b"T y"D ^^1112 'n^ ï-mn-' itdnst n^^ id^m a"D n» 43. 

.ri"irn vho'D V'!:: ûi*^ 'p5i 

. . . Juda, fils de II. Mardochée Cahen, décédé le mardi et enterré le mer- 
credi l5Kislev 5493 (1732). 

)wm i-i72bu: n"n nni2^J2 bmt3 uj^;::^t ipTi niiî-^i p^n^r :û"d n» 96. 

.pDb T":£n bibN :\"3 '2 tsi*^ •û"\d'2 5"ii b"T l^-iN^ n^^î^T^ n"nn b"T 

... Le Mohel R. Salonion Nahschon, fils de R. Méir Nordon, décédé et 
enterré le hindi 23 Eloiil 5497 (1737). 

.psb p"n t>"-Qn 'v^ 'psn d";i5 '3 b-^b 'd3 b"T "^ibn 

... Dame Merle Sara Rébecca, fille du syndic R. Isaac Lévy, décédée 
dans la nuit du second jour de Pàque et enterrée le second jour de 
Pàque 5500 (1740). 

riT ii'i)3 n^-in3>3 npn^ lanD '-^23 ci:* nbi^:; rî5i:D3 nnb'^Dn iintîm 

•psb :i"Dn nnL: 'l: 'n 'n^ nnnpjT lû"i2î3 nniDD^ 

... Dame Nenscheh, fille de R. Juda Hazron,,.. a marché dans la voie de l'iion- 
nètct('' et de la droiture tous les jours de sa vie et fait le bien à tout le monde. Elle 
était réputée pour ses l)elles qualités ; elle se mortifia par de nond^reux jeûnes consé- 
cutifs ; elle éleva ses enfants dans l'étude de la Loi et se rendait à la maison de pi'ière 
matin et soir où elle priait avec erande ferveur... Décédée et enterrée le jeudi 9 Té- 
bet 5483 (172^2). 

1\s 'r>ii:72 ï^b r-Tb« b^n r-in^n S^^n noN b"T -ilS^^d^j:: ^ibn p2£^N 
r-imnLDn n^ii^i: bssi riDi^ b^i r-ibnp "jnn mmnna ,r;n3'iJ rm^T^-^nb 
f^7:]0T nujinnn û^n-^ujj'bi tD^^srb nb^b^i tDi^D n":im npiirn ï-T7ûir5> 
tDvn tii^bin nnp37û nnsp no^^TOT r:::inîD ût:: ^bn nsn: riNisnb 
^^ nnnnm i-rnT'b n^^^n tnibT^n biiwN nn-^n tz:^! .mi'-j: nb^bm 
QicN^nm D^nrû Q^bsN7j m^i ûi^ ■^n'^To ib'^-^n^iî tzi^^nn ûi» D^non mbToi:; 

ï-i5^3Mn nm-ib rimni: r-in^n nn-^ai [';]nn73'.L:3 ?-iî<^i:"« r^^'^n t^-cr^ 
npwD j^b .nrr^n ""sn i^r: tz:^^D3' ï-irr^^n nr^DD ï-î73D riD^bn ïi^n^iîi 
r^iT^in^i t2"«7:in^ nbn;73 r:n^nc -npis: lyb f^nJD'iy .n^nb'^UTj tz^^j^ 
tD^na::? nnnL:m ï-Tsnnb nwX^\:;n pi^^j^ ïmbD "i-iNCn nncinb nN^iDm 
r-j-nnb ïin-inTD n'OiDr; nn-r?: ^"in nnb^Dn i-în"^n r;:DTi ï-idi:; b::n 
ï-i"n in-nn b^' iDinn pipbi l^iNnnbn .rîTDD'i^nm npim nn::' nbcnbi 
m:^b ^-iD nrr?3 n:^ -n^-^ pT im^T^i nn^n rinrc nb^bri niirnn 
ti::^ nTDDUJnbi npi^b f^iTûi^b n^bri b^nb b'^n?^ ^"ni^i rriiiipn'j nn^ 
....r-tT nD'vi;^ n-nn^' min mTobbi û^^^yb !-t3i7:73 nuJ^-^.Dr: 
.psb p"n hiir^jn :^n b-vi: ^:id etd '^^'•'nn ûi^ rnnnp^i n-TJD3 

...Sara Merle, fdle du syndic R. Jacob Isaac-Itzig Lévy Spire, vraie femme forte, 
les paroles sont impuissantes à exprimer son éloge. De cœnr et d'àme elle se consa- 
cra aux œuvres de bien et de cbarité de jour comme de nuit. Aux pauvres et aux 



LES ANCIENS CIMETIÈRES ISRAÉLITES DE METZ 200 

■*r)i-i73 7:"3 ns'^bri-'D nn?3 r-inp^n nrptn ï-mr^nn ti^Nr: n° iii. 

. . . Fegelsclic, lillc de Mardochôc Abraham, décodée et enterrée le mardi 
troisième jour de Hol ha-Moed de Souccot 20 Tischri 5501 (1740). 

Sns-1 ^"nn p ï-iT^b^ 'n np-^n v^^^^^ "^^^i '^^'' ^^^ '-^"^ ^'° '^^• 

.:;"pn i^bDD n""i:' n ûi^ :"i3 

... H. Salomon, fils du savant R. Uaphacl, décédé et enterré le lundi, 
veille de lloscli Hodesch Kislcv 5503 (1742). 

^"nnb n''nyn^ tz^scn n'^sn ^t nia-»-! t3n ;:2^n inT::: ï-id n» s.'i '. 
3>'^-i''3 ûnn3t< n"3 tzi'^^n n"nn nsisn '-^n "^nb-^Dn r-iDiTot^n ïT'n 73"i72 

. . . Hayem, fils de R. Abraham Birié, décédé et enterré le mercredi 
10 Schebat 5515 (.1755). 

riches elle offrait des remèdes et des inédicaments gratuitement, à ses proi)res frais. 
Elle visitait les malades aussi ])ien de juur ((ue de nuit. Elle assistait les femmes eu 
couches au moment de leur délivrance. Elle était de la société de bienfaisance qui 
préparait jour par jour de bons plats pour les pauvres et les malades, de même 
qu'elle faisait partie aussi de la société de la purification des morts. Elle avait soin d'être 
toujours là au moment où une femme rendait le dernier soupir. Sa maison était large- 
ment ouverte à tous, elle entretenait nombre d(^ personnes en leur procurant le man- 
ger et le boire, et le gîte pour la nuit. Les pauvres étaient comme les enfants de sa 
maison,, ils ne laissaient jamais d'avoir leur place à sa table. Sa charité ne se relâ- 
chait jamais, elle élevait des orphelins et des orphelines, qu'elle avait soin de marier. 
Elle aidait d'autres fiancées pauvres à se marier. Sa prière était pui-e, elle destinait 
une chambre spéciale de sa maison h la Tora et à la prière, qui se faisait matin et 
soir, et à l'aube du jour, et pour y célébrer le service funèbre de minuit en souvenir 
de la destruction du temple, elle ouvrait sa maison, et à partir de ce moment le sommeil 
fuyait ses yeux pour ne maniiuer aucun amen. En outre, elle allait d'un service à 
l'autre, elle était de ceux qui attendaient le jour et ((ui faisaient leur prière avec 
l'aube. Elle distribuait aussi de l'argent aux i)auvres et à ceux (jui étudiaient la Tora 
pour elle... Décédée et enterrée le mercredi, second jour de la fête des Azymes 
5500 (1740). 

1. niDyn i-nb t&< b"T y^-^rn ornpN nn tzi^^n -)?j:d h'wDi -i'^J"! '::'^i< "m^ 
'ïn^n in^m V"*'^ V^"^"^? V'^iri^ S-i:7:t n-w-i"^3i i^inn iv^"^ bD ^bn'O 
inbcn î-rbDPb i^stvUlS-i- p npim nn:? '^m c:T«3Nb nn^nb nmnD 
^yn '^m .!-T2i72Nn ?D"i?Dn poi^n .i-iiz-^'yo inbn nb-n:; msn^n ''-rt 

!-iT nDw3 'cnpnb i-^nny^ ïipii: rijnD •ipu:5<n r-ipi:^ 

■ pcb ^''t^-pn 'ûn'Q '^ 'i t=n-> -iL*D5 

.. R. Ilayem, fils d'Abraham Hirié.,.. marcha toujours dans la voie de la piété et 
de riionnèteté et éleva de pauvres oi-phelins de sa parenté ; sa maison était laigement 
ouverte aux pauvres; il était un des premiers toujours matin et soir à la maison de 
prière, où il priait avec grande ferveur et d'un cœur sincère. Il exerçait son com- 
merce avec loyauté et faisait amplement la charité... Décédé- le mercredi 10 Sche- 
bat 5315 (1755j. 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ï-i^?:^ Vd n»-3'2 r-r:^y'n n'-nn'i;: nin^ii: ri2Ton nuJN tû"D n» ii3». 

.T":3pn bibî< 'i '3 'dt 'î<'3 n^^n 

... Mendelé, femme de R. Abraham Wiener, décédée le dimanche et 
enterrée le limdi 4 Elonl 551 G (1750. 

'; b^b 'D3 b'ii'T "jTn n'O?: r/'D nnj^ bipn nn^i "ipin n:i:D3 '^n inb-^Dn 

.psb T"^pn n3"j '3"^ ':^ ûv n3p5i 



1. rn r-ib"j3'^7û m-û ns^pîm Muî^'^^n m-^onm nmcnn n\iîNn :«■> 

û^ û'^^i^stîbi '^5jb npnir opab n^nb n-^^To riDbm û-^non mb-«735bi mi:73b 
n-nbvbi D'^T3\i: ii^^sb m-ro^ mpii: n7jDb ^Dbpn D^» nnoTo nn^n :D"n33 
ts:^ û"^73in^ Su: ti^T^ni' u^-^nbnb û:^ ti2u:D5 nT^n-b tzi^n '^n J*<buî 
T«73n PT^nb d:ii .tonn^T^n '"^'iJS b'^ r-iT^jpii: t2"^\DD bu: ^<n2^^ r;n-n 
^^'2'Db rip'^b'Tn t=:^ 'jnTou:^ rwx^ir^ nn^b n:^ v^^^'^'^t^n iT^i '^Nbinn -npab 
^'^ ^"nD3 i-^r^mn n"''jD">-^b '{•^-'npo ::i?:d bD br niT'jrr D"r:D3 nn;:: 
rnj' b:Dm ï-i:7ûTn n-!3'73b G:ii ûn^i tav "^"itû '"^-iTûTob r-i72^D^m tzi^;::: 
t^bnn '-i?3i:ii rinban ^inn nbijn ï-in^;:: mn^i ^<bD nb^rn bu: V^Tm 
^n3::b nnb biDD î-ibn:; ^313:3 tzi^T Di' bs nTcpm m:^nm mi)33>?2i 
^on mb^73:;i ï-ni:7on ncob b^T V2 '^mun n^u:j*?ji nnnu: cj^Ton piu: 
'^3^-TD bi:5^ ï-nu:^- b:n nb:;-) tn mn^bi s-ir::yb?o nn-^ni^n ^<bu: 
npii: rmnj'n i:n: r;^m:a G:i npn:: f^^n^in tj'3 y^bT^nb nb ■^n'«-i3 

r-TT nsu:^ u:nprjb 

.T"[:pn bnbN 'i 'n dt» n^mpsT n-)u)D3 

... Dame Mindelé, fille de Mardocliée David Lévy, . . s'habitua dès sa jeunesse aux 
œuvres de bien et de ctiarité, allant de maison en maison demander l'aumône pour les 
pauvres; elle quêtait aussi au temple pour plusieurs bonnes œuvres, pour la déli- 
vrance des prisonniers, pour l'œuvie des femmes en couches manciuant du néces- 
saire, et pour habiller les pauvres orphelins. Elle fut aussi de la société des femmes 
pieuses, de celle de la purification des morts ; elle fut de ces femmes qui visitaient 
régulièrement les malades et attendaient, le cas échéant, jusqu'après le dernier sou- 
pir. Elle allumait en l'honneur du sabbat au temple les lumières à toutes les lampes, 
qu'on appelle Leucliler, suspendues au temple des femmes. Elle se levait de bon ma- 
tin pour être avec ceux qui attendent l'aube, elle était là pour faire la prière du soir 
à l'heure, et ainsi pour toutes les heures de prière, où jamais elle ne se permettait de 
prononcer un mot étranger à la prière, elle ne manquait pas un seul jour à achever 
le Psautier, les Maamadot et ses prières et supplications particulières avec grande 
ferveur en l'honneur de Celui qui troue dans les hauteurs. 

Qui saurait expi'imer son éloge et ses vertus, ses œuvres de charité, auxquelles rien 
ne pouvait l'empêcher de se consacrer, et les nombreuses démarches qu'elle faisait 
d'un pas ferme, auprès des personnes généreuses pour plaider la cause des nécessi- 
teux?. .. Décédée et enterrée le lundi 4 Lloul 5516 (1756). 

2. ^12'D m273 nn ith ï-iu:73 nnniD ^"z^ nsioi V'u: n'^îJ'm ni:: iD^Nn :n^ 
^^u: 13^72 !-T^n .im:i3 .i-nu: tn d"3> .dn3 nmcTo b"T p2:^N pn^:-' 
t^y:^v':> "^d^cd yn ,m72inD Y^^ rtbN n L^y '-^y .r-n727ûTi b^b n3u:i 
inpij: .D-^-^n '^pbs mn vbjr '•^^^^\^ \Tj12t: i^d:: '-m ,D^73'rnu: Ij^dn "{iNin 
'^n tziu: inyn t2ip73n ï-rbi:i73 -in^ noD?3 mn pNS ,bb-nn tzmu:^ ^d3 



LKS ANCIENS CIMETIKHKS ISIIAÉLITKS l)K MKTZ .{01 

Le ministre olficiant Moïse. 

Ici repose un second Moïse en modestie, aussi fidèle comme ministre 
officiant que comme messager du tribunal rabl)ini<iue. Il taisait sa 
prière avec grande ferveur matin et soir, d'une voix agréable. Le mi- 
nistre officiant Moïse décéda dans la nuit de mardi et fut enterré le mardi 
12 ïébet 5517 (1757). 

n"n (-.O'n nv d"i2 b^iTjM: d"^-idwS zpy^ noDi n^^ '::\s •û'd n° !):{». 

.psb 3"Dpn p^3 

. . .Jacob Epbraïm Samuel, décédé et enterré le jeudi (? Hoscli llodesch 
.\isan 5522 !l7G2 . 

npy^. n"a npi»-« n^N?^ 'n -lp^1 v^^^^i t»::di no*» "0"^î< •j"d N" 13. 

^y cx'n mm î-id-» r-i2iD3 n^ by !-ic:*: '^r: r-ir^ .nbam r-ibnn 
'iO"'T ï-tpii: tiTin m)2->7:n3 '72::' -i^n rî mn:^' i:>t:b inmiDT nbin:i ou? 
'•«-'syb T>73n nmPD 't; nn^n 'j-'bm:;! i^arjp n:72bwVT V'^irr^ .'j-'bm 'j^'^s^'b 
'■^non '"«bT^iri r^D^np ï^-innn mrr tz^ i""!""'»^^'"" T^^^' vp^nibi i^DTipb 
r-iT^nnb dd-i:: snj'b .'^wxbinbT mbi*^ ^^D3-'b npiir s^^^^nbi n^:.'c:nb 
Sdi^ "^73 in3\r tD^bnn m7ûNbi ^^?3^bb t<;:j^np >innn- qOiSbT S'ûdî 
Tnnj' i3n3 inm id3i in^DN w^ .ûbirn b^n tDO-nD73 "^r^n vy:: nsob 

HT "13'»:; 3 cipnb npn:: 

.pDb T"^pn nrj n''^ ':i û^^ -i::d3 

... Le ministre officiant et le secrétaire du tribunal rabbini(|ue II. Moïse Hazan, 
fils de R. Isaac Itzig, ((iii cliantait la basse. De sa voix puissante il entonnait les cbauts 
«l'allégresse à la gloire de l'Éternel. Puisse l'Éternel veiller sur le peuple de Dieu pour 
le protéger comme des murailles ! Dès qu'il commençait à chanter, l'esprit du Dieu 
vivant s'emparait de lui. Sa piété fut louée par la bouche des justes; il fut loyal et 
discret... Il ofliciait avec une ferveur sublime et sincère, non parce ([uil ambition- 
nait de l'honneur et de la gloire, mais parce cpi'il voulait rehausser le culte de 
l'Éternel . auijuel il se donnait avec une vraie piété. Il s'appliqua à la charité, fut le 
soutien des jtauvres et des indigents, des orphelins et des veuves, des grands et des 
petits. Sa maison fut toujours ouverte aux pauvres, à ses proches et aux étrangers, 
riches ou pauvres. 

11 fut aussi de la société de bienfaisance qui prenait soin des femmes en couches et 
des malades pauvres pour leur procurer, le cas échéant, les moyens d'existence, et qui 
avait l'habitude de se réunir pour étudier la Tora et pour récitei- les Psaumes... Dé- 
cédé le mardi 12 Tébet 5517 (1757]. 

1. •ûiz'iin TrpD^T n"nr!D nr.i2r> p SwNitj':: 'd h'ûdt nc^ ":;\sr: zk^ 
'■"DUim iri^nb iit72 ^»J■^i:73^Tb viz"^ bs mxTj nn::"»D marn i''^wX '^"y b"i:T 
bn-pi tnyc nuD "j^-no^n c^::m7a '\-n tnzi'Dn bbanm D"r:3b nm'm 
-iii^y rrp^i: i:p3 T'SST inuîwS û:* n"n tz;ip7:n n^-i^Toi rnDrtwX72 bD- 

r;"3i::n r-iT niDTD 

•pob n"Dpn 'jo"': n""i 'n dt» j""i: 

. . . U. Samuel, fils du défunt 1». Ziskind de Brumath. jieina beaucoup durant sa vie 
pour procurer le nécessaire à sa famille. Il se rendait matin et soir dans la maison de 
Dieu, où il pliait avec ferveur; pendant de longues années il fut en proie à de 
cruelles soutlïanccs. ((u'il supporta patiemment, aimant et craignant Dieu... Décédé 
et enterr.' le dimanche (i»eut-étre : 1" jour de) Rosch Hodesch Msan ."^522 (1762). 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

... Mayer Jacob, fils de U. Jacob Isaac, bedeau, décédé et cnlen-é le 
vendredi 20 Schebat 5522 (1762). 

•-ip-^rj a"^:'3 '^n v^yiD û-itod "^b-in "jir^m ^'i:^ ;d^î< tj"D n» luo '. 

...Samuel, fils du savant U. Isaac, décédé et enterré le vendredi 
3 Adar 5522 (1762). 

!i"nb nm'm û^D'::- i-isTo^ ^7û innu: no3>72i ^h^j: ;u^n 'j"d n° 102. 
Di'i û-i^nn D^' ion b73:;i nniD?: n)Nit?3 'j'-^:^"' nm-ib rimno nn^n ûu:i 
5"i3 'd ^y?2 nTJ'^bi^ n"3 ^-i:o::bN bî^iT^tJ '-1 'j-^nr;i:73 p"n^LN tD^r?^?-; 

.pDb n''Dpn ii^Dwsn "i^wN 'n^ '2 ûi^ 

... Samuel Alexandre, fils de U. Eliézer Moch, décédé et enterré le 
lundi 24 Adar I 5522 (1762). 

î-!"nn mj'UJ m^iDn poi:' v^^^n nuJDv ^iii*^ ^^î< L3"d n» oo. 

nT3>^bî< '"13 n-py^ nu:73 tz'^'^n mwN bs ûj' n":\ n^nn^t n^nnuj bbcn'nb 
.pDb :\"Dpn ::3UJ 'ni 'n '1 ût^ 'pji nui:: ^■'"i^w^ qoi^ 

... Hayenj Moïse Jacob, fils d'Eliézer Joseph d'Ennery, fabricant des 
cierges pour la synagogue, décédé et enterré le vendredi 2 Scliebat 5523 

(1763). 

.rt'3':S5n pDb y'::pn p^; 'i '1 uvn nnpST 'n b^bn '^: "iriDn 

... Mayer Jacob, fils du défunt U. Nathan Cahen, décédé dans la nuit 
du jeudi et enterré le vendredi 4 Nisan 5523 (1763). 

M572'^ ^12 innu: r-iiiDn nn^n inb^sn '^b^'T^i jn:^: '>::-^n 'û"z> N" 8. 
ni^^N '3 p"u3y '1 ûv 'csd: pDNi: ■^ibn n^^?: ^inn -i"3 ri^b ï-i^iir^ '-i"nn 

.pDb :^":Dpn 

. . . Juda Leib, fils de R. Baruch Moïse Lévy de Saverne, décédé le ven- 
dredi 2 lyar 5523 (1763). 

N. Netter. 
{A suivre.) 



1. n7û\r3 "o^y b"T pT'^'^i^ n"D m573r! p bNi7û\:: 'd niusi nu;"^ ui-'wsr; bwS^ 
D^N T^:i"in r^bi nii^nnb m: '^m D^n^b n-^nj^i û^D^n^ niDj^a i''^^ 
Nnn riT niDîn m^j' npni: isns i^jûi inu;i<T r;j-i?2N3 t>4y:3i t^tq*^ bs 

... Samuel, lils <lu défunt 11. Eisik..., séjourna dans la maison de prière matin et 
soir et fut agréable aux hommes, n'ayant jamais de sa vie otfensé i)ersonue et ayant 
toujours travaillé avec loyauté. . , Décédé et enterré le vendredi 3 Adar 5522 (1762). 



AUCIIIVES JUIVES DE FLORENCE' 



On sait que dans les archives syna^ogaies et c(3innninales 
d'Italie se trouve un grand nombre de mat«Mianx pouvant servir 
à 1 histoire. Quelques uns de ces matériaux ont déjà été utilisés 
par des savants ; mais la plupart restent encore enfouis sous la 
poussière accumulée par les années. 

J'ai employé les quelques semaines d'un loisir forcé durant les 
mois de septembre et d'octobre 1904 à examiner attentivement les 
Archives de la Communauté juive de Florence. Je suis heureux 
de pouvoir certifier qu'elles sont tenues avec beaucoup de soin, 
étant arrangées par dossiers et classées d'après un certain ordre 
chronologique. Néanmoins, c'est là tout ce qui paraît avoir été 
fait. Aucune liste n'a été dressée des documents et des pièces 
contenus dans les dossiers. J'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de 
dresser cette liste pour montrer l'utilité de ces documents, non 
seulement en ce qui concerne l'histoire des Juifs de Florence» 
mais aussi des deux autres principaux établissements des Juifs en 
Toscane, à Pise et à Livourne. J'ai simplement numéroté les dos- 
siers dans l'ordre où je les ai trouvés dans les Archives. Ils peu- 
vent être facilement retrouvés au moyen des dates indiquées, 
sans changement, sur le dos. 

L'image qu'un examen môme rapide des documents nous oiïre 
de la conditioii des Juifs, particulièrement en Toscane, depuis le 
xvi« siècle jusqu'au xix'' siècle est celle qui se voit partout. Parqués 
dans des ghettos, ils sont souvent molestés par les populations 
voisines (n°'' ^, 16, 19 et le Gi'and tumulte à Livourne, 4 juin 
1790, n° (53). Ils ont à se défendre contre les |)rédicateurs anti- 
sémites n*^" 25, ()0) et, en particulier, contre ceux (]ui essaient 

1. J"ai à icinercier mon excolleule et t'rudiU' amie. M"" Eugeiii;i Lovi, de Flo- 
rence, d'avoir bien voulu m'aider à revoir ces pages. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de bapliser par iorco lems ciifaiiLs (u'^^T, 30), ou contre la prime 
d>ncouragement à la conversion (11° 23). A tel point (jifen d834 
encore, les Juifs pélilionnent contre la démolition des murs du 
ghetto, qui leur avaient offert une certaine sécurité (no 01). Le 
quai'tier hal)ité par eux était reconnu comme faisant officielle- 
ment partie de la ville, et le mot «Ghetto» servant d'adresse 
(n" 00) n'a pas le sens douloureux quon lui attribue d'ordinaire. 
Ce n'était pas toujours en vue de leur commodité que les Juifs 
changeaient d'habitation in'» 7 K), des permissions de j'ésidence 
spéciales étant nécessaires [w^ 8, 12). Les nouveaux arrivés pou- 
vaient être renvoyés (n» 4L), sans autre forme de procès. Comme 
en beaucoup d'autres localités, les Juifs étaient exclus de cer- 
taines branches commerciales no 7 ï, I. 1); les Juifs s'en plai- 
gnent jusqu'en 1808, même en Toscane (n" 54). C'est un fait très 
curieux et presque moderne que l'exemple d'une exclusion sociale 
(n° 40) : les Juifs de Florence se sentent froissés de n'être pas 
autorisés à prendre part à un bal donné par f< l'Accademia dei 
Fabricanti» de la cité. Il est natui-el qu'on rencontre mentionnée 
parfois la rouelle juive. Le port del a rouelle entra peu à peu dans 
l'usage; en fait, elle pouvait être enlevée pendant le travail 
(n' 14), mais, en 1787, les chrétiens présentèrent une pétition au 
Grand-Duc pour contraindre les Juifs à la porter (n" 48). Le ser- 
ment juif allait généralement de pair avec la rouelle (giuramento 
de more hebraico, n'O, § x) ; et il semble avoir été prêté quel- 
quefois « super thephilin seu polius super Biblia » (n° 58 d.j. 
Mais le médecin juif était en tous temps bien accueilli (n" 0, 
§ xviii) — le corpus vile étant moins précieux que l'âme et moins 
sujet à la contamination. 

Malgré tout, les Juifs, comme on le sait, déployèrent toute leur 
énergie dans le commerce. Nous possédons un ou deux docu- 
ments se rapportant à ce sujet, particulièrement en ce qui con- 
cerne leur commerce dans la Méditerranée (n°' 1, Oj, le Levant 
(n' 9), Bordeaux, l'Adriatique [n° 29), avec la Régence de Tunis 
(n« 02). Leur commerce à Florence est mentionné (no 37) et un 
accord est signé les autorisant à tenir leurs boutiques ouvertes 
pendant les fêtes chrétiennes (n* 59), les lois du repos dominical 
n'ayant pas encore évidemment fait leur apparition. 

La catéchuménie elle-même eut probablement avec eux des 
relations d'affaires (n" 33) autres que celles qui la mettaient habi- 
tuellement en rapport avec les Juifs. 

Une lumière fugitive est projetée sur les mesures prises par les 
communautés, particulièrement sur leur tentative de ramener 
sous la même couverture Juifs italiens et Juifs levantins n"^ 22, 
20, 45 c.) et de délinir convenablement les fonctions des Massari 



LES AKCIUVES JUIVES DE FLORENCE .105 

(n° 15). Certains détails sur les actes charitables nous sont révé- 
los : un homme, tout au moins, laissa toute sa fortune aux Juifs 
nécessiteux de hi ville n" J8). Il s'ai)|)elle « /accaria de Flaminio 
de Porto»; nous laissons à (luelque spécialiste le soin de re- 
chercher si «Porto» fait partie de son nom ou simplement 
indique le lieu de son origine. Il fut, en tous cas, un digne pré- 
curseur du Cavalière David Levi de la même ville de Florence 
(1870). 

Une partie des documents est imprimée : de ceux-là j'ai men- 
tionné le titre en entier; pour (juelques placards, tout le texte est 
donné. A titre d'imprimés ayant trait aux Juifs, ces documents 
ont un certain intérêt bibliographique, particulièrement ceux 
qu'on nomme « Bandos ». (Proclamations e, 8, n"« 2, 19, 34, 42), 
et les importants « Privilèges de Livourne » (n^^ 6). 

On constatera que les documents en question contiennent beau- 
coup d'indications, non seulement sur Florence et Livourne, 
mais aussi sur Sienne (n^^ 7, 459, 47), Pitigliano (n» 7 f), Ferrare 
{n° 21) et même Rome (n° 71). Les documents imprimés conte- 
nant la liste des communautés juives des États pontificaux (n* 40) 
sont encore d'un plus grand intérêt. Le plus ancien document 
toscan s'occupe du gouvernement des Médicis; d'autres parlent 
de la domination autrichienne [n^ 52\ d'autres encore de la 
République toscane (n° 53) et de la domination française (n^^ 54^ 
56). La série se termine par la demande d'émancipation de 1847 
(n<> 64), l'histoire complète du conflit (n°* 65, 67) et la question 
du suffrage universel (n<* 67 j.). 

J'ai donné un extrait du n" 38 qui traite de la catéchuménie et 
qui nous permet de nous faire une idée des difficultés qu'avaient 
les Juifs à se garder contre les nombreux encouragemenls à 
Fapostasie. Nous avons là-dessus un rapport sur les années 1737 
à 1771, qui fut soumis à l'attention des autorités toscanes. Il faut 
reconnaître que ces dernières agirent avec justice à l'égard des 
engagements contractés envers les Juifs, soucieuses de ne point 
dépasser les limites de leurs pouvoirs et punissant sévèrement 
tout excès de zèle de leurs subordonnés ou des autres personnes \ 
J'ai enfin ajouté un petit nombre d'extraits de 1' «Anagraphe». 
Les noms sont d'une lecture difficile et d'une écriture encore plus 
aride; mais ils présentent un intérêt par eux-mêmes et souvent 
contiennent des allusions historiques qui ne sauraient échapper à 
l'observateur. Des noms comme Abenmusa (abrégé parfois en 
Musa) et Saadun tient leur origine de l'Afrique du Nord; de 



1. Contrairement à ce qui s'est passé dans le Comtat Venaissin. Voir dans cette 
Revue, t. L,p. 98. 

T. LI, NO iO-2. 20 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

même que celui de Tunes, sll est juste, comme je le suppose, que 
ce nom soit Téquivalent de Tunis. Le prénom de Giamilla était en 
faveur ; c'est la « Djamilali » arabe qui signifie : la Belle. Chimclii 
est une remarquable survivance de la famille du célèbre grammai- 
rien "^nîop et prouve qu'au moins dans les milieux juifs, ce nom 
n'était pas prononcé Kcmichi K\ers la fin du xvin'^ siècle la lettre 
i se glissa après la lettre )n, peut-être pour satisfaire à l'exigence 
de la prononciation romane. Dans une déclaration de 1796, j'ai 
trouvé « Abramet Rivia Chimichi » et quiconque regarderait de 
nos jours autour de la Piazza délia Signoria à Florence verrait 
encore le même nom en face du Palazzo Vecchio. J'y ajouterai le 
nom de « Bemporad », qui se rencontre dans un des documents. 
Quand je le vis pour la première fois sur la devanture d'une bou- 
tique de libraire dans la Via del Proconsolo, j'en fus frappé. C'est 
certainement le nma p hébreu '-. 

Il y a encore le nom majestueux de « Albuquerque » ; on peut 
légitimement s'étonner que les Juifs l'aient pris, de même que 
pour le nom honoré de Montefiore qu'où retrouve aussi séparé en 
deux Monte Fiori. D'autres noms de famille sont simplement 
dérivés de ceux des villes italiennes comme Beneventi, Rimini, 
Spoleti, Perugio, Urbino, Viterbo. L'étude de ces Anagraphes 
dédommagerait certainement le chercheur. 



1. Concession de Gosimo dé Medici, datée du 16 juin 1561, le plus 
ancien document des Archives; copie faite au temps de la con- 
cession. 

« Fit fides per me noi*'"^ infrascripta qiiatr. in libro Privllegiis 
existense in Gandia reformalionis civitatis tlorente repetitur el est 
quodda Privllegiis infrasti tenoris. Gosimo Medici Mag** di Fiorenzari. » 

Le document commence ainsi : 

« A tutti noi mercanti Greci, Turcbi, Mori, Hebraei, Aggiusmi, 
Armeni et Persiani che voUete venire à trafficare con nostre mer- 
cati nella nra ducal citta di Firenze », ou en quelque autre lieu de 
notre empire, etc. 

Il finit : « Dali in Fiorenza nostro Ducal palasso elli XVI di Giugno 
MDLI et Pan XV de nostro Ducato Fiorentino. » 

2. Imprimé : « Bando | che non si dia | Molestia, nà di fatti, ne di 
I parole alli Hebrei per | le strade, Mandato l'Anno 1567. Sotto di 14. 

di Luglio. I In Fiorenza, Appresso Giorgio Marescotti. MDLXXV. » 

1. Cf. le nom de famille Kamahdji à Damas. Pales f. Expl. Fund., Statements, 
1905, p. 58. 

2. Cf. Grumvald, Poriuf/iesengriiber, p. 92. 



LES ARCHIVES JUIVES DE FLORENCE 307 

Porte les armes des Médicis et est signé <v Girolamo Rossia Gancel. >» 
Souscription : « Bandito per me Francesco d'Allesandro, questo di 
14. di Luglio. 1567 ». 4 pp. 

3. « Copia d'i obligo del p. o. e. liberatione de 15 Otbo. di 1647. » 

a. Decreto de S. Otto' SuU' obligo del Segno. 18 Dec. 1571 . 

b. Rp. per conferma di cattura per mancanza del Segno. 

15 oct. 1647. 

4. « Ordine délie Slinche. Kstrattod'un articolo d. Ordin. » 21 Nov. 
1581. 

5. Copie des privilèges accordés aux Juifs par le Pape Jules III. 

9 juin 1588. 

6. Imprimé : « Privilegi | Immunité, et Esenzioni | accordate in 
varj tempi | alla citlà, e porta di Livorno | ». 1795. fol. 4i pp. 

Don Ferdinando Medici « a Tutti voi Mercanti di qualsivoglia 
Nazione, Levantin], Ponentiui, Spagnoli, Porloghesi, Greci, Tedes- 

chi, Italiani, Ebrei, Turchi, Mori, Armeni, Persiani, et altri 

Salute. » 

§ III « ... E usare in Esse (i. e. Pise et Livourne) lutte le vostre 
cerimonie, precetti, riti, ordini, e costumi di Legge Ebrea o altre 
seconde il costume a piacimento vostro, purche ciascuno di voi ne 
faccia denunzia ail' iufrascritto giudice da noi da deputarsi, corne a 
Venezia e Ferrara si osserva, e proibendovi di esercitare le usure 
manifeste, o palliate, o in altro qualsivoglia modo ». 

§ X. u Deputeremovi un giudice non Fiorentino, uè Pisano, laico, 
Dottore, il quale da noi avrà autorité di terminare, et decidere som- 
mariamente ogni vostra lite, e differenze civile, e criminale, e revista, 
conosciuta la verità del fatto, ammetiendovi per teslimonj delli vostri 
Ebrei con il giuramento de more haebraico^ facendo giustizia a ciascuno, 
e clie dalla sue sentenze non possa appellarsi se non clie per grazia 
nostra spéciale. » 

§ XVIII. « Vogliamo che gli vostri Medici Ebrei tanto Fisichi, corne 
Cerusichi, possino curare, e medicare non solo voi ma aucora qual- 
sivoglia cristiano, et altra persona non oslante. » 

§ XVII. « Vi concediamo licenza, e facollà di poter tenere libri 
d'ogni sorte slampati et a penna in Ebraico, et in altra lingua. )> 

§ XXIV. — Les Juifs ne doivent pas être cités devant la cour le 
samedi et les jours de fête. Signé par le Grand Duc de Toscane, 

10 juin 1593. 

§ XXVI. AProibendo a ciascuno dei nostri Christiani, cbenonardis- 
chinoorvi, e, raccatlarvi alcuno di vostra Famiglia maschifo, o fem- 

1, « Gli Otto di Balia e di Guardia eia un Magistrato chc attCDdeva aile cose ciimi- 
iiali e di Polizia, e si componeva di du(^ citladini per ogni Quatiere dclla Citta. Ad 
esso fu affidata la custodia délia città, per il cbè si disse di-controguardia, o di- 
guardia. Esso Giudicava itiappellabilniente, per il chè si disse di-Balia ; ma lapotestà 
detta-Balia la ricevera dalle Signoria, la gualle ogni due mesi rinnovandosi, doveva, 
appena creata, confeviva agli Otto la glurisdizioni di Balia... L'uffizio degli Otto 
durava guattro niesir Essi ancoia avevano giurisdizione di decidere lutte le cause civile 
degli Ebrei. » Manette di iîecci, Firenze, 1840, p. 341. 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

miua per doversi lar baltezzare, e farsi Christiano, se perô noQ 
passano anai tredici di elà, e quelli maggiori meulre che saraano, e 
slarauQO nelli soliti catecumeni, o altrove alla loro guaraQtia per 
baltezzarsi possiuo essere sorvenuti, e parlât! da loro Padre, e Madré, 
altri Parenti,cheavessero : volendo che qualsivogliaEbreo, o Ebrea, 
che si facesse Gristiauo, o Cristiana, essendo figlio, o figlia di Fa- 
miglia non siano tenuti, ne obbligati il Padre, ne la Madré darli légi- 
tima, porzione alcuna in vila loro, e che tali Battezzati non possino 
fare testimonianza in casi di Ebrei. » 

[Ici est jointe une copie écrite de ce § XXVI et une note relatant 
certains cas où il fut fait usage de ce règlement à Pise. En l'année 
1766 une petite fille du nom de Sounino fat baptisée de force et 
enlevée. Les autorités ordonnèrent qu'elle fût rendue à ses parents 
« Sino a compiere l'anno tredicesimo di età. » Un autre cas fut celui 
de Rosa Velletri, à Pise, 1822, qui fut prise et enfermée à la caté- 
chuménie de Livourne. En 1 823 Salomon Supino de Pise se retira dans 
le couvent de S. Francesco, exprimant le désir d'embrasser le christia- 
nisme. En 1837 Giuseppe David Ajas de Livourne entra dans la caté- 
chuménie de Pise]. 

7. « 1589-1804. Carte diverse relative a privilegi concessi in piu e 
diverse epoche aile Universita di Livorno, Siena, Pitigliano et altre. » 
D'une écriture ancienne simplement : « Privilegi di altre mspn ». 

a. « Che non si possa affigiunare 'stanze o altro a forestier! o 

pranderli a lor servizio, sensa Licenza da SS. Gensori di 
Livorno ». 1721 (copie). 

b. « Privileggi di Genova agi 'Ebrei » (copie). Mais la copie ne se 

trouve pas. 

c. Quelques feuilles avec eu-tète : « Varj fogli riguardant! l' affare 
délia mbnp di Siena 1637-1753 » : Copies et originaux des 
mspn avec des sceaux. 

d. « Negozj di Ferrante e Passigli in affare di Privilegi. 1647 

(17 décembre) ». (« Passiglio Hebreo habitante al Monte San 
Savino » (dans la province Arezzo) « a nome suo e d'altri Ebrei 
habitant! in detto luogho domandansi d'essere libérât! dalla 
présente impositione in virtu del Privilegio conceduto a dessi 
Hebrei propentati nella loro cancelleria »). 

e. a Privilegi di Livorno in affare di Lite avanti Consoli di Mare. » 

26 avril 1726. 
/. « Attestato dt Pitigliano che gl'Ebrei ricevono degl' Insutt! » 

23 octobre 1729. 
ç. a AbrameLeon Vigevene»( frères demeurant à Livourne) « Esi- 

liati dalla Stato Veneto, ma pagando certa somma siano rim- 

mes! ». 7 sept. 1688, copie. 
k. « Ebrei di Livorno richiedono per Sindico de loro Massarl, 

1625 ». La date en bas du document est : 13 mars 1618. 
i. « Varj Privilegi délia Nazione Ebrea di Livorno ». Deux docu- 
ments, datés respectivement du 2 avril 1702 et du 13 août 

4717. 



LfclS \KCHIVES JUIVKS DE FLORENCE 309 

j. (( Memoriale degl' Ebreidi Ferrarariguardanteraffare de Bellet- 
tini » August, 7 oct. 1681. ( « Perla Nazione Ebrea di Livoruo 
Coniro Ecce""» Sig"""^ »). 

k. « Decreto délia caméra aplica ' » de uq Ebreo non fossa vinca- 
rare la casa deU'altro -». 29 juillet 1589. a Ilenricus Tivuli 
Sanclae Pudentiaue Presb''-Gard" S. R. G. Camer. » Sur le 
dos la note suivante : a Decreto di Caméra clie un' Ilebreo 
non possa rincarare la casa al Compagnas ». 

l. « Memoriale di Roma ed altri foglj 1724 ». Une liasse de pa- 
piers se référant au mémoire de « rUoiversiià del' Ebrei di 
Roma », contenant ce qui suit : 

1. Une plainte contre les chrétiens « Mercanti et Sarlori » qui 

essaient d'interdire aux Juifs de s'adonner à certains trafics, 
alléguant les bulles des Papes Paul IV et Pie V, leur inter- 
disant toute autre occupation que celle de la friperie. 

2. Trois documents imprimés s'occupant des Juifs du Comtat- 

Venaissin. Le premier a le recto arrangé de façon à être 
replié. (• Illustrissima | Gougregatione | Depulata | LocoSigna- 
ture Graliae— Aueuionem, seù Garpentoractem | Aperilionis 
Oris I , Pro | Gommunitatibus Hebra3orum Auenio | nem.Gar- 
pentoraclen., & Gaballioni?, | Summarium, | y Tpis [sic !) 
Ziuglie, et Monaldi 1724 ! •'. Il y a aussi le titre principal : 
B Gontra Mercatores diclorum Locorum ». 4 pp. in-4«. Le se- 
cond a un titre semblable, avec le titre principal omis. Com- 
mencement : « Aueuionem, seu Garpentoractem. Beatissime 
Pater. Haebrei Garreriarium civitalis Auenionis Garpenlo- 
racti, Gaballionis, et aliorum Locorum Comitatus Venaissini 
huraillimi S. V. Oralores ». 12 pp. in-4". Le troisième est une 
copie d'un décret du Pape Sixte V, commençant ainsi : « Six- 
lius PapaV. ad perpetuam rei memoriam ». Signature : « Sum- 
ptum ex minuta originali Brevium Secretorura sel. rec. Sixti 
PP.V. collatura concordat. I. F. Gardin. Abanus ». 6 pp. in-4«. 

3. Huit pages de documents ms. relatifs au même sujet; ceux-ci 
et le N». 2. semblent être inclus dans le mémoire romain 
(N*^ 1). Toute la collection, enfin, porte la signature suivante : 
« Alla Sta di H ro' SigK 
Papa Benedello xiii per 

L'Universitù dell' Ilebrei di Roma. Il detto memoriale fu 
fatlo dall E^o Pavolucci Secr''' di Stato, e ci e ce il rescritlo. 
A Monsig' Audiiore ». 

m. « Lpge Funeraria Gli Ebrei d Liv» 1764 (8 juin); mais les 
documents originaux sont signés « 5 décembre 1748 », Gopie. 

n. Imprimé « Privilegi per gli Ebrei Spagi' di Francia 1788 », con- 
tient les « Lettres Patentes du Roi » Louis, inrprimé à Aix 
par « J. B. Mouret fils. Imprimeur du Roi 1788 », 8 pp. in-4''. 
8. Décret d'Antonio Benivieni au nom d'Alexandre dé Medici, 

1. Apostolica. 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

accordant le privilège à « Amadio d'Arou Emillo » et « Elia feu Dio- 
dato d'Ani hebreo » de vivre ot trafiquer à Florence. Original avec 
le sceau bien conservé 1596. 

9. Pétitions de Matatia Menahem Ebreo (du Levant), daté du 
30 juillet, 1606, Josef Israël Ebraeo, daté du 4 septembre 1606, et 
David Aben Azovè ' Mercaiite Ebreo (aussi du Levant), daté du 19 août 
1607, pour trafiquer à Florence. 

10. a. Pétition des « Heb. Sen" habitanti in Fiorenza » au grand 
Duc, datée du 4 décembre 1638, demandant des privilèges semblables 
à ceux qui ont été accordés en l'année 1593. 

h. « Informatione sopra la Letta Scrittura da gi p. û'^ian de Venetia » 
relativement à quelques Juifs espagnols et levantins qui étaient 
arrivés (à Florence?) trente cinq années auparavant et qui désiraient 
jouir des mêmes privilèges. 

11. Privilèges accordés par les Papes Paul V (4 novembre 1753) et 
Martin V(1i novembre 1753) « Millesimo Sexcenciormo Decimosexto- 
Indictionc décima quarta die vero vigesima sexta mensis Martin Pon- 
lificatus etc. ». 

12 Privilège accordé à Ferrante Isaac et Moses, fils de feu Abraham 
Gallichi à Sienne, 10 avril 1747. Original sur parchemin avec cachet. 

13. 1625-1721. a Fogli essisteni nelT Archivio Mediceo in un Libro 
intitolato «Privilegj alla Nazioue Ebraica oveesistono pure i Privilegi 
conceduti da Ferdinando Primo sotto di 10 Giugno 1593 già stampate 
nel 1795 ». Les extraits sont précédés de celte courte introduction 
historique: « Gli Ebrei fuono chiamati in Toscana nel 1430 etc. » Ils 
Contiennent ce qui suit : 

a. « Motuproprio dell' A. R. del sereniss. gran Duca Gosimo m 

sopra la Riforma, e Riordinazione del governo délia Nazione 
Ebrea di Livorno », daté du 20 décembre 1705. 

b. « Copia di Lettera scritta dalla Segreteria di guerra di S. A. R. 

al Governo di Livorno in data de 21 Giugno 1732 ». 

c. « Copia di Lettera scritta dal Sig»' Conte Barda al Sig"" Aud»^» ^[ 

Livorno nel 10 Luglio 1662 sopra il comp. délia supplica 
sussequensemente Negistrata ». 

d. « Copia délia suplica de si enuncera nella di Sopra regislrata 

Lettera ». 

e. « Copia di Relazione délia Praticd Segretafatta a S. A. S. in cul 

dichiarasi in cui esta dichiarato competersi al Maglo. de 
Massari le Cause fra Ebreo, et Ebreo di qualsivoglia qualité 
ancor de non sopreso ballottât!.. . 3- 9 mai 1645. 

f. Copia di Cap'° di Lettera scritta dall III.. Sig. Marchese 

Rinuccini Segodi Guerra di S. A. R. ail. III. Sig. Governatore 
di Livorno in data del 10 Marzo 1724 etc. » 
ç. « Copia di Capilolo di Lettera scritta dall. 111. Sig. Marchese 
Carlo Rinuccini Seg. di Guerra di S. A. R. ail. III. Sig. Go- 
vernat. di Livorno in data del 17 Marzo 1724 etc ». 

1. Ezobi? 



LES ARCHIVES JUIVES UE FLORENCE 311 

14. a. Qualre copies du décret des « SSgg Ollodi Guardia e Balia •» 
aulorisant les Juifs de Fiorence el de Sierme à ne pas porter la 
rouelle pendant le travail, 2'i juillet 1637. 

b. Copie d'une lettre de remerciemeuts pour ce privilège envoyée 
au Grand Duc par « l'Universita delli Ebrei di Firenze e 
Siena, » datée du 30 novembre 1638. 

15. Copie d'un mémoire au Grand Duc daté Firenze. 31 juillet 1639. 
de r « Universita dgli Ebrei di Firenze Italiani v demandant qu'une 
permission soit accordée aux Massari, représentants officiels, de 
régler tous les difïerends entre Juifs; et d'un autre mémoire sem- 
blable daté du 19 mai 1628 et signé: 

Samuel Piazza ) 

Angiolo Gallico ( Massari Ilaliano 

Samuel Levi ] 

David Cassuto ) 

Eliau Jesurun > Massari Italiano 

Salvador Lévi ) 

16. c Carte relalivi alla proibizioni, di moleslari gli Ebrei, U Gen- 
naio 1639/40», adressée au grand Duc de Toscane, commençant ainsi; 
« Gli Spellabili S. S. Otto di Guardia e Balia délia Città di Firenze 
considerando che non oslante etc. » Cest-à-dire malgré les procla- 
mations publiées et tendant à ce que les Juifs de Florence ne fussent 
pas molestés, ceci est arrivé. A cela sont joints deux exemplaires 
de l'imprimé: 

Bando, | e Prohibizione | che non si dia | Molestia | ne di fatti, ne 
di parole | a grHebrei | Publicato il di' 14. di Gennaio 1639. | In Fi- 
renze, I Nella stamperia di Zanobi Pignoni, ^1639 | » 4 pp. in-8<^. 

17. Copie de la Bulle du Pape Jules III permettant aux Juifs Por- 
tugais d'habiter Ancône, Ferrare et d'autres endroits. 16 février 
1653. 

18. «Carte relative alla convalidazioue diuna Donazione a favore di 
diverse opère Piè et approvazione del Cardinale Legato. Urbino. » 
28 juillet 1657. Original avec cachet se référant à a. Zaccaria de Fla- 
miuio de Porto heb. », qui légua tout son bien en faveur des diffé- 
rentes institutions de charité juives. 

19. Imprimé « Bando | Per il quale si proibisce usare mali tratta- 
menti,ingiurie, e violenze alla Nazione Ebrea | Adi28 Settembre 1668. 
In Firenze, Nella Stamperia di S. A. S. 1668 ». Une page in-folio (voir 
N° 34). 

20. « Supplicata > adressée au Cardinal Legate Acciajoli pour 
que les juifs étrangers (« Hebrae Forestieri ») fussent autorisés à 
vivre temporairement à Ferrare. 16 août 1681. 

21. Deux exemplaires imprimés de « Bando | Sopra l'indemnité 
delli Ebrei ottenuta nel Supremo Magistrato il | di 9 Settembre 1686 | . 
In Firenze, nella stamperia di S. A. S. alla Condotta 1686. Con licenza 
de superiori ». Une page grand in-folio mentionne des « Ebrei di Tos- 
cana ». 



•^\■2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

22. « Supplicala » au graud Duc « por la uniticharia di governo 
Ira Ebrei italiaai e levanlini ». 19 mai 1686. Signé : Samuel Piazza, 
Augelo Gallico, Samuel Levi, David Cassulo et Salvador Levi 
(voir n° 15). 

Deux exemplaires de : 

23. Imprimé « Bolla délia sauliladin S. PP. Clémente XI, a favore 
degli Ebrei edaltri iufedeli convertit! alla Fede Gristiana. | Volgariz- 
zala per inlelligenza di ciascheduno ». Fin : « In Roma e in Firenze 
Per Piero Martin Siampatore Arcliivescovale. Con licenza de Supe- 
riori MDGGIV. » Une page grand in-folio. 

2i. « Scritle aitenensi air Unione delli dua mVnp Ilaliana e Leuan- 
lina, etc. » 19 mars 1688. (voir u° 22). L'un des actes est signé : Aron 
Franco, Salomon Fano, Isaac Nunes Franco, Salvador Levi, Jacob 
Verdas, Eliau Gassuto, Eliau Jesurun, Abraham Alatone, Eliau Perez, 
Manuel de Blamis, Lelio Blans, Sam. Pesaro, I. de Urbino, Yssac 
GaiuaDO, Moses Rimini, Mose Blanis, Moise Angel Galicco. 

Il y a deux autres listes de noms : 

a. S"" ûsn Graciado Gases 

FJaminio Pesaro Abram Gallico 

Isach Rimini Manuel Piazza 

Moise Blanis Moise Goen 

Moise Prato Lelio Blans 

Manuel Blans Samuel Levi 

Samuel Piazza Salomone Levi 

Samuel de Urbino Angelo Gallico 

b. S"" Aron Franco Albuquerque Jacob Verdaj 
Salamon Fano Dsvid Gassuto 
Abram Orviedo ( Donzello i. e. Eliau Jesurum 

Shammash). 
Abram Procena Eliau Perez 

Joël Sornaga (Donzello) Abram Alatlone. 

Isach Nunes Franco. 

Dans le même dossier : « Gopia dell' Uaione delU Nazioue Levantiui 
e Italiani Ebrei di Firenze ». 31 mars 1689. Da plus, une liasse de 
papiers contenant des contrats et demandes se rapportant à la com- 
munauté de Florence entre les années 1639 et 1703. Mention est faite 
de Moise Israël Enriqucz Cane" délia Nazione Ebrea di Livorno, 20 feb, 
1686. Sous la date de 1617 une autre mention est faite de Abram et 
Isaac Ergas et de Jacob Franco Albuquerque. 

25. a. Protestation de la communauté de Florence contre un livre 
écrit par Paolo Medici, décrivant les coutumes et les cérémonies 
juives et dans lequel de faux rapports sonl faits concernant les Juifs. 
24 novembre 1697. 

b. Protestation des Juifs de Borgo S. Sepolcro contre le prêche anti- 
juif du néophyte Paolo Medici dans Uéglise de San Stefano. 29 juille 
1697. Il y avait prêché pendant les deux dernières années. 

26. « Moluproprio dell' Albezza Reale del Serenissimo gran Duca 



LES ARCHIVES JUIVES DE FLORENCE 313 

Gosimo Terzo sopra la Riforma e riordinazione del governo délia 
Nazione Ebrea di Livorno ». 10 décembre 1115. Go{)ie certifiée 
exacte. 

27. a. Requête des Juifs de Florence « che i Loro figli miaori di 
anni 13 che per qualsivoglia motivo, o ragione si muovano ad ab- 
bracciare la religiooe crisliana, non siano in niuna forma licenti ne 
itemili >. Sans date. 

b. « Albezza Reale » au sujet des catéchumènes : sans date. 

c. Demande « alla sacra cougregazione dll S. Officio per TUniver- 
sita degli Ebrel de Roma » pour la personne de Gracia, fîUe de Benia- 
min Spizzichino, qui avait été baptisée de force sur le faux témoi- 
gnage de sa sœur (une néophyte) et de son beau-frère. Datée : 10 mai 
et l^r juin 1718. 

28. « Volendo noi rimuovere ogni occasione di disordine, che possi 
succederenellaconversionedelliEbrei di Liuornoalla noslra sta. Fide, 
ordiniamo, che penona ex modo di punizione ne casi anueuine si 
osserui da Deputati de Catecrumeni quanto appresso ». 

29. a. « Lettres Patentes du Roy pour les Portugais des généra- 
lités de Bordeaux etd'Auch, données à Meudon au mois de juin 1723 » ; 
« Louis par la grâce de Dieu, etc. » 

b. « Umilissima supplica délia Nazione Ebrea del Littorale, e Friuli 
Auslriaco », adressée par « la intiera Nazione Ebrea dispersa nella Pro- 
vincie Arciducali di Friuli e del Littorale Austriaco » à ce Monsignore 
Paolucci, Nunzio e Legato a Lateredel somme Pontetice ». 17 juin 1739. 

30. Privilège accordé à Anselm Sacerdole par a Otto di Guardia e 
Balia délia Gitià di Firenze. 22 février 1723. 

31. Imprimé « Fiorentiua | Discorso | pro Veritate | sopra il Du- 
bio I se emancipatosi dal Padre Ebreo il Figlio, morto da poi questo 
la I sciati li suoi Figli, e respettiuamente Nepoti dell' AuoEmanci- I 
pante in elà infantile, e per disposizione testamentaria di detto | auo 
sussequentemente morto posti sotto la tutela, e cura délia ] Madré, 
e di altri quattro Tutori deputati insolidum possa il zio | paterno 
Neofito dal giudaismo, pretender il subingresso in detta | Tutela, per 
il trausito di detta Madré aile seconde Nozze, et | opponendosi la me- 
desima Madré, et altri Tutori Testamentarij | ofî'erite al Battesimo 
detli Pupilli suri Nepoti, non giunti ancora | aU'età, et uso di rag- 
gione. Typis Zinghi et Monaldi 1726 | Impressorum Gameralium ». 
8 pp in-40. 

32. c Privilegio di passare dalla Strada ove é la casa dei catecu- 
meni ». Daté du 13 mai 1726 et signé : « Otto di Guardia e Balia délia 
città di Firenze ». 

33. Note sur la chemise du dossier « Carte relative alla cessione 
di credilo contra diversi Ebrei fatta dal Provveditore délia Pia casa dei 
catecumeni a Samuel Calo. » Du 12 avril 1731 . « di ricevere da Samuel 
Galô Scudii centocinque, do, cedo, coucedo e transferisco... nel d^ 
Samuel Ga.'ô tutto l'iuliero credito di... dugento e spesa che ha e 
tiene da dita casa Pia in dd... in vigore délia Seutenza del 30 feb. 1729 
dell 111. Sig. Badia giud. delegato da S. A. R. negli affari di d^ Lai- 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tembeig coa Flamminio et Abram del M^ Moise Vila Blanes, Vita e 
Leone del S'' Raffaello Blaues mancatri debitores principali, in ord. 
délia sentenza pred. e tal cessione ho falto etc. 

34. Imprimé « Kinnovazione di Bando j Per il quale si proibisce 
usare mali trattamenli, ingiurie, violenze, ed allro | alla Nazione 
Ebrea ottenuto del Supremo Magistralo il di 22 : Giugno 1735 | . In 
Firenze 1735. Nella Stamperia di S. A. R. Per di Tartini, e Franchi. 
Con lie, de Super., grand in-folio. (Voir n° 19). 

35. Lettre du « Senatore Carlo Rinuccini » aux Massari des Juifs 
de Florence, les assurant des intentions bienveillantes du Grand Duc 
à leur égard, 11 oct. 1732. 

36. Deux copies en latin et une en italien d'un document relatif à 
un enfant baptisé de force, 1736. 

37. « Letlera scritta dalla Seg'''^ di Guerra di Firenze al S*" Gov^e 
in data 13 Lug. 1737 «relative aux privilèges des marchands Juifs 
de Toscane, 

38. <( Consuetudine del granducalo di Toscana sopra la Libéria di 
Religione accordata agli Ebrei, e L'uso d'ammeuerli al Battesimo de- 
pendentemente da Privilegi di Livorno, autorizzata con i seguenti 
Rescritli e ordine, esistenti nelle Régie Segreterie di Stalo, e di 
Giurisdizione ». 

J'y ai recueilli les passages suivants qui semblent êire de quelque 
intérêt : u Nel1737. Leone Tedeschino di Livorno passa alla Religione 
Cristiana, e per esegauirlo sicuramente andô a Lucca. 

Fu ordinato dal Governo per mezzo del Governatoie di Livorno clie 
i suoi Figli si tenessero in deposito appresso la Nazione, fino che il 
Padre non ne facesse istanza, e quando gli avesse richiesli, e che 
fossoro maggiori di 13 anui fu proposto di esaminarli prima sopra 
la loro vocazione, e di non consegnarli, qualora non avessero voluto 
farsi crisiiani « Nel di U 7mbre 1747 ad istanza dell'arciv^^ di Pisa 
fu ordinato al commissario del Monte San Savino di assicurarsi del 
parto di Gioia Levi : non si vede la razgioue ». 

« Nel 1737, 22 Giugno fù ordinato non procedersi coulra Giuseppe 
Olivera, e la sua Moglie per simulaz^ di Religione fuori de Stato ; ma 
solo per il trafugameuto de figli, che si supponevano occultati, e man- 
dati fuori di stato per verificare il fatto e gli autori. 

E che in avvenire non si prestasse assistenza per molestare gli 
Ebrei, che avessero simulata la Religione fuori di Stato, senza previa 
parlecipazione. 

Iscrizione sepolcrali agli Ebrei si permettouo, come fu fatto nel caso 
del Rabino Cetona del Monte S. Savino, dove per quietare il vescovo 
d'Arezzo fu delto che si facesse in Ebraico. » 

« Nel 1742 furono trafugati in Livorno due giovinetti maggiori 
d'anni 13, e mandati a Roma per mezzo del Vicario dell' Inquisi- 
zione. 

Fu disapprovato il coutegno del Ministero di Livorno, fù ordinato 
air Inquisilore di farli tornare dentro un termine; e fù risoluto di fare 



LES AKCHIVES JUIVES UE FLORENCE 315 

ripubblicare il Bando del 1735', proibitivo di usar violenze aile 
nazione, e ne fu reso conto a Vienua. » 

8 août 1743. Le conseil de la régence ordonne que le Juif Giuseppo 
Pesarosoit remis à la catéchuméuie. Il s'était réfugié à Volterra où 
révêque l'avait persuadé de se faire baptiser. Un sauf-conduit lui est 
remis et l'évèque est réprimandé. Il aurait dû prendre des rensei- 
gnements avant de le baptiser. 

16 nov. 1743. Le fils et les neveux de Angiolo délia Riccia, Juif 
deLivourne, doivent être retirés de la catéchuménie. Ils sont âgés de 
plus de treize ans et, selon les privilèges de Livourne, le père n'avait 
aucun droitsur les enfants. Ils doivent èlre interrogés et, s'il est prouvé 
qu'ils ne tiennent pas à devenir chrétiens, ils ne doivent pas être in- 
quiétés plus longtemps. 

1745. Une juive, accusée d'adultère par son mari, donna naissance 
à une fille dans la prison de Livourne. L'enfant avait été baptisée. Il 
fut ordonné que la mère et l'enfant retourneraient également à la 
Synagogue. 

1746. La fille de Salomone Joab de Arezzo s'était enfuie de la maison 
paternelle. Il fallait sévir contre celui qui l'avait persuadée de fuir. 
Son enfant, âgé de huit ans, devait être recueilli par la catéchuménie; 
et elle-même examinée, « suUa sua vocazione di concerto con la 
N&zione Ebrea, da due ecclesiastici di sodisfazioue del Padre. » 

1746. Regina Veneziana s'échappa à Rome avec ses cinq enfants 
pour les baptiser. La Communauté juive la réclama: mais elle était 
libre de faire ce qui lui plaisait. Malgré cela, une lettre datée du 
19 avril 1746, fut envoyée proposant certains remèdes en vue des cas 
ultérieurs. Le chrétien soupçonné de l'avoir encouragée fut poursuivi 
devant la justice. 

1746. Stella Sullano de Livourne, entrée dans \d catéchuménie, de- 
manda ses trois fils qu'elle avait eus de Joseph Avoi ? ? absent alors 
de Livourne. Réponse lui fut faite le 10 décembre 1746 « doversi 
rigettar Tislanza, ed osservarsi i PrivilegI di Livorno al Gap» 26 ». 

1747 (mai). Un juif de Livourne désire embrasser le christianisme 
et veut emmener ses deux petits enfants âgés de moins de treize 
ans. Il est reconnu au père le droit de choisir la religion de ses en- 
fants « quando non avevano un' élà da poter risolvere su questo 
punto. » 

1747 (juin) « Nel 1747 fù concessa l'assicuraz. in Livorno ail' Ebreo 
Moise Gomil de Costa, e fu ordinato che gli Ebrei dovessero godere 
di favore de Privilegi ancorche avessero simulala la Religion Cr'is- 
tiana in allri Slati. » 

1749 (janv.) Bona, femme de Abraham Tedesco, s'échappe du Ghetto 
de Florence avec un garçon âgé de trois ans et une fille de huit ans. 
Elle fut reçue dans lac téchuménie. Le garçon fut rendu à sou père 
et la fille placée ailleurs afin d'être examinée « e riman iato in seguilo 
à Catecumeni. » 

1. Voir N° 34. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1750 (30 janv.) « fa ordinato di ricevere nella casa de Cat. l'Ebreo 
RafTaello Galô, sempre che si fosse presenlato. » 

1751 (août). Rachel Luseaa, veuve, âgée de vingt-six ans, et Esther 
Sulema, non mariée, âgée de vingt et un ans, toutes deux de Livourne, 
sont reçues à la catéchaménie. 

1751 (juillet). La caléchuménie est informée que la demoiselle Vio- 
lante, fille de Abraham Racha s'était échappée du Ghetto « e che fosse 
esamiuala sopra la sua vocazione alla presenza d'un depulalo délia 
Nazioue, o délia famiglia. o 

1757 (oct.) « fu accordato ail' Ebrea Sara Lopez di parlarealla figlia 
né Caiecumeni. p 

1751 (janv). Un enfant, âgé de sept à huit ans, fils du juif Joaf de 
Arezzo, avait été emmené de force. Ordre est donné de le rendre à ses 
parents ou de le placer entre des mains telles qu'elles puissent don- 
ner satis- faction aux juifs jusqu'à ce que l'atlaire soit élucidée. 

1753. Alh'gra, Alvarez, femme de Solomon Azulai du Maroc, s'était 
échappée de l'hôpital avec l'intention d'embrasser le Christianisme. 
On supposa qu'elle n'avait pas encore 13 ans. « Gon dispaccio di 
Vienna de 5 Agoste. S. M. I. coraandô che di concerto con i Massari 
délia Nazione si tenesse in deposito in una casa sotto la protezione 
di S. M. I. col libero accesso, ed à Galtolici, ed agli Ebrei, fino fosse 
verificala l'età, e che dopo fosse esaminata in presenza del marito 
e di parenti- Nacque dubbio che non le competessero i Privilegi di 
Livorno. Fu traffîeriia ne' Gatecumeni di Firenze, e fu rinnovato L'or- 
dine d'aspettare che compissei 13 anui per esaminarla dopo suUa 
sua vocazione alla presenza de Massari ». 

1753, 28 août. Ordre est donné que les deux Juifs Angelo del Sole et 
Angelo Ravà soient transportés à la Gatéchuménie et interrogés. 

1753. Un garçon, Salomone Vita Joaf, avait quitté la maison pater- 
nelle pour le Prieuré de S. Léo à Florence. Gomme il était âgé de dix 
ans, il fut décidé qu'il serait remis à la Gatéchuménie, d'après le privi- 
lège de Livourne: « ma fu ordinato procedersi vigorosamenie, per 
dare un esempio contra quelli che avessero dato mano alla fuga, al 
quai' efïetlo fu incaricaio il Sig. And. Fiscale di verificare il fatto. » 

1753, 20 oct. Ordre donné de remettre Teufant, Isaac, âgé de 16 ans, 
à la Gatéchuménie. 

1753, décembre. Giuditta Ghimichi, femme de Laio Tedesco de 
Florence, reçu dans la Gatéchuménie : ne doit pas subir le bap- 
tême avant qu'une enquête soit faite. 

1753, oct. Un garçon^ Raffael Salomone Orvieto, âgé de 9 ans fut en- 
levé secrètement (c fu ordinato di repubblicare il Bando del 1735. e di 
procedere per verificare ildelitto » Le garçon doit être retenu à la Ga- 
téchuménie durant l'enquête « E che in avvenire non si ricevano da 
alcuno gli Ebrei ma che vaddano alla Casa de Gatecumeni diretta- 
mente ». Une dépêche arriva de Vienne (15 août 1751) ordonnant que 
le garçon en fût retiré et remis aux soins d'un ecclésiastique « col 

libero accesso alla Madrée a suoi parenti Fu tenuto in deposito 

nella Gasa de Cat. » et peu après une autre dépêche de Vienne (27 jan. 



LES AKCIUVEb JIIVES DE ELUKEiNCE 317 

1755) (^ fu comaadato che non s'esteudessero agli allri i Piivilegi di 
Livorno. che rispello al Gaso présente si verificasse la supposta 
Sedazione, e che restava approvalo intaolo il deposilo nella Casa di 
Cat. tiao che compresse l'eta' di 13 Anni, colla facolta à Abram alla 
Madré, e uuo de Massari, e a un parenti di parlarli una volta il mese =. 

1754, juillet. Mordecai, (ils de Dauiello Abavie de Livourue, a quitté 
la maison pour devenir chrétien : s'il a plus de 13 ans, il doit être reçu, 
sinon refusé. 

Août 1754. « Fu falta in istanza da alcuni Ebrei di Portoferraio di 
farsi Gristiani. » S'il est prouvé qu'ils ont plus de 13 ans, « e non era- 
no nell' allrui polestà, si eran ella disposizioue del Giud. Gomune, e in 
consequenza doveva lasciarsi fare gli Ecclesiasuci. » 

1755, juin Le fils de Isaac Forte s'est échappé du Ghetto. Sur les 
instances des Massari, ordre est donné de vérifier les faits et au besoin 
de procéder « con rultimo vigore », et de rendre le garçon à ses pa- 
rents. 

Jacob Baruch de Portoferraio demande la permission d'embrasser 
le Christianisme. Gomme il a 23 ans, la permission lui est accordée. 

1755, juillet. Amadeo, fils de Isaac Leone de Livourne, amené à la 
Galéchuménie. Il doit être reçu, s'il a plus de 13 ans. 

1755. Rachel, fille de Samuel Laide de Florence, déserta sa maison, 
« fu supposto che fasse pazza : si proposse dunque di ricondurla alla 
villa solio la custodia d'una donna: di veriticare etc. », et à procéder 
avec rigueur contre ceux qui avaient été mêlés à l'affaire. « In falti 
fù Irovala incoslante: fu riconsegnata a parenti, e fu punito un reli- 
gioso, che vi s'era mescolato ». 

1755. Samuel Vila Segni de Florence sera reçu, ayant 20 ans. 

1756. Samuel, fils de Zaccaria Sarabbia de Livourne, sera reçu, 
ayant achevé sa treizième année. 

1756. A Pitigliano, une fille s'enfuit avec un certain Turiui, disant 
qu'elle voulait se convertir : « furono arrestati ambidue, e ordinato 
un rigoroso processo •>. 

1756, 28 oct. «Con Rescrilto de 28 ottobre 1756 fu abolita la scomu- 
nica alla donne Ebree, che si servivauo de parrucchieri Ghristiani. e 
fu prescriito il metododa tenersi in avvenire sul punto délie censure 
Ebraiche ». 

1756. 17 sept. Salomon Sornaga de Florence doit être reçu « perché 
era in età provetta, e in piena Liberté ». 

Richard Gotthkil. 

{A suivre-) 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XLIX, p. 110 et suiv. — Dans les notes de M L. Brunschwicg sur les 
Juifs en BrctaQne que la Revue a publiées récemment se trouvent 
quelques documents tirés des Archives communales de Brest qui montrent 
Texistence d'une petite communauté juive dans cette ville au début du 
xixe siècle. En comparant ces documents avec les pièces parallèles con- 
servées aux archives du Consistoire de Paris, on voit qu'il faut corri- 
ger le nom de Rrickman cité dans les lettres de Carné, sous préfet de 
Brest (p. 118 et H9\ en Lipmann ou Lippemann (nom du commissaire 
du Consistoire dans le département du Finistère). Quant aux deux dis- 
sidents mariés à des catholiques, leurs noms sont Joseph Brunswik et 
Philippe Lion. Il n'est pas question d'un Bernard Lion comme le dit à 
tort M. Brunschwicg (p. 113), et la question qu'il pose tombe d'elle-même. 
— /. Weill. 

ï. LI, p. 57. — Parmi les chefs d'académie à Fostàt, j'ai cité, d'après 
AVorman, un Salomon ha-Cohen b. Yoseph, qui est désigné dans un docu- 
ment datant de 1092 comme n3'^;25"'n 3N, et qui est nommé aussi ^N"i 
ïin'^^iJ'^ri. Mais je n'ai pas pris garde (ni Worman non plus) que la signa- 
ture de ce Salomon dans le document en question (publié in extenso par 
Schechter, Saadyana, p. 81 , note 2) porte : nN C]Oti 'na )n^n ti'nh^ 
b"^T n2"»;25''ïi, de sorte que le titre tia"'UJ'^n n^ se rapporte à Joseph, père 
de Salomon, et non à ce dernier. On aimerait maintenant savoir à qui 
s'applique le titre de nni^"'r5 UJNn, si c'est au fils ou bien également au 
père. A l'égard de ce Salomon b. Yoseph, il vient de paraître un très inté- 
ressant poème de la Gueniza datant de 1077 et dont il est l'auteur {Ameri- 
can Journal of Semitic Languages and Literalures, vol. XXll, p. 144 et 
suiv.). L'éditeur, Julius H. Greenstone, suppose qu'il était fils de ce Gaon 
Joseph, fils de Salomon b. Yehouda, qui fut évincé par Daniel b. Azaria et 
rabaissé au rang de ';"'T rr^a 2î^ . Cette supposition me paraît fondée, 
comme je me propose de le montrer plus au long dans ce journal amé- 
ricain. — Samuel Poznanski. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLK DES MATIÈRES 



REVUE 



ZADOG KAHX i 

Discoiii'^ prononcés aux obsèques du Grand-Kabbin Zadoc Kahn pai- 

MM. Théodore Heinach "i 

RODRIGUES-ElY VII 

le baron Gustave de Uothschild xi 

Salouion Reinach xiii 

Joseph Lehmann xvi 

Emmanuel Weill, rabbin xix 

et allocution de M. Lucien Lazard, prononcée au début de la 

séance tenue par le Conseil le 27 décembre xxiu 



ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan). Documents sur les Marranes d'Espagne et de Portugal 

sous Philippe IV [suite el fin) 97 et 2ljl 

Ai>TO\viTZER (W.). Le Commentaire du Pentateuque attribué à R. 

Ascher ben Y ehiel -39 

Racher (W.). Les Juifs de Perse au xvii« et au xviiio siècle d'après 
les chroniques poétiques de Rabaï b Loutf et de Rabaï b. 
Farhad 1 21 et 265 

Rauer (Jules). Un document sur les Juifs de Rome 137 

Gottheil (R.j. Les archives de la communauté israélite de Florence. 303 

Krauss (S.). Le roi de France Charles VIII et les espérances messia- 
niques 87 

Lambert (Eliézer). Les changeurs et la monnaie en Palestine du i<^'' au 

ni'' siècle de Lère vulgaire d'après les textes talmudiques. . 217 

LÉvi (Israël). Le prosélytisme juif [suite) 1 

LÉVY (Isidore). I. Les Horites, Edom et Jacob dans les documents 

égyptiens 32 

II. Les soixante-dix semaines de Daniel dans la chronologie 
juive 161 

L. (M. I. L'esprit du Christianisme et du Judaïsme 191 



320 HLiVUE DES ETUDES JUIVES 

>'etter (X.). Les anciens cimetières israélites de Metz situés près la 

porte Cliainbière 280 

PozNANSKi (S.). Contribution à l'histoire des Gueonim palestiniens. . . 52 
Reinach (Salonion). La communauté juive de Lyon au ne siècle de 

notre ère 241) 

NOTES ET MÉLANGES. 

Krauss (S.). A propos des légendes de la Vierge IHO 

PoziNANSKi (S.). L'original arabe du Traité des verbes dénominatifs de 

Juda Ibn Bal'am rô2 

Additions et rectifications 318 

BIBLIOGRAPHIE. 

PozNANSKi (S.). Catalogue of the Hebrew and Samaritan nuinuscripts 

in the British Muséum, par G. Margoliouth, 2^ partie 11)4 



AGTES ET CONFERENCES 

Assemblée générale du 27 janvier 190G i 

Allocution de M. le Dr Henri de Rothschild, président i 

Rapport de M. Schwab, trésorier vi 

Rapport de xM. Julien Weill sur les publications de la Société 

pendant Tannée 1904-1905 ix 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxiii 



VERSAILLES. — IMPRLMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉHALK 



SÉANCE DU 27 JANVIER 1906. 

Présidence de M. Edmond Bickart-Sée, vice- président. 

M. le Président lit rallocution suivante de M le D"" Henri 
DE Rothschild, président, empêché dassister à la séance : 

Mesdames, Messieurs, 
Il y a un an, la Société des Etudes juives m'a fait le grand 
honneur de me désigner comme président pour l'année 1905. Votre 
Comité, en m'appelant à ces fonctions, s'est rappelé que vingt-cinq 
ans auparavant la Société avait été fondée et présidée par mon père 
et c'est, sans doute, guidé par ce souvenir, qu'il a bien voulu me 
charger de la présider à mon tour à l'occasion de ses noces d'argent. 
Ce témoignage de reconnaissance m'a été particulièrement sensible, 
et je tiens à exprimer à la Société mes sentiments de très profonde 
gratitude pour l'honneur qu'elle m'a fait. Bien que très désireux de 
m'instruire et d'agrandir le champ de mes connaissances, je suis, 
hélas, très peu versé dans les questions, pourtant si intéressantes, 
dont s'occupe notre Société. Je le déplore doublement : d'abord par 
un sentiment égoïste qui veut que l'on regrette de ne pas posséder 
une culture intellectuelle plus complète ; puis, parce que je n'ai pas 
pu rendre à votre Société les services qu'elle aurait pu attendre de 
son Président et parce que je n'ai pas été en mesure d'apprécier à 
leur juste valeur les travaux qu'elle a publiés pendant son dernier 
exercice. Les obligations multiples qui m'appellent au dehors m'ouj. 
empêché de me rendre régulièrement à vos séances. J'en ai éprouvé 
le plus profond regret ; je suis certain que la Société n'a pas cru 

ACT. ET GONF. A 



ACTES ET COiNFEKENCES 



que je me désintéressais de mes devoirs présidentiels pour mon 
propre agrément ou pour me dispenser de ce qu'on appelle vulgaire- 
ment une corvée. 

J'ai eu, à plusieurs reprises, le plaisir de causer de l'avenir de la 
Société des Etudes juives avec notre cher et regretté grand-rabbin 
Zadoc Kahn, et j'ai pu constater, dans ces courtes, mais très affec- 
tueuses conversations, tout l'attachement qu'il portait à notre 
œuvre. J'ai eu également le grand honneur de présider le banquet 
commémoratif de la fondation de la Société, qui eut lieu le 14 mars 
dernier. A ce banquet se pressaient un grand nombre de personna- 
lités françaises et étrangères s'intéressant activement aux questions 
d'intérêt général qui se traitent ici. C'a été pour moi une grande 
satisfaction de voir ainsi rassemblés dans une réunion cordiale des 
hommes qui consacrent leur vie à la science et qui n'ont d'autre but 
que de contribuer, en toute sincérité et de toutes leurs forces, à la 
recherche de la vérité historique. Quand je jette un coup d'œil en 
arrière sur ce banquet, qui s'est terminé dans la gaîté, et où tous, 
en se serrant la main, s'étaient donné rendez-vous aux noces d'or, 
j'éprouve une profonde tristesse en pensant qu'aujourd'hui, après 
dix mois seulement de ce nouveau bail de vingt-cinq ans, un grand 
nombre de ceux que nous avons eu le plaisir de voir à nos côtés ont 
disparu pour ne laisser derrière eux qu'un souvenir ému et des 
regrets. Ce sont : M. le rabbin Michel Mejer, qui était membre du 
conseil depuis la fondation de la Société ; M. Oppert, qui fut un de 
nos présidents ; M. Léo Errera, de Bruxelles ; M. le grand-rabbin 
Kajserling, de Buda-Pest ; mon oncle, le baron Alphonse de Roth- 
schild et, enfin, notre cher grand-rabbin Zadoc Kahn. 

Que vous dirai-je de notre regretté ami et grand-rabbin? Bien 
peu de chose, car il me serait difficile de trouver des paroles plus 
éloquentes et plus sincères que celles qui ont été prononcées depuis 
que nous avons eu la douleur de le perdre. Vous connaissez tous le 
rôle prépondérant que M, Zadoc Kahn a joué depuis bientôt trente 
ans dans le judaïsme français. Toutes les œuvres, toutes les fonda- 
tions, toutes les sociétés qui ont été constituées en France en vue de 
venir en aide aux Israélites ou de favoriser le développement du 
Judaïsme, ont considéré comme un honneur de mettre en première 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 27 JANVIER 1906 III 

ligne le nom de M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. Ce nom semblait 
être une garantie de succès et de durée, car on savait qu'il ne mé- 
nageait aucun effort pour faire prospérer et progresser l'œuvre la 
plus modeste, la plus cachée. C'est ainsi que bien des institutions, 
que l'on aurait pu supposer devoir être d'une durée éphémère, ont 
vécu aussi longtemps que lui, et sans aucun doute, lui survivront. 
On le trouve au premier rang des fondateurs de notre Société, 
auprès de mon père, dont il avait apprécié la haute érudition et le 
sincère dévouement. Je ne pourrais, sans empiéter sur la tâche de 
notre éminent conférencier, faire un panégyrique plus complet de 
celui que nous regrettons tous et je n'ajouterai que quelques mots 
pour vous rappeler ce que fut Zadoc Kahn dans l'intimité pour ceux 
qui ont eu la bonne fortune de l'approcher et de le consulter. J'avais 
appris à connaître M. le grand-rabbin Zadoc Kahn, il y a déjà de 
nombreuses années, par les sermons qu'il faisait au temple de la 
rue de la Victoire, le samedi à quatre heures, et qui eurent sur mon 
esprit d'enfant, puis d'adolescent, une portée considérable ; mais, je 
fus plus à même de le connaître et de le comprendre quand, dans 
les moments importants de mon existence, lors des grands événe- 
ments de ma vie, j'eus la satisfaction et le bonheur de profiter de 
ses conseils. Jamais on ne s'adressait inutilement à lui et il était 
toujours prêt à vous recevoir et à vous entendre, car il savait par- 
faitement bien qu'un conseiller doit agir tout de suite, de même 
qu'un médecin qui veut guérir son malade doit le soigner dès qu'ap- 
paraissent les premiers symptômes du mal. Un dicton familier pré- 
tend que c'est toujours le dernier qui parle qui a raison. M. le grand- 
rabbin Zadoc Kahn ne croyait nullement à ce proverbe et il pensait 
que c'est le premier qui parle qui doit avoir raison. En effet, quand il 
avait parlé, il était inutile pour celui qui le consultait de recourir à 
un autre conseiller : il était à la fois le premier et le dernier. Il était 
donc naturel de lui conserver sa fidélité comme on a foi dans le mé- 
decin qui vous a guéri d'une première maladie. M. le grand rabbin 
Zadoc Kahn m'a prodigué ainsi les meilleurs, les plus dévoués con- 
seils, et depuis que la mort nous l'a enlevé, une grande place est 
demeurée vide. 

De mon oncle, le baron Alphonse de Rothschild, je ne vous rap- 



IV ACTES ET CONFERENCES 

pellerai que riiomme privé, car tout ce qu'on a pu dire sur lui, sur 
son caractère, sur sa bonté, sur son dévouement a été dit et ce n'est 
pas à son neveu de le répéter. Le baron Alphonse a été pour bien 
des gens, et je suis heureux d'éire du nombre, une sorte de direc- 
teur de conscience, et son caractère ressemblait infiniment à celui 
de notre grand-rabbin, dont il partageait la grande autorité morale. 
C'est ainsi qu'au point de vue du judaïsme, ces deux hommes émi- 
nents se sont pour ainsi dire complétés : deux cœurs qui se com- 
prennent peuvent facilement se venir en aide. Le baron Alphonse de 
Rothschild, comme notre grand-rabbin, s'intéressait à toutes les 
œuvres utiles à nos coreligionnaires, à notre culte, à notre histoire. 
Il fut un des premiers membres de notre Société et il en a été le 
président ; il eut même l'honneur de présider la conférence qu'y fit 
jadis Renan, conférence qui est restée justement célèbre dans nos 
annales. 

M. le rabbin Michel Mayer, décédé à l'âge de quatre-vingt-deux 
ans, membre du Conseil depuis la fondation de la Société, était connu 
par la rigidité de sa vie et la ferveur de ses convictions religieuses. 
Il a rendu de grands services à la Communauté de Paris par son 
zèle pastoral, ses publications nombreuses, son Histoire Sainte, son 
Catéchisme, et récemment, par son recueil intitulé Le Mono- 
thèisme. Ce sont là des œuvres d'édification qui continueront son 
influence utile et assureront à sa mémoire la reconnaissance de la 
postérité . 

M. Oppert, qui fut président de la Société, était connu de tout le 
monde. Sa physionomie si populaire, sa vivacité devenue prover- 
biale, la causticité de son esprit, l'imprévu de ses réparties, l'éton- 
nante richesse de sa mémoire, l'étendue de ses lectures, sa passion 
pour la science, tout cela constituait l'originalité de sa personne 
Nous n'avons pas à dresser la nomenclature de ses travaux. On sait 
qu'il a créé en France la science de l'assyriologie ; c'est lui qui, 
grâce à ses connaissances du persan en même temps que des langues 
sémitiques, a réussi le premier, dans notre pays, à déchiftrer ces 
tablettes de brique qui nous racontent l'histoire étonnante de ces 
peuples d'Asie, — l'Assyrie, la Babylonie et, plus tard, la Perse — 
depuis le troisième millénaire avant l'ère chrétienne. Son grand 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 27 JANVIER 1906 



ouvrage Expédition en Mésopotamie lui valut le prix de 20,000 francs 
fondé par Napoléon III. Depuis cette époque, chaque année vit 
paraître de savants mémoires dus à sa plume, racontant l'histoire 
de la Chaldée, de l'Assyrie, traitant des rapports de ses chroniques 
avec la Bible, comme, par exemple, son Commentaire sur le livre 
(V Esther^ son Elude sur le Urre de Judilli. Ses rares connaissances 
mathématiques lui permettaient de se jouer au milieu des problèmes 
de chronologie. C'est ainsi que nous lui devons La chronologie des 
inscriptio7îs cunéiformes, Salomo7i et ses successeurs. Solution d'un 
problème chronologique^ Les origines chronologiques et cosmogoniques 
des Chaldéens, La date de la genèse chronologique. Mais nous n'en fini- 
rions pas si nous voulions simplement reproduire la liste de ses 
mémoires. Nous dirons simplement qu'il a réservé à notre Revue 
deux de ses travaux, intitulés Problèmes bibliques. Ceux qui ont eu 
^a bonne fortune de siéger avec lui au sein de notre Société se rap- 
pelleront toujours avec émotion cette figure si originale d'un homme 
qui a fait honneur à la science, à la patrie qui l'avait adopté et au 
judaïsme, dont il est resté le fils, et le fils dévoué. 

Ce n'est pas seulement en France que nous avons perdu des 
membres distingués de la Société. A Bruxelles, s'est éteint brus- 
quement un savant d'une notoriété considérable, M. Léo Errera, 
d'une famille justement célèbre, qui, en dehors de ses travaux scien- 
tifiques, savait s'intéresser au judaïsme passé et présent. Tout le 
monde se rappelle le courageux mémoire intitulé Les Juifs russes, 
destiné à venger ces malheureux des accusations portées contre eux 
et à appeler la sympathie et la pitié en faveur de ces victimes de 
l'ignorance et de la violence. 

M. .'e grand-rabbin Kajserling, de Buda-Pest, était un de nos 
collaborateurs les plus fidèles ; il s'était réservé un domaine 
dans la science juive. Il publiait chaque année un compte rendu des 
découvertes récentes éclairant l'histoire des Juifs d'Espagne. Nul 
n'a écrit avec plus d'éclat Ihistoire des Juifs de la Péninsule, aussi 
bien du Portugal que de l'Espagne, et n'a retracé avec plus de pré- 
cision la brillante civilisation à laquelle avaient atteint nos ancêtres 
de ce pays, avant la fatale expulsion de 149:?. 

Ces travaux, joints à ceux qu'il a consacrés aux temps modernes, 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

forment un monument qui sera consulté toujours avec fruit, et ils 
serviront de matériaux à des œuvres d'ensemble. 

Je tiens à remercier le très distingué conférencier qui va prendre 
la parole dans quelques instants pour vous exposer la carrière ora- 
toire de M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. Tous ici vous le con- 
naissez et l'appréciez, et vous rappelez la brillante conférence qu'il a 
faite ici sur la Prédication juive. Sa conférence d'aujourd'hui sera 
comme le complément et l'illustration de sa devancière. 

Je dois vous informer, Messieurs, que les lecteurs de la Revue 
n'ont pas eu leur aliment habituel cette année, puisque les numéros 
de juillet-septembre et d'octobre-décembre n'ont pas été distribués ; 
mais ils sont certains d'avoir, l'an prochain, un gros index des ma- 
tières contenues dans les cinquante premiers volumes, instrument de 
travail précieux qui pourra être consulté avec profit, même par les 
simples amateurs. Ils recevront aussi le premier volume de la 
Guerre juive de Josèphe, encours de publication sous la direction de 
M. Th. Reinach, dont il est superflu de faire l'éloge. 

Je tiens à remercier également, en terminant, M. le Vice-Pré- 
sident de la Société d'avoir bien voulu lire devant vous ces quelques 
pages, et je suis très sensible au grand honneur qu'il m'a fait en 
me remplaçant ici, auprès de vous, à la suite d'obligations profes- 
sionnelles qui m'appellent loin de Paris. Soyez persuadés, Messieurs, 
que mon absence ne sera que partielle et que ma pensée sera entiè- 
rement avec vous pendant toute cette soirée. 

M. Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la situation 
financière : 

Le banquet que nous avons célébré cette année a grossi, comme 
vous le verrez, le chiffre de nos dépenses, mais sans compromettre 
notre situation financière. L'avance qu'a bien voulu nous faire la 
banque de MM. de Rothschild est due uniquement à un achat de 
valeurs faite pour notre compte, achat qui a absorbé également les 
revenus de notre capital. 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 27 JANVIER 1906 VII 



Compte rendu financier du V^ janvier au 31 décembre 1905. 

Actif. 

En caisse au l^r janvier 1905 1.851 fr. 50 c. 

Cotisations 6.9*74 20 

Souscription du Mini^tè^e de l'Instruction publique. 375 » 

Remboursement d'avances 72 » 

Vente des Œuvres de Josèplie 535 20 

Vente par la librairie Durlacher 1 .203 30 

Vente par la librairie Leroux 84 60 

Don de M. le baron Alphonse de Rothschild 500 » 

Cotisations pour le b:^nquet 525 » 

Avance de MM . de Rothschild 1 . 055 15 

Total 13.178fr.95c. 



Passif. 

Mis à la réserve 1 . 582 85 

Frais d'impression de la Revue 3.507 » 

Honoraires 2.073 50 

Banquet 2.004 70 

Avance à l'auteur de l'Index 300 » 

Subvention à M . Louis Lévj 100 » 

Secrétaires de la rédaction 2. 350 » 

Magasinage et assurances 100 » 

Conférences et assemblée générale 117 » 

Affranchissements de 3 numéros de la Revue 144 » 

Frais de bureau et recouvrements, etc. 455 10 

Affranchissements divers 141 » 

Solde en espèces 447 80 

Total 13. 178 fr. 95c. 

l*^ janvier 1906. Espèces en caisse 447 fr. 80 c. 

Comme vous pouvez le constater, notre Société a le droit d'en- 
visao:er l'avenir avec confiance. 



VIII ACTES ET CONFERENCES 



M. Julien Weill, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1904-1905 (voir, plus loin, p. ix). 

M. Albert Cahen fait une conférence sur Zadoc Kahn, orateur. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : MM. Maurice Bloch, Hartwig Derenbourg, 
J.-H. Dreyfuss, Israël LÉvi, D"" Henri de Rothschild Maurice 
Vernes, Julien Weill, membres sortants, Isidore Lévy, Léon 
Lbvy, D"" Arnold Netter, le baron Edouard de Rothschild, 
Eugène Sée. 

Est élu Président de la Société pour l'année 1906: M. Lucien 
Lazard. 



RAPPORT 



SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1904-1905 

LU A L'ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 27 JANVIER 1906 
Par m. Julien WEILL, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

Le Conseil de la Société des Études juives s'est fait un devoir 
depuis vingt- cinq ans de vous présenter à chaque assemblée géné- 
rale, avec son bilan financier, l'inventaire de ses travaux et publi- 
cations historiques. Les secrétaires qui, tour à tour, se sont acquittés 
de cette dernière tâche ont consacré, en quelque sorte, par leur 
compétence et leur talent une coutume que d'aucuns avaient jugée 
peut-être médiocrement utile ou plaisante. J'ai à m'excuser de 
venir, ce soir, réveiller ou fortifier ce sentiment chez beaucoup 
d'entre vous, qui déploreront avec moi d'abord que mon estimé 
prédécesseur ait renoncé an rôle qu'il tenait depuis six ans avec 
tant de distinction, et puis que ce rapport retarde, si bref soit-il, le 
moment où la chaude et communicative parole d'un maître éminent 
évoquera une physionomie bien-aimée, à jamais vivante dans nos 
souvenirs. 

Mesdames, Messieurs, 

Les fascicules de l'année 1904-1905 dont j'ai mission de vous 
entretenir [contiennent d'importantes contributions nouvelles à la 



ACTES ET CONFERENCES 



connaissance de l'histoire et de la littérature juives. 11 me serait 
malaisé de vous énumérer tous les faits et renseignements inédits 
que nos collaborateurs ont produits dans des mémoires ou de simples 
notes et qui se rapportent aux temps et aux régions les plus variés. 
De cette abondante moisson je ne puis essayer de lier que quelques 
gerbes. 

L'élément biblique est peu représenté cette année. S'il n'est pas 
tout à fait absent, il en faut rendre grâces à M. Majer Lambert, 
dont les notes exégétiques et grammaticales sur différents textes de 
la Bible ' témoignent, comme toujours, d'une connaissance profonde 
de l'hébreu et de cette ingéniosité du chercheur qui excelle à 
découvrir les difficultés, sinon toujours à les résoudre. Le général 
Marmier, dans une dernière étude da géographie palestinienne 2, 
examine à la lumière du livre de Josué, comparé aux Septante, la 
délimitation des territoires d'Ephraïm et de Manassé et énumère les 
principaux centres d'habitation de ces tribus. C'est aux études 
bibliques qu'on peut rattacher l'importante et originale thèse de 
doctorat de M. J. Trénel sur l'Ancien Testament et la langue 
française au moyen âge. Sous ce même titre ^, l'auteur a bien voulu 
retracer pour notre Revue les grandes lignes de son ouvrage. Il 
s'est proposé de rechercher ce que la Bible hébraïque, soit directe- 
ment par l'hébreu, soit surtout par le grec des Septante et le latin 
de la Vulgate, a pu apporter de mots, de locutions, de tours de phrase, 
d abord au latin populaire parlé ea Gaule, puis à la langue française 
depuis ses plus anciens monuments jusqu'au xv^ siècle. L'on ne 
saurait croire ce que le français, même de nos jours, par suite de 
cette infiltration biblique aux premiers temps de la langue, contient 
encore de tournures, d'images, d'expressions dérivées ou imitées de 
la langue d'Isaïe, des Psaumes ou de Job. L'étude de M. Trénel, 
d'une érudition sûre et ingénieuse, est une solution partielle de ce 
vaste problème : quelle part revient à la Bible dans l'expression de 
la pensée humaine ? 

Si l'on peut assigner avec certitude l'origine d'expressions et 



1. T. XLIX, p. 146, 297; t. L, p. 261. 

2. T. XLIX, p. 181-189. 

3. Ibid., p. 18-32. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XI 

d'images qui ont cours partout, la tâche est moins aisée pour les 
contes et les légendes populaires. On est souvent réduit ici à des 
conjectures. Heureusement, le folldore est une science aimable et 
poétique, non seulement par son objet, les fictions où l'imagination 
instinctive des peuples inscrit ses rêves, mais par la fertilité agréa- 
ble des hypothèses qu'elle suggère à ceux qui veulent retrouver 
l'origine de ces fictions et en suivre l'itinéraire si capricieux. Parmi 
les saints dont le calendrier chrétien ramène la commémoration au 
27 juillet figurent les Sept Dormants d'Ephèse : ce sont sept jeunes 
enfants qui subirent, dit-on, le martyre sous l'empereur Décius, 
comme suspects de christianisme. S'étant déclarés chrétiens, ces 
enfants furent murés dans une caverne oîi ils s'étaient réfugiés. Là, 
un sommeil de deux cents ans les préserva de la mort. Ces deux 
siècles écoulés^ sous le règne de Théodose, on découvrit leur re- 
traite : ils s'éveillèrent, professèrent la croyance à la résurrection 
et moururent. Célèbre dans tout l'Orient chrétien, ce conte a passé 
à rislam avec des variantes. M. Bernard Heller ' lui soupçonne 
une source juive. L'aventure du sommeil miraculeux est, en effet, 
attribuée à plus d'un personnage juif dans le Midrasch et certains 
apocryphes de caractère pharisien. De plus, cet hommage, évidem- 
ment tendancieux, rendu au dogme de la résurrection, ne saurait 
viser aucune hérésie chrétienne. A qui en ont ces petits théologiens 
qui ont si longuement dormi, sinon aux Sadducéens mécréants ? 
Après une dissertation très nourrie et instructive, encore qu'un peu 
confuse, M. Heller conclut, non sans vraisemblance, que la légende 
des Sept Dormants « représente une tradition aggadique, submergée 
dans le flot des temps, reparaissant dans la légende chrétienne et 
développée dans l'islamisme ». 

\\ est avéré que l'Eglise, par un libéralisme qui eût bien dû 
s'exercer encore ailleurs qu'en littérature, nous a conservé plus d'un 
apocryphe d'origine foncièrement juive et a fait un sort quelque- 
fois éclatant à des laissés pour compte de la tradition pharisienne. 
L'histoire glorieuse des héros hasmonéens, celle, plus légendaire, 
des sept enfants Macchabées et de leur mère, martyrisés à Antio- 

1. T. XLIX, p. 190-218. 



XII ACTES ET CONFERENCES 

che, c'est grâce à TEglise que nous pouvons les lire tout au long et y 
admirer des vertus et des héroïsmes qu'elle n'a pas pu tout à fait 
christianiser, même en les canonisant. Mais le Judaïsme a laissé 
prendre à la religion issue de lui beaucoup plus qu'un héritage litté- 
raire trop dédaigné, il lui a abandonné la propagande des crovances 
et de la morale, la conquête du paganisme. Car il y a eu, bien 
avant l'ère chrétienne et dans les environs de cette ère, un prosé- 
l^tisme juif, actif et fécond, encore insuffisamment connu. On sait 
communément qu'il y avait deux sortes de prosélytes : les demi- 
proséljies, les craignant- Dieu y convertis au monothéisme et à la 
partie purement morale de la loi mosaïque, et les prosélytes 
complets qui avaient consenti à s'imposer tous les préceptes de la 
Tora. Un savant protestant d'Allemagne, M. Bertholet, dans un 
ouvrage d'ailleurs érudit et consciencieux, ayant contesté l'existence 
réelle de ce demi-prosélytisme et prétendu démontrer, d'autre part, 
que les Juifs avaient toujours eu les prosélytes, les gérim en suspi- 
cion et défaveur, M. Israël Lévi ' a soumis, à son tour, les opi- 
nions hardies de M. Bertholet à une critique pénétrante ; il montre, 
dans un premier article, que l'auteur n'a pas pesé avec assez de 
rigueur les documents talmudiques qu'il utilise et qu'il ne connaît 
même pas les plus topiques ; avec beaucoup de preuves à l'appui, il 
affirme l'existence et la persistance de cette intéressante tendance 
à la conversion partielle des païens au Judaïsme, tendance qui se 
relâcha beaucoup à la suite et à cause des progrès du christianisme 
paulinien, mais dont on gardait encore le souvenir dans les milieux 
juifs en Palestine au iv^ siècle. 

Quant à l'attitude, prétendue hostile, du Judaïsme à l'égard du 
prosélyte complet , on verra ce qu'il en faut penser dans un 
deuxième mémoire de M. I. Lévi paru dans le premier numéro de 
janvier 1906. 

La Babylonie a été, avec la Palestine et plus qu'elle, le centre des 
études talmudiques jusqu'au xi® siècle. Le Judaïsme traditionnel, 
maintenu et perpétué par les grandes écoles de Sera et de Poumba- 
dita et leurs illustres dynasties de recteurs ou Gueonim, finit par 

1. T. L, p. 1-9. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XIII 

subir riufluence de la culture arabe et des grands mouvements 
d'idées théologiques et philosophiques provoqués par la diffusion de 
l'islamisme, la naissance et le développement du caraïsme et d'au- 
tres sectes fort remuantes. La période qui va du ix« au xi* siècle 
est pour le Judaïsme oriental extrêmement mouvementée, féconde et 
diverse. La précieuse (jueniza du Caire, avec ses nombreux docu- 
ments récemment mis au jour, a déjà fourni et fournira encore aux 
érudits des renseignements du plus vif intérêt sur cette considé- 
rable portion de l'histoire juive. Voici un exemple des résultats 
auxquels on est arrivé grâce à ces poussiéreuses paperasses : on 
doutait jusqu'ici que le nom de Philon, le célèbre philosophe juif 
d'Alexandrie des environs de l'ère chrétienne, eût été connu d'au- 
cun rabbin jusqu'au xvi® siècle et Ton se demandait comment cer- 
taines théories philosophiques apparentées aux doctrines philo- 
niennes se rencontraient dans les écrits des théologiens juifs 
d'Espagne tels que Ibn-Gabirol. Ce doute est maintenant levé et ce 
mystère éclairci. On est sûr aujourd'hui que certains auteurs juifs 
du ix*^ et du x« siècle connaissaient un nommé Juda l'Alexandrin et 
que ce Juda l'Alexandrin n'est autre que Philon en personne. Selon 
M. Poznanski ', qui nous communique cette intéressante informa- 
tion en l'enrichissant d'aperçus neufs et suggestifs, des ouvrages ou 
des fragments d'ouvrages de Philon furent traduits vraisemblable- 
ment en syriaque par des auteurs chrétiens, puis du syriaque en 
arabe ; certaines sectes, telles que les Maghârya, firent leur lecture 
favorite de ces écrits ; de là, par l'intermédiaire de David ben Mer- 
wân al-Moukammès, ils vinrent à la connaissance des premiers écri- 
vains caraïtes et de Saadya. Et plus tard, les idées de Philon, deve- 
nues courantes, mais anonymes, dans certains cercles, passèrent à 
Ibn-Gabirol et à d'autres ainsi qu'à la Cabale. 

La littérature judéo-arabe est un vaste et merveilleux domaine. 
M. Goldziher a acquis par les études qu'il y consacre depuis fort 
longtemps une rare réputation. Il continue dans notre Revue à 
verser au dossier déjà si riche qu'il a constitué sur les rapports entre 
les civilisations juive et arabe nombre de documents et de faits 

1. T. L, p. 111-31. 



XIV ACTES ET COiNFÉRENCES 

nouveaux ' ; il indique la source néo-platonicienne d'une des doc- 
trines maîtresses du Khazari de Juda Halévi ; il retrouve l'origine 
arabe de certains traits de mœurs fort piquants : telle l'histoire 
de ces Juifs de Kairouan qui consultent le Gaon babylonien Haï 
pour savoir s'il est permis de répondre à quelqu'un à qui on a juré 
de ne point parler, pourvu qu'on s'adresse au mur. C'était le subter- 
fuge dont usaient, paraît-il, les deux veuves de Mahomet, lesquelles 
étaient brouillées à mort, mais ne pouvaient se résoudre à cesser 
de bavarder entre elles. On ne dit pas quelle réponse le Gaon fit 
aux Juifs qui le consultaient. D'ordinaire, les Gueonim avaient à 
résoudre des questions moins frivoles, celles, par exemple, que leur 
posent sans doute encore des Juifs de Kairouan sur l'origine biblique 
ou rabbinique du contrat de mariage. Cette consultation nous vaut 
une très docte étude de M. Biichler ^ sur les relations des commu- 
nautés africaines avec la Babylonie et la Palestine. 

Avec l'Irak et l'Afrique du Nord, c'est en Espagne et dans la 
France du Nord que les études talmudiques sont le plus florissantes 
à partir du xi** siècle. Il est naturel que l'activité des rabbins fran- 
çais du moyen âge sollicite particulièrement l'attention des colla- 
borateurs de notre Revue. Nous devons à M. Israël Lévi de nom- 
breux articles ou documents qui nous font connaître de plus près la 
belle école exégétique de la France septentrionale et de l'Allemagne 
occidentale. L'histoire rabbinique de ces régions ne commence guère 
qu'avec Rabbénou Gerschom, la « lumière de l'exil », mort en 1028. 
Gerschom a bien eu des maîtres en son pays, tels qu'un certain 
Léontin, mais on ne connaît presque rien de leur œuvre. M. Lévi^ 
est tenté d'attribuer à ce Léontin la paternité d'un commentaire sur 
le Pentateuque conservé à la Bibliothèque nationale et qu'on n'a pas 
jusqu'ici suffisamment étudié. Si cette attribution, proposée avec 
une sage réserve, était vérifiée, Thistoire intellectuelle du Juda'isme 
français commencerait déjà vers l'an 1000. Il est vrai que l'exégèse 



1. Mélanges judéo- arabes (suite), t. XL1X, p. 219-230; t. L, p. 32-44; 
p. 182-190. 

2. Ibid., p. 145-182. 

3. T. XLIX, p. 231-243; cf. Simonsen, Â propos du commentaire biblique de 
Léêntin, t. L, p. 263. 



RAPPORT sua LES PUbLlCATlONS DE LA SOCIETE XV 



de ce Léontin, qui se délecte trop aux fantaisies mystiques, ajoute- 
rait peu de gloire à l'école française dont Haschi demeurera toujours 
le plus brillant représentant. C'est le lieu de rappeler ici rexcellente 
conférence que M. Liber, élève de M. Lévi, consacrait l'an dernier 
au commentateur classique de la Hible et du ïalmud et que la 
Kevue a publiée '. Mais, autour de l'astre principal, il est des sa- 
tellites nullement négligeables. M. F. Lévi, étudiant un autre ma- 
nuscrit - contenant des explications sur le Pentateuque dues à des 
rabbins français, — on y trouve une quarantaine d'auteurs cités, — 
complète ce qu'avait déjà dit à leur sujet d'autres savants et, pour 
la première fois, relève les gloses françaises qui émaillent ces 
commentaires. Dans un autre article-*, M. Lévi publie un document 
tout à fait inédit, des fragments d'un glossaire hébreu-français du 
xiii® siècle probablement, dénichés par M. E. Adler, en Tunisie, 
sur trois feuilles de parchemin servant de couverture à un vieux 
livre hébreu hors d'usage. Ces fragments, documents de même 
ordre que le grand glossaire publié récemment par MM. M. Lam- 
bert et Brandin, sont aussi précieux pour l'histoire de la langue fran- 
çaise que pour celle de l'exégèse biblique. M. Lévi étudie, enfin '', 
quelques manuscrits du Minhat Yehouda de Juda b. lilliézer et 
montre que cet ouvrage et le S. Gan Elohim ne sont que deux re- 
censions d'un même commentaire. 

Quand on aura publié tout ce qu'on possède en fait de gloses 
hébreu-françaises et qu'on aura recueilli, d'autre part, ce qu'il y a 
d'original dans les commentaires des rabbins de l'école française, 
il y aura, comme nous le dit M. Lévi, une intéressante étude à faire 
de ces exégètes formés à l'école de Raschi, pleins de vénération 
pour le maître et néanmoins indépendants, prodiguant les « obser- 
vations fines w et a les explications ingénieuses et spirituelles », et 
par-dessus tout pleins de « candeur et de bonne foi » •'. Mais qui 
donc est plus désigné pour cette tâche que le savant à (|ui nous 

1. T. L, Actes et Conférences^ p. 26-53. 

'2. T. XLIX, p. J3-50. 

3. T. L, p. 197-210. 

4 Ibïd., p. 45-52. 

b. T. XLIX, p. 50. 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

devons tant de travaux préparatoires et les premières pages d'une 
grande histoire des Juifs de France, dont nous souhaitons lire 
bientôt la suite ? 

Les matériaux de cette histoire, monographies et documents 
d'archives, se trouvent déjà en grande partie, mais disséminés, dans 
les volumes antérieurs de la Revue. Ils se sont enrichis, cette 
année, de plus d'un important chapitre. Outre la si vivante confé- 
rence de M. Théodore Reinach sur AyoMrd et les Juifs ', que vous 
avez eu le plaisir de lire après l'avoir applaudie, celles, non moins 
attachantes, de M. Lucien Lazard sur La politique des rois de France 
à Vègard des Juifs et de M. Tchernoff sur U œuvre de V Alliance 
israélite universelle, qui n'ont pas encore été publiées, nous avons eu 
la suite de l'étude de M. Léon Gauthier sur les Juifs dans les deux 
Bourgognes '^. Après nous avoir parlé du Duché, l'auteur traite 
cette année-ci du Comté de Bourgogne. Les Juifs qui apparaissent là 
vers 1220 et se maintiennent tant bien que mal jusqu'en 1490 
sont généralement, comme les Lombards et les Caorsins, des prêteurs 
sur gages et des banquiers, u Le prêt d'argent, dit M. Gauthier^, 
est la raison d'être du Juif, c'est le motif réel de la tolérance du 
seigneur qui l'admet, le protège, l'encourage, puis le met en coupe 
réglée et le rançonne sans pitié quand l'occasion s'en présente, 
c'est-à-dire très fréquemment, w Les Juifs prêtent aux abbayes, à 
la noblesse, le plus souvent à des taux fort élevés. Mais faut-il 
s'étonner ou s'indigner que, exposés aux plus grands risques et 
ne devant une sécurité précaire qu'aux services dargent qu'ils 
pouvaient rendre, ils n'aient prêté aux grands que « sur bonne 
hypothèque ou forte caution dûment libellées par devant notaires, 
officialités ou juridictions ? » Un texte cur'eux produit pour la 
première fois par M Gauthier en dit long sur leur situation sociale : 
ce document porte qu'un groupe de Juifs se donnent en propriété, 
eux, leurs femmes et leurs enfants, à Jean de Chalon, seigneur de 
Rochefort, et jurent sur le rouleau de la Loi de ne reconnaître 
aucun autre seigneur. 

1. T. L, Actes et Conférences, p. 81-111. 

2. T. XLIX, p. 1-17; 244-261. 

3. Ibid., p. 14. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XVII 

Les Juif^ de Bourgogne, à côté du commerce d'argent, taisaient 
le commerce d'étoffes, d'huile, de charbon, d'orfèvrerie, de bétail, 
de chevaux. Les pièces réunies par M. Gauthier font connaître la vie 
sociale et économique de ce temps et le rôle important que jouèrent 
les Juifs. Utilisant les travaux du regretté L Loeb, il expose le 
mécanisme des affaires du célèbre et habile banquier Héliot de 
Vesoul. Signalons encore cette curieuse particularité que, vers la 
fin du XI v^ siècle, les Juifs se départirent de leur habitude de 
régler leurs affaires entre eux, en ayant pour arbitres et juges 
leurs rabbins, et finirent par confier à des notaires le soin de libeller 
leurs contrats en langue vulgaire. 

L'histoire des Juifs d'Espagne, avant leur expulsion de 1492, 
n'est représentée que par quelques notes du regretté Kayserling ' 
sur des Juifs de Cervera et de Torrega, en Catalogne, qui échap- 
pèrent, en 1462, grâce à l'appui de la bourgeoisie, aux excès de la 
soldatesque engagée dans les luttes des Catalans rebelles contre 
Juan II d'Aragon. 

Le bannissement des Juifs d'Espagne et de Portugal ne tarit 
pas l'histoire juive en ces pays. Les Marranes, ou Juifs convertis 
au christiani:^me, souvent restés Juifs de cœur, ont une longue et 
douloureuse histoire qu'éclaire lugubrement la lumière des bûchers 
de l'Inquisition et qu'on peut reconstituer en grande partie avec 
les nombreux dossiers qui les concernent. On vous a déjà parlé des 
documents recueillis par M. Adler sur les Marranes d'Espagne et 
de Portugal, de 1606 à 1683; nous en avons la suite dans les 
numéros de l'année écoulée ^ ; ils nous renseignent abondamment 
sur la situation économique de cette époque, sur le commerce de 
l'Espagne avec les Indes, la concurrence entre les marchands 
portugais et hollandais, l'aversion réciproque de l'Espagne et du 
Portugal, la versatilité perfide d'une politique qui chasse ou retient 
jes Marranes, selon qu'eux-mêmes sont disposés à demeurer ou à 
é migrer vers des régions moins dangereuses, enfin, car la note 
comique n'est pas tout à fait absente, la lutte entre le confesseur du 
roi Philippe IV et l'Inquisiteur général accusé un jour par le premier 

1. T. XLIX, p. 302-4. 

2. Ibid., p. ;;i-73; t. L, p. 53-75; 211-237. 

Actes kt gonf. b 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

d'avoir été « soudoyé » par les Juifs. On conçoit que les Marranes, 
qui n'avaient qu'un christianisme de surface et laissaient presque 
inconsciemnaent transparaître à travers ce masque l'indéracinable 
foi des ancêtres, ne se sentissent point en sûreté dans le pays des 
auto-da-fé. 

M. Cardozo de Béthencourt^ nous apporte des détails inédits et 
de bonne source sur celui qui eut lieu le 15 décembre 1647 à 
Lisbonne, où figurèrent, entre autres victimes, trente-quatre Juifs. 
De ce nombre était le magnanime Isaac de Castro Tartas quo son 
jeune âge — 21 ans — ne put sauver du martyre. Ce Marrane, né 
en France, revenu au Judaïsme à Amsterdam, puis missionnaire 
bénévole de sa foi reconquise auprès des Marranes du Brésil et qui 
discuta théologie deux ans avec les moines les plus éloquents de 
l'Inquisition portugaise, est un des plus glorieux martyrs du 
Judaïsme. M. C. de Béthencourt nous donnera un jour une biogra- 
phie complète de ce héros. 

Deux autres figures de Juifs bien connus, appartenant à la même 
époque, de famille espagnole ou portugaise, quelque temps compa- 
triotes, mais dont les destinées furent singulièrement diff'érentes, 
sont évoquées dans les pages de notre Revue. L'une est celle du 
rabbin Menasseh ben Israël, le courageux avocat de ses coreligion- 
naires auprès de Cromwell. M. Cardozo de Béthencourt- publie 
quelques curieuses lettres de lui, spécimens d'une correspondance 
immense, adressées au savant bibliothécaire Vossius, auquel il offre 
des livres hébreux rares et surtout demande de recommander ses 
ouvrages à la Sérénissime reine Christine. Hélas ! la Sérénis.^ime 
Majesté ne fut pas aussi sensible qu'il le souhaitait à ses éloges 
hyperboliques ni à ses dédicaces. On s'en consolera pour lui en 
songeant que le philosophe Descartes eut aussi de cruels mécomptes 
avec cette grande princesse. L'autre figure est celle de Spinoza que 
votre rapporteur ^ a considéré du point de vue du Judaïsme à 
l'occasion de récents travaux sur la vie du grand philosophe.» 

Il me reste à vous signaler quelques autres articles relatifs à 

1. T. XLIX, p 2()2-2fi9. 
•2. J>>id., p. iiS-imi. 
3. Ibid., p lGl-1811. 



UAPPOKT SUH LKS PUBLICATIONS Dt LA SOCIÉTÉ XIX 

l'histoire extérieure des communautés juives. M"^' Amy-A. Ber- 
nardy ' nous a conduits encore dans la H'^ publique de San -Marin : 
les pièces d'archives qu'elle publie nous montrent, — spectacle ré- 
confortant, — un grand seigneur du xV siècle qui ne protège pas 
uniquement par intérêt le Juif qui lui rend service, mais l'honcre 
d'une amitié véritable. 

Un manuscrit de la Gueniza do Lublin, probablement du milieu 
du xv!!*" siècle, recueilli par M. Nisenbaum'-, ajoute une page pénible 
au martyrologe, que nous n'avons point vu se clore jusqu'ici des 
Juifs de Pologne. 

L'intéressante communauté de Metz a déjà fait l'objet de plusieurs 
études dans li Revue. L'histoire de son rabbinat, écrite il y a 
vingt an.s par M. Abr. Cahen, se complète par la chronique des 
plus anciennes familles juives de cette ville depuis le xvi^ jusqu'au 
XVI. i^ siècle "^ M. J. Bauer '' nous conte d'agréable façon, d'après 
de curieux documents, l'histoire de quelques conversions dans le 
comtat Venaissin du xvi° au xviii° siècle. Les disjnUaisons ou 
colloques institués par l'Eglise pour amener les Juifs à elle, les 
conférences de propagande où ils étaient tenus de venir entendre 
une éloquence qu'ils payaient de leurs deniers, ce qui suffisait 
déjà, j'imagine, à lui faire perdre de sa vertu persuasive, furent 
prodiguées sans grand succès. L'Eglise n'en fêta que plus somp- 
tueusement lôs rai'es néophytes que la grâce avait touchés. Le 
plus souvent ce n'étaient que de bas intrigants, habiles à man- 
ger à deux râteliers. Mais les agissements de quelijues apostats 
finirent par inquiéter les communautés juives du Comtat et leur 
auraient fait beaucoup de mal sans Tavènement de la Révolution 
libératrice. 

Quelques autres documents nous conduisent non loin de la 
Révolution : les li.stes des Juifs de Paris de l'755 à nôD publiées 

1. T. XLIX, p. 89-97; t. L, p. 129-135. 

2. Ibid., p. 84-89. 

3. M. Ginsburger, Les Jv,\fs de Metz sous Vancien régime, ibid., p. 112-128 
238-260. 

4. Ibid.y p. 90-1 n. 



XX ACTES ET CONFÉRENCES 

d'après les copies faites sur des registres de police par le regretté 
Léon Kalin ' et quelques notes de M. L. Brunscliwicg- sur des Juifs 
de Bretagne. Signalons enfin des gloses diverses sur quelques points 
d'histoire ou de littérature : Encore un mot sur le roi juif de Nar- 
bonne, où M. I. Lévi nous donne quelques renseignements complé- 
mentaires sur des légendes déjà critiquées par lui antérieurement ; 
Le Kital al-Tarilh de Saadya, Bischr h. Aaron (non rectifié du 
personnage qui réconcilia Saadya et Texilarque David b. Zaccaï] 
(\V. Bâcher);. Un texte de Montesquieu sur le Judaïsme-, Une ins- 
cription hèhrdique à Zo^ère (J. Weillj^ ; Quelques données nouvelles 
sur Isaac ihn Baroun (S. Poznanski) ; Deux lignes de comptabilité 
(M. Schwab)'*. 

Notre Revue recrute non seulement des lecteurs , mais des 
travailleurs. Inutile de redire les services que rend à ces derniers 
l'élément bibliographique auquel elle réserve à bon droit une grande 
place. Aux comptes rendus, qui ont parfois la valeur d'articles 
originaux, consacrés par MM. Goldziher •'', H. Derenbourg ^, I. 
Lévi", W. Bâcher 8, M. Schwab-', M. Lambert '<', J. WeilH\ 
à des ouvrages de critique biblique ou talmudique, de chronologie, 
d'histoire religieuse, de philologie sémitique ou de théologie, à la 
bibliographie générale dressée par M. 1. Lévi '^, aux notes diverses 
sur quelques manuscrits '-^ s'ajoute cette année un travail des plus 
utiles que nous devons à la grande expérience bibliographique de 
M. Moïse Schwab : je veux parler' de son précieux Catalogue des 

1. T. XLIX, p. 121-l/ii>. 

2. Ibid., ]). 11U-12U. 

3. lùul., ]). 147, 298, 150, '.m. 

4. T. L, p. 191, 264. 

^. T. XLIX, p. 154-1^9. 

<3. T. L, p. 290-2915. 

7. Ibid., p. 298-302. 

8. T. XLIX, p. ;}07-31'') ; l. L, p. l'.O. 

9. T. XLIX, p. 311). 

10. Ibid., p. 317. 

11. T. L, p. 290. 

12. Ibid., p. 265-289. 

13. M. Schwab, Manuscrits hébreux du Maséc de Uluay, iôid., p. 136-139; 
F. Macler, Nute sur un nouveau manuscrit (l'une chronique samaritaine^ ibid., 
p. 76-b3. 



RAPFURT SUH LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XXI 

manuscrits et incunables hébreux de la Bibliothèque de l'Alliance 
Israélite '. 

Mesdames, Messieurs, 

L'austérité, l'aridité même de certaines pages de la lievue des 
Ktudes juives, où ne s'aventure pas volontiers le signet du lecteur 
mondain, n'ont pis assurément de quoi surprendre dans un organe 
sérieux, d'un caractère scientifi(iue et spécial, qui se propose pour 
but la recherche de la vérité, la connaissance de faits historiques 
soigneusement recueillis et dûment contrôlés, l'intelligence et 
l'appréciation impartiale des idées et des doctrines qui intéressent 
de près ou de loin le Judaïsme d'autrefois. Nos publications se 
llattent avant tout de renseigner le lecteur. Mais pour ceux qui 
veulent bien nous lire et braver çà et là quelques broussailles, cette 
austérité et cette aridité ne se rachètent-elles pas par ce qu'il y a 
de vivant, de saisissant, de dramatique et d'infiniment divers dans 
l'évocation sincère et fidèle du passé? Et qu'y a-t-il de plus varié 
et de plus dramatique que l'histoire politique, sociale, rehgieuse, 
littéraire de ce « peuple du Livre », qui a promené à travers tous 
les continents et les âges une foi et des espérances à peu près 
identiques en leur fond, et cependant perpétuellement renouvelées 
et comme colorées de mille refiets au gré des climats et des 
latitudes, des milieux et des cultures qu'elles ont traversés? Pour 
spéciale (ju'elle soit, la lievue des Etudes juives possède, en vérité, 
un domaine d'une étendue et d'un intérêt prescjue illimités. Les 
découvertes dont la science juive s'enrichit, les faits et les rensei- 
gnements inédits qu'elle enregistre, loin de restreindre sa tâche en 
diminuant l'inconnu, semblent lui en assigner toujours de nouvelles. 
Les cinciuante volumes qu'elle a produits, sans compter les autres 
publications de la Société, ont pu combler bien des lacunes, corriger 
bien des erreurs, dissiper bien des préjugés ; ils ont peut-être soulevé 
plus de problèmes qu'ils n'en ont résolu et signalé plus de terres 
inconnues qu'ils n'eu ont exploré; par là même ils ont orienté le 
travailleui's vers de nouvelles recherches qu'on peut espérer fruc- 

1. T. XLIX, p. 74-88; 2:0 -200. 



XXll ACTKS ET CONFÉRENCKS 



tueuses. Quant aux légendes et aux erreurs, ils ont contribué à les 
ruiner. Sans doute, il en reste toujours et peut-être même en a-t-on 
quelquefois créé et mis en circulation de nouvelles. Mais on a 
toujours fait œuvre de bonne foi, et si la science de demain corrige 
celle d'aujourd'hui, elle ne pourra que se conformer, avec une 
rigueur et une persévérance croissantes, à des habitudes d'esprit et 
des méthodes qui ont définitivement prévalu. 

Et maintenant, une nouvelle période de labeur s'ouvre pour 
notre Société. Il est permis d'en bien augurer, si elle suit la voie 
que lui ont tracée les bons ouvriers de la première heurs, ceux qui 
lui ont consacré, depuis qu'elle existe, le meilleur d'une activité qui 
lui demeure acquise, celui surtout qui, après s'être réjoui de sa 
fondation, s'est passionnément intéressé à sa prospérité et à ses 
succès et dont le souvenir restera pour elle le plus précieux des 
encouragements. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEA.NCE DU 28 JUIN 1905. 
Présidence de M. le D"" Henri de Rothschild, 'président. 

M. I. Lévi donne lecture d'une lettre de M. Moïse Schwab, qui 
demande à être déchargé des fonctions de trésorier. Le Conseil 
décide d'écrire à M. Schwab pour le remercier de son dévouement 
à la Sociétf^ et de nommer à sa place M. E de Goldschmidt. 

Le Conseil donne à M. L Lévi le titre de secrétaire général de la 
Société. 

M. Zadoc Kahn annonce que Mf"« M Reiche est disposée à faire 
une conférence, l'hiver prochain, sur Nietzsche et le Judaïsme. 



SÉANCE DU 25 OCTOBRE 1905. 
Présidence de M. Lazard, vice-président. 

M. E. de Goldschmidt est nommé trésorier. 

Le Conseil s'occupe de la publication du prochain volume de la 
traduction de Josèphe. Des pourparlers seront engagés avec M. Cerf, 
imprimeur. 

M. Th. Reinach propose de ne donner suite aux demandes 
d'échange émanant de Sociétés étrangères que pour celles qui 
auraient trois ans d'existence effective. 

Sont élus membres de la Société : M. Georges-Raphaël Lévy, 
présenté par MM. le D'' Henri de Rothschild et Th Reinach; 
MM. A. -M. Rehns et Lucien Sauphar, présentés par MM. Zadoc 
Kahn et le D^ H. de Rothschild. 



SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1905. 
Présidence de M. Lazard, vice -président. 

M. Lazard prononce l'éloge funèbre de M. le grand-rabbin Zadoc 
Kahn . Le Comité s'associe aux paroles émues du président. Sur la 
proposition de M. I. Lévi, il est décidé que rallocution de M. Lazard 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

sera jointe aux autres discours que publiera la Revve dans son pro- 
chain fascicule. 

Le Conseil lève ensuite la séance en signe de deuil. 

Après une suspension, la séance est reprise. 

Le Tonseil décide de placer en tête du fascicule prochain la repro- 
duction d'une photographie de M. Zadoc Kahn. 

Le Président annonce que M. Grunebaum-Ballin donne sa dé- 
mission de membre du Conseil. 

Le Conseil décide de proposer, pour la présidence de la Société en 
1906, M. Lucien Lazard. 

Le Conseil fixe ensuite la date et l'ordre du jour de la prochaine 
assemblée générale et décide qu'une conférence sur l'œuvre oratoire 
de M. Zadoc Kahn sera demandée à M. Albert Cahen. 

On adopte le projet de budget pour 1906. 



SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1906. 
Présidence de M. Lazard, président. 

M. Lazard remercie ses collègues de l'avoir appelé à la présidence 
et souhaite la bienvenue aux nouveaux membres du Conseil : 
MM. Isidore Lévy, Léon Lévj, D"" Arnold Netter, baron Edouard 
de Rothschild, Kugène Sée. 

Le Conseil élit MM. Mayer Lambert comme vice- président et 
Isidore Lévy comme secrétaire. Les autres membres du Conseil 
sont maintenus en fonctions. 

M. Albert Cahen est nommé membre du Comité de publication. 

M. I. Lévi donne des indications sur la conférence que fera, le 
18 mars, M"^^ M. Reiche sur ISieizsche et le Judaïsme. 

Est reçu membre de la Société : M. le D"" Léon Zadoc Kahn 
présenté par MM. Israël Lévi et Julien Weill, 

Le Conseil vote des remerciements à M. le D^' Henri de Roth- 
schild pour le don généreux qu'il a bien voulu faire à la Société. 

MM. Mayer Lambert et I. Lévi font des communications sur 
divers passages de la Haggada de Pâque. M. Th. Reinach pose une 
question au sujet d'un rite pascal. M. Schwab dit quelques mots de 
la médaille de Fourvières. 

Les Secrétaires, 

Isidore Lévy et Julien Weill. 



NIETZSCHE ET LE JUDAÏSME 



CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 18 MARS 1906 

Par Madame Max REICHE. 



Mesdames, Messieurs, 

Permettez-moi, avant tout, d'adresser ici un hommage ému à la 
mémoire de celui qui m'a fait l'honneur de me demander cette con- 
férence * et d'exprimer mon profond regret qu'il ne m'ait pas été 
possible d'exposer devant lui, selon son désir, les idées de Nietzsche 
sur le sujet qui l'intéressait. 

Je laisse presque entièrement la parole au grand philosophe, 
ayant glané, dans le champ vaste et riche de ses œuvres, toutes les 
pensées qu'il a consacrées au peuple d'Israël. 

Le seul morceau relativement important se trouve dans Aurore 
(1881), et les mentions les plus fréquentes se rencontrent dans Par 
delà le bien et le mal (1885), dans la Gcnéalogie de la morale (1888) 
et aussi dans V Anlichrélien (1888). — 11 n'existe pas encore, à ma 
connaissance, de traduction do ces deux derniers ouvrages. 

Je dois, d'ai leurs, avouer, à ce propos, non sans quelque con- 
fusion, ({ue, par une perversité naturelle do l'esprit, je no comprends 
jamais une ligne exactement comme un autre interprète, quel qu'il 
soit, et ne puis, par conséquent, utiliser les traductions, ce qui m'o- 

1. Le regrette grand-rabbin Zadoc Kahn. 

Actes et conk. c 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

blige à prendre la responsabilité de la translation des nombreux 
textes que je vais citer. 

Frédéric Nietzsche commence à passer un peu de mode. Il a tra- 
versé ce moment malheureux de la célébrité pendant lequel le nom 
de l'écrivain est dans la bouche de tous ceux qui ne l'ont pas lu, et 
où l'on peut dire qu'il l'a échappée belle quand on n'en use pas pour 
désigner un nouveau plat ou une nouvelle forme de vêtement. 

Mais peut-être n'a-t-il pas encore dépassé le stage suivant, celui 
des défenseurs trop zélés, des disciples compromettants et des dé- 
tracteurs passionnés. C'est sans doute la fin de cette époque qu'at- 
tend sa sœur, M"^® Meyer Fôrster, pour nous donner sa dernière 
œuvre VEcce homo, cette autobiographie d'un intérêt si palpitant 
qull avait écrite pour lui tout seul, et qui devait être son chant du 
cygne. 

Peut-être y a-t-il dans cette confession des marques visibles de 
l'exaltation qui a précédé la catastrophe, et peut-être la sœur 
aimante, l'admiratrice dévouée, craint-elle, non sans raison, que 
des lecteurs malveillants y trouvent des traces de la folie subsé- 
quente..,; non sans raison, puisqu'on ne peut s'entretenir de 
Nietzsche avec qui que ce soit sans s'entendre dire, en guise d'ar- 
gument : c'est fou, il était fou ! 

Cela prouve que l'homme de génie n'est pas encore entré dans la 
période sereine de la gloire, que les accidents de sa vie se mêlent 
encore à son œuvre dans la mémoire des hommes, et qu'il a, pour 
le moment, encore besoin d'être défendu et pour ainsi dire protégé 
par des lecteurs aimants, les seuls qu'il faille souhaiter aux grands 
écrivains, car ils sont, selon les paroles de Nietzsche lui-même, 
plus clairvoyants que les autres : « Il faut, dit-il, se glisser avec 
amour au cœur des choses; les yeux froids apprécient mal les 
valeurs. » 

Aussi, avant de parler d'une partie quelconque de son œuvre, 
est-il encore bon de constater que, s'il a incontestablement écrit en 
état de surexcitation, il a cela de commun avec la plupart des 
grands écrivains et avec tous les vrais artistes ; car ce qui est fait 
de sang-froid peut être du travail honorable, du métier habile, ce 
n'est pas de la littérature, et encore moins de la poésie; qu'il est 



NIETZSCHE ET LE JUDAÏSME XX VU 

devenu fou subitement, ou plutôt qu'il a été pris de délire aigu à la 
suite d'une attaque d'apoplexie; que cette crise définitive a été 
amenée en grande partie par le plus terrible surmenage qu'un 
homme ait jamais pratiqué et par l'abus de narcotiques dangereux ; 
que les seuls prodromes de la catastrophe étaient l'extrême intensité 
de l'effort productif et la profondeur de la réaction dont il était 
suivi ; enfin, que le malade n'a plus rien écrit, sauf quelques notes 
et des fragments de lettres, dont pas une ligne n'a été livrée à la 
publicité. 

Nietzsche a consacré dix années de sa vie, les dix plus belles 
années de sa maturité (de trente-cinq à quarante-cinq ans, ISIO-SQ) 
au seul travail de la pensée. 

Dans son existence nomade, qui, par le retour périodique de ses 
ascensions vers l'Engadine et de ses descentes jusqu'à la côte d'Azur 
ou vers l'Italie, à la recherche d'un ciel pur, d'un soleil brillant, 
mais non brûlant, et d'une température moyenne et constante, rap- 
pelle les migrations des oiseaux, il n'était lié par aucun devoir, 
ni poursuivi par aucune préoccupation ; il n'avait pas d'ambition 
politique, pas de vanité professionnelle, pas de distractions senti- 
mentales. Il se passait fort bien de femme, après l'avoir vaguement 
désirée; il s'habituait à la solitude complète, après en avoir beau- 
coup soufi'ert, et dans ses bonnes heures, nous dit-il, c'était sa joie 
et son orgueil de penser. Il s'y livrait avec passion, avec entraîne- 
ment comme à une sorte de noble sport. 

Ayant, malgré son peu d'estime pour le cartésianisme, fait 
« table rase » mieux que la plupart des cartésiens, ayant, ainsi 
qu'il le confesse pathétiquement, « brisé tout ce qu'il avait chéri, 
et contemplé les fragments des choses aimées, et leurs envers », il 
a retourné toute la terre des champs de la pensée, et les a, pour 
ainsi dire, défrichés à nouveau dans toute leur étendue. 

Et ce qui prouve qu'il avait pleine conscience de ce travail, c'est 
le titre qu'il a donné à la première rédaction de Humain trop 
humain, qui s'est appelé d'abord Le Sillon. 

Abordant ainsi, en toute liberté d'esprit, la plupart des problèmes 
de la philosophie, de l'art ou de l'histoire, il n'a pu laisser de côté 
(l'Europe et les Européens étant, d'ailleurs, un de ses thèmes favoris) 



XX VIII ACTES ET CONFÉRENCES 

la « question juive ». Et même, s'il avait été peu disposé à la 
prendre au sérieux, l'antisémitisme bruyant et militant d'un 
Stoecker, d'un Walzogen, aurait attiré son attention sur elle, lor3 
de la fameuse pétition nationale, adressée au prince de Bismarck 
en 1880, pour laquelle Bernard Fœrster (qui, par une piquante 
ironie du sort, devait, cinq ans plus tard, devenir le beau-frère de 
Nietzsche) recueillait avec ferveur les adhésions. 

Son jugement en cette matière n'est pas faussé par des préjugés 
religieux, ni entaché de parti-pris politique ou économique, ni 
influencé par aucune considération mesquine; il est donc très inté- 
ressant, très instructif, et vaut la peine d'être étudié de près et 
examiné avec soin. 

Il est pourtant permis de le trouver un peu sévère dans quelques 
détails (ce qui tient sans doute à l'impression fâcheuse produite par 
les échantillons de fils d'Israël qu'il avait sous les yeux) et, dans 
l'ensemble, légèrement fantaisiste et paradoxal, comme le sont, 
d'ailleurs, toutes les opérations de cet esprit puissant, téméraire et 
exquis. 

Mais, pour comprendre Nietzsche, il ne suffit pas de l'avoir lu et 
de ne pas s'être laissé trop ensorceler par l'admirable forme qu'il 
a donnée à sa pensée; il faut lo relire, après avoir, pour ainsi dire, 
regardé le monde par ses yeux et appris à donner aux mots les 
significations particulières qu'il leur prête ; car, par suite d'une 
certaine audace intellectuelle et philologique de son isolement 
psychique et de la solitude réelle dans laquelle il vivait, il semble 
avoir, tant soit peu, perdu contact avec ses semblables et s'être 
fait, sans verser dans le néologisme, un idiome personnel. 

Il faut aussi se familiariser avec ses poids et ses mesures, avec 
ses unités, différentes des nôtres, avec ce qu'il appelle ses a valua- 
tions » [Wertungen]^ auxquelles se rapportent ses admirations et 
ses mépris, ses louanges et ses blâmes et toutes ses curieuses et 
originales, surprenantes et fines appréciations. 

Une autre difficulté provient de ce que Nietzsche ne s'astreint 
pas le plus souvent à traiter un sujet, mais accorde son attention 
aux problèmes, à mesure qu'ils se présentent à son esprit; il se 
vante même de ne pas écrire de dissertations (Alhandhmgen) et 



NIETZSCHE ET LE JUDAÏSME XXIX 



traite avec un injuste mépris cette fornie honnête et utile de la lit- 
térature pédagogique : il s'ensuit qu'il faut, pour connaître son 
opinion sur telle ou telle question, chercher dans son œuvre im- 
mense les diverses mentions qu'il en fait, les comparer, les con- 
fronter, pour ainsi dire, et en tirer les conclusions. 

Ce travail fait, il faut encore, pour le sujet qui nous occupe, tenir 
compte de son attitude particulière envers le Judaïsme (tout au 
moins le Judaïsme biblique), par suite de son éducation de protes- 
tant, non calviniste, mais luthérien, de cette intimité avec le 
« Livre » par excellence, telle que la pratiquent, par exemple, les 
Anglais. 

Il nous l'explique dans les Notes préparatoires pour V Aurore 
(Morgenrothe), t. XI, p, 320 (1881) : 

« On enseigne l'histoire juive dans nos e'coles comme histoire sainte 
(et le petit Nietzsche, qui se destinait à l'Eglise, qu'on appelait le petit 
pasteur à cause de sa pie'té exemplaire, n'e'tait pas réfractaire à cet en- 
seignement). . . — Abraham nous est plus proche qu'aucun des per- 
sonnages de l'histoire grecque ou allemande, et ce que nous e'prouvons 
en lisant les psaumes de David ressemble aussi peu à ce qu'éveille en 
nous la lecture de Pindare ou de Plutarque que la patrie à une terre 
étrangère. » 

Et plus loin, p. 330 : 

« Ce sentiment est si puissant que celui qui veut aujourd'hui 
prendre une position libre et investigatrice à l'égard de l'histoire juive 
ne réussit qu'avec peine à se soustraire à la proximité et à la trop 
grande familiarité, et à percevoir comme e'tranger ce qui est judaïque. » 

Dans une admirable page de la Naissance de la tragédie^ Nietzsche 
disait : « Les mythes sont les démons protecteurs sous la garde des- 
« quels grandissent les jeunes âmes. . . », et il parlait délicieuse- 
ment de l'impérieuse nécessité du « berceau fabuleux, de la patrie 
« légendaire » ; or, la Bible a été pour lui tout cela ; aussi n'a-t-il 
pas jugé la mission, le caractère, l'œuvre, l'influence juive, en 
étranger. 

Le seul morcea-i entièrement consacré aux Juifs se trouve dans 
Aurore (hiver 1880-81), p. 200, et porte le titre : « Du peuple d'Is- 
raël ». Cette page remarquable est évidemment inspirée par les 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

emportements et les contradictions des antisémites germaniques qui 
trouvaient les Juifs à la fois dangereux et méprisables. Nietzsche ne 
les trouve pas dangereux, parce que, dit-il, « ils savent bien eux- 
« mêmes qu'ils ne peuvent songer à un acte de violence quelconque », 
et quant à la concurrence mercantile ou intellectuelle qu'ils font aux 
indigènes des divers pays qu'ils habitent, ce n'est certes pas lui, 
l'apologiste de la lutte sous toutes ses formes, l'adversaire de la 
quiétude en toutes ses manifestations, qui leur en ferait un grief. 

Pourtant, quelques années plus tard, par une contradiction par- 
tielle, il les trouve éventuellement redoutables : 

« Que les Juifs, s'ils le voulaient ou si on les y forçait, comme 

paraissent le chercher les antisémites, pourraient dès à pre'sent pos- 
séder la suprématie, voire exercer littéralement la domination en Eu- 
rope, cela ne fait pas de doute. » [Par delà le bien et le mal, 1885.) 

(A moins que le lecteur ne se permette d'en avoir sur ce point, 
ce qui serait excusable.) 

Mais voici la suite du même passage, dont on ne peut contester la 
justesse : 

« Il est certain aussi que leurs efforts n'y tendent pas, ni leurs inten- 
tions. Pour le moment, ils ne veulent et ne désirent qu'une chose, et 
ils y mettent une certaine importunité, c'est d'être absorbés par l'Eu- 
rope. Ils aspirent à être enfin fixés, autorisés et honorés quelque part, 
à mettre un terme à la vie nomade, au « Juif errant v), et on devrait tenir 
compte de ce trait et de ce besoin impérieux (qui dénote peut-être déjà 
un adoucissement de l'instinct judaïque) et s'y prêter; ce pourquoi il 
serait sans douie juste et utile de mettre dehors les braillards antisé- 
mites. » 

Comme on pouvait s'y attendre, d'ailleurs, il n'est pas patient 
pour les manifestations antisémitiques et trouve que « antisémite est 
un nom pour les ratés », quoiqu'il comprenne fort bien les raisons 
complexes et diverses des sentiments d'hostilité dont sont l'objet les 
Israélites, et qu'il les analyse très finement chez les anciens et les 
modernes : 

« Ce que les Romains détestaient chez les Juifs, ce n'était pas la 
race, mais une espèce de superstition de mauvais aloi, qui les rendait 



NIETZSCHE ET LE JUFMISME XXXI 

suspects^ et surtout la ténacité de leurs croyances ( les Romains, 
comme tous les méridionaux, étaient, en matière de foi insouciants et 
sceptiques et ne prenaient pas les rites au sérieux) ; ce qui les choque 
chez les Juifs est la même chose qui les choque chez les Chrétiens : le 
manque d'images divines, la soi-disant spiritualité de leur religion. Une 
religion qui craint la lumière, avec un Dieu qui ne peut pas se laisser 
voir : voilà ce qui e'veillait la défiance, et surtout ce qu'on se chucho- 
tait sur l'agneau pascal, sur la chair mangée, sur le sang bu, etc. En 
somme, les gens instruits de ce temps pensaient que Juifs et Chrétiens 
étaient secrètement anthropophages (les Romains ont eu, hélas, des 

successeurs, ignorants ). On les trouvait aussi capables d'ajouter 

foi à de folles histoires : le degré de leur crédulité semblait méprisable 
aux Romains Les gens cultivés de ce temps, devant l'esprit des- 
quels tous les systèmes philosophiques s'arrachaient mutuellement les 
cheveux, trouvaient ces incitations à une foi implicite insupporta- 
bles. » {Prép. à V Aurore, t. VII, p. 211.) 

Et ailleurs [Par delà le bien et le mal, p. 835, t. VII, 1885) : 

« Rome voyait dans le Juif quelque chose contre nature, pour ainsi 
dire un monstrueux antipode de l'âme : on le tenait pour un être animé 
de haine contre tout le genre humain » 

Dans le t. XV, Critique du christianisme ^ p. 125 : 

« Le dédain profond avec lequel le Chrétien était traité dans le 
monde antique resté distingué, appartient au même ordre d'idées que 
l'aversion instinctive contemporaine pour les Juifs : c'est la haine des 
classes libres et sûres d'elles-mêmes contre ceux qui se poussent et qui 
unissent des gestes timides et gauches à une présomption insensée. » 

Et Nietzsche est touché lui-même par cette «aversion instinctive ». 
C'est aux membres de la famille mosaïque qui étaient ses contempo- 
rains qu'il réserve ses rares remarques malveillantes, qu'on a pris 
plaisir à relever. 11 avoue, d'ailleurs, qu'il ne connaît personne (en 
Allemagne tout au moins) qui soit envers eux favorablement disposé, 
car, dit-il dans L'Etat, la 'politique et Us peuples (t. XI, p. 340) : 

<' C'est la manière des Juifs d'exploiter leurs chances dans les rela- 
tions personnelles, en s'approchant le plus possible et en laissant pa- 
raître qu'ils se savent si proches. C'est ce qui les rend imi)ortuiis. » 

Mais il y a encore (iuel([ues mots (pii adoucissent la juste sévérité 
de cette observation en divisant les responsabilités : 



XXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

« Nous voulons tous ôlre inabordables et paraître illimités ; les Juifs 
contrarient ce désir fantaisiste d'être insaisi>sables chez les individus 
et chez les nations : c'est ce qui les fait tant haïr. » 

Déjà, dans Humain trop humain, p. 353 (1876), son aversion pour 
un type qui manque incontestablement de charme ne nuisait en rien 
à son esprit de justice : 

« Toute nation, tout individu possède des propriétés de'sagréablcs, voire 
dangereuses; il est cruel d'exiger que le Juif en cela fasse exception. 
Ces attributs peuvent môme être chez lui particulièrement dangereux 
et repoussants, et peut-être le boursier juif juvénile est-il l'invention 
la plus écœurante de l'humanité tout entière. Malgré cela, je voudrais 
savoir combien, tout compte fait, il faudrait pardonner à un peuple, 
lequel (non sans notre faute à tous) a eu la plus douloureuse his- 
toire » 

Peut-être le blâme le plus inconditionnel est-il exprimé dans ces 
quelques lignes du Gai savoir (1882), et encore faut-il être prévenu 
que les mots d'acteur et de comédien, qu'il emploie presque toujours 
dans le sens d'imposteur, de simulateur, de rusé, sont dans sa bouche 
une injure, et qu'il professe pour les journalistes, qu'il qualifie de 
« vils tâcherons », le plus profond mépris : 

« Quant aux Juifs, ce peuple de l'adaptation par excellence — le mot 
est en français dans le texte — , on pourrait voir en eux une institution 
historique et mondiale pour le dressage des comédiens... Le Juif en 
tant que littérateur né, en tant que dominateur effectif de la presse, se 
sert de cette faculté, car le journaliste est essentiellement come'dien, il 
joue le « spécialiste », le « connaisseur. » (T. V, p. 312.) 

Plusieurs fois, ce mot « d'adaptation » revient sous forme de 
reproche, et, enfin, dans le volume XIII {Œuvres posthumes), il 
apparaît avec le « parasitisme » comme un des « dangers de l'âme 
juive » . 

Partout ailleurs, les jugements, même contestables, sont pleins 
d'une large équité, d'une compréhension pénétrante, à laquelle s'a- 
joute parfois une sorte d'appréciation amusée, de malicieuse et sou- 
riante indulgence. 

Des particularités qui distinguent les fils d'Israël à ses yeux 
Nietzsche passe à leur rôle dans le pays allemand [Œuvres posthumes, 
t. XIII, p. 2M) : 



NIETZSCHE ET LE JUDAÏSME XXXIIl 

« Les Juifs prussiens, si on tenait